PFALTZ ET LE RHIN
Pfaltz domine la ville et le Rhin, face à la silhouette ardoisée des montagnes de la forêt Noire. M. Sainte-Marie Perrin a décrit en termes colorés ce gracieux paysage, si plein de charme, dans son livre sur les villes d art suisses :
I- De cette rive gauche, qui est le vrai Bâle. la silhouette sombre de la ville étagée se reflète et s'écroule dans l'or du Rhin. C'est un élancement extraordinaire de tours, de tourelles, de flèches, d échauguettes. de fines toitures ou de pauvres mansardes, pignons hardis, vieux toits pantelants d'autrefois, combles cossus du XVIII'' siècle, longues arêtes du couvert d'une nef, que dentelle une foule parlante et parfumante de cheminées de toutes sortes, de toutes grandeurs, de toutes hauteurs : des rouges, des roses, des mauves, des blanches, ajourées de mille manières, avenantes et hospitalières, donnant à ces vieux toits l'air bon enfant de ceux des bourgs alsaciens.
H Au-dessous de tout cela, bordant le fleuve, des terrasses et des balcons, des encorbellements de toutes sortes s enrubannent de glycines, de vigne vierge, de chèvrefeuille ou de lierre. Devant les perrons solennels de quelques vieilles demeures patriciennes, des rangées architectoniques de vieux ifs s alignent, ou bien de rinceaux compliqués de buis taillés. Un même charme enveloppe le tout et gerbe harmonieusement la charmille compassée avec le souple noisetier, les folles aubépines avec le boulingrin vieillot et suranné. Tout cela se mire et gambade sur les facettes du flot, jusqu'à I heure où I ombre allonge sa main avare et jalouse, retirant aux eaux leur parure de reflets, »
La peinture. Holbein et Bœcklin. Les musées.
— Bâle n'est pas seulement une ville d art par ses monuments, mais encore par ses musées. C est à Bâle qu on peut admirer les plus belles pages de la peinture suisse; c est là que sont nés ou que se sont formés les talents les plus originaux et les plus vigoureux.
Le premier peintre bâiois, Conrad Witz, au début du XV"' siècle, fut un précurseur, comme \ an Eyck dans les Pays- Bas, et s'attacha à imiter la nature avïc un sens déjà très juste de la réalité, Hans Holbein le
jeune, né à Augsbourg, doit être rangé parmi les peintres bâiois, car c'est à Bâle que son talent s est formé : venu dans cette ville à dix-huit ans, il y demeura jusqu'en 1526. époque où la rage iconoclaste des réformés intransigeants, qui détruisaient les œuvres d art et badigeonnaient à la chaux les fresques religieuses, le força à aller s'établir en Angleterre, où il mourut à quarante-cinq ans de la peste. Holbein soigne beaucoup les détails, avec un réalisme minutieux, comme les peintres allemands primitifs, mais il l'emporte sur ceux-ci par 1 éclat et la chaleur de son coloris. En peignant sur le bois ou la toile, a dit \ lardot. il semble graver au burin sur une planche de cuivre; il ressemble à son père, le vieux Holbein. Peu à peu sa manière devient plus douce, plus suave, plus élégante: la couleur aussi, d abord sèche et morne, prend de la pâte, de la transparence, de la chaleur, de 1 éclat. 11 se montre enfin tout à la fois grand dessinateur et grand coloriste; il est peintre achevé, il est lui-même. Ce dernier degré de la pïrfection se voit principalement dans les œuvres de son âge mûr : par exemple, parmi les tableaux, la Madeleine, qu on croirait, à la vigueur d expression, 1 œuvre d'un maître florentin du X\ 1 siècle. >
Une grande éclipse interrompt, après cette époque, l'art bâiois jusqu'à nos jours. Mais la renaissance picturale contemporaine n'a pas été moins brillante que la renaissance économique, Arnold Bœcklin, mort en 1901, est un des peintres les plus originaux et les plus hardis du XIX' siècle. Sa première manière fut plutôt sentimentale, avec des naïvetés un peu déconcertantes. Mais son talent s affermit rapidement : il peint avec un réalisme saisissant et lugubre les horreurs de la guerre qu'il a vues en 1870. Un long séjour à Florence achève de le transformer : il redevient doux et tendre, dans toute la plénitude de ses moyens d expression et la maturité de son génie. Bœcklin vécut longtemps aussi en Allemagne; mais, comme l'a dit spirituellement M. Sainte-iMarie Perrin en caractérisant le talent et la carrière de Bœcklin : <• Si le soleil toscan a mûri, doré et gonflé la grappe, si les vignerons allemands l'ont cueillie, les espaliers bâiois ont fourni la greffe, et les celliers de la vieille vigne abritent la récolte. Il Bœcklin a laissé un élève de grand talent, Hans Sandreuter, d inspiration très moderne, qui a peint de nombreuses et fort belles décorations dans la ville de Bâle.
Le musée de Bâle, le plus important de toute la Suisse pour la peinture, est riche en œuvres de Holbein et de Bœcklin, à qui deux grandes salles sont spécialement consacrées.
Les meilleurs cartons de Holbein sont à Bâle, avec des portraits d une grande puissance d expression, comme celui du bourgmestre Amerbach , et q uelques sujets religieux, tels le Corps du Christ, traités avec un réalisme pénétrant. Le vieux maître Conrad Witz est représenté par des compartiments d'un grand autel très curieux comme facture. Les tableaux de Bœcklin se rattachent surtout à sa dernière manière': les Saïades. le Bois sacré et la \ ie. un songe, sont particulièrement remarquables. L école flamande compte ici quelques Tcniers intéressants: il y a aussi de très bons spécimens de 1 ancienne école flamande, et des Tintoret, des Poussin et des Philippe de Champaigne. qui
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