‹ La suisse au dix-neuvième siècleChapitre 32 sur 74 · SV · texte numérisé non relu

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Expulsion de Wolilgemuth.

(D'après une caricature du Carillon.)

agi de connivence avec eux. Parmi les lettres de Wolilgemuth à Lui/, remises au préfet, il y en avait une entre autres où il le pressait de si' livrer à des menées provocatrices ( Wahlen Sie nur lastig drauf los!j . Sitôt la conférence commencée entre les compères, la police argovienne intervint pour mettre la main sur Wolilgemuth et le conduire en prison, où il passa quelques jours sans que le conseil fédéral eût été informé de cette arrestation par l'autorité cantonale. Le ministre d'Allemagne, M. de Bûlow, réclama énergiquenient sa mise en libellé immédiate. Mais après avoir pris connaissance du dossier, le conseil fédéral jugea qu'il ne pouvait donner satisfaction pure el simple à

La Suisse au \7\ siècle, I. 2,'i

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cette demande el il rendit contre Wohlgemuth un arrêté d'expulsion pour s'être livré sur notre territoire à des actes contraires au droit des gens (3 mai 1889). Cette décision irrita profondément le prince de Bismark, qui se mit à adresser au gouvernement suisse une série de notes comminatoires, le menaçant, s'il ne voulait pas retirer son arrêté d'expulsion et faire du reste amende honorable, d'établir un blocus à la frontière et de retirer la garantie donnée à la neutralité de la Suisse. Il réussit même à faire agir dans le même sens la diplomatie russe el autrichienne, qui se joignit à ses démarches bien plus par complaisance apparente que par conviction réelle, car il n'y avait pas de doute que l'Allemagne, dont l'agent Wohlgemuth avait été pris la main dans le sac. se trouvait en un mauvais cas vis-à-vis de la Suisse.

Le conseil fédéral ne se laissa pas émouvoir par toutes ces démarches. Il n'eut pas de peine à rassurer complètement l'Autriche el la Russie sur sa ferme volonté, prouvée par de nombreux actes récents, de remplir tous ses devoirs internationaux en matière de droit d asile. D'autre part, envers le prince de Bismark, il maintint avec énergie le droit de ne pas tolérer sur le territoire suisse des agissements comme ceux de Wohlgemuth : et a la menace de dénonciation de la neutralité de la Suisse, il répondit avec dignité que cette neutralité n'est pas seulement une création de la diplomatie, dans l'intérêt de l'Europe, mais qu'elle repose aussi sur la volonté de notre peuple.

Cette affaire, comme nous l'avons dit, lit un bruit 1res grand, d'autant plus qu'elle venait après des conflits de frontière assez redoutables entre la France et l'Allemagne (affaire Schnebelé, affaire de Pagnysur-Moselle). La ferme attitude du conseil fédéral, des chambres qui, a l'unanimité, approuvèrent sa conduite, du peuple suisse unanime aussi, lit une impression profonde dans le momie entier. Le conseil fédéral profita de la circonstance pour faire voter un emprunt de 20

millions destine au nouveau l'usil d'infanterie et pour proposer la création d'un poste permanent de procureur général, chargé de surveiller les menées des anarchistes el autres agents de désordre. Le prince de Bismark, qui ne trouvait pas. tant s'en faut, le même appui dans l'opinion publique de son pays, surtout pas dans l'Allemagne du sud où

ses projets .le bloCUS avaient rencontré un.' opposition absolue, ne put s.- donner .l'autre satisfaction que de dénoncer le traité .rétablisse-

nient, sur lequel le conseil fédéral s'était basé pour repousser ses prétentions relativement à la tolérance qu'il nous reprochait d'avoir pour des gens sans aveu.

Celte affaire était à peine calmée qu'une autre difficulté menaçait de surgir avec l'Allemagne. L'empereur Guillaume II avait décidé de convoquer à Berlin une conférence pour s'occuper du règlement international des questions ouvrières (4 février 1890). Or, quelques jours auparavant (28 janvier), le conseil fédéral avait expédié aux gouvernements européens une circulaire dans le même but, reprenant ainsi une initiative dont il s'était occupé précédemment (voir p. ;^4<S). Le prince de Bismark, hostile à ce projet, loin de seconder les efforts de l'empereur, lui avait laissé ignorer l'initiative suisse, en sorte qu'un conflit était sur le point de se produire entre les deux invitations. En dépit du prince, l'entente se lit toutefois, le conseil fédéral ayant consenti à céder le pas à l'initiative im- g.-f. Hertenstein.

périale. Cette affaire contribua (Photographie Wicky, Berne.)

à la disgrâce du chancelier, qui dut se retirer de ses fonctions publiques. Après son départ, les relations entre les deux pays redevinrent des plus amicales ; un nouveau traité d'établissement fut négocié, et dès lors il n'y a plus eu aucun conflit entre eux sur quelque sujet que ce soit.

Malgré les difficultés politiques et économiques que nous venons de rappeler, les seize années qui ont suivi la revision fédérale de 1S74 marquent parmi les meilleures et les plus fécondes de ce siècle. Après

avoir jeté encore quelques lueurs sombres sur le pays, le Kulturkampf&xaïï pris On. Un espril de bonne fraternité confédérale allait se développanl de plus en plus entre les membres des cbambres comme entre les citoyens des diverses opinions. Le conseil fédéral apportait dans toutes les questions la plus grande conscience et le plus grand désir de les régler avec le consentement général. Il s'était recruté successivement d'esprits distingués, d'bommes d'expérience, d'administrateurs sages et prudents. A Heer, démissionnaire, homme d'élite, avait succède Bavier (1879) ; à Scherer, décédé, Hertenstein (1879); à Anderwert, décédé, Louis Ruchonnet 1 1880) : à Bavier, nommé ministre à Rome, Deucher (1883) : à Hertenstein, décédé, Hauser (1889). Une saine tradition s était créée et se maintenait. Le pays était arrivé à avoir dans ses chefs une confiance absolue. Au dehors, la Suisse et ses autorités jouissaient d'une considération et d'un prestige qui à aucune époque n'avaient existé au même degré. C'est l'avantage d'un régime qui a pris définitivement ses assises et dont les hommes sont connus au long et au large comme ayant l'ail leurs preuves dans des circonstances difficiles, que d'inspirer une telle confiance au dedans comme au dehors. Bien que celle époque soit très rapprochée de nous, elle appartient déjà cependant à l'histoire, et nous croyons ne pas la juger trop avantageusement en disant que, comparativement a la phase précédente, elle lui est supérieure sous tous les rapports. ('. est un nouveau point culminant qui s'< s! trouvé atteint, après une ascension pleine de péripéties et de difficultés. La phase qui va maintenant s'ouvrir et dans laquelle nous sommes actuellement, est plus

mouvementée encore, plus grosse de conséquences de toute sorte. Nous allons nous efforcer de l'étudier avec la même objectivité, la même sérénité historique que les phases antérieures.

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