LA \ILLE DE DIESSENHOFEN ET SON PONT DE BOIS
De Schaffhouse à Constance. Le lac inférieur. — En
amont de Schaffhouse. le Rhin, au teint cru et laiteux, découpe le vert étrange de son long ruban entre la verdure plus sombre et plus douce de ses rives vallonnées et boisées, tandis que la frontière germano-suisse zigzague capricieusement au nord et le long du fleuve. Les vieilles petites villes se succèdent avec les antiques châteaux, évoquant l'Allemagne médiévale et le féodal empire germanique d'autrefois. Voici le couvent gothique de Catharinental, transformé en asile de vieillards : la petite ville de Diessenhofen, avec son pont couvert sur le Rhin, que franchit en 1800 l'armée française de Moreau avant Hohenlinden ; les châteaux plus ou moins ruinés de Ramsen, de Hohentwiel. de Wolkenstein ; celui, restauré, de Hohenklingen, qui domine un vaste panorama à la ronde, sur Stein, la vallée du Rhin, le lac inférieur et l'horizon alpestre.
La vieille cité suisse de Stein mérite une mention spéciale, avec ses pittoresques maisons en bois aux toits pointus, aux fenêtres en saillie, aux façades ornées de fresques curieuses, ses fontaines antiques, les tours grises de ses portes aux pignons en gradins, et le vénérable couvent de Saint- Georges dont le possesseur actuel a fait un petit musée, et qui montre encore ses anciennes peintures murales en grisaille et ses sculptures sur bois. L hôtel de ville, orné de fresques modernes et historiques de Hasberlin, possède une collection d armes et des vitraux du W" siècle. Sur la rive gauche du Rhin que traverse un pont de bois, à Burg.
on a retrouvé un camp romain très curieux, flanqué de quatre tours. Non loin, le petit îlot de Saint-Othmar porte une chapelle.
Au-dessus de Stein s'ouvre 1 Lniersee — le lac inférieur de Constance — moins majestueux, mais plus poétique et plus gracieux que le grand lac :
son horizon est borné par les croupes flexueuses, aux lignes harmonieuses et pures, de collines à demi boisées, mollement étendues en cercle autour de ses conques d'émeraude.
La rive septentrionale, profondément découpée en golfes
verdoyants, est badoise ainsi que l'île de Reichenau. Elle est commandée par Radolfzell, que domine le clocher élancé de son église gothique, reflété dans les flots tranquilles avec la pittoresque silhouette de ses toits découpés. Dans le voisinage se hérissent des castels féodaux, dont les noms expressifs évoquent la hauteur des tours et des nids d'aigles destinés à défendre le pays : Hohenkraehen, Hohenhœven.
L île de Reichenau, reliée par une longue digue à la terre ferme, renferme un ancien couvent de bénédictins, dont la fondation remonte au VIll'^ siècle, et qui fut sécularisé pendant la Révolution. L église actuelle date de l'époque romane, mais le chœur flamboyant est du XV^' siècle : là se trouve le tombeau de Charles le Gros: on remarque aussi de précieux reliquaires dans le Trésor. A I ouest de I île, I église d'Unterzell, avec de curieuses colonnes, fut bâtie au début de la période romane. A l'autre extrémité, près de la digue, s'élevait le château fort de Schœpfein, détruit à la fin du XIV" siècle, et dont il ne subsiste qu'une tour délabrée.
Sur la rive suisse, moins sinueuse, Steckborn fait face à Radolfzell par derrière un large promontoire. Là aussi on a trouvé, dans