‹ La suisse au dix-neuvième siècleChapitre 28 sur 74 · I. ETAT FEDERATIF · texte numérisé non relu

I. ETAT FEDERATIF

teaux jurassiens, toutes les miils on entendait tonner le canon de lïclfort. Nos avant-postes à la frontière avaient un service pénible. Il fallait redoubler de vigilance, car Gambetta venait d'ordonner la fameuse diversion de l'armée <le l'est, qui devait si mal finir. Après le combat de Villersexel, celle armée chercha à se retirer par Besançon sur Lyon, mais les troupes allemandes, lui coupant le chemin, la rejetèrent sur la frontière suisse, au moment même joù Paris capitulait (28 janvier 1871). Exclue on ne sait pourquoi de l'armistice signé par .Iules Favre, privée de son chef, Bourbaki, qui avait tenté de se brûler la cervelle à

Passage de l'armée française aux Verrières. D'après un tableau tic A. Badielin.

Besançon, la pauvre armée de l'est n'avait d'autre ressource que de se réfugier sur notre territoire. Une convention d'internement fut signée aux Verrières le 1er février au soir par le général Clinchant, qui avait remplacé Bourbaki, et par le général Herzog, accouru en toute hâte de Delémont, où son service d'éclaireurs parait ne l'avoir pas suffisamment renseigné sur ce qui se passait en Franche-Comté. En vertu de cette convention, 85 000 hommes firent leur entrée en Suisse, après avoir remis leurs armes à nos troupes. Ils avaient avec eux 10 000 chevaux, 200 canons et un nombreux train d'armée. La plupart entrèrent par les Verrières et descendirent par le Val de Travers sur Neuchàtel et Colombier, d'où ils furent répartis dans les cantons de la Suisse allemande. Un grand nombre furent aussi dirigés de Pontarlier sur Jou-

gne el Vallorbes, puis cantonnés dans la Suisse romande. Hommes et chevaux étaient dans un étal misérable. In immense mouvement de commisération s'empara du peuple suisse, c|ui se prodigua en soins cl en secours de toute sorte. Jamais la Suisse ne lui plus belle que sous cette auréole de charité.

Les internés séjournèrent pendant plusieurs semaines dans notre pays, [ls furent rapatriés vers la lin de mais. La France remboursa les frais officiels de l'internement, qui s'élevèrent à 12 millions. Les liens d'amitié qui, en dépit de bien îles brouilles passagères, unissent les deux peuples, se resserrèrent d'autant plus que la France républicaine se trouvait isolée en Europe. Les sympathies pour le peuple vaincu s'accusèrent même d'une manière excessive à Zurich, où, le 9 mars 1871, à l'occasion d'un banquet de la colonie allemande qui célébrait les victoires de son pays, la Tonhallc fut prise d'assaut et saccagée par la population. Il fallut envoyer des troupes fédérales et un commissaire. Bientôt, il esi vrai, les sympathies pour la France se refroidirent quelque peu à la nouvelle des excès commis par la commune ;'i Paris et des sanglantes représailles qui s'ensuivirent. La Suisse donna asile à bon nombre de communards, sans que ni leurs personnes et encore moins leurs doctrines lussent particulièrement appréciées parmi nous.

Pendant toute cette période si critique, la Suisse avait attesté par eh s faits son utilité incontestable comme pays neutre, el montré sa fei me volonté de remplir les devoirs qui découlent de cette situation. Elle avail pu aussi juger les côtés faibles de son organisation politique et militaire. Déjà en 1866, la guerre entre la Prusse el l'Autriche avail appelé l'attention de nos militaires sur la nécessité d'améliorer notre armement. Il en était résulté l'adoption du fusil à petit calibre et à

Dames :■■ -lises soignant les blessés

fraiv D'après un dessin </<■ .1 Bachelin.

I II AT FEDERATIF

répétition (Vetterli). La guerre franco-allemande était, comme enseignement, d'une portée plus grande. Non seulement elle avait mis en évidence la supériorité d'une science militaire véritable sur l'ancienne routine, l'occupation de nos frontières axait aussi révélé de graves lacunes dans la discipline, dans l'instruction, dans l'habillement et l'équipement des troupes cantonales. Une plus grande centralisation devenait nécessaire. A vrai dire, les cantons avaient montré également leur très réelle utilité, surtout lors de l'internement de l'armée de l'est. Tandis que, dans cette dernière circonstance, les chefs de notre année s'étaient presque laissé surprendre, faute d'un service de renseignements bien organisé, tandis qu'en général l'administration militaire centrale était loin de suffire à sa tâche, les cantons et les communes avaient heureusement suppléé à toutes ces insuffisances, grâce à l'esprit d'initiative que favorisent nos institutions et aux compétences que les autorités régionales et locales pouvaient exercer. Et ces avantages de notre état fédératif ressortaient avec une force plus grande encore quand on mettait en regard le spectacle donné par la France centralisée, où toute vie s'était éteinte depuis l'investissement de Paris. On faillit cependant les perdre de vue dans la poussée qui se fit alors pour réclamer une centralisation militaire absolue. Au surplus, un autre enseignement se dégageait des événements de cette époque. L'Allemagne et l'Italie venaient de se constituer en états puissants et unifiés. Il fallait évidemment fortifier aussi notre confédération pour qu'elle put faire à tous égards bonne figure entre ses quatre grands voisins. Mais ici également on risqua d'aller trop loin.

« Un droit ! une armée ! » telle était la formule adoptée par les

Guillaume Vigier.

centralisateurs. Ils tentèrent de compléter la trilogie en ajoutant: o un Dieu! d c'est-à-dire un credo religieux. C'était une réaction contre les prétentions de l'église. Le jour même de la déclaration de guerre de la France à l'Allemagne (18 juillel 1870), le concile de Home avait proclamé l'infaillibilité <lu pape, sanctionnant ;iinsi le Syllabus, dans lequel Pie IX, en 1864, avait anathématisé les partisans des droits et des libertés modernes. Augustin Keller, le vieil ennemi du cléricalisme, s'empressa d'ouvrir une nouvelle campagne contre l'église romaine et ses doctrines. Carteret, à Genève, Bodenheimer, à Berne,

Guillaume Vicier, à Soleure, Anderwerl en Thurgovie, Kappeler, aussi un Thurgovien, président de l'école polytechnique de Zurich, Hungerbûhler, à Saint-Gall, se lancèrent ardemment dans la lutte, favorisant de toutes leurs forces la création de l'église vieille -catholique, à l'imitation de ce qui se faisait en Allemagne, sous l'impulsion de Bismark. C'est ce qu'on a appelé le Kulturkampf, c'est-à-dire l'état défendant la civilisation contre l'église. Les passions politicor< Ligieuses se déchaînèrent comme à l'époque néfaste qui précéda le Sonderbund (1839 à 1847), et les révisionnistes s'y associèrent avec d'autant plus de zèle <|u ils y trouvaient un moyen d'activer la réalisa

lion de leurs désirs.

C'est au milieu de ces circonstances diverses que s'ouvrirent les déliais des chambres sur la revision (6 novembre 1871). Il sciait fastidieux d'en faire le récit détaillé. Bornons-nous à noter les principaux résultais qu'ils mirent au jour. Sans toucher aux anciennes hases fondamentales de l'état fédératif, qui sont la double majorité du

peuple et des caillons et le système des deu\ chani lues, on introduisit

cependant le référendum facultatif s'exerçant seulement par le Mite

populaire, ce qui ('-tait une entorse au principe de la double majorité. L'unification du droit et la centralisation militaire lurent adoptées

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