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zer, de Winterthour (1720-1779), qui devait^ trouver son centre d'activité à Berlin; 1rs naturalistes ('.. Escher, Jean-Jacob Scheuchzer et Zimmermann. En 1773, Schinz publia une remarquable Histoire du commerce zurichois. En 17.su. II. -Il Fusslin lil paraître une excellente biographie de Jean Waldmann.
A Lucerne, on remarquait Félix de Balthazar, trésorier de la ville et
historien, auteur d'un grand nom lire d'ouvrages historiques, dont les plus importants sont relatifs à la diète de Stanz de l isi . On lui doit aussi des recherches sur le De Heloetiorum juribus cirai sacra, oeuvre qui servit longtemps d arme aux partisans d'une relise d'état en Suisse el qui produisit dans le monde catholique une grande agitation. Parmi d'autres écrivains lucernois, on remarque lis naturalistes-Maurice-Antoine Rappeler (•{■ lTiilh et Charles- Nicolas Lang; les deux jésuites Krauer el Zimmermann, auteurs de drames patriotiques, el le dernier d'un roman, La jeune " , , I gouvernante, <|ui lui fort à la
-'-~-=- - ■■ mode aulrel'ois le général Louis Pfyffer de Wyer, l'auteur d'un Panorama de la Suisse primitive, qui obtint un grand succès dans les
cercles Cultivés.
La ville de Haie était particulièrement riche en savants d'une réputation européenne. Les familles Bernoulli et Euler comptaient à elles seules plus de grands mathématiciens que maintes capitales d'Europe
pendant le c -s d un siècle en lier Trois Bàlois étaient en même temps
membres de l'académie de Berlin Léonard Euler, Jean Bernoulli et Jean-Bernard Merian. Les philanthropes n'estimaient personne plus qu Isaac Iselin, ce secrétaire d'étal doublé d'un philosophe. In autre
secrétaire d'état, Pierre Ochs, qui devait bientôt devenir un des instruments de la transformation dé la Suisse, avait, à ce moment, formé le projet d'écrire une grandiose Histoire de Unie, donl se réjouissaient lous les amis de l'histoire.
Schaffhouse, malgré sa petitesse, avait aussi ses grands hommes; c'étaient les deux frères Jean et Jean-Georges Mùller, artistes et écrivains dont les noms vi- \ ront éternellement dans les cœurs (les Suisses:
Jean de Muller surtout, qui sut durant les plus sombres jouis, réveiller le sentiment patriotique, et dont les peintures, aujourd'hui encore, font la joie des nouvelles générations. Son frère, Jean- Georges, d'un caractère plus ferme, fut l'ami intime de Herder, dont il publia les écrits.
Le Grisou Gaudenz de Salis (1762-1837), l'un des meilleurs poètes de son temps, a écrit en France des lieds où il célèbre sa patrie et la vie rustique.
Parmi les littérateurs de la Suisse italienne, il y en a deux, Pierre Soave, de Lugano (1743-1806) et Jean-Dominique Cetti, l'élève de Mezzol'anti, qui méritent d'être cités, moins pour leurs propres œuvres que pour leurs excellentes traductions.
A Lucerne, un peintre, Melchior Wyrsch, de Buochs, le fondateur de l'académie de peinture de Besançon, réussit à créer une école de dessin qui prospéra encore après la mort de son auteur, tué dans les journées de septembre 179.S. Déjà auparavant
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M. Dl l II l;i \ M
existai! à Zurich une école de dessin où l'on cultivait également la peinture.
( '. isi seulement dans la dernière moitié < 1 m XVIII11" siècle que I 'instruction publique en Suisse est l'objet d'une attention sérieuse. Les religieux de l'ordre de Citeaux à Saint-Urbain, introduisirent, à l'instar de l'abbé de Saint-Gall, les méthodes d'enseignemeni en usage en Autriche, dans les écoles i|ii ils fondèrent sur le territoire dépendant de leur couvent et dans le Jura bernois. Un pasteur de Pfàffikon, Escher, publia en 1771 un excellent petit manuel de pédagogie à l'usage des maitres d'école
Sur le territoire bàlois aussi, on consacrait beaucoup de soins à l'instruction publique. Là, se lit sentir surtout l'action des pasteurs Sébastien Spôrlin, de Diegten, et Huber, de Sissach. Mais le plus célèbre de tous ces pédagogues esi Henri Pestalozzi qui, déjà avant la ré volution Française, s'était consacré à l'éducation des pauvres.
L'instruction élémentaire en Suisse était assez répandue pour que la plupart des habitants sussent lire et écrire. Dans les caillons catholiques, et même dans les plus pauvres communes des montagnes à
Uri, par exemple, on trouvait des écoles de village qui subsistèrent
jusqu'à l'époque où le gouvernement helvétique abolit les dîmes.
Le service mi li la ire était bien obligatoire, mais il n'y avait que les membres des classes dirigeantes qui pussent arriver aux liants grades, soit dans leur pays, soit à l'étranger. Ceux qui servaient au dehors en retiraient, outre les honneurs cl les distinctions, de grands prolits matériels. Le service mercenaire avait iiu reste l'avantage de former,
sans liais pour le pays, d excellents soldats et des officiers. L'esprit militaire aussi, qui, piaulant les trois cents ans que dura la paix, se serait peut-être affaibli, se maintint dans la nation.
Parmi les artisans et les mécaniciens qui faisaient honneur à la Suisse, plusieurs étaient sortis des couches inférieures du peuple, comme Hitler, de Lucerne (•] 1809), et les deux frères Grubenmann, il \ppi •nzell. auxquels on doit les fameux ponts d'Emmen, de Mellingen, de Wettingen et de Schaffhouse ; Labalye, de Vevey, et Perronet, construisirent de grands ponts à Londres (Westminster), à Paris et à Pétersbourg. Parmi les mécaniciens fameux de cette époque, on compte Ferdinand Berthoud, Jacques Droz et Girardet, de Neuchàtel. Parmi
les -laveurs de médailles du XVIII11" siècle, ipielipies Suisses occupent
A La mémoire de Lavater.
Composition de H. Lips. (Collection fédérale des estampes.}
Lu Suisse au XIX' siècle, I
le premier rang : Hettlingen, de Schwytz, Schwendimaun, de Lucerne, Mœrikofer, de Frauenfeld, Jean-'el Antoine Dassier, de Genève. Ci m une graveurs sur cuivre, il faul citer les noms de Jean-Jacob Frei, de Lucerne (1681-1770), de Fusslin, de Zurich, et de Christian de Michel, de Bàle.
I);ms les bailliages italiens, on comptait quelques-uns des meilleurs architectes, sculpteurs et peintres du temps : les sculpteurs Rossi, Soave, Albertolli, Ricca, Rusconi, Rezi, Pisoni, l'auteur de l'église de Sl-()urs, à Soleure ; les peintres Colomba, Magatti, Pancaldi, Rusca : l'architecte Pietro Morettini, qui construisit la forteresse de Cahorn et améliora la roule du Gothard en faisant sauter le trou d'Uri. Angelica Kaufmann vit le jour à Coire. Liotard, peintre de la coin- à Vienne, était originaire de Genève. Berne avait aussi son peintre: Freudenberger, qu'on appelait alors le Watteau bernois.
Parmi les sculpteurs de la Suisse allemande, personne n'égalait Alexandre Trippel, de Schaffhouse (1774-1793). A Genève aussi il y avait un sculpteur de talent, Jean Jacquet (1754-1839).
Les bibliothèques des villes de Zurich, de Berne, de Bàle et de Genève, celles des cloîtres de St-Gall,d'Einsiedeln et d'Engelberg étaient riches en manuscrits importants et rares. Dans les cloîtres des couvents île Mûri, de Wettingen, de Rathausen, de Dànikon, dans les églises de Kôniz, de Sumiswald et de Kûssnach (canton de Zurich), il v avait de remarquables vitraux. Dans les sacristies des couvents de St-Ours, à Soleure, de Beromunster et de St-Maurice, dans le Valais, les trésors en argenterie excitaient, par leur beauté, l'admiration des connaisseurs.
Les toiles que l'on fabriquait à St-Gall, dans l'Appenzell et dans le Toggenbourg axaient dès le XV"" siècle une réputation universelle Au XVIII11"' siècle était venue s'y joindre la fabrication des dentelles. Les rubans de Bàle, les soieries de Zurich et les mousselines de Glaris étaient réputées. A Zurich seulement, on comptait, en 1 787 , quarante mille fileurs et tisserands. Par contre, les fabriques de drap autrefois si prospères de Berne, de Thoune et de Fribourg, commençaient à décliner. A Schwytz et à Engelberg, il y axait des filatures de soie et de coton florissantes. Les fabriques de papier de Bàle occupaient, depuis le \Y" siècle un grand nombre d'ouvriers. A Genève et à Zurich, on trouvait les meilleurs joailliers de la Suisse. Genève, de son côté, riva-
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lisait avec Neuchàtel pour l'arl de I horlogerie. A la suite des troubles politiques de 1770, plusieurs horlogers de Genève émigrèrenl à Gex el ;'i Versoix, où ils transplantèrent leur industrie.
L'industrie alpestre, l'agriculture et la culture des prairies llorissaienl dans le centre de la Suisse, à Berne el à Fribourg, Là, les gouvernements prirent souvent des mesures propres à développer l'agriculture. C'est ainsi que, pour faciliter la culture de la pomme de terre, ils renoncèrent aux dimes sur ce produit. Une société économique, présidée par Jean-Rodolphe Tschiffeli el Nicolas Emmanuel Tscharner (1727-1794), favorisa l'extension de l'industrie laitière et l'exportation îles fromages. C'esl aux efforts de ces hommes aussi qu'on doit le pardes grands domaines , ce qui ne fut pas sans amener au début quelque trouble dans le système hypothécaire. La Société des sciences naturelles, fondée à Zurich en 1717. travailla à l'amélioration des instruments aratoires, à l'introduction de la culture du trèfle, a l'irrigation des prairies, au dessèchement des marais el à la pisciculture. C'esl i ee moment aussi que l'on commença à exploiter les carrières de la vallée de la Linth, qui fournirent bientôt la Suisse entière d'ardoises.
Le résultai de celle multiple activité durant cette longue époque île paix, lui de produire un bien-être général. Dans quelques centres industrieux, la population augmenta rapidement. La nécessité avait créé certaines industries. Jean de Millier le remarquait dans un mémoire sur la Suisse, présenté au roi de Prusse en 17X7 : l'industrie el le commerce sont nés des besoins. La valeur de l'argent s'en accrut en proportion. El cette industrie prospéra parce que les commerçants n'avaient pas d'impôts à payer ni de concurrence à redouter. Les manufactures s'accrurent au détriment de l'agriculture. « La culture des champs et de la vigne, écrit Jean de Millier, diminue. Tout le pays se
transforme en prairies. Ces nouvelles conditions de vie rapportent davantage en coûtant moins de peine. Mais les lions citoyens voient avec tristesse le luxe affaiblir l'énergie et le goût des armes dans une nation qui n'a pour se défendre que son courage et sa valeur militaire il
Cet essor de l'industrie eut aussi pour conséquence de créer une nouvelle classe populaire agitée et bruyante, qui a Genève et i Zurich, devait bientôt devenir un élément de trouble.
Bien que les commerçants de Bàle, «le Genève, de Sl-Crall et de
Zurich fussent exonérés d'impôts, ils subirent pourtant des pertes considérables ;'i la suite de L'abolition des monopoles commerciaux en France. Le contre-coup des spéculations effrénées de Law et de Malacrida se lit aussi sentir en Suisse.
Pendant que cette transformation sociale s'accomplissait graduellement, les citoyens continuaient à jouir personnellement de la plus entière sécurité. Il n'y avait pourtant alors aucun organe pour la protection de l'individu. Mais le peuple était si bien discipliné et si bien dressé, qu'un petit nombre d'agents de police suffisait au maintien de Tordre. Les fonctions de ces agents se bornaient à surveiller l'ouverture ou la fermeture des portes de ville, l'heure du couvre l'eu et les allées et venues des étrangers. En revanche, on ne tolérait que dans quelques endroits la discussion des affaires publiques. Partout ailleurs il fallait la permission du gouvernement pour écrire, faire des discours, ou convoquer une assemblée.
Les étrangers qui voyageaient en Suisse ne pouvaient assez admirer les maisons des citadins et des paysans, avec leurs riches mobiliers, plus solides et plus pratiques qu'élégants. La propreté et l'amour de l'ordre assuraient aux choses leur durée. La propriété était respectée.
Partout, en Suisse, il y avait encore de grands biens communaux, les Àllmenden, qui dataient des temps les plus reculés et auxquels avaient part tous les bourgeois de la commune. Le nombre des vrais pauvres resta ainsi très minime jusqu'en 1 750. Les gouvernements, d'autre part, punissaient de peines très sévères les déprédations dans les forets, les dégâts dans les pâturages. Ils imposaient aussi fortement le luxe. Il y avait en outre des hôpitaux partout et des hospices richement dotés. Ces établissements ne recevaient que des ressortissants du pays. Daus les cantons catholiques, on rencontrait encore des auberges de pèlerins qui dataient du temps des Croisades. Sur les cols des montagnes, on trouvait des hospices qui, à l'époque des Mérovingiens et des Carlovingiens, avaient remplacé les anciennes auberges romaines. Bien que ces hospices eussent conservé leur caractère religieux, ils accueillaient tous les voyageurs sans distinction de culte ou de nationalité. Il y avait, en outre, dans la Suisse occidentale surtout, des caisses de pauvres richement pourvues.
Ce qu'on nomme la sixième grande puissance, le vin, joua aussi, à cette époque, son rôle dans les mouvements politiques et sociaux.
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(l'est à l'abus il ii \ in. par exemple, qu'on pouvait attribuer la décroissance de la population du pays de Vaud. A Schaffhouse, comme dans quelques parties de Berne el de Zurich, bien des misères avaienl leur source dans l'ivrognerie. A Zurich, sur 137 267 habitants, on comptait environ 27 000 nécessiteux el 12 234 assistés. En 1790, sur 150 605 habitants, il y avait, outre les nécessiteux, 30 l(>l nommes qui ne pouvaient vivre sans les secours de l'étal
Avec les années de disette île 177(i et de 1771. l'émigration pril de grandes proportions en Suisse. Beaucoup de Zurichois s'établirent dans la Poméranie prussienne. Quelques familles, qui n'étaient pas poun ues de moyens suffisants, furent forcées de revenir au pays. I >n leur imposai! l'obligation d'entendre une prédication expiatoire, d'implorer à genoux leur grâce et le pardon du gouvernement. Elles étaient en ou Ire privées ■ lu droit de prendre pari aux assemblées communales et de remplir des fonctions, et ne jouissaient plus de leur part des biens communaux.
Le gouvernement de Zurich poussait l'égalité jusqu'à employer l'orphelinat de la ville comme dépôt pour les vagabonds, les paresseux el les simples délinquants. Le prince-abbé de Saint-Gall, Beda, se montra plus magnanime lorsque, dans les années de disette (1770- 1771'. il lïl acheter à Venise des blés qu'il revendit à ses sujets avec une perte de 240 000 florins. En même temps, il faisait distribuer aux pauvres pour 95 512 florins de pain.
La Suisse était partout sillonnée de larges roules, bien entretenues, ombragées de beaux arbres, pourvues de bancs et d'abris. De jolis ponts couverts étaient jetés au travers des nombreuses rivières. Mes fontaines, souvent d'une apparence monumentale, ornaient le pays. Les auberges étaient réputées autant pour leur propreté, leur commodité el leur bel air que pour leur bon marché. On y consommait déjà du thé ou ilu café. Dans certains cantons, comme Soleure, les habitants liaient tenus d'accompagner les voyageurs. Dans les pays catholiques, la cloche de Sainte-Catherine sonnait le soir, afin que les fidèles priassent pour les voyageurs égarés. Les dimanches, dans les églises, on priait | r tous ceux qui enlrelenaienl les roules et les chemins.
Pour la beauté des édifices, c'étaient Berne el Soleure qui occupaient, au XVIII siècle, parmi les \illes. le premier rang. A Soleure. on remarquait l'imposante église de Saint-Ours, construite par Pisani, el l'église des Jésuites, dont les architectes el les décorateurs étaient
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des artistes du Vorarlberg. A Saint-Gall, les princes-abbés, en élevanl de nombreuses et belles constructions, avaient développé le goûl de l'architecture. C'est ainsi que l'abbé Célestin de Saint-Gall, construise en 17-lli. à Rorschach, le beau grenier à blé, la cathédrale de Saint-Gall avec ses deux tours, de 1756 a 17<><>, la bibliothèque, en 17(>7. L'abbé Beda édifia de son côté, le nouveau palais et le magnifique pont d'Ober- Bûron.
Les abbés de Mûri el de Saint-Urbain transformèrent en style monumental leurs couvents et leurs églises et étalèrent dans toute sa splendeur le style baroque. Berne, de son coté, outre de nombreuses maisons de rapport, construisit un «renier à blé, un hôtel des monnaies, la bibliothèque municipale, l'hôpital et l'église du Saint- Esprit. Plus lard elle ajouta ses monumentales fontaines, ses portes et ses tours.
Il arrivait souvent qu'avec ees nouvelles constructions, qui exigeaient des plans rectilignes, on lésait les intérêts des particuliers et l'on excitait des mécontentements. Tel lut le cas des gouvernements de Berne et de Lucerne qui, récompense de leur peine, n'obtinrent cpie de l'ingratitude. A Saint-Gall, l'abbé Beda avait l'ait construire, de 1772 à 1774, dans l'intérêt du commerce, une belle route de Rorschach à Wyl, continuée en 17<S4 jusqu'à Utznach. Il avait employé pour cela de pauvres gens. Mais lorsqu'il voulut, selon l'usage, lever les droits de péage sur les routes et sur les ponts, des conflits surgirent avec Appenzell et le Toggenbouri;.
Pour les accidents de toute nature, l'état, l'église, les communes et les particuliers étaient toujours prêts à venir en aide aux victimes. A cet égard, les Suisses ne connaissaient ni frontières, ni différences de confessions. Les étrangers faisaient même souvent appel à leur bourse qui s'ouvrait toujours. En 1764, Hirzel fondait à Zurich la Société pour l'encouragement de la vertu et du bonheur de l'humanité. Quatorze ans après, en 177.S, Isaac Iselin fondait à Bàle la Société des gens secourables, qui avait pour but de cultiver l'idéal et d'adoucir la misère.
Les secours aux indigents, auxquels se consacraient dans les cantons catholiques les nombreuses communautés religieuses, étaient alors d'autant plus faciles (pie ni l'état ni la commune ne levaient d'impôts.
I 11. 1)1 III BKNAU
Jusqu'au débul de la révolution française, la source principale des revenus des états fui nuire les droits de douane légers, les péages, les amendes, l'ohmgeld el les taxes de retraite, les renies payées chaque année par la France.
Dans le domaine religieux des transformations analogues s'étaient accomplies. I.es philosophes du XYIII siècle, en ébranlant les systèmes dogmatiques el en éveillant [les doutes, brisèrent les liens antiques i|ni rattachaient l'église et l'état. De nouvelles sectes se formèrent A\ ec la suppression de l'ordre des jésuites, en 1772. les guerres religieuses prennent fin el l'ère <le la liberté de conscience semble commencer. Les gouvernements, iln moins, instruits par les (roubles de Genève, comprirent les dangers de la censure et laissèrent librement circuler les ouvrages qu'ils poursuivaient autrefois. De nombreuses communautés religieu ses se fondèrent. On ne persécuta plus que les juifs el les apostats. Même dans les couvents catholiques, on se mil a étudier la philosophie de Kant. Cependant, on remarque au même moment, au sein de l'église catholique, une opposition 1res forte contre les chants d'église allemands, les innovations du catéchisme el les méthodes catéchétiques autrichiennes. Mais les idées de tolérance politique el religieuse se répandent partout. Des sociétés, d'abord mal vues par les gouvernements, se fondent pour discuter les affaires du pays <•! pour propager ces idées.
■ cl e H . L {Collection fédérale des estait^
Au XVIII siècle, on vit, comme de nos jours en Allemagne, des
sociétés de chanl et d'instruction mutuelle, travailler au réveil du sentiment patriotique. Dans les nombreux théâtres populaires, on jouait de préférence des scènes tirées de l'histoire suisse. On cultivait surtout les chants nationaux. Pour la première fois des représentations théâtrales et la danse furent autorisées dans les cariions calvinistes. Chez les catholiques, au contraire, de tout temps on avait mené une vie joyeuse et agréable. Il y avait dans ces cantons deux conceptions de vie qui engendraient des mœurs fort différentes, comme Miïller l'a montré dans ses Lettres sur un pays de bergers en Suisse.
Le 2f> août 1777, treize états confédérés conclurent à Soleure, un pacte avec la France. Ils le tirent à la suite de l'émotion causée en Suisse par le partage de la Pologne et le mystérieux voyage de l'empereur Joseph II. Par égard pour le roi de Prusse et pour des motifs confessionnels, Genève et Neuchàtel avaient été exclus de cette alliance ; en revanche, Mulhouse en faisait partie. Pour la première fois, grâce aux efforts de l'avoyer Steiger, de Heine, la Suisse formait un état confédéré.
.Mais, déjà en septembre de la même année, des dissentiments se manifestèrent, lorsqu'à la diète convoquée à Baden on examina les projets de réforme pour la nouvelle confédération et qu'on élabora un plan de défense du pays. Ce plan, présenté en 1777, par le Schaffhousois Stockar, consistait à fondre la confédération en un état dont les citoyens eussent les mêmes droits et les mêmes devoirs. Il fui repoussé. Il en fut de même de l'idée développée en 1789 par Charles Millier de Friedberg, dans sa Voix d'un confédéré. Mùller voulait que les états alliés eussent des droits égaux à ceux des cantons; il désirait en outre améliorer l'état de défense, donner de la sécurité au territoire, interdire les alliances séparées, corriger les instructions des envoyés à la diète, créer une académie fédérale pour la formation d'hommes politiques, etc.
Les cantons primitifs, qui se considéraient non seulement comme les fondateurs de la confédération, mais aussi comme les gardiens du principe de l'individualisme politique des Suisses, rejetèrent systématiquement cette motion qui tendait à reviser les alliances éternelles. Ils s'en tenaient à la lettre, non à l'esprit des traités. Le peuple aussi conservait une singulière piété pour les formes politiques les plus suran-
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n ers Toute tentative d'introduire des réformes, même nécessaires, était considérée comme une sorte de haute trahison. Avec le temps, les sou venirs de l'âge héroïque des bergers de la vieille Suisse, qui excitaient encore le ra\ issemenl de l'étranger, leur semblaient encore plus beaux, plus enivrants, comme un vieux vin du Rhin qui, avec les années, prend une couleur plus dorée et un bouquet plus exquis. Les patriciens, de leur côté, revenaienl avec le même enthousiasme aux batailles gagnées par leurs ancêtres, comme un vieux général aux victoires de sa jeunesse. On semblait croire que les souvenirs du vieux temps suf (Iraient à sauver le pays. Aussi, malgré les réformes urgentes réclamées p. h 1rs ofGciers suisses, de IT.sii à 17U7, devant l'orage grandissant, ne voulait-on pas prendre la plus petite mesure, les nus dans la conviction qu'on ne pouvait plus aider l'état, les autres dans la confiance que les choses, connue autrefois, finiraient bien par s'arranger toutes
seules
Voici les postulats du général Zur Lauben, qui montrent bien les idées du temps: instruction unique, paiement d'une solde égale, création de places fortes et introduction de pièces d'un même calibre, choix d'une tactique appropriée à la guerre en pays de montagnes. Adressant une allocution au corps des officiers, Zur Lauben la terminait par ces paroles a Salut à l'état qui, au soin de la paix la plus profonde, n'oublie pas les armes auxquelles il doit sa libelle'' et le respect dont il est entouré. Imperium facile Us artibus retinetur, quîbus initio partum est. » Le général de Lentulus insistait sur le lait qu'aujourd'hui, avec lait militaire si complètement transformé, le courage et la vaillance ne suffisent plus ,i assurer la victoire; qu'à ces qualités il Faut joindre désormais la science de la guerre, la stratégie et la tactique. Or, tout cela, ajoutait-il, on ne l'acquiert que par des efforts communs, «le longs exercices et une lente préparation. Au même moment, le comte de I.ippe élaborait un plan de défense de la Suisse.
Depuis que les cantons avaient renoncé à une défense commune, la base pour une armée fédérale manquait, ainsi que pour le choix d'un commandant en chef cl pour l'établissement d'un tonds de guerre, lai voulant assurer leurs propres libertés et leur indépendance, les petits
canions avaient ravi à la confédération des états le soutien qu'elle avait si péniblement acquis. La coutume, la force de l'habitude semblaient légitimer un état de choses qui ne satisfaisait plus personne.
Si la situation de la Suisse dans son ensemble était peu satisfaisante, il en était de même de celle de eli:i(|ue canton surtout des grands et des pays alliés, le Valais, les (irisons, Genève et Pévêché de Bâle. Partout les gouvernements s'étaient fait haïr en favorisant les patriciens, en introduisant des monopoles de commerce en faveur d'une classe privilégiée, en restreignant les anciens droits et les antiques franchises locales, en punissant sévèrement toute velléité de réformes, même celles qu'on tentait par la voie légale et qui étaient conformes à l'esprit du temps ou réclamées par l'équité.
Les procédés orgueilleux de quelques baillis et de quelques conseillers exaspéraient le peuple. Partout la division léguait entre les citoyens. Des sentiments de vengeance germèrent dans les cœurs, à la suite de certains événements : de luttes de parti, comme à Zoug, à Schwytz, dans l'Appenzell, à Lucerne, à Fribourg; de luttes constitutionnelles, comme à Genève; de rivalités de familles comme dans les Grisons et à Lucerne; de révolutions, comme à Schaffhouse, à Werdenberg, dans le pays de Vaud, l'évêché de Bâle, le Toggenbourg, la Léventine, à Neuchâtel, à Fribourg, à Berne, à Zurich et dans le Valais. Les fugitifs se rendaient à Paris où ils fondèrent le club suisse qui, dès 1790, prépara la révolution de la Suisse. Ils se mirent à répandre dans les cantons aristocratiques des milliers de pamphlets, dans lesquels ils encourageaient les sujets à reprendre leurs anciens droits et leurs libertés. A les en croire, une telle révolution pouvait s'effectuer sans effusion de sang, pourvu que chaque commune choisit des délégués, et que l'assemblée ainsi constituée exposât les désirs du
peuple.
Les soldats envoyés à Genève pour apaiser les troubles et ceux qui campèrent à Bàle pour garder la frontière tirent connaissance avec les nouvelles idées, et de retour dans leurs foyers, ils répandirent les écrits des révolutionnaires et les chants de la liberté.
En Suisse, comme en France, la haine des basses classes se tourna contre le clergé catholique privilégié, exempté d'impôts, percevant les dîmes et les redevances, jouissant du droit de chasse et de pêche, et vivant d'une manière princière. A Pfaffers, une partie du peuple se souleva contre les moines qui possédaient des droits de juridiction ; à St-Gall, on refusa de payer aux moines les dîmes et les impôts des terres. On détruisit les viviers. Les sujets des moines de St-Urbain ne
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se contenti nt pas de réclamer l'abolition du servage, ils demandèrenl d'avoir leur part au gouvernement.
Le club suisse de Paris ne se contentait pas de favoriser un changement de régime en Suisse, il faisait :mssi de la propagande ailleurs, notamment dans les régiments suisses au service de la France. Mais sur les douze régiments qu'il y avait alors dans ce pays, un seul, celui de Chàteauvieux , se mutina en 1790. Le corps fut immédiatement dissous el les mutins lurent punis d'après le code de Charles-Quint qui faisait loi pour les troupes suisses qui servaient en France. Ou sait que le peuple de Paris massacra le 10 août 1792 une partie des régiments de la garde, comme il l'avail fait, deux siècles avant, aux barricades du 12 mai 1588. Peu après, un décret (2ii août 17'.t2i licencia les régiments suisses au service de la France. Une partie de ces soldais passèrent à la solde de la république.
Pendant tout le temps qu'avait duré le service mercenaire c'est-àdire plus de trois cents ans la Suisse avait fourni au tronc de France quatre-vingt-dix-sept corps d'armée, mais aucun Suisse n'avait jamais eu le commandement en chef d'un de ces corps. Cet honneur était réservé aux princes du sang.
Parmi les soldats licenciés, beaucoup entrèrent au service du Picmont. Si\ régiments de la garde de Turin combattirent contre la république française. En Espagne, il y avait à l'époque de la révolution française sept régiments suisses dans le royaume de Naples
el de Sicile il y en avait trois. On trouvait en outre des gardes suisses
dans différentes villes papales (Rome, Avignon, Pérouse, Pezzaro) et ii Lucques. Par contre, la garde suisse lothringo-autrichienne à Vienne avait été congédiée dés l7(is. A Venise, les régiments suisses
avaient été licenciés de suite après la paix de !71'.l.
Quant aux Suisses qui se trouvaient au service de la Prusse, ils avaient aussi été en partie renvoyés dans leurs loyers, en partie
mêlés aux troupes prussiennes, tellement que ni le bataillon Heer, ni
le régiment Mûller de IT.SI) ne pouvaient passer pour des troupes suisses.
En 17'.»') el en 1797 la république batave licencia ses six régiments suisses. Auparavant, déjà, en 17'.t."), le régimenl de Meuron, formé
quatorze ans auparavant, avait passe- du service de la compagnie hollandaise des Indes orientales au service de l'Angleterre L'Angleterre
INTRODUCTION 4i
prit à sa solde, en 1794, une partie des régiments suisses au sen ice du Piémont.
Dans cette énorme masse de régiments suisses, du reste, servaient depuis des temps immémoriaux un grand nombre d'étrangers. Il en était de même des régiments étrangers, dans lesquels il y avait aussi des Suisses. En 17N7. on estimait leur nombre total à 38000. Les engagements contenaient souvent la stipulation que les troupes pouvaient être rappelées par leurs gouvernements pour être employées à la défense du pays. C'est ainsi qu'en 1797, le régiment de Zimmermann, à la solde du Piémont, vint spontanément offrir ses services à la patrie,
La république française demanda souvent à la Suisse de rappeler les régiments suisses au service du Piémont, sous prétexte qu'ils étaient payés par l'Angleterre et qu'on les destinait, une t'ois la guerre terminée, à former le noyau de nouveaux régiments pour la garde du roi de France (pion comptait rétablir sur le trône.
Le n'était pas seulement des régiments suisses que se plaignait la république française, c'était aussi des émigrés qui se trouvaient sur le territoire helvétique. De tout temps la Suisse avait pratiqué le droit
d'asile. Au XV siècle, des seigneurs nobles et des vassaux des ducs
d'Autriche axaient trouvé dans notre pays un refuge après les luttes qu'ils avaient soutenues contre leurs maîtres. Au XVI11"' et au XVII"" siècle, de nombreux réfugiés italiens, français et anglais axaient été un gain réel pour la Suisse. L'industrie de Zurich, de Bàle et de Genève devait en partie sa prospérité aux Italiens et aux Français chassés de leur pays pour cause de religion.
Les républicains anglais et les « régicides.» (1660 à 1693). réfugiés en Suisse, eurent moins d'influence que les autres, parce qu'ils étaient peu nombreux et qu'ils ne connaissaient pas la langue du pays. Le Vénitien Curli paya l'hospitalité de la Suisse en écrivant contre elle un pamphlet; tandis que le charlatan Cagliostro guérit au moins dans notre pays un grand nombre de malades avec son baume merveilleux.
Les émigrés français, arrivés en bandes nombreuses, s'étaient établis surtout dans le canton de Vaud, à Fribourg, à Bàle, à Soleure et dans la Suisse italienne. Cette société bigarrée se composait de nobles avides de plaisirs, de prêtres et de femmes que la peur faisait fuir et qui se jetaient avec frénésie dans les amusements, savourant les excellents vins du canton de Vaud, le gibier des forêts et les bons pois-
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sons du Rhône, Plus tard, à boul de ressources, ils durent vivre des libéralités des riches patriciens el des couvents.
Leurs protecteurs furenl surtout les abbés de Saint-Gall, de Mûri, de Wettingen el de Saint-Urbain. Plusieurs parmi les plus nobles, comme le duc Philippe d'Orléans, le fondateur de la monarchie de juillet, vécurenl sous des noms d'emprunt, dans des positions modestes, comme maîtres d'école. Les paysans el les habitants des petites \ illes s'indignaient parfois des mœurs déréglées de ces royalistes. A Sempacll cl à /oui; . par exemple , la population s'ameuta un jour en voyanl des Français prendre tics bains dans le lac Les simples bourgeois considéraient (mil ce i|iii s'éloignait de leurs mœurs cl de leurs ha bi I u d es séc u I a i res comme une atteinte à la décence. Dans leur majorité pourtant, ces émigrés vivaient tranquilles cl retirés, se contentant de suivre avec un grand intérêt, comme cela était naturel, la marche des
événements politiques. Quelques-uns cherchèrent bien à influencer les membres des gouvernements suisses pour qu'ils se joignissent a la coalition, sinon pour prendre une part effective à la guerre (ce que la neutralité leur interdisait), i\u moins pour essayer de venger les Suisses massacrés au in aoûl cl dans les journées de septembre. Mais Il une qui excitait le plus les Suisses à cela (Mail un Anglais, William Wickham, ministre d'Angleterre à Berne. Il ne larda pas. du reste, à quitter le territoire helvétique. Les agents français ayant déclare que son séjour en Suisse était un danger pour la république
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INTRODUCTION \j
française, ce diplomate partit sans attendre même les instructions de son gouvernement.
En réalité, les émigrés ne savaient rien des intrigues nouées en Suisse contre le gouvernement français; elles étaient l'œuvre d'espions qui communiquaient de faux rapports aux agents français. Napoléon lui-même a témoigné dans ses Mémoires1, une vive sympathie à ces émigrés français chassés de Suisse. 11 dit entre autres : « Ces malheureux furent traités dans toute la Suisse avec la dernière barbarie : femmes et enfants, vieillards, prêtres, tous fuient brutalement arrachés aux foyers hospitaliers auxquels ils étaient attachés depuis huit ans. Ils allèrent mendier sur les roules d'Allemagne la haine contre le directoire, qu'on leur accordait volontiers, et la pitié qu'on leur refusait, n
Une circonstance qui contribua beaucoup à favoriser la révolution que les mécontents désiraient ardemment en Suisse, fut la guerre de l'indépendance américaine. Beaucoup de troupes suisses combattaient en Amérique sous les drapeaux français, et contribuèrent à fonder la grande république américaine.
En Suisse, comme en France, à côté de l'action des doctrines politiques et philosophiques dans la révolution, les circonstances économiques en ont aussi exercé une grande, en particulier l'extrême cherté tles vivres en 1789. Genève put bien apaiser le peuple en abaissant le prix du blé, mais en Suisse la misère financière de la France agit d'une manière paralysante. Les pensions du gouvernement français qui, pour nombre de gens, notamment dans les petits cantons, étaient la principale source de revenus, restaient en souffrance. Les diplomates français qui connaissaient les points faibles de la Suisse et qui les exploitaient dans des buts politiques, faisaient dépendre le paiement de ces pensions de la reconnaissance du gouvernement de la république.
Du coup , la position de la Suisse vis-à-vis de la France fut changée: d'une part, la couronne de France fut privée de son plus solide appui; d'autre part, la Suisse ne récolta pas les fruits qu'elle avait espérés, car la situation précaire de la France empêcha celle-ci de payer les arrérages des dettes et même de continuer les pensions.
A ce moment, en Suisse, aucun gouvernement ne lit preuve de
1 Tome VI. chap. 2, page :i. Paris, 1825.
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coup-d M il politique. Ni le conseil de Berne, qu'avec une considération quasi royale, on se plaisait à représenter comme une oc assemblée de sages »: ni le conseil de Zurich, qui paraissait vouloir se mettre à la tête îles progressistes, ne surent voir ce qu'il convenait de faire, lorsque les sujets, longtemps opprimés, essayèrent de reconquérir leurs droits et leurs franchises perdues. Les aspirations populaires lurent punies avec la dernière rigueur, comme actes de rébellion. On retardait île [il us eu plus l'exécution des promesses qu'on avait faites de supprimer les abus et d'introduire des réformes. On croyait qu'avec quelques troupes, l'ordre pourrait être rétabli, comme on l'avait fait naguère à Stein en 1 7*s l et lors des révolutions de Fribourg et de Genève en 17.S1 et en 1782.
Le conseil de Berne reconnaissait au Fond que ces mouvements étaient légitimes et que les raisons invoquées par les philosophes étaient justes, mais, lié par la politique traditionnelle de l'aristocratie suisse el constamment sollicité de protéger le droit historique, il tombait dans une indécision dont la cause n'était ni sa perplexité ni sa faiblesse intérieure. Ce qui manquait à sa politique, c'était une décision ferme que- Ton ne peut avoir qu'avec un point de vue politique tranché et absolu.
Celle triste situation de la Suisse, le consul Bonaparte l'avait déjà devinée lors de son premier voyage dans notre pays. Avec son coup d'œil d'aigle, il avait vu rapidement que la Suisse ne pourrait jamais résister sérieusement à la France. Le prétexte d'intervenir fut bientôt trouvé' : la tolérance accordée aux émigrés et les menées des agents anglais, qui, disaient les Français, portaient atteinte à la neutralité helvétique. A cela vinrent se joindre les conflits de Napoléon avec les baillis d'outre-monts.
Les légendaires millions du trésor de Berne1 excitèrent enfin la convoitise des Français qui, par l'occupation de l'évêché de Baie, tenaient déjà la clef i\u pays. En Suisse, on croyait de plus en plus que les Français n'en voulaient qu'à Berne et, qu'après avoir établi
dans celle ville un gouvernement démocratique, ils laisseraient les
Suisses tranquilles. Les petits cantons, du reste, n'étaient pas tenus, par la lettre de l'alliance, de prêter secours à Berne pour lui garantir la possession du pays de Yaud qui venait d'appeler les Français à son
1 Le Ircsor de Berne devait être de dix-huit millions en argent liquide
secours. Même le soulèvement du Bas-Valais fut considéré comme un événement < jn i ne regardait pas-la plupart des riais, cl personnelle s en soucia.
Les étals réunis en assemblée à Aarau avaient bien, sur la proposition de Berne, appelé aux armes le double contingent fédéral de 26800 hommes. On renouvela ensuite le serment d'antique alliance. bien que les députés des étals de Glaris, d'Appçnzell et de Bàle trouvassent qu'il était préférable de réviser cette alliance et de la remplacer par un document unique et simplifié, afin de ne pas s'aliéner les partisans de la revision. Ce serment fut prêté d'une manière solennelle le 25 janvier 17U.S. Mais à l'heure du danger, Berne fut abandonné par ses confédérés. Elle eut du reste la main malheureuse dans le choix de ses généraux. Elle envoya dans le pays de Vaud le colonel Rodolphe de Weiss, qui perdait son temps à des jeux littéraires, et elle nomma comme commandant en chef d'Erlach, qui n'avait pas de plan de guerre. La chute de Berne fut le signal de la débâcle de la Suisse. Lorsque les Français attaquèrent les cantons forestiers, on vil aussi, chez ces fondateurs de la confédération, les divisions éclater. Les Schwytzois et les habitants de Nidwald luttèrent chacun de leur côté et, malgré leur courage héroïque, ils furent vaincus. Les glaciers de la Suisse primitive, qui avaient salué l'aurore de la liberté, lurent rougis à leur tour des lueurs de l'incendie de Stans, allumé dans les néfastes jours de septembre 17U.S. Dès 171)2, Jean de Millier avait reconnu que la Suisse ne pouvait maintenir son indépendance ([n'en s'unissant aux jacobins français ou aux puissances qui les combattaient. « La neutralité, sans doute, aurait mieux valu, disait-il ; mais n'est pas neutre qui veut: on ne l'est que lorsque les plus puissants vous le permettent. » « En attendant, ajoutait-il, il est une chose nécessaire : Gouverner pour le peuple, inspirer par tous les moyens à la nation le sentiment de sa dignité, et lui rappeler, qu'elle aussi, est une nation, et elle l'est en vérité ! Est patrius vigor roburque fortunatum avorum ! ><
Mais cet appel retentit en vain. Millier lui-même abandonna le projet qu'il avait formé d'écrire comment l'on pouvait encore, en décembre 1797, sauver la Suisse. Il disait qu'il était contraire à ses principes de se promener, pendant un orage, une torche à la main, dans un édifice vermoulu. Mais cet incendie qui anéantit cet édifice en rui-