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LES CHUTES

SCHMADRIBACH.

(1) Gazelle des étrangers Je Lausanne, 30 juillet 1910.

OBERLAND BERNOIS

Les environs d'Interlaken. Un théâtre en plein air.

— Interlaken. ville d'hôtels, appelait une courte digression sur l'industrie hôtelière. Mais nous ne serions pas complets si nous n'accordions une mention spéciale à ses environs.

Au nord se dresse une barrière montagneuse, le Harder, qui, malgré sa déclivité rapide, est couverte en grande partie d'épaisses

Un peu en contre-bas, sur un petit monticule, les ruines d'Unspunnen, dont on n'a pas altéré la poésie fruste par de maladroites restaurations, offrent, parmi les friches et les broussailles, les restes du petit château gothique qui gardait la passe, et dont i exiguïté contraste avec la magnificence du paysage environnant.

En face, le cimetière de Gsteig renferme les tombes de soldats

forêts de hêtres et de sapins. Là on va visiter le joli point de vue du Hohbùhl, la paroi à pic de la Falkenfluh, dont le roc prend sous un certain angle laspect d une tête de vieillard. On monte à pied ou par le funiculaire sur la côte du Harder, d où la vue embrasse la plaine d Interlaken avec le fond de la Jungfrau, tandis que sur le revers, par les temps clairs, on aperçoit nettement, au delà de la plaine bernoise, la longue silhouette du Jura.

Deux buttes feutrées de futaies épaisses bornent au sud la plaine d'Interlaken et s'interposent entre les deux lacs, sur lesquels, de leurs sommets respectifs, s'ouvrent de ravissants panoramas : la Heimwehfluh, ou « rocher du mal du pays n. et le Petit Rugcn, qui est la promenade favorite des étrangers. Ce mamelon boisé, autour duquel ont été aménagés de bons chemins forestiers, présente les plus splendides échappées sur les lacs et les cimes neigeuses de la Jungfrau et du Mœnch, avec la fraîcheur bruissante des feuillages au premier plan, devant la perspective fuyante des vallées piquetées de chalets bruns. Sur un versant est un parc à chamois disposé dans un cadre tout à fait alpestre

Dans un repli de la montagne on avait installé, en 1912, le Tellspiel, théâtre en plein air où avaient lieu, les dimanches d été, des représentations de Guillaume Tell, le célèbre drame de Schiller. Les acteurs étaient des paysans et artisans du voisinage. Des décors étaient plantés entre les sapins et les hêtres pour représenter les maisons et l'église du village d'Altdorf, patrie du héros suisse. En face, des gradins en bois étaient destinés aux spectateurs. Les figurants étaient nombreux : hommes, femmes et enfants dépassaient une centaine. L'ensemble était vivant et le jeu souvent réaliste : vrai théâtre populaire comme à Oberammergau. Le théâtre a été démoli peu après la guerre : autre conséquence de la crise du tourisme.

français et belges morts en 1915-1918 au cours de leur hospitalisation dans la région, et un monument, à l'inscription émouvante, en l'honneur de soldats de l'armée de Bourbaki (1871).

Des deux montagnes qui bornent, à Interlaken, la Jungfrau au regard, celle de droite, l'Abendberg, ou « montagne du soir I), est la moins visitée, car elle ne peut rivaliser ni par son altitude, ni surtout par le panorama de son sommet, avec sa voisine d'en face, la Schynige-Platte. Cet énorme soulèvement rocheux, qui se dresse d'un seul jet à 2 070 mètres, se termine par une formidable tête, massive et grossièrement équarrie, sur laquelle le chemin de fer à crémaillère se hisse en s'enroulant plusieurs fois le long de ses flancs. De ce belvédère naturel on jouit de la meilleure vue d'ensemble qu'on puisse avoir sur la chaîne des Alpes bernoises, du Wetterhorn altier au Breithorn largement ouvert, en passant par la pyramide agressive du Schreckhorn — la (( corne de la terreur ■■ — l'Eiger rubanné, le Mœnch encapuchonné de neige et l'éblouissante Jungfrau. C'est un des meilleurs points pour contempler au coucher du soleil les merveilleux effets de l'alpenglùhen : les Suisses désignent ainsi les reflets que prennent, par les soirs clairs, les neiges des hauts sommets aux derniers rayons du soleil et dans les premières lueurs du crépuscule. Les cimes neigeuses jaunissent doucement, s'avivent peu à peu de teintes chaudes et cuivreuses, passent à l'orange, au vermillon, au rose, suivant l'état du ciel, et se dâcolorent ensuite par des nuances saumonées ombrées de vert. C'est un des plus beaux spectacles de la montagne suisse.

La vallée de Lauterbrunnen. Les cascades. Mûrren.

— Interlaken a poLr banlieue tout l'Oberland bernois, les lacs de

l'eicer. le mœnch. la iuncfrau et le village de murren.

Thoune et de Brienz. et surtout l'admirable vallée de la Lutschine, qui remonte vers la Jungirau et bilurque en deux branches, suivies également par le chemin de fer de 1 Oberland. d un côté jusqu'à Grindelvvald. de l'autre jusqu'à Lauterbrunnen.

lia vallée de Lauterbrunnen est parcourue par la Lutschine blanche, dont l'écume argentée bondit à travers les sapinières et les hêtraies feuillues, entre des pans rocheux de montagnes, parfois arrondis comme d énormes bastions, derrière lesquels se cache et réapparaît tour à tour la J ungfrau. Lauterbrunnen est un petit bourg très animé l'été, à la jonction de deux lignes de montagne. Les industries du pays sont la dentelle et la taille des pierres. On recueille des cristaux de roche et d'améthyste dans les environs, et surtout de la cornaline. Tandis que les cristaux sont généralement conservés bruts pour être vendus aux collectionneurs, ce beau minéral rouge veiné de blanc est utilisé dans la joaillerie; on en fait aussi divers autres objets dans les tailleries locales • boutons de manchettes, presse-papiers, encriers, etc D autres variétés plus rares de chalcédoine verte et d onyx sont également taillées et fort recherchées des amateurs pour leur eau claire et leurs belles zébrures.

Dans rOberland bernois.

Lauterbrunnen est réputé de longue date par ses cascades, comme Grindelvvald par ses glaciers : cascades bizarres et déconcertantes, qui ne réalisent pas le type classique et banal de la chute d'eau, mais méritent de figurei à part, car elles n ont point ailleurs d'équivalent.

Dès avant la gare on aper-

L EICER vu de la petite SCHElDECC.

çoit le Staubbach, qui, d un plateau coupé en muraille rougeâtre, fait un saut de trois cents mètres dans la vallée. La gerbe d eau, étroite au sommet, va en s'élargissant : brisée à l'infini, comme une gigantesque colonne de verre qu on aurait pulvérisée, elle scintille au soleil et renvoie à toutes les directions les mille couleurs du prisme. Mais qu on s'approche tout auprès, el la cascade est disparue; elle se volatilise avant d atteindre le sol tout au plus humide, bien que de loin la colonne d eau paraisse toucher terre. Evaporé, happé, subtilisé par le vent et le soleil, u le ruisseau-poussière n s'est envolé, remontant vers les nuages, bu par les rayons du jour C est une véritable prestidigitation.

Tout autre est le Triimmelbach, dont le torrent, venu de lEigergletscher, déverse les glaciers septentrionaux de I Eiger, du Mœnch et de la Jungfrau, et s'est taillé un chemin mystérieux sous le sol avant de rejoindre la vallée, — vallée large et grandiose où des deux côtés s élèvent de vertigineux à-pic de rochers rouges, coupés net comme à la hache, dans un gigantesque effondrement que corrodèrent ensuite les monstrueux glaciers de la préhistoire.

Le sentier escalade la montagne, dans lequel le torrent s est creusé un lit souterrain, et ressort par endroits. Si les deux premières chutes d'eau .sont quelconques, la troisième est d une beauté vraiment tragique. C est un saisissement profond, étrange, vertigineux, quand on entre sur le seuil de cette grotte à ciel ouvert, du fîanc de laquelle s'échappe, avec un fracas assourdissant, une trombe d eau menaçante, d une puissance inouïe, qui semble se précipiter sur vous, prête à vous engloutir, à démolir la montagne de sa force irrésistible, et qui, à peine sortie de terre, rentre dans le sol, sous vos pieds, dévorée par le rocher au fur et à mesure que la vomit 1 énorme gueule d ombre. On se penche sur la balustrade de fer, hébété devant ce tourbillon auquel il suffirait d'une faible déviation de trajectoire pour causer une catastrophe. Mais le rocher a dompté la cascade, et I eau. tout en hurlant, suit docilement son chemin séculaire, tandis qu un arc-en-ciel se joue sur les vapeurs de la grotte, étrange et rude haleine du monstre vaincu.

Et les cascades se succèdent le long de la vallée. C est la belle chute du Pèlerin, ce sont les chutes de la Lutschine. et tout au fond, au pied du cirque neigeux qui s'ouvre de la Jungfrau au Tschingelhorn, 1 opulente Schmadribach qui rebondit du glacier voisin et tord au soleil les gerbes de sa chevelure ruisselante.

OBERLAND BERNOIS

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