PLAN DE LA VILLE DE SAINT-CALL
La ville de Saint-Gall. —
Saint-Gall, capitale du canton du même nom, est aujourd hui, par sa population, la sixième ville de Suisse.
Elle compte, en effet, près de quatre-vingt mille habitants avec son annexe Tablait.
Son aspect ne rappelle en rien les autres villes suisses. Des cubes gris, régulièrement percés de fenêtres aux Persiennes vertes, s'étagent sur les deux versants dénudés d'une haute vallée triste, sans végétation, sans arbres : ville moderne, ville d ouvriers et d'usiniers, sans couleur locale, qui pourrait aussi bien s'appeler Armentières ou Rive-de- Gier. Cité très riche, et qui a dû sa fortune à la broderie, elle renferme de nombreux immeubles luxueux et cossus, et pré.sente dans certaines rues une grande animation : la Multergasse. notamment, et la Marktgasse, sont très vivantes, à certaines heures du jour, avec leurs magasins devant lesquels circulent des passants affairés. Saint-Gall a deux banques importantes : la Banque cantonale était une des principales banques d émission de la Suisse avant la création de la Banque nationale.
Malgré son modernisme, Saint-Gall est une des plus anciennes villes de Suisse. C'est le type de la cité abbatiale, qui s'est formée autour d un monastère. La célèbre abbaye, à laquelle la ville doit son nom, fut fondée vers l'an 700 sous les auspices de Pépin d'Héristal à l'endroit où, suivant la tradition, saint Gall avait son ermitage : on sait que ce moine irlandais, disciple de saint Colomban, s était retire en Suisse au début du VU' siècle. Le monastère fut très prospère au moyen âge. Princes d'CLmpire, les abbés étendaient leur pouvoir temporel sur une partie des cantons actuels de Saint-Gall et d Appenzell. Appenzell s insurgea au XV" siècle et proclama son indépendance, tandis que les habitants de la ville de Saint-Gall se rachetèrent et obtinrent quelques privilèges des
empereurs ; mais les luttes entre les bourgeois et les abbés durèrent encore longtemps.
La Réforme amena une nouvelle scission : tandis que la ville se convertissait au protestantisme, la campagne restait en majorité catholique : ce qui explique cette particularité curieuse que la campagne est propriétaire de la cathédrale de Saint-Gall. Les protestants obtinrent la fermeture de l'abbaye en 1805 : mais en 1846 les catholiques, en majorité dans le canton, firent établir un évêché. La constitution de 1831 avait d ailleurs réglé la question religieuse sur les bases les plus équitables à la satisfaction de tous, en décrétant que le Grand Conseil comprendrait, sur ses 1 50 membres. 88 catholiques et 62 protestants, et en donnant à deux comités, l'un protestant, 1 autre catholique, la direction des cultes et des écoles.
La cathédrale (Stiftskirche). qui s'élève sur la belle place du KIosterhof, est l'ancienne église abbatiale, construite en 1314, et réédifiée entièrement au milieu du XVIII' siècle. Elle est en entier en style (( rococo n : mais la façade avec ses deux tours, qui ont la même hauteur que celles de Notre-Dame de Pans, est d'un bel effet et rappelle, avec moins d ampleur et plus d'élévation, celle d'Einsiedeln, construite à la même époque. On remarque, à l'intérieur, des fresques intéressantes dans la nef, la coupole et le chœur, ces dernières de Moretto. Les grandes orgues, de 60 registres et 3 1 76 tuyaux, ont été construites par Franz Frosch. La crypte mérite une visite, et le trésor, très riche, possède notamment la cloche historique de Saint-Gall.
Les anciens bâtiments de l'abbaye, qui ont été occupés en partie par les autorités cantonales, renferment la fameuse bibliothèque du monastère, particulièrement riche en manuscrits de grande valeur. Le Musée industriel offre une collection de textiles et de broderies tout à fait remarquable, tandis que le Musée artistique contient une galerie de tableaux réunie par l'Union artistique (Kunstverein) de la ville.
Les environs sont assez pittoresques et ombragés. La ville ellemême a deux beaux jardins publics, dont l'un est peuplé de chamois et de bouquetins.
SUISSE ORIENTALE