‹ La Suisse en 1847Chapitre 14 sur 18 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Combat de Gislikon. — Capitulation de Imcerne, d'Unterwald, de Schwytr et dUri.

Le général Dufour, écrivant à la Diète le 22 novembre, de son quartier général de Mûri, pour lui annoncer la capitulation de Zug, résumait ainsi la situation : « Au moment d’agir offensivement con- » tre Lucerne , cette convention nous est très-avan- » tageuse, parce que l’occupation de Zug par les » troupes fédérales assure le flanc et les derrières » de notre principale colonne. Les opérations de

bres du Conseil de la guerre du Sonderbund le désir d’obtenir le droit de bourgeoisie dans une commune de chaque canton pour les services qu’il rend aux confédérés. Il porte notre uniforme ; il n’a voulu accepter d’autre grade que celui de colonel-adjoint à l’état-major du général de Salis.

» Le canton de Zug est déjà occupé par les troupes des douze cantons. On a regretté la perte de ce canton sous le rapport moral, mais sous le rapport militaire nous y gagnerons en ce que les forces deviennent plus concentrées, a

3> demain seront singulièrement facilitées. Aujour- » d’hui les troupes fédérales ont fait leur entrée » dans le canton de Lucerne. La journée de de- » main (23) sera décisive, pourvu que le temps ou » tout autre empêchement ne vienne à la traverse 3> de mes projets. Tout ne sera peut-être pas ter- » miné, mais si nous réussissons nous serons bien 3> près du but (*). d

Au moment d’agir contre la place principale du Sonderbund, un incident diplomatique était venu compliquer les affaires. On a vu que la plupart des membres du eorps diplomatique avaient quitté Berne à l’ouverture des hostilités. L’ambassadeur de France et le ministre d’Angleterre étaient à peu près seuls restés à Berne. Le premier, M. de Boisle-Comte, ayant reçu un courrier de son cabinet, fit demander immédiatement au général en chef un sauf-conduit pour un de ses secrétaires qu’il voulait envoyer à Lucerne. Le général Dufour en référa au Directoire fédéral qui prit sur lui de refuser, en motivant son refus sur l’hostilité flagrante du Gouvernement français envers la majorité de la Diète. On avait saisi, disait-on, sur un agent du Sonderbund des pièces compromettant l’ambas-

(*) Le 20, une conférence avait eu lieu à la Croisée (Kreuzstrasse), à l'embranchement clés routes de Berne, de Soleure, d’Argovie et de Lucerne, entre le général Dufour et ses divisionnaires ; le 21, les brigadiers en avaient eu une à leur tour.

sade française (x). M. de Bois-fe-Comte, qui avait déclaré à F avance que si le passeport lui était refusé il quitterait Berne, se mit en mesure d’exécuter sa menace. Il motiva son départ par la lettre suivante qu’il adressa au général Dufour :

Berne, 17 novembre 1847.

Ambassade de France en Suisse.

A Son Excellence Monsieur le général Dufour , commandant en chef de V armée d’ exécution.

« Général,

» Je reçois la lettre que vous m’avez fait l’hon- » neur de m’écrire sous la date du 16, et par la- » quelle vous m’annoncez ne pouvoir me donner » le sauf-conduit que je vous avais demandé pour » l’un de Messieurs les secrétaires d’ambassade » que je me proposais d’envoyer à Lucerne.

(*) Voici, à ce qu’il paraît, quelle fut la principale cause de la détermination du Directoire :

« On avait arrêté, à Langenthal, le maître d’hôtel du couvent de Saint-Urbain; il portait, caché dans ses bas, une lettre émanée du Conseil de la guerre du Sonderbund et adressée au Gouvernement de Fribourg. On communiquait à celui-ci le plan de campagne que l’on supposait être celui du

» Je regrette d’autant plus ce refus, qu’il me 9 met dans la nécessité de quitter Berne.

9 Ce n’est pas seulement que je ne puisse en un » cas quelconque admettre un principe qui retran- 9 clierait du nombre des cantons souverains près 9 desquels je suis accrédité un nombre déterminé » de cantons et qui y suspendrait les effets de mes » pouvoirs et de ma protection sur les Français. » Mais je vois la Suisse partagée en deux camps 9 armés qui se combattent; et si je continuais à » rester dans l’un après que l’on m’y a ofïicielle- » ment refusé la liberté *de mes communications 9 avec l’autre, je m’exposerais à ce que Ton en » tirât des inductions que je dois prévenir par mon » départ. Cédant à ces considérations, je compte 9 quitter Berne dans la journée, pour me rendre » dans l’un des cantons qui se sont abstenus de 9 prendre part aux votations d’où est sortie cette 9 malheureuse guerre.

9 U ambassadeur de France ,

9 Signé : Comte de Bois-le-Comte. 9

M. l’ambassadeur se rendit à Bâle. On trouva,

général en chef fédéral. Cette lettre devait arriver par l’entremise d’un M. Stettler (qui fut arrêté), et, dans le cas où il y aurait eu quelque empêchement, elle devait être remise à l’ambassade de France , qui se chargerait de la faire parvenir. Ce fait résultait de pièces authentiques qui étaient entre les mains du Vorort, au dire des journaux bernois, a

non sans quelque raison, qu'il eût été plus simple de quitter tout-à-fait le territoire de la Confédération. Mais bien que la demande des passeports n'eût pas été faite explicitement, chacun comprit qu'il y avait dans cet acte significatif une arrièrepensée diplomatique. C'était en effet l'un des préludes de l’intermède compliqué de l’intervention étrangère, qui se jouait derrière le rideau pendant que le grand drame militaire se déroulait au grand jour. On a assuré qu’au moment même où M. de Bois-le-Comte partait pour Berne, le ministre anglais, M. Peel, envoyait iln ministre anglican, son chapelain, au quartier général de l'armée fédérale, avec ordre de recommander de presser les opérations militaires afin de dévancer les projets d’intervention qui allaient infailliblement entrer en voie d’exécution. Le public suisse, absorbé par les événements militaires, ne prêta qu’une attention médiocre au départ de l’ambassadeur. Quelques feuilles politiques s’occupèrent seules à en tirer des conséquences à perte de vue (*).

(*) Il paraît, au reste, que M. de Bois-le-Comte trouya moyen de faire arriver son secrétaire à Lucerne, par la Furka, car on lit dans une lettre de M. Zen-Klusen, datée du 23 novembre :

« M. l’auditeur Hamont est arrivé hier à Lucerne et est reparti aujourd’hui ; il a eu une longue conférence avec M. l’avoyer Siegwart-Muller, qui nous a dit que M. l’ambassadeur Bois-le-Comte l’avait envoyé en cette ville pour connaître la position réelle des cantons du Sonderbund. »

Nous avons dit que le 22 novembre l’armée fédérale s’était ébranlée sur tous les points, marchant à Lucerne sur quatre colonnes.

Depuis bien des mois le canton de Lucerne, qui compte une population de 125,000 âmes, s’attendait à être attaqué. Aussi avait-il fait dans tous ses districts, mais principalement autour du chef-lieu, d’immenses préparatifs de résistance. Depuis plus d’un an on ne parlait en Suisse et à l’étranger que de la terrible réception qui serait faite à l’armée assez téméraire pour franchir l’Emme et la Reuss, et pour tenter de pénétrer jusqu’aux rives du lac des Quatre Gantons. On sait que la ville de Lucerne est située au bord de cette nappe d’eau, dans l’endroit où la Reuss en sort, et au pied du mont Pilate. Dominée de tous les côtés par des hauteurs, elle n’avait pu songer à se fortifier sérieusement contre une attaque ; toute sa sollicitude avait dû se porter sur ces positions qui l’entouraient et dont elle avait tiré pour sa défense un parti avantageux. Mais ces positions enlevées, Lucerne succombait nécessairement. On sent dès lors pourquoi le général de Salis avait tenu à ne pas rester enfermé dans la ville, et pourquoi depuis quelque temps il faisait des excursions aux environs, surtout du côté de l’Argovie, visitant soigneusement chaque position et ne négligeant aucun des moyens qu’un chef vigilant, placé dans une situation critique, doit ap-

peler à son aide. Encore ici le mal de Lucerne était d’avoir calculé et établi ses chances de résistance et de victoire comme s’il se fût agi d’une attaque peu redoutable. Les précédents succès contre les corpsfrancs avaient nui à sa sollicitude; il n’avait eu que trop tard les données nécessaires pour apprécier sainement le péril. Le général de Salis ('), militaire plein de feu, d’impétuosité et d’audace, nu s’était pas attendu à lutter contre le calme et prudent général Dufour, qui cherchait la victoire bien plus dans des marches savamment combinées que

(') Le général Jean-Ulrich de Salis-Soglio, ex-commandant des forces des sept Etats alliés, appartient à une famille militaire dès longtemps illustre dans les fastes de la Suisse. Entré en 1809 dans l’état-major fédéral, il prit en 1811 du service en Bavière dans un régiment de chevaux-légers, et en 1812 il était officier d’ordonnance du maréchal de Wrede. Il se distingua en 1814 dans la campagne de France. Après la paix de 1815, il entra au service des Pays-Bas, dans les régiments suisses capitulés, et après le licenciement de ces troupes, il fut fait colonel d’un régiment de cuirassiers hollandais. Lors de la révolution de Bruxelles, il se battit contre les insurgés belges. En 1842, la Hollande ayant réduit l’effectif de son armée, le général de Salis fut mis à la retraite, et à son retour en Suisse la Diète le nomma colonel fédéral. En 1844, lors desjxoubles du Valais, il fut désigné pour commander les troupes fédérales dans ce canton, et en 1847 les sept Etats catholiques le choisirent pour commander leurs troupes réunies. Il accepta ce poste, quoique protestant. Des chagrins de famille, selon les uns, un dérangement d’affaires, selon d’autres, ont contribué à lui faire rechercher les émotions violentes et les situations périlleuses. Trois de ses frères ont suivi la carrière militaire en France, à Naples et en Hollande.

dans des combats sanglants entre concitoyens marchant les uns contre les autres sous le même drapeau.

Si Ton prend une carte de la Suisse, on voit que les positions principales qui protégeaient Lucerne occupent un demi-cercle dont une extrémité touche au lac de Zug, Fautre à Willisau, et dont la pointe méridionale du lac de Sempach forme le sommet. C’était vers cet arc que venait converger l’armée d’exécution du général Dufour, dont les corps principaux, incessamment amoncelés sur la frontière du Freiamt argovien, vers le point où ce territoire s’avance en forme de coin entre les cantons de Lucerne et de Zug, formaient une masse formidable. Ceux qui avaient traversé l’armée fédérale, ne pouvaient revenir de la surprise qu’elle leur avait causée par la force et le nombre de ses bataillons* l’ordre qui y régnait, la bonne harmonie entre les officiers et les soldats, l’enthousiasme de tous et surtout la beauté de sa formidable artillerie. Quels que fussent le courage des troupes du Sonderbund, le talent et l’intrépidité de leurs chefs, quels que fussent le dévouement et le fanatisme des cantons primitifs qui flanquaient Lucerne et lui servaient d’arrière-garde et de dernière ligne de défense, on doutait que la résistance fût longtemps possible. Cet armement de cent mille combattants, levés si facilement et en si peu de temps dans les cantons

delà majorité, laissait chacun dans l’étonnement, et surtout les militaires étrangers de divers pays qui avaient voulu suivre de près les opérations de cette guerre. Néanmoins on n’avait pas aperçu encore chez les défenseurs de la ligue catholique le moindre symptôme de découragement (!), bien que la nouvelle de la prise de Fribourg, à laquelle on avait d’abord refusé de croire à Lucerne, et sur laquelle on avait voulu pendant plusieurs jours donner le change dans ce canton et dans le Valais, fût enfin reconnue comme certaine (2).

(') Lettre du colonel Zen-Klusen, du 23 novembre :

« Mgr. le nonce s’est transporté à Âltdorf pour éviter les bruits de la guerre. Effectivement, je n’ai jamais vu des mouvements militaires comme depuis quelques jours à Lucerne , et de l’autre côté cet inconcevable sang-froid parmi les habitants de cette ville est frappant, l’ennemi étant si près. »

(a) Fribourg avait déjà capitulé, que la Gazette du Simplon publiait encore à Sion les bulletins suivants qui étaient parvenus à Lucerne :

« Nous avons reçu des nouvelles très-rassurantes sur Fribourg ; il a été attaqué vendredi passé; on a combattu touto la journée et une partie de la nuit; le samedi le combat n’a cessé qu’à cinq heures du soir. Aujourd’hui c’est dimanche, les catholiques sanctifient ce jour du Seigneur, et les protestants se reposent.

» Samedi matin on est venu à Lausanne prendre le reste des canons pour les porter (espérons-le) aux Fribourgeois, qui en ont déjà pris un grand nombre à l’ennemi; le bataillon de Genève et celui de Lausanne ont été abîmés. On fait des levées en masse, on prend tout. Ces forces échoueront devant les courageux et vaillants Fribourgeois. Ces nouvelles,

L’armée fédérale s’était formée en quatre divisions pour briser par un choc terrible la ligne de défense semi-circulaire en avant de Lucerne. La division du colonel zuricois Ziegler suivait la route de Munster, bourg situé à quatre lieues au nord de cette ville. Elle devait attaquer en face. La division Donats était dirigée sur Sursée, petite ville lucernoise à quatre lieues nord-ouest du chef-lieu; la division du colonel bâlois Burckhardt passait par Willisau, autre petite ville sur la route de Berne à Lucerne; enfin, la division de réserve bernoise, commandée par le colonel Ochsenbein, avait été dirigée rapidement du canton de Fribourg, à la reddition duquel elle avait contribué, sur Lucerne par la route montueuse et dangereuse de l’Entlibuch qui borne cette ville au sud-ouest. Au moquant au fond, sont certaines. On ne connaît pas encore les détails.... on ne sait rien de Berne.

» D’autres lettres qu’on nous communique annoncent que l’artillerie est tombée entre les mains des Fribourgeois, qu’un bataillon a été taillé en pièces, qu’un autre a été fait prisonnier, et que quelques autres ont été mis en pleine déroute et poursuivis par le landsturm. »

Dans un article subséquent du même journal, on lit encore l’article suivant :

« La ville de Fribourg a capitulé, mais le canton n’est pas soumis. Les militaires se sont retirés dans les forêts et tombent à chaque instant sur l’ennemi qui n’ose plus sortir de la ville. Une lettre assure que M. le colonel Albiez est parti avec 8000 hommes au secours de Lucerne. On nous écrit même du Bas-Yalais que la ville de Fribourg est bloquée par 10,000 hommes sous le commandement de M. Albiez. »

ment où toutes ces troupes s’étaient ébranlées, le général en chef avait publié une proclamation remarquable que nous devons faire connaître :

« Soldats confédérés !

» Vous allez entrer dans le canton de Lucerne. En franchissant ses frontières, oubliez vos ressentiments pour ne songer qu’au devoir que la patrie vous demande de remplir.

» Marchez hardiment contre l’ennemi, combattez en braves et restez sous votre drapeau tant que vous aurez une goutte de sang à verser.

» Mais aussitôt que la victoire se sera déclarée en notre faveur, oubliez tout sentiment de vengeance, comportez-vous en généreux combattants, épargnez les vaincus*; c’est par-là que vous ferez preuve de votre valeur. Dans toutes les circonstances, suivez les avis que je vous ai déjà donnés : respectez les églises et tous les édifices dédiés au culte religieux! Rien ne souille davantage votre drapeau, que des outrages à la religion. Prenez sous votre sauvegarde les hommes désarmés ; ne souffrez point que ceux-ci soient injuriés ou maltraités. Ne détruisez rien sans nécessité, ne commettez pas de dégâts; en un mot, conduisez-vous de manière à mériter la considération publique, et montrez-vous toujours dignes du nom que vous portez. »

C’est au centre de la ligne, au poste important de Gislikon, que les hostilités s’engagèrent par une action unique, mais capitale, qui revêtit un moment les proportions d’une bataille. Comme nous l’avons vu par les discussions de la Diète, les Lucernois avaient élevé depuis plusieurs mois des retranchements considérables à Gislikon, et malgré les sommations de l’assemblée fédérale ils avaient achevé ces ouvrages qui étaient constamment gardés par de forts détachements. Cet endroit, avec un pont couvert sur la Reuss, est situé sur la route du pont de la Sins conduisant de l’Argovie à Lucerne, sur la frontière du Freiamt qui s’avance en pointe entre le territoire lucernois et le territoire de Zug. Il fallait enlever cette position, et c’est dans ce but que la division Ziegler s’était avancée dès le 22 dans cette étroite langue de terre à l’extrémité du Freiamt, qui, à la lettre, regorgeait de troupes.

Tous les corps destinés à attaquer la position de Gislikon se trouvaient ainsi, dans la soirée de ce jour, concentrés de Mûri à Bietwyl dans les bailliages libres, La nuit fut vivement agitée ; dès le matin du 23, de bonne heure, la troupe se mit en mouvement. La division se forma en deux corps; le plus considérable protégeait la position de Bietwyl pendant que cinq bataillons d’infanterie, une batterie d’artillerie de Zurich, une batterie de pièces de 12 de Berne, une autre batterie d’artillerie de

Soleure et les diverses armes spéciales, sous le commandement du colonel tburgovienEgloff, passaient sur l’autre rive par un pont de bateaux construit pendant la nuit par d’intrépides pontonniers, audessous du pont de la Sins, détruit par les troupes du Sonderhund. Le corps principal, resté sur l’autre rive de la Reuss, devait opérer sa jonction plus tard, et à cet effet un second pont de bateaux avait été construit à une certaine distance au-dessus du pont de Gislikon.

La brigade du colonel Egloff s’avança sans résistance, par le territoire du canton de Zug, jusqu’aux frontières de Lucerne. C’est là, dans le premier village lucernois, où le terrain offrait aux soldats du Sonderbund les positions les plus favorables, que commença une lutte acharnée. L’artillerie lucernoise occupant les hauteurs en arrière de Honau soutenait un feu bien nourri ('), mais l’artillerie zuricoise l’ayant bientôt fait taire, permit aux troupes d’avancer. On arriva alors sans obstacle sur une seconde sommité dominant Gislikon, où, suivant le plan du colonel Ziegter, la jonction avec le principal corps, arrivant de Dietwyl, devait avoir lieu; mais cette réunion fut en partie contrariée par un violent feu d’artillerie qui parfait des fortifications établies près du pont de Gislikon.

(') Un des premiers boulets frappa en pleine poitrine le capitaine Buck, proscrit lucernois.

Les hauteurs de ce dernier village étaient occupées par les carabiniers d’ Un t envahi et le landsturm, parfaitement abrités par les forêts voisines. Devant le village même, se trouvait l’artillerie lucernoise fortement retranchée. Le combat continuait avec une extrême violence ; déjà les hauteurs de Gislikon étaient emportées, déjà la batterie de Soleure s’était mise en bataille, lorsque la troupe du Sonderbund , commandée par le général de Salis en personne, s’avança avec une telle intrépidité et lança de sa redoute établie près du pont de Gislikon une telle grêle de mitraille, que la victoire resta un moment indécise et que la batterie soîeuroise Rust dut céder quelque peu. Dans ce moment suprême une batterie bernoise, amenée par le colonel Denzler, de Zurich, commandant l’artillerie de réserve, arriva en plein galop et prit position. Le capitaine Moll disposa ses pièces de 12 avec un coup d’œil sûr, dirigea le feu le plus meurtrier sur la batterie ennemie, et dans peu de temps la mit hors de combat. Jamais tir ne fut exécuté avec plus de précision ; sur une soixantaine de boulets, plus de cinquante atteignirent le but, firent voler les affûts en l’air et dispersèrent tous les hommes de la batterie. Dès cet instant la victoire fut décidée. Les troupes du Sonderbund lâchant pied sur tous les points, se replièrent en toute hâte sur Lucerne. Le général de Salis était lui-

même blessé à la tête d’un éclat d’obus. Cette ville pouvait être occupée encore dans la soirée, mais la prudence exigeait d’effectuer avant tout la jonction avec les autres troupes qui s’avançaient du côté de Dietwyl, et de s’assurer de la position des différents corps qui convergeaient également sur Lucerne.

On dépassa cependant le village de Roth ; mais quel déplorable aspect offrit alors le champ de bataille ! Si le sifflement des balles, si les morts et les blessés gisant çà et là, avaient déjà profondément ému ceux qui assistaient pour la première fois à ce drame sanglant qu’on nomme une action de guerre, on pouvait encore bien moins se défendre d’une indicible terreur en voyant plusieurs maisons du village de Gislikon en proie aux flammes, qui, s’élevant en gerbes vers le ciel, répandaient au loin une sinistre clarté; sur le sol étaient pêlemêle des carabines, des fusils, des schakos, des vêtements , des sabres, des morts et des blessés.

Les troupes fédérales bivouaquèrent en avant du village de Roth, à deux petites lieues de Lucerne. C’est à la savante direction du commandant de division Ziegler ('), à son courage personnel ainsi qu’à celui du chef de brigade Egloff, à la supério-

(') Le colonel fédéral Edouard Ziegler a servi en Hollande dans le régiment suisse dont le général Ziegler était colonel. Lucerne lui a fait hommage pour sa patrie des armes de Zwingli.

rite de l’artillerie fédérale et à F attitude pleine de bravoure de toutes les troupes, que le résultat décisif de l’affaire de Gislikon doit être attribué (').

Pendant que le général de Salis combattait à Gislikon , le colonel Elgger occupait le plateau de Littau, sur la ligne de l’Emme, et le Conseil de la guerre, siégeant à Lucerne, hésitait au milieu des rapports contradictoires qui lui arrivaient de toutes parts. Le landsturm, au lieu d’occuper les hauteurs et les forêts le long des routes par où les

(') Un officier de 1’étaî-major général de l’armée des Sept, le comte de S***, a écrit de Milan les détails suivants sur l’affaire de Gislikon : « Notre malheur fut d’être un contre six ; tous les facteurs qu’on a voulu faire intervenir en notre faveur, pour établir la balance, comme la liberté, l’amour de la patrie, la religion et encore une fois la religion, les prières et les chants d’église, n’ont servi absolument à rien contre les cent pièces de canon du général Dufour, qui pour la plupart étaient d’un calibre bien supérieur aux nôtres. Le Sonderbund n’avait qu’un parti à prendre, c’était de prendre l’offensive avant que l’armée fédérale fût prête à entrer en campagne, et de manœuvrer dans l’Argovie catholique, dans les cantons de Saint-Gall, de Vaud, du Tessin et des Grisons. Nous devions suppléer à notre infériorité en troupes et en artillerie par la recherche d’un meilleur terrain, quand bien même Lucerne aurait dû être sacrifié. En nous jetant dans les Petits Cantons, en traitant le Tessin en pays conquis, nous aurions pu défier encore longtemps les hommes au brassard fédéral. La neige serait devenue notre alliée, et la Lombardie nous aurait donné en suffisance les subsistances nécessaires. En agissant ainsi, messieurs de la Diète auraient ouvert degrandsyeux et je suis convaincu que le Sonderbund; n’aurait pas été détruit.

»> Quant à nos troupes, il y avait parmi elles, comme

troupes fédérales s’avançaient, affluait au cheflieu, demandant des vivres. Dès le matin du 25, on avait appris d’une manière certaine que l’on s’était battu dans l’Entlibuch , et que la division bernoise du colonel Ochsenbein s’avançait vers l’Emme. Le Conseil de guerre donna l’ordre de faire revenir les troupes qui avaient envahi le canton du Tessin. Ail heures du matin la ville était encore assez paisible. On entendait cependant un feu très-vif dans la direction de Gislikon, et l’on disait que le village de Honau était en feu.

Vers deux heures arriva un blessé, affirmant qu’on s’était battu à Gislikon, et que l’artillerie

partout, de la valeur et de la faiblesse, de l’ordre et du désordre, de la bonne et de la mauvaise volonté. Les compagnies de carabiniers, quelques bataillons d’infanterie et une partie de l’artillerie m’ont surtout fait plaisir. La batterie Mazzola (de pièces de 4) a tenu pendant deux heures, à Gislikon, contre quatre batteries fédérales. Les carabiniers ont été héroïques. Les balles coniques des carabiniers de Lucerne, d’Uri et d’Unterwald, ont fait des merveilles. Je citerai un exemple sur cent : Un carabinier de notre armée était monté sur un arbre ; un carabinier ennemi le voit, l’ajuste et atteint l’arbre. Le nôtre lui montre avec le bras l’endroit où sa balle a frappé, et fait le signe ordinaire d’un marqueur à la cible. Cet ennemi reste un moment interdit, et bientôt il tombe blessé à mort par notre imperturbable carabinier.

» Les officiers étrangers de l’armée des Sept ont aussi fait leur devoir. Le prince de Schwatzenberg, qui était le 23 au matin au Conseil de Guerre à Lucerne, accourut à Gislikon au bruit du canon, au moment même où le général de Salis était blessé. Il reçut de lui l’ordre de surveiller la retraite, tout en faisant tête à l’ennemi.

avait dû rétrograder jusqu’à Ebikon, à une lieue de Lucerne. L’on doutait de la véracité de ce récit, mais à peine 40 minutes s’étaient écoulées que l’on vit l’artillerie arriver en plein galop et confirmer le récit du blessé. Tout le monde se précipita autour des nouveaux arrivants ; chacune de leurs paroles était attendue avec anxiété. Cependant l’on ne voyait encore que peu de radicaux dans les rues. Vers les quatre heures, l’on reçut une lettre de M. de Salis annonçant que ses troupes s’étaient bien battues, mais qu’il avait dû se retirer, que lui-même était blessé à la tête par un éclat d’obus; qu’il comptait cependant de pouvoir se maintenir à Ebikon. Sur cette lettre, les membres du Conseil de la guerre commencèrent à faire leurs préparatifs de départ. Les membres du Conseil d’Etat parcouraient l’hôtel-de-ville en gens qui avaient perdu la tête et qui croyaient n’avoir pas même le temps de fuir.

Un bateau à vapeur reçut aussitôt l’ordre de chauffer; toutes les archives du Conseil de la guerre, des papiers importants saisis à Airolo, ainsi que le butin tombé dans le Tessin entre les mains des troupes dé la ligue, furent portés sur le bateau. Une compagnie d’infanterie maintenait l’ordre devant le débarcadère. Deux conseillers d’état, MM. Zund et le général Sonnenherg, refu-

sèrent de s'associer à cette fuite du Gouvernement lucernois. On parlait aussi d’une sortie nocturne.

11 était déjà nuit close que des religieux et des prêtres continuaient encore à se sauver sur le bateau à vapeur, qui quitta enfin le rivage à six heures. Mais en même temps la ville se remplissait de troupes et de landsturm. La nouvelle de la fuite du Gouvernement produisait un effet électrique ; l’anxiété et la terreur s’emparèrent des conservateurs, et tout le monde ne pensait plus qu’à la fuite. Des centaines de soldats restaient sans logements, et, après dix heures de fatigues et de luttes, ne trouvaient pas même un peu de nourriture. Pendant tout ce temps Lucerne s’étant trouvé sans commandant de place, le capitaine Segesser envoya de son chef quelques compagnies d’infanterie sur les hauteurs du Wesemlin. Deux bataillons restaient inactifs dans la ville ; le brave bataillon d’Unterwald était toujours à Ebikon, où il avait été oublié. Le colonel Elgger était toujours sur l’Emme. Dans l’Entlibuch, la division bernoise n’avançait que difficilement, mais elle avançait.

En passant à Malters , théâtre de la défaite sanglante des corps-francs, le chef de cette division de réserve avait salué par des décharges de mousqueterie le champ où reposaient ses anciens compagnons d’armes. Du reste, il avait maintenu la plus stricte discipline.

La division Gmur, après un court engagement à Meyers-Kappel, arrivait aussi à heure fixe à sa destination.

Dans ces conjonctures, la partie parut décidément perdue aux chefs de l'alliance, du moins quant à Lucerne. Le Sonderbund n’abandonnait pas cependant tout espoir. En faisant transporter sur un bateau à vapeur leurs archives et la caisse militaire de la Confédération dont Lucerne avait le dépôt et dans lequel ils avaient déjà puisé, l’intention de ses directeurs était de se retirer dans les Petits Cantons pour continuer la lutte. Ils avaient reçu de la diplomatie l’assurance positive que, s’ils tenaient encore quelques jours, l’intervention étrangère se manifesterait ('). Le Conseil municipal de Lucerne, composé en majeure partie de libéraux, et qui venait d’adresser au Gouverment en fuite une demande pressante pour l’engager à capituler, reçut du général de Salis une lettre ainsi conçue :

« J’ai l’honneur de vous annoncer que je me » propose de demander à l’armée fédérale un ar-

(’) Lettre du colonel Zen-Klusen au Gouvernement du Valais.

« Le 23 novembre, 5 heures du soir. Dans ce moment, nous recevons la nouvelle fatale que l’ennemi, beaucoup supérieur en forces, a pris Gislikon ; le général de Salis est légèrement blessé à la tête ; il est à craindre qu’il sera obligé de capituler demain. Le Conseil de Guerre se retirera ce soir à Altorf ; il écrit à M. Taffiner de s’assurer de la Grimsel. »

» mistice dans le but de sauver la ville. J’y ai été » autorisé par le Conseil de la guerre et par le « Gouvernement de Lucerne. »

En effet, un parlementaire lucernois s’était rendu auprès du général Dufour pour obtenir une suspension d’armes, mais le général refusa. Il rendit compte de son refus à la Diète dans la lettre suivante :

« Ce matin (24) avant le jour, j’ai reçu un par- » lementaire qui m’a demandé un armistice de 48 » heures. J’ai refusé et ai demandé que la ville » nous fût remise purement et simplement, aussi- » tôt que nos préparatifs seraient faits pour y » entrer. C’est ce qui a été exécuté. Les troupes, d qui sont nombreuses ici, me paraissent animées » d’un bon esprit; elles montrent de la gaîté; » elles se sont bien battues la veille ; elles ont le » sentiment d’avoir fait leur devoir. — J’ai immé- » diatement adressé une sommation aux trois Etats » de Schwytz, Uri etünterwald. »

L’armistice refusé, M. de Salis partit avec son état-major et alla rejoindre à Altorf les chefs du Sonderbund et les personnes les plus compromises. En même temps que les troupes fédérales faisaient leur entrée dans Lucerne, les proscrits y rentraient aussi et se préparaient à nommer, dans une assemblée populaire, un Gouvernement provisoire. Alors la municipalité, qui exerçait déjà le pouvoir de

fait depuis la fuite du Gouvernement de M. Siegwart-Mulier, annonça à l’assemblée populaire que, conjointement avec deux citoyens de chacun des cinq districts du canton, elle s’était constituée en Gouvernement provisoire, sous la protection du général Dufour. Le docteur Steiger, le principal des proscrits rentrés avec l’armée fédérale, fit ensuite les propositions suivantes, qui furent adoptées sans opposition :

1° Les Jésuites et les ordres qui leur sont affiliés évacueront le canton dans deux fois 24 heures ;

2° Le Gouvernement fugitif et son Grand Conseil seront mis en état d’accusation pour avoir violé la Constitution ;

3° Amnistie pleine et entière est accordée à tous les délits politiques du 8 décembre 1844 et 31 mars 1845 ;

4° Le Gouvernement provisoire est chargé de faire rentrer la fortune publique qui a été soustraite.

L’idée, dès longtemps arrêtée chez les chefs du Sonderbund, de se retirer dans les Petits Cantons etde continuer la résistance, fut contrariée par des événements de force majeure. D’abord, les troupes des sept cantons étaient totalement démoralisées. Le colonel Ab-Yberg, de Schwytz, qui aurait pu, en se portant rapidement d’Arth à Gislikon, réta-

blir les chances en faveur de l’armée du général de Salis, était resté immobile. Le général de Salis lui-même avait laissé ses subordonnés sans ordres ultérieurs ('). Il était donc bien difficile de reconstituer une résistance armée derrière le lac des Quatre-Cantons. D’ailleurs, le temps, qui n’avait cessé d’être magnifique, continuait à favoriser les troupes fédérales, et l’arrière-saison ne semblait pas vouloir de longtemps servir le Sonderbund comme auxiliaire dans sa retraite alpestre. Enfin,

(') Le major Zeerleder, patricien bernois au service du Sonderbund, s’est plaint vivement, dans une lettre datée de Milan et insérée dans la Gazette d’Augsbourgdu 2 janvier, de cet abandon du général de Salis : « Le 23 novembre, dit-il, je me trouvais sur le plateau de Littau, et je demandai au colonel Elgger l’autorisation de me porter sur la position importante de Schwartzenberg pour la protéger contre Ochsenbein, qui la menaçait de Malters où il était arrivé. Le colonel Elgger me répondit qu’il ne pouvait pourvoir à tout et faire l’impossible. » Cependant le major Zeerleder prit le commandement de trois bataillons et se porta sur Schwartzenberg. Mais cette troupe était tellement mal disposée et démoralisée, bien qu’il n’y eût pas encore un coup de fusil tiré de ce côté, qu’on ne pouvait en tirer aucun parti. Le bataillon Rosswyl, dont le chef s’était éloigné, refusa positivement de marcher. D’ailleurs il n’y avait que douze cartouches par homme. « Chacun ne songeait, ajoute le major, qu à chercher des vivres. Le landsturai avait jeté ses armes et regagné ses foyers. Le 24 au matin, abandonné de tout mon monde, je m’approchai de Lucerne; mais, reconnu par des radicaux, je fus précipité de mon cheval et conduit au colonel Ochsenbein , à Kriens. » De Kriens, M. Zeerleder fut conduit à Berne, où il lut emprisonné, puis mis en liberté par ordre du général en chef.

les dispositions des populations des cantons primitifs étaient fort équivoques. Travaillées depuis longtemps par l’ultramontanisme, comptant pour leur défense sur des secours étrangers ou surnaturels, bercées par le vain souvenir de la gloire de leurs aïeux évoqués par des chefs nuis ou fascinés, écartées par de fausses directions religieuses et politiques de la véritable voie nationale, fatiguées par des alarmes sans cesse renouvelées et par des prises d’armes sans résultat, ces populations étaient complètement perplexes et découragées. D’ailleurs, leurs Gouvernements étaient loin d’être unanimes. A côté du pouvoir officiel, il y avait, dans les cantons de l’alliance séparée, le pouvoir occulte et supérieur, tantôt siégeant dans les Conseils même, tantôt au-dessus ou à côté (*). Bien des magistrats étaient fatigués de cette inquisition exigeante et inquiète. Toutes ces raisons expliquent pourquoi les deux parties du canton d’Unterwald, puis le canton de Schwytz et enfin celui d’Uri, se décidèrent à accepter les avances du général Dufour, et à signer des capitulations. Le Gouvernement de Schwytz fit connaître au peuple, par une proclamation, les motifs qui le

(') À Lucerne, on vit d’abord le conseiller d’état Tschopp écrire au général Dufour pour déclarer que depuis longtemps il était opposé au Sonderbund, et pour invoquer la pitié du vainqueur en faveur de ses malheureux enfants.

forçaint à ce parti. Cette proclamation met à nu toutes les misères qui étaient, en si peu de temps, venues fondre sur le Sonderbund.

Quelle différence avec la lutte que ces mêmes petits cantons soutinrent en 1798 contre les armées de la république française! Alors, ils n'avaient dans leurs rangs ni princes autrichiens, ni savants tacticiens, ni Jésuites; mais ils étaient réellement guidés par le sentiment de la nationalité en danger. En 1847, ils se trouvaient surexcités par des moyens factices , et au moment solennel de la lutte contre des concitoyens, ils devaient forcément rentrer en eux-mêmes.

« En dépit de ses promesses d’inviolable fidélité, » disaient les magistrats de Schwytz, et de grands b préparatifs de défense pour les appuyer, Fri- » bourg a renoncé le 14 à l’alliance, sans avoir rien » fait pour sa défense. Zug l’a imité le 21 . Attaqué b le 23 par des forces supérieures, Lucerne n’a pu » tenir nîalgré la résistance héroïque de ses troub pes et de celles de ses alliés à Gislikon, à Meyersb Rappel et dans l’Entlibuch ; il est tombé le 24 ; b le nombre des Etats de l’alliance diminue de b jour en jour. Affligés, mais non découragés par b ces revers , les Gouvernements de Schwytz et > d’Uri avaient convoqué une réunion de délégués b des cantons primitifs, pour s’entendre sur les b mesures communes à prendre. Mais Uri et

» Schwytz eurent alors la vive douleur d’appren- » dre que leur ancien allié d’Unterwald s'était » retiré de l’alliance défensive sans même avoir » pris conseil de ses vieux et anciens amis, et avait » capitulé. L’alliance défensive se trouvait ainsi » dissoute de fait. Uri et Schwytz demeuraient » seuls en face d’une armée tout-à-fait dispropor- » tionnée avec leurs moyens de résistance, et n'a- » vaient d’autres secours que le Valais , dont » l’éloignement ne permettait pas d’attendre un » secours efficace. Dans un pareil état de choses, » ces deux Etats ne pouvaient pas repousser les » propositions que le général en chef leur avait » faites dans des termes qui méritaient leur recon- » naissance. Des délégués furent envoyés auprès » de lui pour arrêter les termes de la convention » ratifiée aujourd’hui à l’unanimité par le Grand » Conseil, qui a senti l’impossibilité d’une fésis- » tance efficace, et a voulu empêcher une effusion » de sang évidemment inutile. Uri aura Sans doute » pris un parti semblable. »

Le 27 novembre, le général Dufour écrivait en effet à la Diète que les délégués du canton d’Uri avaient signé avec lui une capitulation semblable aux précédentes ou à peu près. « Le Sonderbund est donc dissous, ajoutait-il, et dans cet état de choses j’ai cru devoir commencer la réduction de l’armée en ce qui n’est pas essentiel à la compo-

sition des divisions actives. Il restera encore plus de forces qu’il n’en faut pour l’occupation des cantons qui se sont soumis. »

Le 29 novembre , la division de réserve tout entière, commandée par le président de la Diète, rentra dans la ville fédérale. De bruyants vivats signalèrent l’apparition du colonel Oehsenbein. Il est vrai que ce magistrat militaire avait tenu à racheter l’échec des corps-francs, et qu’il avait mérité les félicitations particulières du général en chef. De tous ses lieutenants, c’était peut-être celui qui avait suivi le plus ponctuellement ses ordres. Ainsi, quinze jours avaient suffi pour mener à bien cette campagne. Les plus optimistes n’avaient pas espéré un résultat si prompt et si complet (’). Restait le Valais, dont la soumission ne pouvait plus offrir de difficultés bien sérieuses.

L’entrée du vainqueur à Lucerne fut malheureusement signalée, comme à Fribourg, par des désordres et quelques pillages partiels. C’est bien moins à l’armée fédérale qu’à quelques agents de désordre, suivant les troupes, et à la vengeance politique, qu’il faut les attribuer. Le général Dufour se hâta d’arrêter le mal à son début, et de le réparer autant que cela dépendait de lui. Au reste, les tribunaux militaires ont fonctionné activement.

(') Dans cette courte campagne, l’armée fédérale a compté enyiron 50 morts et 250 blessés.

Page 1