‹ La suisse au dix-neuvième siècleChapitre 23 sur 74 · NUMA · texte numérisé non relu

NUMA

cl étal de sauvegarder une neutralité qui est dans son intérêt aussi bien que dans celui de l'Europe. Encore une fois, le texte du traité est suffisamment explicite par lui-même; il n'a pas besoin, pour déployer ses effets, d'un arrangement nouveau.

Le seul point quelque peu douteux, c'est, nous l'avons dit, la limite exacte, kilomètre par kilomètre, de la /.une neutralisée. Le défaut de précision à cet égard permit en 1859 à la France de contester qu'elle eût commis une \ iolation de territoire en faisant passer 8000 hommes de troupes qui si' rendaient en Italie, par le chemin de fer de Culoz à Modane, donl le tracé suil la rive droite du lac du Bourget. La question a été soulevée par l'Autriche, il semble à hou droit. Elle n'a pas eu d'autre suite qu'une protestation adressée au conseil fédéral. Ici encore, pour éviter le retour de faits semblables, qui pourraient avoir une plus grande portée, le mieux serait que la Suisse traçât sur une carte détaillée la ligne en question et la lit connaître, le moment venu, a toutes les puissances, car celte ligne résulte d'une stipulation formelle des traités européens et n'a pas besoin non plus d'être fixée de nouveau par une entente spéciale.

Quoi qu'il en soit, le conseil fédéral se préoccupa, dès les premiers jouis de mais, des mesures à prendre pour la sauvegarde de la neutralité : droit de sortie de KHI IV. sur les chevaux pour en empêcher l'exportation : défense (renvoyer des armes et des munitions en Italie : mise sur pied de deux bataillons et demi, d'une compagnie de carabiniers et de l'état-major de la VIII0 division; mise de piquet du reste de cille division, ainsi que delà III' ; instructions pour le désarmement des réfugiés. Le 2 mai. l'assemblée fédérale se réunit pour sanctionner ces mesures ; elle donna pleins pouvoirs au conseil fédéral d'en prendre d'autres, cl nomma Dufour comme général, auquel lui adjoint Zicgler en qualité de chef d'état-major. Un moment, la guerre s'approcha bien pus de nos frontières, et l'effectif des troupes fédérales dut être passablement augmenté. Garibaldi risqua d'être refoulé sur notre territoire, à la suite d'une manœuvre audacieuse qu'il avait tentée entre Côme et Arona et dans laquelle il lut battu par le général autrichien (iiulav (derniers jours de mai). La bataille de Magenta (4 juin) et la retraite des Autrichiens derrière l'Adda vinrent le dégager. Par contre, une garnison autrichienne de 600 hommes qui se trouvait abandonnée au tort de Laveno, dut se réfugier en Suisse, a Macadino, où elle arriva

l'état fédératif 301

sur trois bateaux à vapeur (9 juin). Elle fui désarmée et internée à Zurich et à Lenzburg. En somme, sauf la violation de la neutralité commise par les Français au lac du Bourget, le conseil fédéral réussit à faire respecter strictement notre territoire et remplit ses devoirs d'une manière impartiale envers les belligérants. Ils lui en exprimèrent leur reconnaissance en choisissant Zurich comme siège des négociations de paix qui suivirent les préliminaires de Villafranca dl juillet).

Cette guerre d'Italie eut d'autres conséquences plus ou moins agréables pour la Suisse. Sous l'influence du courant généreux qui portait les esprits libéraux à souhaiter le relèvement du peuple italien, les autorités et les populations suisses manifestaient volontiers leurs sympathies pour celte cause. En vain la commission du conseil des états faisait-elle remarquer, dans son rapport du 5 mai 1859, qu'il fallait se garder d'épouser trop ardemment la doctrine, préconisée par Napoléon III, des nationalités et des frontières naturelles, doctrine qui pou-: vait aisément se retourner contre nous, il en allait alors de cette sage recommandation comme de tant d'autres appels à la modération des vues et des sentiments. Notre peuple suivait l'emballement général. Avec l'adresse qui fait partie de leur génie national, les patriotes italiens surent profiter de cette disposition des esprits. A ce moment, il y avait encore à Naples quatre régiments suisses, en vertu d'une capitulation conclue en 1829 et que la constitution fédérale n'avait pas abrogée (voir page 263). Ces troupes suisses, d'une valeur éprouvée, bien que depuis 1848 leur recrutement laissât à désirer, eussent suffi, à elles seules, pour tenir en échec la révolution dans le sud de l'Italie. Il fallait donc s'en débarrasser d'une manière ou d'une autre. En Suisse même, le service militaire étranger n'était plus vu de bon œil, avec raison ; il n'était toléré de notre part, à Naples, que parce qu'on voulait respecter jusqu'au bout les engagements pris. Un événement fâcheux vint renforcer l'animosité générale contre ces régiments. Pour réprimer l'insurrection qui avait éclaté dans ses états, le pape Pie IX envoya entre autres à Pérousc un régiment étranger commandé par le colonel Schmidt, ancien landamman d'Uri, ancien député à la diète, et qui comptait un tiers de soldats suisses. Les insurgés ayant attaqué traîtreusement la troupe après avoir hissé le drapeau blanc, celle-ci se livra à de cruelles représailles, dont la presse lit grand bruit, en dénaturant les faits (2(.l juin).

Les partisans de l'unité italienne se mirent alors à adresser des objurgations au conseil fédéral, en faisanl valoir que c'était unv honte pour la Suisse républicaine et démocratique d'étouffer les aspirations populaires dans 1rs autres paj s au moyen de ses troupes mercenaires. Suit qu'il lût ébranlé par ces attaques, qui, à plus d'un égard, ne manquaient pas de justesse, soit qu'il voulût servir par une complaisance la cause italienne, le conseil fédéral réclama et obtint du roi de Naples qu'il lit enlever des enseignes de ses régiments suisses les couleurs fédérales et cantonales. A ce moment (6 juillet), la capitulation n'était pas encore expirée et bien qu'elle n'eût plus que peu de temps à courir, il semble qu'il eût fallu la respecter jusqu'au bout. Les régiments au sen ice étranger n'avaient pas cessé d'être suisses; ils axaient été recrutés comme tels; leur constitution était garantie par leur pays d'origine, qui n'eût pas manqué d'en Invoquer les stipulations, si elles avaient été violées par l'autre contractant; les couleurs nationales étaient celles ipie les régiments devaient porter. Il était donc inadmissible de modifier avanl terme le contrat d'une manière aussi sensible pour l'honneur même des enfants du pays, car aucun affront ne pouvait les mortifier davantage que de se voir retirer leur drapeau, ce drapeau <pi ils avaient loyalement servi, indépendamment d'ailleurs de la cause pour laquelle ils étaient engagés.

La décision malencontreuse du conseil fédéral plongea les régiments suisses dans la consterna lion Les chefs se soumirent, et la mort dans I aine, ils lirent enlever les couleurs nationales des drapeaux, mais les pati'iotes italiens ne manquèrent pas cette occasion d'exploiter le mécontentement de la troupe. Ils fomentèrent une sédition dans les caséines. Environ 300 émeutiers attaquèrent les sentinelles et enlevèrent six drapeaux. Il fallut les leur arracher par la force. On vit alors le pénible spectacle de Suisses soumis a la même discipline et tirant les uns sur les autres, les uns pour garder le drapeau qu'ils avaient jure de défendre, les autres pour leur reprendre ce drapeau au nom de la patrie qui le leur avait confié. Il y eut si morts et de nombreux blessés. 250 hommes lurent faits prisonniers (8 juillet). L'ordre ne pouvant plus être rétabli après ces sanglantes mesures, les régiments furent licenciés fn grand nombre d'hommes restèrent toutefois au service du mi de Naples, et prirent une part honorable à la défense de Gaëte, l'année suivante. L'assemblée fédérale vota, le 30 juillet 1859,

l'état fédératif 303

une loi interdisant le service militaire à l'étranger, sauf en vue de l'instruction militaire et sous résçrve de l'autorisation du conseil fédéral. Ce fut la lin du régime des capitulations. Il est fâcheux qu'elle n'ait pas été plus digne du bon renom de la Suisse.

Pour récompenser notre pays des sympathies prodiguées à la cause de l'émancipation italienne, les irrédentistes d'alors imaginèrent d'inciter le Tessin à se détacher de la Suisse. Ils se livraient dans ce canton à une propagande active, et le général Bixio fit même une motion dans ce sens au nouveau parlement italien. C'était l'application logique du fameux principe des nationalités et des frontières naturelles. Le Tessin ne se laissa pas séduire. Mais notre peuple put voir une fois de plus où peuvent le conduire ces emballements qui le portent à épouser sans réflexion suffisante les grandes théories des réformateurs du dehors et à imiter les faits et gestes de nos puissants voisins.

Prévoyant que la guerre d'Italie aurait pour conséquence des remaniements territoriaux dans le centre de l'Europe, le conseil fédéral avait, dès le début, songé à tirer parti de la circonstance pour améliorer nos rapports avec la Savoie. A cet effet, il avait rendu le ministre Kern attentif à la solution rationnelle d'une cession de territoire à la Suisse (janvier et juin 1859). Plus tard, lorsqu'il fut question d'organiser l'Italie en une confédération d'états, rêve que caressait Napoléon, le conseil fédéral s'adressa aux puissances pour demander que la Suisse fût admise à faire valoir, dans la conférence européenne en perspective, ses vœux au sujet des modifications qu'il y aurait lieu d'apporter aux traités de Vienne en ce qui concerne la Savoie neutralisée. Mais au lieu de réclamer carrément une cession de territoire, soit qu'il redoutât, comme la diète en 1815, l'adjonction de nouveaux éléments, soit qu'il craignit de ne pas aboutir, il se borna à proposer dans sa note l'amélioration du statu quo (1<S novembre 1859). 11 est vrai qu'alors l'arrangement secret de Plombières n'était pas encore connu. L'idée d'une confédération italienne fut abandonnée, et la conférence européenne n'eut pas lieu. On ne tarda pas, du reste, à apprendre que, pour améliorer sa frontière, la France avait obtenu de la Sardaigne. la promesse de l'abandon de Nice et de la Savoie. Sans tarder, le conseil fédéral fit des démarches auprès de Napoléon III, qui chargea son ministre des affaires étrangères, Thouvenel, de donner en son nom l'assurance verbale que, par sympathie pour la Suisse, il était disposé à

lui céder le Chablais et le Faucigny * < » février 1860). Etait-ce une promesse sincère? Etait-ce un moyen d'endormir la vigilance du conseil fi déral ? Quoi qu'il en soit, celui-ci ne montra pas le même flair el la même habileté que dans la question de Neuchàtel. Si alors, il avait eu raison de ne pas s'en remettre à Napoléon seul, celle lois, la situation était toute différente, La Suisse n'avait rien à attendre «lu reste de l'Europe. Elle ne tenail pas la Savoie comme, en 1856, elle tenait Neuchàtel. Montrer de la défiance, si motivée qu'elle pût être, envers l'empereur, c'était lui fournir tout au moins un prétexte pour retirer sa

parole. Le conseil fédéral ne s'en rendit pas compte; il voulait avoir

par écrit la déclaration verbale de Thouvenel ; on lui objecta que la France ne pouvait pas céder officiellement c< qu'elle ne possédait pas encore. Aussitôt le conseil fédéral de prendre feu, et d'en appeler aux puissances 1 19 mais,. Le gouvernement français riposta. Les rapports se tendirent, et l'assemblée fédérale dut être convoquée à l'extraordinaire pour les derniers jours de mars, afin de délibérer sur la situation.

La majorité du conseil fédéral, dominée par Slamplli. poussait à occuper la Savoie, au risque des plus graves complications avec la France et la Sardaigne. Slamplli. avec de grandes qualités d'homme d'état . entre autres de la netteté de vues, de la décision, de la pèrsévé; i mer. avait un fond d'idéalisme aventureux, comme toute sa carrière le prouve, l'artisan de l'alliance avec la Sardaigne, en 1848, le pouvoir ne l'avait pas assagi, comme son ancien rival Ochsenbein. Sous son influence, la société radicale VHelvètia et le Grùtliverein se mirent a voter, de ci, de là, des résolutions belliqueuses. On s'efforçait d'entraîner ainsi l'opinion publique. Etait-ce !>ien sérieux? Il est permis d'en douter. Plus d'une l'ois déjà, nous axons vu les éléments exaltés se livrera des bravades, puis battre prudemment en retraitée l'approche du danger. Dans l'affaire de Neuchàtel, au contraire, on avait pu constater ce qu'est le véritable enthousiasme populaire. A dire vrai, il ne pouvait guère y en avoir pour la question de Savoie. Chacun désirait sans doute qu'elle lui régléed'une manière plus satisfaisante qu'en 1815, .Mais on était divise'' sur les voies et moyens. Tandis que les uns. Taisant prédominer l'intérêt militaire, réclamaient l'annexion du Chablais. du Faucigny et d'une partie du Genevois jusqu'au torrent des Usses, d'autres voyaient plutôt des inconvénients à

l'état fédératif ;;n.~>

s'associer un peuple qui jusqu'ici n'avait pas vécu de notre vie, n'était pas habitué à se gouverner lui-même, el risquait de rompre l'équilibre en matière confessionnelle. Vaud, en particulier, ne montrait aucune sympathie [tour cette mesure. A Genève même, on était partagé ; si d'un côté, James Fazy et Carteret préconisaient l'annexion dans des assemblées populaires, leurs adversaires politiques ne voyaient pas sans inquiétude l'avenir de Genève comme chef-lieu d'un canton catholique. Ces craintes étaient en partie exagérées, et dans tous les cas. on aurait pu les éliminer en créant un nouveau canton, qui se lui bientôt mis à l'unisson des autres. A cette époque, le vœu des populations savoisienncs était d'appartenir à la Suisse, pays libre, n'ayant pas la conscription militaire et peu chargé d'impôts. 12000 habitants avaient pétitionné au conseil fédéral pour exprimer ce désir, qui, sans l'intervention de la France, eût probablement pu se réaliser. La Savoie, tombant entre nos mains comme un fruit mûr, on l'eût certainement accueillie avec plaisir, en faisant taire toute autre considération: mais se mettre pour elle dans un cas très difficile ne souriait pas à la grande majorité du peuple suisse.

L'assemblée fédérale traduisit fort bien celte impression générale en votant, sur le rapport d'Alfred Fischer au conseil national et de Dubs aux états, des pleins pouvoirs au conseil fédéral l'autorisant à défendre l'intégrité du territoire suisse, mais du territoire suisse seulement, ce qui excluait toute idée d'une occupation de la Haute-Savoie. La majorité du conseil fédéral avait donc subi sur ce point une entière défaite. C'était, après les fautes déjà commises, un nouvel affaiblissement de la politique fédérale vis-à-vis de la France. Une équipée ridicule dirigée de Genève contre la Savoie ne contribua pas à rehausser le prestige de la Suisse dans cette a lia ire. Excité par les discours belliqueux des assemblées populaires, un chef d'atelier de cette ville, John Perrier, disciple fervent de James Fazy et l'un de ses courtiers électoraux, imagina de vouloir s'emparer de Thonon pour y proclamer l'annexion à la Suisse. Il s'embarqua le 30 mars, à quatre heures du matin, avec une poignée d'hommes sur le bateau à vapeur l'Aigle et tenta de débarquer dans cette ville, où l'on ne voulut pas le recevoir; il s'en alla ensuite à Evian, renvoya l'Aigle et les armes en Suisse, et s'en revint à Genève l'après-midi avec ses hommes, sur le bateau l'Italie, après avoir tenu quelques discours et entonné quelques chansons dans

La Suisse au XIX' siècle, I. 211

les cabarets d'Evian. Les <\vu\ bateaux furent saisis à leur retour par un détachement de troupes genevoises, qui s'était mis à leur poursuite sur d'autres bateaux. Des troupes fédérales, sous les ordres du colonel Ziegler, occupèrent Genève un certain temps, et un commissaire fédéral fut nomme dans la personne du landamniaii .Kppli, de St-Gall. L'affaire n'eut, du reste, pas de suite.

Pour oter à l'annexion de la Savoie le caractère d'une simple prise de possession, opérée sans égard au vœu des populations intéressées, Napoléon III avait organisé un plébiscite. Et afin d'allécher les électeurs, il leur avait fait entrevoir la suppression des douanes, dont la ligne serait reportée beaucoup pins loin de Genève qu'en l<si.">. La question soumise au vote n'était pas : Voulez-vous appartenir à la

France nu à la Suisse'' mais simplement : Voulez-vous appartenir à la

France? Le plébiscite eut lieu le 20 avril. La grande majorité répondit : oui et zone, c'est-à-dire franchise douanière. Les partisans de la Suisse s'abstinrent généralement. Après ce \<>lc et tout et' qui s'était passé1, il ne pouvait plus être question de réclamer la cession d'une partie du territoire neutralisé. On dut se contenter d'une stipulation du traité conclu à Turin entre Victor-Emmanuel et Napoléon, et portant en substance que la France posséderait la Savoie aux mêmes conditions que précédemment la Sardaigne. Napoléon s'était déclaré disposé a faire examiner par une conférence à laquelle la Suisse prendrai! part, les demandes qu'elle avait formulées dans sa note du 18 novembre aux puissances. Mais à quoi bon maintenant? La conférence n'eut jamais lieu.

()n peut regretter, à plus d'un titre, l'inhabileté du conseil Céderai dans toute cette affaire. Même si le résultat n'eût pas été modifié, la Suisse se lût mieux trouvée d'une politique moins incohérente'. Aujourd'hui, celle question de Savoie demeure délicate et complexe connue elle l'a

toujours été. Certains écrivains suisses trouvent cependant qu'elle a

perdu toute actualité depuis I annexion de la Savoie à la France. C'est

une erreur. La question est sensiblement la même. Constituée, d'une

part, en vue de protéger Genève el la Suisse contre un coup de main de la France, d'autre pari, et surtout, pour protéger la Savoie ellein nie et la route du Siniplon contre une invasion française, la neutralisation de la Savoie a conserv e eu grande partie le même inlérèl pour les trois pays en cause la Suisse, la France, l'Italie. I.a Suisse ne

L'ÉTAT FÉDÉRAT1F .'507

peut admettre ni qu'on élève des fortifications dans la zone neutralisée, ni que des troupes y séjournenl en cas de guerre. La France a intérêt à savoir qu'en dégarnissant ce pays de troupes, elle ne laissera pas champ libre à l'Italie. Et l'Italie, de son côté, doit ('Ire rassurée contre la menace de voir les troupes françaises l'assaillir par les cols du territoire neutralisé. Avec de la lionne loi cl de la bonne volonté, de part et d'autre, tout cela peut certainement s'arranger à la satisfaction générale. Au cas contraire, la situation deviendrait critique pour tous. Mais cette perspective ne doit nas engager la Suisse à renoncer à des droits découlant de stipulations non abrogées, que les laits nouveaux n'ont modifiées que partiellement. Elle doit, au contraire, ne fût-ce que pour éviter d'autres complications, les revendiquer chaque l'ois t[iie l'occasion s'en présente, dans l'espoir qu'un jour peut-être la question trouvera une solution meilleure.

Ces différends avec la France laissèrent une trace d'amertume dans le cœur du peuple suisse. A tort ou à raison, l'opinion publique prêtait à l'empereur des visées annexionistes sur Genève. Les moindres incidents suffisaient à raviver la querelle. Ainsi, une rixe qui se produisit à Yille-la-Grand, près d'Annemasse, le 19 août 1860, entre des gendarmes genevois et des Savoisiens, fut élevée à la hauteur d'un conflit diplomatique, qui se termina toutefois à l'amiable. Ce fut sans doute le désir de se remettre en meilleurs termes avec la Suisse qui engagea Napoléon III à se montrer conciliant dans la discussion, ouverte depuis 1815, au sujet de la vallée des Dappes. Nos lecteurs se souviennent qu'en 1<S0S, Napoléon I" s'était attribué ce territoire, long d'une lieue et demie, afin d'y faire passer une route militaire allant de Morez à Genève (voir p. 112). Le territoire avait été restitué en principe à la Suisse, par les traités de 1815 (p. 133) mais la France avait refusé de le rendre et les puissances s'étaient inclinées. En attendant, c'était un point vulnérable de notre frontière, une cause de conflits à cause des passages de militaires français. Par convention du 8 décembre 1<S(>2, la vallée fut partagée en deux, de telle sorte que chaque pays a maintenant sa route ainsi qu'une frontière bien délimitée.

Pendant ces événements, qui l'intéressaient en tout premier lieu.

M MA lilid/

Genève ;i\:iil passé par des agitations el même par des angoisses bien compréhensibles. Sa politique intérieure était du reste fiévreuse au l>lus haut point. Le gouvernement de James Fazy avait dégénéré en dictature, comme on pouvait s'y attendre, vu ses origines et le caractère de son chef. A côté d'excellentes mesures, vivement combattues par les éléments conservateurs, telles que la démolition des fortifica* lions, l'établissement de routes et de «puis, la construction du pont

Dén itions de Genève.

D'après une gravure tin temps.

du Mont-Blanc, une plus grande liberté «les cultes, etc., mesures qui transformaient la vieille ville calviniste en une brillante cité moderne, l':i/\ s'était laissé entraîner à des errements fâcheux. Les finances de la république se trouvaient en piteux état : on faisait trop de choses ;'i la fois, rr qui favorisai! le gaspillage. Fazy menait une existence dispendieuse; ses adversaires lui reprochaient d'y faire face au moyen d'une maison de jeu plus ou moins clandestine. Les élections étaient fréquemment viciées par les pires moyens de pression et d'embrigadement. Devant l'opposition grandissante, à la tête de laquelle était I avocat Camperio, d'origine italienne, Fazy, malgré son alliance avec

Page 1