‹ La Suisse illustreeChapitre 235 sur 296 · CLARIS ET LE WICGIS (2284 M · texte numérisé non relu

CLARIS ET LE WICGIS (2284 M

que la création et l'entretien d'un alpinum demandent beaucoup de soins. Cependant, sur le modèle de la Suisse, on est parvenu à en installer en Allemagne et même en Angleterre.

Deux agglomérations presque contiguës à Claris, Ennenda et Ennetbiihls, sont surtout industrielles :

filatures, fabriques de mousselines, de soies, de rubans.

A l'ouest de Claris, le Klœntal est considéré à juste titre comme une des perles alpestres du canton.

Cette vallée débouche à Netstal, près du chef-lieu, par une belle échancrure de montagne. Lorsque, par les chemins boisés, le voyageur a gravi la hauteur de la Schwammhoehe. comme par un coup de baguette magique, la montagne s'ouvre devant lui et le Kloental se creuse sous ses pieds, avec sa nappe cristalline blottie au creux des rochers et sous les pentes des sapinières. Le petit lac du Kloental est un des plus ravissants de Suisse par la clarté de ses ondes, la variété de ses rives et le cadre grandiose des cimes qui I environnent. D'un côté les forêts touffues glissent en pente douce au bord de ses eaux, tandis qu'en face 1 énorme Claernisch tombe tout d une pièce en masses rocheuses et rubannées. Bien haut scintille le glacier qui, suivant la légende, retient

éternellement captif le misérable berger qui avait injurié sa mère.

Plus loin le Sulzbach et le Klœn bondissent en cascades, et, dérobé derrière les sapins, se dresse le monument de Salomon Cessner. [écrivain bucolique si populaire en Suisse, qui dit en belles proses rythmées, simples et émues, la poésie agreste et grandiose de ce coin des Alpes.

La haute vallée de la Linth. Elm.

LinthaL — .Au-dessus de Claris, la voie ferrée remonte à Schwanden, bourg agréablement situé sur une boucle de la Linth. au confluent de la Sernf, dans un joli cadre de prairies parsemées de villages, sous les forêts de hêtres et de sapins que couronnent les crêtes rocheuses. C est le centre géographique du canton, à la jonction de deux vallées importantes. De là on monte au petit lac d'Oberblegi, dont la cuvette se creuse très haut sur le flanc rocheux du Claernisch, et qui n a pas de déversoir connu.

Dans la vallée orientale, une petite ligne de tramway électrique conduit à Elm, dans le Sernf lai, au pied d un

SUISSE ORIENTALE

iLLLt DE LA LINTH ET LES SOMMETS DU TŒDI.

vaste massif neigeux, à travers lequel des cois assez difficiles conduisent dans rOberland grison. Les montagnes rocheuses qui couronnent le cirque sont crénelées et déchiquetées — caractère qu'on retrouve dans la plupart des cimes glaronaises — et rappellent un peu laspect du mont Blanc au-dessus de Courmayeur. A une grande hauteur, on peut apercevoir un vaste trou naturel dans les rochers : les rayons du soleil le traversent deux fois par an pour venir frapper l'église d'Elm.

Elm fut lavant-dernière étape de l'héroïque retraite de Souvarow (1) qui, fuyant devant Masséna en I 799, fit franchir à son armée exténuée, au début d'octobre et en pleine neige, le col escarpé du Panixerpass pour aller se mettre hors d atteinte dans les Grisons.

Plus récemment, Elm fut le théâtre d'une terrible catastrophe. En 1881, à la suite de pluies persistantes, une partie d une montagne voisine, le Plattenberg, se détacha soudain et s écroula en engloutissant de nombreuses maisons sous ses débris. On eut à déplorer une centaine de morts. Aujourd'hui toute trace du cataclysme a disparu , et Iherbe a poussé sur I éboulis qui a recouvert les cadavres.

.A l'ouest, la voie ferrée remonte la Linth, le long de laquelle se pressent de nombreux villages. Le point terminus de la ligne est Linthal, centre d ascensions alpestres. Dans le voisinage, les bains sulfureux de Stachelberg. A Linthal, la route tourne à louest et remonte par le col de Klausen, sur le flanc des Clariden, pour redescendre vers Altdorf dans le canton d'Uri : c'est un des plus beaux passages de la région centrale. De Linthal un funiculaire — le plus escarpé de la Suisse — accède, par des pentes de 70 pour 100, à Braunwald, d'où l'on a une vue splendide sur le massif argenté du Tœdi et des Clariden, et qui est devenu une station d altitude assez fréquentée.

Il faut remonter la Linth jusqu'à sa source, au pied du Tcedi et au glacier de Biferten. On suit desgorges étroites, profondément entaillées entre de for-

midables parois rocheuses. Toute cette partie delà vallée, orientée au nord, est très fraîche, ce qui explique que les zones de végétation y soient abaissées : le rhododendron y descend à mille mètres d altitude. Le fond est le type de la vallée à cuvettes, témoignage de l'affouillement des glaciers préhistoriques : les cirques se succèdent et se superposent, creusés et arrondis comme au frottoir, sous les tours rocheuses, les dentelures déchirées, et la masse trapézoïdale du Tcedi, hérissée d un cimier aigu, largement barrée d hermine aveuglante qui contraste avec les teintes mates de son socle vert et ferrugineux.

La vie dans la montagne. — Le canton de Claris est en grande partie pastoral : montagnards et bergers mènent encore de nos jours la vie patriarcale de leurs aïeux. Les plaisirs de la ville n attirent guère ces robustes Helvètes, satisfaits de cette existence saine et simple, et s'ils émigrent parfois, c'est par nécessité.

(I) Voir le chapitre suivant.

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