III. Les lui les pour la revision fédérale
Pour nos races inquiètes, toujours à la poursuite d'horizons nouveaux, le bien-être n'est jamais complet. Elles se fatiguent peut-être plus vite du repos que de L'agitation. La constitution fédérale avait fait ses preuves; elle avait pacifié le pays, elle lui avait donné de la cohésion et de la force vis-à-vis du dehors, elle avait favorisé d'une manière réjouissante la prospérité économique. Cependant on la déclarait déjà insuffisante, et c'était vrai sous plus d'un rapport. A mesure que les populations confédérées se mélangeaient davantage, par suite de la liberté d'établissement, naissaient et grandissaient des besoins nouveaux. Si la bigarrure des institutions présentait de précieux avantages pour le libre développement des particularités diverses de notre peuple, particularités qui sont un des éléments de sa vigueur, une partie de sa raison d'être, cette bigarrure était d'autre part un obstacle aux transactions commerciales, à la liberté complète des cultes et des croyances, à l'égalité civile et politique des citoyens suisses établis dans un canton autre que celui de leur origine. Il était donc nécessaire d'élargir les droits garantis par la constitution fédérale de 1848. Mais tandis que, dans ce but, les esprits excessifs reprenaient l'idée unitaire, les esprits modérés, eux, estimaient qu'il fallait s'en tenir à un sage compromis, développant celui de 1848. Les uns et les autres avaient du reste à compter avec les esprits timorés, qui ne voulaient rien faire.
Comme il est arrivé si souvent au cours de notre histoire, ce lut une cause extérieure qui vint accélérer le mouvement. Napoléon III avait conclu en 1860 avec l'Angleterre un traité de commerce libéral, la seule pensée véritablement grande et juste de son règne. Aussit<">l la Suisse, vouée de plus en plus à l'industrie depuis (pie ses fils n'avaient plus la ressource du service militaire étranger, et désireuse par conséquent d'accroître ses débouchés, réclama de la France un nouvel arrangement commercial. Mais sa situation constitutionnelle fit naître
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diverses difficultés, dont l'une tenait à ce que les Israélites ne jouissaient pas, dans tous les cantons, de la liberté d'établissement que revendiquait la France pour ses ressortissants, quelle que lût leur confession; une nuire provenait des ohmgelds cantonaux, qui frappaient les boissons étrangères de taxes différentielles; une troisième, «le l'absence de législation fédérale sur la propriété littéraire, artistique et industrielle, ce <|ui permettait la contrefaçon des œuvres françaises. Il fallut, sur ces divers points, faire des concessions, d'où résulta une inégalité de traitement entre Suisses et étrangers, ;iu profil de ces derniers (1864). Pour y remédier, les chambres décidèrent en 1 .s< ">r> une revision partielle de la constitution fédérale, qui portail sur neuf points : introduction du système métrique, liberté d'établissement sans distinction de croyances religieuses, droit de vote accordé aux Suisses dans les affaires communales, régularisation des droits civils des Suisses établis hors de leur canton, droit de vole des Suisses dans les affaires cantonales, suppression des peines corporelles, garantie de la propriété intellectuelle, interdiction des loteries et jeux de hasard.
C'était un beau programme, suffisamment progressiste pour l'époque. Les radicaux le trouvaient cependant trop maigre, et d'autre part, les conservateurs le repoussaient pour le motif opposé'. Sous leurs efforts combinés, il en advint de cette revision partielle comme du pacte Rossi. Elle sombra dans la votation du 14 janvier 1866, à l'exception d'un seul point : l'assimilation des israélites suisses aux autres confédérés pour la liberté d'établissement. Voulant poursuivre son triomphe équivoque, l'association radicale l'Helvétiase mit immédiatement à recueillir les 50000 signatures nécessaires pour une revision totale, qui devait entre autres procurer l'extension des droits du peuple: niais cette initiative lit fiasco.
Ce n'était là, toutefois, qu'un échec momentané. L'idée démocratique qui, depuis 1830, s'était manifestée en Suisse par rétablissement du suffrage universel et du régime parlementaire, par le vote des constitutions et, dans certains cantons, par l'introduction du veto populaire, aspirait à réaliser de nouvelles conquêtes. Elle puisait un stimulant dans diverses circonstances propres à indisposer les couches populaires contre les classes dirigeantes. Pour ces dernières, le soin des intérêts matériels était devenu la chose principale. C'était l'époque où,
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sous le régime de la liberté de commerce el d'industrie, les grandes sociétés d'actionnaires se fondaiënl pour l'exploitation des chemins de fer, de la banque el d'autres branches de l'activité nationale. Il en résultait un développement colossal de la prospérité économique, mais aussi un état de dépendance plus grande de l'individu, incapable de lutter seul contre ces puissantes organisations. Une sorte de féodalité se reconstituait ainsi. La division du travail poussée' à ses dernières conséquences, une régularité mécanique s'imposait à l'ouvrier. Instinctivement, le peuple cherchait un correctif. Il demandait à la loi de protéger davantage l'individu. Mais la loi, qui la faisait? Des parlements souverains. Une fois les députés élus, le droit des électeurs cessait. Par la force des choses, les parlements étaient composés d'avocats, de grands industriels, de riches paysans, de financiers, qui s'arrangeaient entre eux comme en famille. C'était une nouvelle aristocratie substituée à l'ancienne. Le remède consistait à donner au peuple non seulement le pouvoir constituant, mais le pouvoir législatif, et cela par le référendum.
Cet état d'esprit encore inconscient des masses populaires ne pouvait échapper à l'œil des politiciens. La société ouvrière du Grùtli et jusqu'à un certain point l'association radicale YHelvétia, devinrent les principaux organes de ces aspirations. Longtemps leurs efforts ne rencontrèrent qu'un faible appui dans les populations, engourdies par le bien-être économique. D'ailleurs, comme il arrive toujours, les hommes au pouvoir ne se souciaient pas de céder une part quelconque de leur autorité; conducteurs du peuple, ils usaient de toute leur influence, qui était grande, pour contenir l'opinion dans l'ornière établie. Une évolution se préparait cependant malgré eux, non point sur le terrain fédéral, comme le Grûtliverein et YHelvétia y poussaient, mais sur le terrain cantonal.
Cette évolution se dessina d'abord à Bàle-Campagne. Un ancien instituteur, nommé Rolle, avait réussi en 1863, après des luttes personnelles extrêmement acrimonieuses dont le détail ne présente aucun intérêt, à faire adopter une constitution ultra-démocratique qui instituait le référendum obligatoire pour toutes les lois, l'initiative populaire en matière législative, l'élection du gouvernement par le peuple. Le nouveau régime, dont Rolle devint le chef, se distingua en outre par diverses excentricités, telle que la suppression des notaires et des
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actes notariés. Durant quelques années, ce canton lut en proie a des dissensions très vives, touchant souvent au ridicule, ri qui se terminèrent par la chute de Molle ei de ses farouches lieutenants. Il est resté cependant de leur passage au\ affaires la constitution donl nous avons esquissé les grandes lignes.
Ce lui ensuite le loin- de Zurich, où Alfred Escher exerçait une influence énorme due a son talent, à ses vues élevées, à la puissance financière donl il disposait, l'ouï' parvenir à une situation quelconque,
il fallait être de ses amis. La démocratie, comme tout autre régime, a besoin d'une tète.
Elle s'en crée une et momentanément s'en l'ait un fétiche, puis elle la brise, ('/est ce qui advint à Alfred Escher comme a tant d'autres. Son entourage valait moins que lui et lui faisait du tort. Mien qu'il eut quitté h' gouvernement déjà en lcS.")7, il était demeuré le chef intellectuel du régime.
C'est donc contre lui essentiellement que les coups portèrent. La revision de la constitution dans un sens démocratique était réclamée depuis longtemps, mais le parti gouvernemental avait réussi à l'ajourner et n'avait accordé qu'une revision partielle sans grande portée. qui eut lieu en 1865. Un avocat, nommé Locher, commença peu après wwr guerre de pamphlets spirituels et incisifs contre le "système. » Condamné pour calomnie, il fut, à sa sortie de prison, l'objet d'une ovation enthousiaste (1866). a A bas le respect des autorités m (nieder mil dent Respeki ^'devint le mot d'ordre du mouvement populaire. A sa tête se trouvaient des hommes très passionnés, Bleuler, Zangger, Ziegler, Vôgelin el d'autres, qui entreprirent une campagne ardente pour la revision totale de la constitution. En 1867, ils profitèrent de la
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