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prince Guillaume -- le futur empereur - ils ne trouvaient guère d'appui à Berlin. La raison de celle froideur devait être vraisemblablement cherchée dans l'attitude des autres puissances qui, sollicitées par la Prusse de reconnaître ses revendications sur Neuchàtel, s'étaient bornées à lui en donner acte, dans un protocole signé à Londres le '24 mai 1852, et avaient renvoyé à plus lard, « aussitôt que faire se pourra », de s'en occuper sérieusement. Le roi Frédéric-Guillaume IV et son ministre Manteuffel pensaient sans doute qu'il valait mieux laisser la question dormir, même indéfiniment, que de s'exposer à un échec fort probable. C'était aussi l'opinion de nombreux royalistes neuchàtelois, particulièrement de leur chef le plus distingué, Henri-Florian Calame, ancien député à la diète, ancien secrétaire d'état, homme remarquable qui joignait à une haute culture un grand talent d'écrivain.
Il rédigeait à cette époque l'organe royaliste Le Neuchàtelois.
Les plus ardents du parti en jugèrent autrement. A l'insu des modérés, ils organisèrent une prise d'armes et firent appel au dévouement du comte Fritz de Pourtalès- Steiger, ancien colonel fédéral, qui Fritz de Pourtaiès.
vivait très retiré à la Meltlen, près de Berne. Pourtaiès ne consentit à se mettre à la tète de l'insurrection qu'après avoir pris langue à Berlin. Il s'y rendit dans le courant du mois d'août 1856. Là, il ne vit ni le roi ni Manteuffel, mais reçut des encouragements plus ou moins positifs du prince Guillaume, et revint en Suisse décidé à agir. Le mouvement éclata dans la nuit du 2 au 'A septembre. Une troupe de quelques cents hommes, commandés par le colonel de Meuron, s'empara du château de Neuchàtel et fit prisonniers quatre membres du conseil d'état. Au même moment, Pourtaiès, avec 400 hommes, envahissait le Locle, puis se dirigeait sur la Chaux-de-Fonds, qu'il espérait surprendre.
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Mais, réveillée en sursaut par des estafettes qui avaient réussi à s'échapper du Locle, la population de la grande cité montagnarde avait déjà pris les armes. Une colonne nombreuse s'avança le long des Eplatures, à la rencontre de Pourtalès, qui rebroussa chemin et traversa le Locle en toute hâte pour redescendre sur Neuchàtel, poursuivi par les républicains, que commandait Ami Girard, major d'artillerie. Une autre colonne, partie de la Chaux-de-Fonds, s'acheminait sur Valangin, tandis (pie les patriotes du Yal-de-Travcrs. sous la conduite du colonel Denzler, l'un des héros de Gislikon (voir page 252), marchaient aussi sur le chef-lieu. Les trois colonnes républicaines se réunirent à Peseux, vers huit heures du soir, et se préparèrent à attaquer, dés le lendemain matin, le château de Neuchàtel, OÙ toutes les troupes royalistes s'étaient enfermées.
l)eu\ membres du conseil fédéral, Fornerod et Frey-Hérosée, arrivés à Neuchàtel dans l'après-midi du 3, avaient ouvert des pourparlers avec les chefs royalistes. Ils exigeaient la mise en liberté immédiate des quatre conseillers d'état prisonniers et l'évacuation du château, sans armes. Les pourparlers durèrent la plus grande partie de la nuit, infructueusement. A deux heures et demie du matin, Denzler, qui en ignorait l'existence, fil lever ses troupes, environ '2'MH) hommes, et arriva aux premières lueurs du jour aux portes de Neuchàtel. Le château, redoutablement fortifié, essaya un instant de se défendre. Il y eut des coups de feu échangés et des hommes tués et blessés. Mais une partie (les chefs royalistes et de leurs troupes ayant pris la fuite, le drapeau blanc ne tarda pas à être hissé sur la principale barricade. Les républicains se précipitèrent dans le château, et malheureusement, dans l'excitation de la première heure, il y eut quelques royalistes tués, entre autres l'un des chefs, le capitaine l-'abry, de la Sagne. Pourtalès lui-même lui légèrement blessé à la tête et dut à la protection de Denzler et d'autres officiers républicains, d'échapper à la mort. ô.'ill insurgés lurent faits prisonniers.
Celte répression si prompte, sans l'intervention des troupes fédérales, consacrait définitivement la volonté du peuple neuchàtelois d'être suisse et rien que suisse. Mais l'étal de fait devait être maintenant sanctionné par une stipulation diplomatique. La question était posée devant l'Europe, qui ne pouvait plus s'en désintéresser. C'était ce que les royalistes neuchàtelois avaient voulu, dans l'espoir, il est
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vrai, d'une issue plus favorable pour eux. Grâce à leur échauffourée, la situation du roi de Prusse se.trouvait être des plus délicate. S il n'avait dépendu que de lui, tout fait supposer que, depuis longtemps, il eût renoncé sans peine à ses droits de souveraineté sur Neuchàtel, comme il l'avait déjà l'ait une fois en 180(5. On assure même qu'en 18151, le général de Pfuel avait en poche des pleins pouvoirs qui lui eussent permis de délier la principauté pour en faire un canton exclusivement suisse. Aujourd'hui l'honneur du roi était engagé à soutenir ceux qui avaient pris témérairement, les armes pour sa cause; la Prusse réclamait donc, avant tout, la libération immédiate des prisonniers royalistes. Prétention inadmissible pour les autorités fédérales, qui ne pouvaient consentir à étouffer le procès de haute trahison engagé contre eux en application du code de procédure pénale de la confédération, sans avoir l'assurance préalable que la négociation diplomatique aboutirait à proclamer l'indépendance de Neuchàtel.
Pour sortir de cette impasse, Frédéric-Guillaume IV, qui sentait l'Europe mal disposée et les autres princes allemands plutôt hostiles, se décida à faire appel confidentiellement à la médiation de Napoléon III (20 septembre). Celui-ci, qui aspirait déjà alors à jouer le rôle d'arbitre des destinées européennes, s'empressa de faire des ouvertures au conseil fédéral, l'engageant à annuler le procès et lui promettant ensuite tout son appui pour une solution satisfaisante du litige. Le conseil fédéral ne pouvait toutefois s'aventurer sur un terrain si peu solide. Libérer les prisonniers sans une garantie formelle et simultanée de l'indépendance de Neuchàtel, c'était reconnaître que les droits de la Prusse primaient ceux de la Suisse. Sans décliner, — c'eût été une grosse imprudence, — la médiation de l'empereur des Français, il demanda que l'Angleterre tût désignée comme puissance co-médiatrice, et que des propositions parallèles fussent soumises aux deux parties.
L'Angleterre, amie de la Suisse, suggérait l'idée d'une déclaration confidentielle, mais expresse, de renonciation de la part du roi, moyennant quoi le procès tomberait. Mais cette suggestion ne faisait pas l'affaire de Frédéric-Guillaume IV , pour qui c'était une question d'honneur de ne pas faire le premier pas. D'autre part, Napoléon ne voulait pas partager avec l'Angleterre le mérite d'avoir réglé la situation. Il crut qu'une menace de guerre de la Prusse intimiderait la Suisse et lit agir sa diplomatie en conséquence. Tout en déclarant au
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conseil Pédéral, d'un air froissé, qu'il ne s'occuperait plus de l'affaire, puisqu'on manquait de confiance en lui, il stimulait sous main le roi à mobiliser ses troupes et il engageait les états de l'Allemagne du Sud à leur accorder le passage. Au Fond, il ne se souciait nullement, tant s'en faut, de voir une armée prussienne envahir la Suisse et la guerre européenne se déchaîner sans doute.
Admirablement à la hauteur de sa tâche, le conseil fédéral ne se laissa pas déconcerter par tous ces subterfuges. Il était d'ailleurs soutenu par l'opinion publique, qui n'admettait pas, surtout de la part de l'empire français issu d'un plébiscite, que le droit des Neuchâtelois de disposer d'eux-mêmes, comme ils l'avaient du reste l'ait de temps immémorial, pût être subordonné à l'amour-propre d'un souverain. Aussi quand, le 29 novembre, dans son discours du trône, Frédéric-Guillaume IV annonça qu'il allait probablement devoir faire appel à ses sujets pour soutenir I honneur de la couronne, un frémissement général parcourut le peuple suisse. Et quand on sut que le roi de Prusse axait demandé au\ ('tais du sud le passage pour ses troupes, qui devaient être le 2 janvier à notre frontière, un enthousiasme indescriptible se déclara, dans toutes les couches de la population, pour la cause de Neuchàtel. Avec une activité dévorante, on se mit aux préparatifs de guerre. Hommes, femmes, enfants, chacun apportait son obole et sa part de travail. Un emprunt de six millions devait cire contracté pour les premiers besoins. Plus de cent millions furent mis à la disposition du conseil fédéral. Les Suisses à l'étranger se distinguaient par Kur /de ardent. Les uns offraient leurs bras, d'autres réunissaient des sommes considérables. Jamais le peuple suisse n'avait été plus uni. plus \ ibrant de patriotisme.
Le 211 décembre, l'assemblée fédérale décida de mettre sur pied deux divisions. Le 26, elle nomma Dufour général en chef et reçut, dans une séance solennelle, sou serment de défendre de toutes ses forces l'honneur, l'indépendance et la neutralité- de la patrie. Le soir, une ovation fut faite par la population de Heine au vieux général qui, en ternies ('•mus. exprima sa confiance dans l'issue de la lutte. Aux premiers jours de janvier, 30000 hommes étaient échelonnés de Pâle à Romanshorn. Les troupes neuchàteloises axaient demandé à être au premier rang.
L'Europe fut vivement impressionnée par celle attitude héroïque
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La Suisse ait XIX' siècle, I.
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du peuple suisse. Elle ne pouvait laisser les choses aller plus loin sans l'aire courir à la paix générale les plus graves dangers. Vers les derniers jours de décembre, Napoléon III pria le ministre suisse Barman de se rendre à Berne pour réitérer au conseil fédéral son sincère désir de régler les choses au gré de la Suisse. Barman retourna le 31 décembre à Paris, accompagné du D1 Kern, et tous deux furent reçus, les 4 et 5 janvier 1857, par l'empereur, qui leur donna connaissance d'une
Campagne du Rhin. — Entrée â Baclen. D'après l'album de Niederhâusern.
lettre confidentielle du roi de Prusse, promettant de renoncer à ses droits en cas délibération des prisonniers. Mais cette libération devait avoir lieu, en apparence, sans condition, ce qui rendait difficile la tache du conseil fédéral en présence des chambres et de l'opinion publique, qui ne pouvaient manquer de voir dans cette mesure une injustifiable reculade. Pour la faire accepter par les chambres,- il fallut que dans une réunion de députés tenue à la Cigogne, à Berne, le D1 Kern fil connaître, sous le sceau du secret, la véritable situation. Les députés se laissèrent convaincre. En séance officielle, ils décidèrent le 16 janvier d'arrêter le procès et de faire conduire les principaux inculpés, au nombre de 17, qui restaient encore en prison après l'élargissement des
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autres, à la frontière française, à Pontarlier. Cette solution permettait de recommencer le procès contre eux si la parole donnée n'était pas tenue. Les troupes fédérales furenl licenciées.
C'était, vu les circonstances, la meilleure solution qu'on pût adopter. Mais l'opinion publique, non suffisamment éclairée, protestait en Suisse contre cette décision. Et le retard apporté par la Prusse à terminer la question ne contribuait pas à calmer les esprits. Enfin, ceconférence européenne chargée de régler le sort de Neu-
pendant,
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C» 1 1 igni du Rhin. Marche sur Lânzburg. D'après l'album de Niederhâusern.
chàtel se réunit à Paris le ."> mars, date fixée irrévocablement par l'empereur. Le roi de Prusse réclamait le maintien de sou titre de prince de Neuchàtel et comte de Valangin : une indemnité de deux millions pour le rachat de la liste civile : la garantie des biens des bourgeoisies, de l'église et des fondations pieuses: l'interdiction de mettre à la charge
des royalistes des liais spéciaux pour leur insurrection. Sur ces t\ru\ derniers points, l'entente ne lut pas difficile. Par contre, les deux premiers ne purent être réglés d'un commun accord. Sans contester un litre purement honorifique, la Suisse voulait stipuler expressément qu'il n'impliquait la reconnaissance d'aucun droit; la conférence crut plus sage de ne pas en faire mention dans son protocole. Elle crut aussi devoir réduire à un million l'indemnité demandée, mais Frédéric-Guillaume IV , mécontent, préféra renoncer à cette dernière
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somme. Le 2(> mai, le protocole reconnaissant l'indépendance de Neuchâtel était signé à Paris. En juin, il lui approuvé par toutes les parties contractantes.
Ainsi se trouvait heureusement réglée une question des plus importantes pour la paix générale. L'attitude liére et décidée de la Suisse lui avait créé une place toute nouvelle dans la considération de l'Europe. Dès ce moment, il ne restait plus rien de l'ancien protectorat .
Une autre question d'ordre international allait bientôt agiter les esprits. Nous avons vu qu'en 1815, grâce aux efforts de Pictet de Rochemont, une partie de la Savoie avait été neutralisée essentiellement pour donner à la Suisse une bonne frontière militaire, mais Pictet ne voulait pas seulement protéger Genève contre un coup de main, il tenait aussi, au point de vue économique, à lui réserver son marché naturel, qui est la Haute-Savoie. En sens inverse, le royaume de Sardaigne trouvait dans les stipulations intervenues le double avantage de mettre au bénéfice de notre neutralité des provinces dont la défense lui eût été onéreuse, à cause des communications difficiles à travers les Alpes, et d'assurer d'autre part l'écoulement des produits savoisiens, essentiellement agricoles, vers leur bassin immédiat, l'importante ville de Genève. Déjà alors, la solution la plus simple eût été de réunir à la Suisse les territoires qui complétaient son système de défense, puisqu'aussi bien l'Europe avait reconnu pour elle-même l'intérêt vital de notre neutralité. Mais la logique et la diplomatie (ou simplement la politique) n'obéissent pas aux mêmes disciplines. La France ne voulut pas céder le pays de Gex, que les autres puissances eussent attribué volontiers à la Suisse, et la Sardaigne se borna à concéder le territoire strictement nécessaire pour désenclaver Genève et ses mandements. La Suisse elle-même manquait à cet égard, comme à beaucoup d'autres, d'esprit de décision ; elle craignait d'introduire dans son sein de nouveaux éléments, peut-être un nouveau canton, et Genève protestante ne tenait pas à être noyée dans un entourage catholique, dont elle eût été simplement le chef-lieu.
Toutes ces raisons déterminèrent les puissances à délaisser la solution naturelle pour en adopter une autre assez compliquée, qui consistait à tracer autour de Genève, à une certaine distance, une ligne
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tbéoriquemenl infranchissable pour les belligérants, el à garantir le libre appren isionnemenl des denrées pour celte ville. La complication était moins dans la formule que dans l'exécution. Pratiquement, les stipulations dont il s'agit créaient deux grandes anomalies. Sous le rapport militaire d'abord, car la neutralité n'est pas suffisamment garantie par de simples poteaux indicateurs, il faut quelqu'un pour les garder, et si ce quelqu'un n'est pas le propriétaire du pays, il s'ensuit inévitablement des situations singulières, qui peuvent devenir dangereuses. Smis le rapport économique également, attendu que de telles stipulations ne manquent jamais de se heurter, à un moment quelconque, contre la politique protectionniste de l'un ou de l'autre îles pays intéressés. Ce sont là les graves défauts de l'œuvre de 1815, en ce qui concerne les rapports île Genève et Hé la Haute-Savoie, mais si graves qu'ils soient, les avantages l'emportent cependant, et il est dans l'intérêt réciproque <le les maintenir.
La stipulation militaire contenue dans les traités de Vienne porte en substance que, dans le cas d'hostilités ouvertes ou imminentes, les troupes qui pourraient se trouver dans la Savoie neutralisée devront se retirer immédiatement et ne pourront y être remplacées (pic parcelles que la confédération jugerait à propos d'y placer, sans porter préjudice à l'administration civile du territoire occupé. Le pays se trouve donc dégarni de ses défenseurs naturels, sans que la confédération ait l'obligation d'y en envoyer d'autres, pas plus qu'elle n'a l'obligation, visa vis il elle-même, d'occuper telle ou telle partie de son propre territoire ; par e \e m pie. elle peut abandon ner la ligne du Rhin pour se replier sur celle de l'Aar et de la Limmat : il en résulte que la Haute-Savoie l'ait partie de sa neutralité, au même titre que le reste de notre territoire. Voilà le principe simple, clair, logique, conforme au bon sens et au texte même de la stipulation, qui se dégage de celle-ci. Nous verrons cependant qu'on a voulu en déduire autre chose. Quant à la ligne du territoire savoisien neutralisé, on a vu (p. 136) qu'elle a été étendue, au congrès de Paris, plus loin qu'au congrès de Vienne, et reportée, par des indications qu'on eut bien l'ait alors de préciser au moyen dune carte détaillée annexée au traité, jusqu'au lac du Bourget et au Rhône.
Cette question de Savoie devait prendre de l'actualité pour la première lois ;i I occasion de la guerre d'Italie en 1859. Dans un arrange-
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Diplôme distribué aux citoyens neuchàtelois qui ont pris les armes
pour la défense de la république, en septembre 1SS6.
Composition de Grisel.
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ment secret conclu à Plombières avec Cavour, en bs.">,s. Napoléon III, féru du principe des nationalités et des Frontières naturelles, avait promis son appui à la Sardaigne contre l'Autriche en échange de Nice et de la Savoie. Le 1er janvier 18.19, l'empereur des Français tint à l'ambassadeur d'Autriche, le baron de Hùbner, un langage qui sentait la poudre. Les Autrichiens se préparèrent à la guerre. La Sardaigne en lit autant, et après l'échec d'une tentative de médiation de l'Angleterre, il devint évident que les hostilités étaient inévitables. Dès le 14 mars, le conseil fédéral fit parvenir aux puissances signataires des traités de 1815, une déclaration de neutralité, dans laquelle il revendiquait le droit d'occuper la Savoie s'il le jugeait convenable, et se réservait de s'entendre avec la Sardaigne sur les modalités de l'occupation. Des négociations s'ouvrirent à Berne avec le représentant de ce pays, mais il fut aisé de voir que faire dépendre l'occupation, en tout état de cause, d'une entente préalable, peut rendre illusoire le droit concédé à la Suisse. Sans parler de la prétention, contraire au traité, mais qu'aura toujours le propriétaire du territoire neutralisé, de transformer, le cas échéant, ce droit en obligation, la question des rapports de l'armée d'occupation avec les autorités civiles, si l'on veut en régler les détails à l'avance, peut donner lieu à des débats interminables. C'est ce qui rendit alors les négociations infructueuses. Il est certain que si la Sardaigne avait eu un intérêt majeur à faire couvrir sa frontière nord, elle se fût montrée très coulante sur les questions de détail ; mais la France était son alliée, la Savoie lui était promise en secret, rien n'engageait donc Cavour à s'entendre avec le conseil fédéral. On a pu, à cette occasion, se convaincre que la meilleure manière de procéder, ce serait que la Suisse, agissant en vertu de son droit supérieur, qui n'est pas subordonné à une entente préalable, se traçât à ellemême, très loyalement, les règles qu'elle se propose d'appliquer et dont les principes généraux sont, du reste, nettement formulés dans le traité de Vienne ; qu'elle les fit connaître, le moment venu, à toutes les puissances, et qu'elle s'y conformât, dans la pratique, sans refuser de tenir compte des circonstances spéciales du pays occupé, qui peuvent entraîner certaines modifications d'ordre nécessairement secondaire. Une négociation à deux présentera toujours pour les autres pays un caractère mystérieux qu'il faut éviter, même en apparence, et risquera de ne pas aboutir, par conséquent de mettre la Suisse hors