CATHEDRALE DE RALE : \'UE D ENSEMBLE ET PORTAIL SAINT-CALL
la partie supérieure du chœur s'abîma dans le Rhin. La malheureuse cathédrale avait connu tous les sinistres.
De 1 édifice roman il ne reste que la partie extérieure du chœur, le soubassement de la tour septentrionale et la très belle porte Saint-Gall. finement décorée, avec, au tympan, un bas-relief représentant le Jugement dernier, et des statues expressives dans les niches latérales. L'impression d'élégance et de légèreté qui s'en dégage est tout à fait remarquable pour l'époque.
Les nefs remontent au premier édifice gothique, construit dans le style de transition. La façade, ainsi que les collatéraux, date du XIV siècle. Le portail, assez simple, est surmonté d une haute fenêtre ogivale. Une large balustrade court à la base des tours. Au-dessus s'échelonnent quelques belles statues : Henri II et son épouse Canégonde, la Vierge et l'Enfant Jésus, sur le pignon, et, de chaque côté. Saint Martin partageant son manteau et Saint Georges terrassant le dragon. Les deux tours, légèrement inégales, et qui ont chacune leur individualité caractéristique, ont été élevées par deux architectes différents, I une au commencement, l'autre à la fin du .XV siècle. Le Miinster de Bâie est le type des grandes cathédrales médiévales auxquelles plusieurs siècles ont collaboré, auxquelles chaque âge a apporté son portail, sa nef ou sa tour, pour réparer les dégâts des sinistres, — chacun avec son originalité particulière, — et qui gardent néanmoins une harmonie générale, comme si la foi religieuse avait unifié en un même idéal les diversïs conceptions artistiques.
L intérieur a été aménagé à cinq nefs par la suppression des chapelles latérales. On remarque surtout un beau jubé du XIV siècle, la chaire et les fonts baptismaux du XV", quelques anciens tombeaux dans les collatéraux et deux bas-reliefs intéressants, dont l'un, représentant six apôtres, remonte à l'époque romane. Près d'un pilier est la pierre tombale du célèbre humaniste Erasme, qui vécut un certain temps à Bâle. Les stalles gothiques du transsept, avec des sujets satiriques, sont particulièrement curieuses.
.A la cathédrale est annexé un magnifique cloître gothique en grès rouge, aux voûtes sombres et fraîches qui abritent les riches sépultures de divers personnages, et d où l'on découvre, à travers les arcades, une belle perspective sur le Rhin. A l'intérieur, la salle du Concile, où l'on a réuni une curieuse collection de Bibles. C'est là que siégea le Grand Concile de Bâle, après avoir tenu ses premières séances dans la cathédrale. Ouvert en 1431, au
milieu d'une assistance de plus de cinq cents évêques et cardinaux, il dura douze ans : mais le pape Eugène IV ayant, dans l'intervalle, transporté le siège du concile à Ferrare, les décisions des Pères de Bâle ont cessé d'être reçues par les canonistes romains à partir de la vingt-deuxième session. Le concile de Bâle mit fin à la terrible guerre des Hussites après avoir négocié avec les dissidents de Bohême; il provoqua, à la fin, un nouveau schisme dans l'Eglise, en déposant Eugène IV et en élisant l'antipape Félix V, qui d'ailleurs abdiqua bientôt. Le mouvement d'idées amorcé par ce concile continua à se développer et prépara la Réforme, qui fut prêchéeen 1529 par Œcolampade ( I ) et adoptée par la majorité de la population. Une statue a été élevée à Œcolampade dans le cloître. Derrière la cathédrale et le cloître, la terrasse ombreuse du
(I) Un des promoteurs de la Réforme qui avait transposé en grec son nom llemand Hausschein, suivant l'usage de nombreux érudits du temps.