I. KTAT l'KDKUATU
A Genève, une antre cause d'agitation existait. La paroisse catholique de cette ville, garantie par le£ stipulations «les traités de 1815, avait eu presque constamment à sa tète des piètres envahissants. .laines Fazy, quoique radical, loin de contenir leurs ambitions, avait l'ait alliance avec eux pour se maintenir au pouvoir. Le dernier curé de cette paroisse, Gaspard Mermillod, était un homme habile et plein d'audace; il aspirait à devenir évêque de Genève, ce <|iii ne pouvait avoir lieu qu'en détachant ce canton du diocèse de Lausanne et Genève, dont le siège épiscopal est à Fribourg. Contre le gré de Mgr Marilley, qui ne pouvait naturellement voir de bon œil amputer son diocèse, Mermillod réussit à se faire nommer par le saint-père vicaire apostolique de Genève. Ni le titre ni la mission n'étant prévus par les arrangements intervenus entre la Suisse et Rome pour la constitution des diocèses, le gouvernement de Genève, dont Carteret, radical aussi, mais anticlérical, était alors le chef, protesta énergique ment. Sur le refus de Mermillod de renoncer à ce titre, le conseil fédéral prit un arrêté qui interdisait à ce prélat, bien que citoyen suisse, le séjour sur notre territoire, aussi longtemps qu'il prétendrait y exercer, au nom d'un pouvoir étranger, des fonctions non reconnues par les autorités du pays. Cet arrêté fit grand tapage. L'assemblée fédérale fut saisie par Mermillod d'un recours, qu'elle écarta (juillet 1873). Il en fut de même des recours de prêtres et de fidèles contre les nouvelles lois ecclésiastiques de divers cantons. Le pape ayant critiqué diverses mesures en termes fort peu mesurés, le nonce pontifical, Mgr Agnoz/.i. reçut du conseil fédéral ses passeports (janvier 1874). C'est à partir de ce moment que la Suisse a cessé d'avoir un représentant du saintsiège accrédité auprès de son gouvernement.
Antoine Carteret.
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Ces luttrs eurent pour effel il imprimer au travail de la revision fédérale une allure beaucoup plus ferme qu'en 1872. Grâce au compromis conclu avec la Suisse romande, les cantons conservateurs catholiques restèrent seuls à faire opposition au nouveau projet de constitution, qui, adopté par les chambres le ;îl janvier 1874, fut soumis au vote «lu peuple et «les cantons le 19 avril suivant, et accepté par 340 199 voix contre 198013, et par 1 I ' , cantons contre 7' ,.
La Suisse venait de franchir une nouvelle étape importante de son histoire. Entièrement consolidée vis-à-vis <lu dehors, honorée des autres pays à cause de son esprit pacifique, de sa fidélité à remplir ses devoirs de neutre, de ses tendances humanitaires qui faisaient d'elle le gardien des grandes œuvres nationales, telles que la Croix-Rouge, l'union télégraphique, l'union postale universelle, elle avait su en même temps fortifier à l'intérieur le lien fédéral, développer le sentiment du droit, établir l'unité dans les choses nécessaires tout en respectant la diversité là où, loin de nuire, elle est un élément de vie et de progrès. On peut dire qu'en 1874, malgré les luttes qui la divisaient encore, la Suisse était le pays le plus heureux du monde, libre, peu chargé d'impôts, presque pas endetté, jouissant d'une grande prospérité matérielle, ouvert à toutes les idées généreuses, dans la réalisation desquelles se manifestaient le bon sens inné et l'esprit pratique de son peuple. Etait-ce là un point culminant qui ne devait pas être dépassé '