LA VILLE DE RAGAZ ET LA \' ALLEE DU RHIN
à la cour de Vienne. C est ci ailleurs un souverain constitutionnel, et qui n'a jamais de difficultés avec son Parlement de quinze membres.
Ragaz. Les villes d'eaux en Suisse. — Le pays de Sargans forme la partie méridionale du canton de Saint-Gall. C'est la région la plus accidentée, où l'on entre dans la haute montagne. Séparé, au nord, du Toggenburg par la muraille rocheuse et abrupte des Churfirsten, il s'adosse au sud aux Alpes de Glaris et de la Calanda, entre lesquelles la Tamina ouvre une brèche commandée par Ragaz.
Au débouché des gorges de la Tamina, face à la vallée du Rhin et aux croupes rocheuses du Rhaetikon, Ragaz, la station thermale la plus célèbre de Suisse, a surtout pour spécialité le traitement des maladies nerveuses. Sa vogue est ancienne, comme
L ETABLISSEMENT THERM
le témoignent les hôtels confortables et classiques, dont les façades grises paraissent un peu vieillottes à côté des palaces luxueux et des édifices plus tapageurs des autres stations à la mode. La saison s'est d'ailleurs déplacée : elle bat aujourd'hui son plein en mai et juin. En juillet, nombre de baigneurs vont achever dans l'Engadine la cure de leurs neurasthénies : les bains d'air après les bains d'eau.
La clientèle est particulièrement cosmopolite comme dans l'Engadine. Les Suisses sont nombreux et les Allemands forment encore un contingent important, dépassant parfois le chiffre des Anglais et des Français. On rencontre beaucoup de familles d Autrichiens, des Russes, des italiens, des Hollandais, des Espagnols : c'est une véritable tour de Babel. La clientèle aisée, voire riche, domine. Grâce à la complexité de son relief et de sa structure géologique, la Suisse possède de nombreuses sources thermales, dont la plupart ont été longtemps négligées. Depuis quelques années, de grands efforts ont été faits pour développer les villes d eaux : car si la prétendue infériorité hydrominérale des Alpes est une légende qui ne résiste pas à l'examen, il est certain que pendant longtemps on n'avait pas tiré tout le parti possible des nombreuses richesses thermales de la région.
Il y a environ, à l'heure actuelle, quatrevingts stations thermales en Suisse, dont les eaux ont été analysées et qui sont aménagées pour recevoir les touristes; un certain nombre possèdent des installations de premier ordre, comme Baden, Gurnigel , Loèche, Ragaz.
Rheinfelden. Schinznach, etc. La majorité des eaux (une trentaine) sont ferrugineuses: viennent ensuite les eaux sulfureuses, au nombre d'une vingtaine, puis une douzaine de sulfatées calciques, une dizaine de chlorurées sodiques. Enfin le traitement hydroihérapique est souvent combiné avec la cure d air ou des traitements d'électricité médicale; les établissements de ce dernier ordre ont pris en Suisse une grande extension.
Les eaux thermales sont fournies à Ragaz par les eaux de Ffa-fers, qui jaillissent du rocher à quelques kilomètres en amont.
SUISSE ORIENTALE
PF.tFERS ET LE FALKNISHŒHE (2366 M.).
Connues dès le moyen âge, elles s'emploient en bains et douches, et aussi comme boisson ; elles sont riches en carbonate de calcium et en magnésie. Elles sont amenées à la température de 35 degrés au grand établissement thermal de Ragaz, autour duquel sont groupés les principaux hôtels, reliés aux bains et entre eux par des galeries couvertes. La visite des bains est intéressante : on voit notamment la salle de natation, la piscine, les installations de gymnastique thérapeutique, d électrothérapie et de massage médical, dotées de tous les perfectionnements modernes.
Bien qu on soit dans une ville de cure, la vie est très gaie à Ragaz. car les affections nerveuses qui y sont soignées n'empêchent pas les malades de prendre des distractions. Tout est aménagé pour l'agrément et la commodité du touriste. Le parc, très vaste, est particulièrement ombragé et soigné. Au Kursaal, renommé spécialement pour son orchestre, se presse une clientèle élégante. Le bureau de renseignements, un des mieux conditionnés de la Suisse, affiche tous les détails et documents relatifs aux buts de promenades ; des excursions collectives sont souvent organisées par le Kurverein.
Les environs sont très pittoresques. Dans sa banlieue, Ragaz a des ruines féodales et le funiculaire du Wartenstein, au sommet duquel on embrasse un vaste panorama sur la vallée du Rhin et les montagnes. Mais le clou, ce sont les gorges de la Tamina, qui, pendant une lieue, vont en se ressenant entre de hautes murailles rocheuses, jusqu'à l'entrée des bains de Pfaefers, qui alimentent de leur eau thermale les établissements de la ville.
La route passe sous une arche rocheuse massive. A partir des bains, elle fait place à un sentier, puis à une galerie accrochée dans le rocher, entre deux étroites parois suintantes, et qui surplombe ou côtoie le torrent verdâtre et bouillonnant de la Tamina. C'est là que jaillissent les sources. Le défilé est impressionnant et rappelle les gorges farouches de l'Aar à Meiringen. Les énormes masses rocheuses, obliquement taillées et penchées sur le sombre dédale de la faille quelles semblent vouloir écraser, donnent au promeneur une impression de vertige et d'angoisse. Près d'un pont de rochers, sous lequel bouillonne l'écume d'une chute, le soleil
de midi, irisant la vapeur d'eau , allume, dans l'ombre de la gorge, de fantastiques arcsen-ciel tremblants.
Il ne faut pas quitter Ragaz sans dire quelques mots de la cure-taxe, car c'est une des premières localités où elle fut établie en Suisse. Cette» taxe de cure » est d'origine allemande, comme l'indique la composition du mot : adoptée en Autriche et en Suisse, elle a été autorisée en Italie en 1909, et en France l'année suivante. Le principe
consiste à frapper les étrangers d'un très léger impôt local, récupéré par l'intermédiaire des hôteliers et des propriétaires, pour n'affecter le produit de cette taxe qu'à des améliorations faites exclusivement dans I intérêt des malades et des touristes (création de promenades, avenues, jardins, etc.).
Des objections de divers ordres ont été faites à la cure-taxe. Etant généralement uniforme, elle n'est pas proportionnelle à la dépense, et, par suite, aile frappe plus lourdement les petites bourses et les nombreuses familles. Les travaux d'amélioration pour les touristes ne sont pas toujours faciles à préciser : n'est-il pas à craindre que des municipalités, soucieuses de leur réélection, ne fassent
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