LA JUNGFRAU VUE DF. LA PETITE SCHEIDECC
Au-dessus de Lauterbrunnen, par delà le Staubbach décevant, un funiculaire, après avoir escaladé tout droit les pentes boisées très raides de la Griitschalp, surplombe les profondeurs de la vallée pour aboutir à Miirren. C'est un belvédère vraiment grandiose. Si le coup d œil est moins vast3que de la Schynige Platte, en revanche on est plus rapproché du monde glaciaire et on voit dans tous leurs détails l'ossature de la trinité géante Jungfrau- Mœnch-Eiger, les formidables parois rocheuses, les glaciers écaillés, verdâtres, les immenses champs de neige qui dévalent du Breithorn Près des rustiques chalets de bouviers, qui s'égaillaient jadis sur lalpe solitaire, se sont construits des hôtels luxueux, face aux névés et aux séracs, pour les « cures d'air » des étrangers.
Vers la Jungfrau : Wengernalp, Scheidegg, Eismeer, Jungfraujoch. — Lauterbrunnen et GrindeKvald occupent, dans le réseau de I Oberland bernois, les deux extrémités d'une fourche que rejoint, en passant sur le dos d une haute croupe montagneuse, le chemin de fer de la Wengernalp. C'est une des lignes les plus pittoresques et les plus hardies de toute la Suisse. La montée est surtout belle au départ de Lauterbrunnen, dans les wagons à claire-voie, quand la vallée s enfonce peu à peu sous les ressauts brusques des contreforts anguleux et que derrière les mélèzes scintille, toujours plus proche, le fronton, sculpté à même la neige, de la Jungfrau.
A Wengernalp, où s'est improvisée une station d'altitude, le coup d œil est splendide. On croit toucher du doigt ces géants de roc et de glace, encore distants de plusieurs kilomètres. Dans le silence et la paix des pâturages, on entend, de temps à autre, comme des coups de tonnerre, le fracas des avalanches qui s écroulent, pulvérisées, en cascades laiteuses, du glacier de Guggi. C est la grande et sauvage nature alpestre dans toute sa magnificence.
Par les jours frais, on offre gracieusement des couvertures aux voyageurs et. si le temps est couvert et que les hauts sommets se dérobent, l'aspect n'est pas moins curieux (et plus impressionnant encore) des houles de nuages qui courent sur la vallée et jouent avec les pics, tandis qu'une bizarre aiguille rocheuse à trois dents inégales, qui figure grossièrement une main à I index levé, semble conseiller la prudence ou défier orages et bourrasques.
Le point culminant est à la petite Scheidegg, dont la situation rappelle celle de la Wengernalp, et où se détache, pour monter plus haut encore, le chemin de fer de la Jungfrau, le plus haut de l'Europe. La Scheidegg est encore une station d altitude improvisée, avec de confortables hôtels ; sa proximité des glaciers et des hautes cimes en fait un centre très recherché de grandes ascensions. Les touristes plus modestes se contentent d escalader le Maennlichen et le Lauberhorn voisins, d'où l'on peut embrasser de fort beaux horizons. C'est du Maennlichen qu'a été pris le panorama qui figurait, en 1900, au Village suisse, à l'Exposition Universelle de Paris.
Le chemin de fer de la Jungfrau est bien le travail le plus extraordinaire que 1 homme ait accompli dans les Alpes, et qui, loin d'altérer en quoi que ce soit les beautés de la nature, permet
CHALETS PREi DE Mi
VERS LA JUNT.FRAU ; LES STATIONS iCENCERNALP ET EICERWAND.
au contraire d'admirer les splendeurs du monde glaciaire à d innombrables touristes qui n'auraient jamais pu ou voulu effectuer avec leurs jambes une ascension aussi difficultueuse. Il ne s agissait rien moins que d'escalader, par une voie ferrée en tunnel sous