CHAPITRE VIL
Attaque de Siucerne et des Cantons primitifs. Capitulation de Eug.
Quand le doute sur la prise de F ribourg ne fui plus possible, toute l’attention se concentra sur le quartier général du Sonderbund. Après tout, Fribourg n’était qu’un poste avancé, un ouvrage détaché de la ligue séparée. Le cœur, la tête et le corps de l’alliance étaient encore intacts. Ici, au dire de quelques habiles , M. Dufour devait rencontrer une résistance inouie , désespérée. D’ailleurs, les forces n’étaient pas si disproportionnées. Trente mille hommes environ, dont disposait le général de Salis-Soglio, le Cid de l’alliance, combattant chez eux pour leur religion et leur nationalité, retranchés derrière de formidables barrières, valaient bien les soixante mille hommes du général
Dufour, comptant tant de milliers de conservateurs marchant à regret.
D’un autre côté, les amis du général de l’armée de la Diète, se faisant forts pour lui, annonçaient qu’il avait la certitude mathématique de réduire la capitale du Sonderbund au bout d’un petit nombre de jours. On racontait que, longtemps avant d’être investi de son commandement suprême, on agitait devant lui, la question de savoir si Lucerne pourrait être enlevée. Un diplomate étranger, accrédité à Berne, et revenant en ce moment d’une tournée dans les cantons de l’alliance, insistait sur les immenses difficultés qu’il y aurait d’arriver devant cette ville, et terminait par cette affirmation : « La prise de Lucerne est impossible... » Le général s’était contenté de répondre * laconiquement et modestement : « Elle est possible. » On inférait de là que M. Dufour avait depuis longtemps son plan dans la tête, et qu’il était sûr de son fait.
Il était temps de diriger sur la Suisse centrale des forces imposantes. La diversion sur laquelle Fribourg comptait de la part de ses alliés de Lucerne n’avait pas fait entièrement défaut. Le général de Salis avait fait ce qu’il pouvait ; mais ne commandant qu’une force atteignant à peine le tiers de celles dont disposait le général Dufour, ses tentatives n’avaient pu être ni complètes ni
efficaces (x). Elles avaient suffi cependant pour jeter de l’inquiétude et même quelque alarme en Argovie et à Zurich. Dans la matinée du 10 novembre , une compagnie de chasseurs zuricois, cantonnés près de Dietwyl, à l’extrémité méridionale du Freiamt, là où l’Argovie catholique s’avance en pointe entre les cantons de Lucerne et de Zug, avait été surprise , enlevée , à l’aide d’un brouillard épais, par un corps de 250 Schwytzois, et conduite prisonnière à Lucerne.
Le 12, vers midi, quelques bataillons du Sonderbund, avec deux batteries et des carabiniers, s’étaient encore portés sur le Freiamt, vers cette même langue de terre , toujours à la faveur du brouillard, dans l’intentiomde garder la Reuss et de pénétrer dans l’Argovie, près de l’ancien couvent de Mûri. Quelques compagnies fédérales venaient
(‘) Il résulte du rapport adressé au Gouvernement valaisan par le colonel Zen-Klusen, siégeant dans le Conseil de la guerre du Sonderbund pour le canton du Valais, quela force totale dont le général Salis disposait le 10 novembre était de 30,000 hommes avec les deux landwehr. D’après une communication qu’a bien voulu nous faire le général Dufour, le chiffre de l’armée fédérale à la même époque était de 90,000 hommes environ, savoir : 51,399 du contingent, et 38,601 des réserves. Il y avait en outre 12,000 à 13,000 hommes de volontaires et de secondes réserves dans l’intérieur de quelques cantons. L’effectif de l’armée fédérale se composait de 102 bataillons d’infanterie, 45 compagnies de carabiniers, 25 compagnies de cavalerie, 53 batteries d’artillerie (212 pièces), 6 compagnies de sapeurs et 6 compagnies de pontonniers. Mais qne partie était employée à Fribourg et contre le Valais.
de quitter ce poste peu auparavant, ne prévoyant pas une attaque. La colonne du Sonderbund ouvrit donc son feu sur la rive gauche de la Reuss; les troupes fédérales, inférieures en nombre, se replièrent d’abord ; mais, renforcées bientôt par de l’artillerie zuricoise, elles répondirent vigoureusement, et les bataillons du Sonderbund battirent en retraite. La canonnade amena bientôt de nouvelles troupes fédérales, et la route de l’Argovie se trouva suffisamment protégée sur ce point. L’armée fédérale eut à regretter la perte du capitaine de chasseurs Fischer, d’Argovie. Le Sonderbund opérait en même temps deux fausses attaques, l’une du côté de Zug, sur la route de Cappel à Zurich, et l’autre sur la route de Munster à Menziken, dans l’Argovie catholique. — Un détachement d’infanterie de Lucerne, avec de l’artillerie, s’était avancé de Munster contre Menziken. Environ à trois cents pas en deçà de la frontière d’Argovie, il prit position, et lança dans ce village des grenades qui mirent le feu à une maison. L’infanterie ouvrit en même temps son feu. Les compagnies fédérales de landwehr stationnées à Menziken , y répondirent avec courage, et les troupes du Sonderbund se retirèrent.
Ces tentatives d’invasion de l’armée de la ligue dans le territoire des cantons de la majorité, n’étaient pas de simples reconnaissances. Le général
de Salis et le colonel Elgger, les deux sommités militaires du Sonderbund, avaient voulu les commander en personne (*). M. Elgger le fils y fut blessé.
Bien qu’habilement conduites, les pointes du Sonderbund dans le Freiamt ne pouvaient avoir le moindre résultat. La force d’expansion lui manquait. Comment aurait-il pu réagir sur Fribourg quand le peuple du Freiamt, avec lequel il était en communication immédiate, restait froid à l’approche de ses bataillons? On avait pourtant cherché à l’intéresser directement dans la cause de l’alliance en lui promettant de le séparer de l’Argovie protestante et de le constituer en un canton à part, le canton de Baden, qui avait déjà existé sous la République Helvétique, et qui aurait bien sa raison
(') Voici ce qu’on lit dans le rapport du colonel Zen-Klusen, déjà cité :
« Lucerne, 11 novembre 1847.
» Demain, probablement, une partie de notre armée, composée de 8 à 10 bataillons, entrera dans le canton d’Àrgovie par la Freiamt, dans l’intention de faire une diversion contre l’armée ennemie devant Fribourg, et pour donner à cette ville tous les secours qui sont en notre pouvoir. »
« 13 novembre 1847.
» J’ai l’honneur de vous informer que l’attaque a eu lieu hier matin, et que nos adversaires, qui n’étaient pas en force sur ce point , ont été repoussés avec perte. Nous avons à déplorer un officier de cavalerie de Lucerne qui a été tué. (Le lieutenant Schnyder de Sursée.)
» Le général a fait cette expédition uniquement avec l’armée de réserve, sans bouger les lignes établies devant Lucerne. Le général a commandé une colonne et M. le colonel Elgger l’autre, »
d’être autant que quelques cantons actuels. Malheureuse de ce côté-là, l’alliance séparée chercha à prendre sa revanche du côté du Tessin, où elle espérait avoir plus de prise. Depuis l’affaire du Saint-Gothard, la division du colonel Luvini s’était condamnée à l’inaction ; les bataillons tessinois restaient échelonnés dans la vallée Léventine, et ceux des Grisons occupaient l’Oberland et la vallée du Rhin. Le Conseil de guerre du Sonderbund résolut, sur l’avis du colonel Muller, qui occupait le Gothard, de jeter des troupes dans le Tessin. « Avec peu d’efforts, écrivait M. Muller, on pouvait s’en rendre maître, demander aux Tessinois les munitions séquestrées, la libre communication avec le Milanais, et les forcer à renoncer à l’alliance des douze. » Le Conseil de guerre requit en conséquence la coopération d’un bataillon du Valais, qui fut transporté à grand’peine de ce canton dans celui du Tessin par la Griess et le Val Bedretto, qui sont des ramifications du Gothard. Déjà des volontaires valaisans occupaient avec les soldats d’Uri le sommet de cette montagne, où l’âpreté du froid et des privations de divers genres les faisaient parfois murmurer (J).
(*) Lettre du colonel Zen-Klusen, du 15 novembre 104 7, au Gouvernement valaisan.
« Je viens de recevoir une lettre de M. Yollmar, commandant des volontaires valaisans sur le Saint-Gothard. Il se
Le 17 novembre, au point du jour, la neige commençait de tomber à gros flocons et un épais brouillard dérobait au regard la vue des montagnes. Les troupes du Sonderbund, qui occupaient le sommet du Saint-Gothard, voyant que Tétât de Tatmospbère ne permettait pas d’observer leurs mouvements, descendirent sous le commandement du colonel Muller, d’Uri, pour attaquer les postes
plaint amèrement de la position où ils de trouvent, ne recevant pas de solde, couchés sur de la paille remplie de vermine et très-mal couverts pour la saison. Le Conseil de guerre a déjà pourvu pour la solde ; quant au logement, un mouvement en avant qui sera dans peu effectué remédiera à leur triste situation....
» J’attends aujourd’hui le révérend père Hoir , que je prierai de se rendre auprès de notre bataillon pour le haranguer et relever son moral. »
« Lucerne, 17 novembre 1847.
» J’ai l’honneur de vous informer que le révérend père Roh est de retour de sa mission. Il m’a rapporté que les compagnies Zen-Klusen, Lamon et Loretan étaient animées d’un bon-esprit, mais qu’il n’a pu obtenir aucun succès sur les trois autres, qui lui répondirent que le Gouvernement les avait envoyés pour les conduire à la boucherie pour s’en défaire. Veuillez me faire connaître vos intentions à ce sujet.
«Nous venons d’apprendre que M. de Sépibus est arrivé avec 400 volontaires à Andermatt. Demain j’espère pouvoir vous communiquer quelque chose de l’expédition sur le Tessin par le Saint-Gothard.
» Dans ce moment, je viens d’apprendre que M. le colonel Muller a pénétré ce matin dans le canton du Tessin. »
« Lucerne, 18 novembre 1847.
» On ne connaît pas encore le résultat de l’expédition du colonel Muller sur le Tessin. La neige qui est tombée sur les montagnes peut en être la cause. »
avancés des Tessinois et envelopper Airolo. Un coup de vent et un rayon de soleil ayant dissipé le brouillard , on vit alors la montagne qui domine Airolo couverte d’Uraniens, qui, divisés en deux colonnes, s’étendaient du Gotliard jusqu’à la vallée Canaria,
Les bataillons tessinois Rusca et Molo s’avancèrent sur la montagne pour soutenir leurs avantpostes ; quelques compagnies formant leur réserve se placèrent en dehors d’ Airolo, sur le chemin du Gotliard.
Le commandant Luvini , qui s’était transporté vers le Gotliard pour diriger la résistance sur le point principal de l’attaque, fit avancer de ce même côté une partie de l’artillerie. Le commandant de brigade Pioda s’était transporté vers Madrano pour soutenir l’attaque des Uraniens qui descendaient de ce côté. Un feu très- vif s’ouvrit sur toute la ligne. L’avantage des positions appartenait tout entier aux troupes du Sonderbund.
L’infanterie tessinoise se replia sur Madrano. Mais les carabiniers tinrent plus longtemps. Dans la retraite les bataillons se mêlèrent. Ils se remirent en ordre auMonte-Piottino, et se fortifièrent dans cette position. Les Uraniens , poursuivant leur avantage, vinrent jusqu’à Biasca, en suivant le cours du Tessin , mais ils n’attaquèrent plus les Tessinois; sans doute ils auraient pu pousser jusqu’à Bellinzone, mais ils ne voulaient pas s’éloigner da-
vantage de Lucerne au moment où le quartier général du Sonderbund allait avoir à tenir tête à toute l’armée fédérale. Peut-être aussi attendaient-ils quelque mouvement du côté de la frontière lombarde. Cette excursion hardie demeurait donc à peu près sans résultat, le Sonderbund disposant de forces trop restreintes pour les éparpiller sur une ligne si prolongée. Mais l’effet moral fut peu favorable au Tessin. A supposer que ses bataillons eussent été surpris, comment comprendre qu’un canton de plus de cent mille âmes n’ait pu trouver chez lui la force nécessaire pour rejeter sur le canton d’Uri et le Valais cette colonne de deux mille soldats du Sonderbund , qui commandèrent en maîtres dans la Lévantine pendant plusieurs jours ( 1 ) ?
» Le Sonderbund comptait, répondent lesTessinois, 2,500 hommes, la plupart armés de carabines; il avait quatre pièces de montagne. L’infanterie tessinoise, composée de jeunes conscrits mal exercés et mal armés, n’était guère en état de repousser un pareil ennemi.» Les opérations du commandant de la division fédérale étaient d’ailleurs entravées par l’absence des bataillons grisons, qui furent retenus tantôt pour un motif, tantôt pour un autre, par le Gouvernement de leur canton.
(*) Dans sa séance du 21 janvier, le Conseil fédéral de la guerre a appelé l’attention de la Diète sur l’état militaire des eantons du Tessin et des Grisons. Le Tessin de son côté demande à ne fournir que des carabiniers, au lieu de bataillons d’infanterie , et une batterie d’artillerie.
Dans la déroute, le Sonderbund trouva à s'emparer des effets de plusieurs officiers supérieurs tessinois (*). Les soldats du colonel Muller se conduisirent avec beaucoup d’ordre et de retenue durant leur séjour dans leTessin, payant toute leurs dépenses, et annonçant toujours l’intention d’amener ce canton catholique dans la ligue séparée.
On voit qu’il était temps de commencer les opérations contre Lucerne et ses alliés. Le 16 novembre le général Dufour avait transporté son quartier général à Arau, et dès le 13 le colonel Ziegler, commandant la division zuricoise, s’était porté en reconnaissance sur le territoire lucernois pour mettre fin aux attaques du Sonderbund dans l’Argovie. Le colonel Gmur, commandant une autre division fédérale, s’était approché de l’extrême frontière du petit canton de Zug (2). Tout annon-
(’) Lettre du colonel Zen-Klusen, du 17 novembre, au Gouvernement du Valais.
« Dans ce moment, 6 heures du soir, on vient d’apporter l’épée d’honneur, le 'chapeau et les épaulettes de M. le colonel Luvini, pris à Airolo par nos troupes; nous n’avons que huit hommes légèrement blessés. L’ennemi s’est retiré en désordre en laissant beaucoup d’effets au pouvoir de nos braves soldats.
» Les Tessinois étaient 3500 hommes ; la colonne de M. Muller est de 2000. Demain nous attendons un rapport plus détaillé. La colonne marche en avant. »
(aj La ligne d’opération de l’armée de la Diète s’étendait de Langnau (Emmenthal bernois) par Huttwyl, Langenthal (canton de Berne), Zoffingen, Rheinach (canton d’Argovie),
çait que ce serait par ce dernier canton que l’attaque générale commencerait. Placé en avant des autres Etats de la ligue, serré dans son territoire exigu entre les cantons d’Argovie et de Zurich, il ne pouvait songer à repousser les troupes amoncelées de toutes parts vers ses limites. Pour encourager le Gouvernement de Zug, que nous avons déjà vu très-tiède dans ses dispositions séparatistes et qui n’avait signé l’acte d’alliance qu’à regret, le Conseil de la guerre du Sonderbund lui avait promis un secours actif et efficace. Le général de Salis devait se porter de sa personne à sa défense. Mais au moment décisif d’autres préoccupations empêchèrent de tenir ces promesses. Aussi, dès le 20, le Gouvernement de Zug se décidait-il à parlementer, et le 21 au matin ses délégués signaient à Arau,
A Boitera, Knonau (canton de Zurich), et se terminait à Richterschwyl, gros bourg situé au fond d’un golfe du lac de Zurich, à 5 lieues S. E. de cette ville et sur l’extrême frontière du canton de Schwytz ; elle embrassait donc une circonférence d’à peu prés 25 lieues, étendue sur laquelle étaient échelonnés plus de 50 mille hommes des quatre divisions du centre et de l’est (Bourkhardt, Donatz, Ziegler et Gmür), disposant de 150 bouches à feu, dont 40 environ pièces de siège.
Il se trouvait en outre deux bataillons bernois dans le district d’Oberhasli du côté du Brünig, pour tenir en respect le canton d’Underwald, deux bataillons dans le canton de Glaris, pour tenir en respect le canton de Schwytz ; enfin deux bataillons avaient été détachés de la divison Gmür pour se porter dans le Tessin, où l’on en avait grand besoin. Le reste des troupes fédérales était à la frontière vaudoise du côté du Valais et dans le canton de Fribourg.
avec le général Dufour, une capitulation dont voici les principaux articles :
« 1° Le Gouvernement du canton de Zug prend ici rengagement formel de renoncer à l’alliance connue sous le nom de Sonderbund.
» 2° Les troupes fédérales prendront possession du canton de Zug le 22 novembre au soir.
» 3° Selon qu’il sera nécessaire, les logements et la subsistance seront fournis aux troupes d’après les règlements fédéraux.
» 4° Le Gouvernement du canton de Zug licenciera immédiatement ses troupes et fera déposer leurs armes à l’arsenal cantonal; les troupes des autres cantons de la ligue auront à évacuer aussitôt le canton de Zug.
» 5° Le landsturm sera pareillement désarmé, et ses armes seront pour le moment déposées à l’arsenal du canton pour être restituées aux communes après le rétablissement de la tranquillité et de l’ordre.
» 6° Les troupes fédérales maintiendront la tranquillité et l’ordre, et garantiront la sûreté des personnes et des propriétés dans le canton de Zug.
» 7° S’il devait s’élever des difficultés autres que celles qui sont du ressort militaire, elles seront décidées par la haute Diète. »
Le landrath de Zug, autorité supérieure cantonale, dont la ratification avait été réservée, confir-
ma la capitulation par 93 voix contre 21, apres une discussion assez vive. Le capitaine Uttinger accusa Lucerne de trahison. «Le général Salis-Soglio, s’écria-t-il, m’avait assuré qu’il prendrait luimême la direction de la défense du canton de Zug avec des forces suffisantes ; mais maintenant que les batteries ennemies sont déjà dans la plaine de Baar, dirigées contre nos murailles, M. de Salis- Soglio nous abandonne, et nulle part nous ne voyons arriver de secours. »
La nouvelle de la capitulation de Zug produisit à Lucerne un effet désastreux (*). Elle arrivait précisément au moment où le prince autrichien de
(*) Lettre de M . Zen-Klusen au Gouvernement du Valais .
« Lucerne, 22 novembre 1847.
» Ayant-hier, la Commission du Gouvernement de Zug a envoyé deux députés au quartier-général à Arau, pour arrêter les conditions avec M. Dufour pour se séparer du Sonderbund, se réservant toutefois la ratification du triple landrath, qui a été convoqué ce matin à Zug , et dont nous attendons encore le résultat. Cette démarche a eu lieu sans prévenir le Conseil ni même le député de ce canton. Les conditions sont les mêmes qui ont été accordées à Fribourg. Le Conseil de guerre a de suite envoyé M. Meyer avec une lettre, par laquelle il engage Zug de rester fidèle à l’alliance, en lui déclarant en outre que l’on conserverait les positions militaires dans le canton qui seront propres à la défense de Lucerne , qu’en conséquence le Sonderbund ne retirera ses troupes dans aucun cas que par la force des armes.
» La Commission du Gouvernement de Zug allègue, entre autres moyens , que la plaine (pays plat) ne peut être défendue, et qu’en conséquence il espérait d’exempter cette partie du
Schwartzenberg accourait de Milan pour offrir son épée au Sonderbund, où F Autriche mettait à sa disposition de nouveaux secours et lui en faisait espérer d’autres encore (').
pays du pillage et de tout ce qui s’ensuit, et se décharger par là d’une immense responsabilité.
» Dans ce moment , deux heures après midi , plusieurs coups de canon se font entendre; une estafette vient d’arriver à Lucerne, qui annonce que l’ennemi est entré et s’avance par l’Entlibuch et Willisau sur la ville.
» M. Meyer nous informe qu’il a échoué dans sa mission et que le landrath a décidé, à une grande majorité, de se séparer de ses alliés et d’accepter la capitulation honteuse proposée par M. le général Dufour.
» La retraite de M. le colonel Muller dans le Tessin s’opère depuis le 20 courant. »
(•) Voici, à ce sujet, des renseignements curieux extraits de la correspondance déjà citée du colonel Zen-Klusen :
« M. l’avoyer Siegwart-Muller a reçu avant-hier une lettre de Zurich de l’ambassadeur d’Autriche, disant qu’il serait encore possible qu’on n’en viendrait pas aux mains, que pas un coup de fusil ne serait tiré. Les moyens qu’on emploiera sont encore une énigme pour nous. (La médiation?)
» Notre caisse contenait 400,000 fr., le Conseil de guerre a déjà disposé de 100,000 ; d’après un calcul fait approximativement, nous aurions encore des fonds pour 25 jours pour payer la troupe; il en sera de même chez nos adversaires.
» On vient aussi d’écrire à M. de Kaisersfeld, ministre d’Autriche, et à Milan, pour sonder si par la suite, en cas d’urgence, nous pourrions compter sur des fonds, et autres secours.
» Le prince de Schwartzenberg est arrivé heureusement à Hospital ; on ignore s’il a suivi la colonne de M. Muller dans le Tessin, ou s’il $e dirigera sur Lucerne.
» Ce prince de Schwartzenberg a témoigné à tous les mem-