UN COIN DE LA FOSSE AUX OURS
l'Aar, et méritent presque tous l'attention par la hardiesse de leur construction. C est d abord, un peu en dehors de la ville, le viaduc du chemin de fer, construit en 1858, qui a été lancé,' d'un rebord à l'autre du plateau, sur la partie le plus étroite de la vallée : sous le tablier est ménagé un passage pour les piétons.
Plus longs, plus élevés, plus hardis, les deux ponts modernes du Kirchenfeld et du Kornhaus, qui datent, l'un de 1883, l'autre de 1898, sont situés sur le prolongement l'un de l'autre, en coupant au nord et au sud la boucle du fleuve. D immenses arches métalliques reposent sur de puissants piliers, là de fer, ici de
granit. Le pont du Kornhaus est le plus monumental : sa longueur est de 355 mètres, la portée de la grande arche de 1 1 5 mètres, avec une hauteur de 48.
Le pont de la Nydeclc n'est pas moins intéressant, avec ses trois arches en pierre massive, élevées en 1844 et qui enjambent la vallée au-dessus d'un vieux pont du XV" siècle, fort curieux, celui de l'Unterthor, traversant l'Aar presque à fleur d'eau. L'ensemble de ces ponts, qui complètent heureusement le cadre de la ville, donne à l'aspect général de Berne un cachst tout particulier.
Près du pont de la Nydeck, la fosse aux ours attire de nombreux curieux.
Ce sont des animaux choyés du public, qui les gave de carottes. Plusieurs vieilles filles de la ville leur ont fait des legs importants; et les ours, gras et heureux rentiers, exécutent devant leurs admirateurs mille gentillesses et des prouesses d équilibre. Qepuis un siècle
Cl. rhoto Glol,
PONTS DE LA NYDECK ET D UNTERTHOR
et plus que la même famille oursonne vit et se reproduit dans la fosse, elle a perdu, assure-t-on, tout instinct sanguinaire. Cependant les fauves tuèrent, en 1861, l'officier norvégien Lorch, qui, en état d'ébriété, était tombé lïi nuit dans la fosse.
Les ours de Berne représentent une tradition et un symbole, comme les louves du Capitole. D après la légende, le duc Berthold de Zaehringen. qui aurait fondé la ville en 1191, avait déclaré qu il lui donnerait le nom du premier animal qui traverserait l'enceinte : ce fut un ours, qu'il tua près des fortifications : d où Berne, de I allemand Bœt , ours.
Les historiens modernes déclarent que l'anecdote a été formée de toutes pièces à une époque récente, pour expliquer à la fois le nom de Berne, et le respect traditionnel des Bernois pour les ours. En réalité, l'origine de la ville est beaucoup plus ancienne, et une découverte, faite il y a quelques années, a prouvé que le culte de l'ours, survivance probable d un totémisme préhistorique, y existait à 1 époque celtique. On a mis au jour, en effet, près de Berne, un groupe en bronze, datant du I "■ siècle de lère chrétienne et représentant un oursd3 grande taille qui s'approche d une déesse : l'inscription atteste qu'il s'agit d'un hommage à la déesse Ariio (nom celtique de l'ours), divinité ursine modifiée par métamorphisme (I). Le culte des Bernois pour l'ours plonge ainsi dans la nuit des temps : il est remarquable qu'il se soit conservé, en se transformant, à travers tant de bouleversements sociaux, jusqu'à l'époque moderne.
L'ours est resté l'emblème de la ville et du canton. Il figure partout en effigie à Berne : les sculpteurs l'ont accroupi sur les fontaines ; il défile à chaque heure, devant la grande horloge ; il danse même, sur les cartes
(1) Cf. SaLOMON ReiNACH. Orpheus, p. 24.