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SAMADEN ET LA CHAINE DE LA BERNINA

salent le flot des étrangers venus de France, d Angleterre, d Allemagne, à destination de la Basse ou de la Haute-Engadine. Aujourd'hui, plus rares sont les touristes qui viennent de Thusis par le col, malgré la beauté du passage : le railway est si commode et si rapide, il correspond si bien à la fièvre de vitesse qui règne surtout dans les jours de loisirs et chez les gens inoccupés ! Les environs de Ponte sont à recommander aux amoureux de la nature sauvage : sur la rive droite de I Inn, levai Chamuera est — comme son nom l'indique — affectionné par les chamois et renferme de nombreuses aires d aigles.

La population indigène de TEngadine. surtout les paysannes aux costumes voyants, aux jupes rouges, aux fichus de couleurs — parlant haut et gesticulant volontiers — a déjà un caractère plus méridional que les Romanches des autres parties des Grisons. Malgré I altitude, on sent qu on s approche de 1 Italie. Mais presque tout le commerce est entre les mains des Suisses allemands.

A Bevers. s opère la jonction avec la voie ferrée qui débouche un peu plus haut du tunnel de 1 Albula et qui, après s être dirigée vers I Inn, tourne à droite pour remonter la vallée. Le I"'' juillet 1903, la locomotive pénétra pour la première fois dans l'Engadine : 1 année suivante, elle allait à Saint-Moritz: en 1908.

les chemins de fer rhétiques ouvraient I embranchement de Samaden à Pontresina. L ne autre compagnie construisit parallèlement une voie de montagne hardie qui. reliant directement Saint-Moril/ à Pontresina. franchit licol de la Bernina et .

par le val de Poschiavo rejoint dans la \ alteline.

à Tirano, le réseau italien. De Bevers. depuis 1913. une lignedescend rinn jusqu'à Schuls- Tarasp. La liaison avec les voies ferrées autrichiennes et italiennes du Tyrol est assurée par des sen'ices d'autos (Schuls-Landeck ; Zernetz-Spondinig) . Le

ÉGLISE SAINTGIAN. PRÈS DE CELERINA.

projet d'une voie ferrée de Saint-Moritz à Chiavenna. vers le lac de Côme, a été ajourné, à cause des difficultés techniques considérables que présente la descente vertigineuse de la Maloja sur le versant italien : le ser\'ice d'autos postales l'a rendu désormais inutile.

Ce réseau ferré est construit surtout en vue des touristes, car la population indigène de 1 Engadine est assez clairsemée. Les étrangers viennent de jour en jour plus nombreux dans cette contrée si curieuse, attirés les uns par le snobisme, d'autres par la salubrité tonique de 1 air. ceux-là par les beautés naturelles : si des conditions difficiles de transport ne les ont pas arrêtés, quel accroissement du nombre des visiteurs ne doit-on pas espérer le jour où tout le pays sera desservi par le chemin de fer?

Dès Bevers. la plus ancienne localité riveraine de llnn touchée par la voie ferrée, on s aperçoit que 1 industrie touristique a passé par là, en édifiant les hôtels et les villas modernes, au style parfois criard et disparate mais léger, autour des lourdes maisons romanches indigènes. L impression s accentue à mesure qu on s avance : à Samaden, que sa qualité de chef-lieu administratif n a pas préservé de l'envahissement exotique et sportif, à Celerina surtout, station climatique renommée, où les constructions neuves ont presque submergé les anciennes demeures.

Près de Celerina s ouvre la double fourche — bientôt triple, puisqu'elle bifurque à nouveau à Pontresina — qui domine la Haute-Engadine. A droite, la vallée supérieure de 1 Inn : c'est Saint-Moritz et les lacs ; à gauche, le Flatzbach qui amène les eaux de la Bernina et du Roseg : c'est Pontresina et les glaciers.

Pontresina, les glaciers. — Pour admirer dans son ensemble l'admirable panorama de la vallée de Pontresina. il faut, à l'entrée, monter à Muottas Muraigl. De cette énorme « motte H. belvédère incomparable auquel accède un funiculaire, l'œil embrasse limmense et sauvage cirque neigeux de la Bernina. dentelé de crêtes aiguës d où descendent deux fleuves de glace, séparés par le promontoire boisé de la T.schierva (Chèvre) : le Roseg et le Morteraisch.

l.n bas Pontresina allonge ses maisons neuves, régulières, audessus du torrent et face à la forêt , ses hôtels confortables et ses immenses palaces sous les montagnes nues et sauvages : ville d étrangers, d alpinistes et de mondains, qui est sortie tout d une pièce, semble-t-il, du sol aride, sans attache avec la terre, car les raresdemeures indigènes ont été complètement

ENGADINE

LLEE DU FLATZBACH.

étouffées. II y a pourtant encore une petite église du XV siècle, et la vieille tour Spaniola, débris d anciennes fortifications, près de l'antique chapelle Santa Maria. Mais depuis que la mode a jeté son dévolu sur Pontresina. les constructions modernes se sont multipliées avec une telle rapidité que le passé a presque disparu des yeux. Symbole de la vieille Engadine romanche, à la population clairsemée, que le tourisme cosmopolite et 1 industrie hôtelière allemande menacent de submerger peu à peu.

Pontresina est devenue en quelques années une station (i ultraselect », villégiature de milliardaires, de riches oisifs. Si les Français et les Italiens préfèrent en génénal Saint-Moritz, plus riant et plus verdoyant, sa rivale cadette est aujourd'hui le rendez-vous de la haute finance américaine, qui traverse l'Atlantique pour venir passer quelques semaines au frais sur les hauteurs ensoleillées et aérées de l'Engadine, le rendez-vous aussi des lords anglais, des banquiers allemands, jadis des archiducs autrichiens. Le coup d'oeil est surtout curieux, par les beaux après-midi vers cinq heures du soir, au pavillon de Morteratsch, voisin du glacier, où, entre les sapins, sur la terrasse qui borde le torrent écumeux, la clientèle cosmopolite la plus bigarrée vient déguster le thé autour des petites tables aux nappes roses.

Pontresina est un centre admirable d'excursions alpestres, supérieur même à Saini-Moritz. C'est au'nord le Schafberg, d'où l'on jouit du plus vaste panorama sur la Haute- Engadine, et où l'on a fait, sur les pentes inférieures, de remarquables travaux de protection contre les avalanches: c est au sud, la gorge du Berninabach et le site sauvage de l'Enfer; ce sont surtout les deux glaciers voisins et le massif de la Bernina (1).

Deux fleuves de glace s'approchent à quel-

ques kilomètres de Pontresina. Lorsqu'on est habitué aux raides escalades nécessaires pour aborder les glaciers du Valais et de 1 Oberland bernois, on est surpris d'arriver auprès de ceux-ci par une montée insensible. Le Roseg, au fond d'une vallée boisée, encastrée entre les pentes feutrées de mélèzes, offre son éblouissante cascade aux teintes marmoréennes, rosées au soleil couchant, qui lui ont donné son nom. Le Morteratsch est plus imposant, parce qu'il descend du centre du massif et qu il permet d'embrasser dans son ensemble le somptueux hémicycle de la Bernina.

Le coup d'oeil est saisissant du belvédère naturel de la Chiinetta. où accède un raidillon assez court au-dessus du pavillon de Morteratsch. De là on surplombe l'immense fleuve de glace. La vaste

(!) Dans la nomenclature séographiaue de la région. vadrel (mot romanche), et plus au sud vedretio, signi fient glacier; piz (it. pizzo) pic; lei (ou lej) lac.

LE SOMMET DU PIZ ROSEG (3943 M.

PIZ BERNINA (4052

PIZ ROSEG

nappe blanchâtre s'étale largement, dominée tout au fond par le cirque neigeux où les dents aiguës du piz Palii, du piz Zupo, du piz Bernina déchirent l'ample manteau immaculé qui drape leurs froids sommets. Verdâtre là-bas, argenté par endroits, lisse et à peine zébré de crevasses lointaines, le glacier s assombrit de boue rugueuse sur son fronton arrondi, qui s abaisse majestueusement jusqu'à la moraine à travers laquelle clapote le torrent. En face, la base de la montagne est frottée et polie, — témoignage de l'amplitude qu avait atteinte le Morteratsch, voici trois quarts de siècle, lors de la crue générale des glaciers. Et au-dessus, la cime lourdement arrondie, bossuée. martelée, de la Diavolezza, s irise de lueurs roses quand les rayons du soleil déclinant viennent effleurer ses plaques de neige.

Saint-Moritz et les lacs. — De Pontresina à Saint-Moritz, les moyens de communication ne manquent pas : deux voies fer-

LA MAL0JA(I8I7 m.) et le PALACE-HOTEL

rées, et la route où circulent les cavaliers, les voitures, les mulets. 11 est évidemment plus original de s'y rendre par la Fuorcla Surlej, en doublant, par le val Roseg, la croupe montagneuse qui sépare les deux vallées.

Du col, après un coup d'oeil en arrière sur les splendeurs neigeuses de la Bernina, on domine le chapelet des lacs qui rendent si caractéristique la haute vallée de l'Inn et qui déroulent, de la Maloja à Saint-Moritz, leurs saphirs chauds ou leurs opales argentées, changeants suivant l'état du ciel. A gauche, c'est la large nappe miroitante du lac de Sils, qui s'arrête net à 1 horizon vers une trouée entre deux chaînes de montagnes; puis un vaste étang glauque, allongé, étranglé entre des prairies d'un vert paradoxal : le double lacde Silvaplana et de Campfer; et à droite, comme un mignon bijou d'orfèvrerie ciselé dans une précieuse monture, le petit lac bleu de Saint-Moritz, enchâssé entre des prairies, des forêts et une ville toute blanche qui s'étage sur la colline. Et au-dessus du panorama gracieux des lacs se profile la silhouette sévère de la chaîne de l'Albula, d'où ressortent en face, jumeaux, altiers et sévères, les cônes anguleux et déchirés, marbrés de neige, de deux pics, gardiens farouches de la passe du Julier.

Saint-Moritz est la localité la plus animée de l'Engadine. Elle ne compte que seize cents indigènes sédentaires, mais cette population est décuplée pendant la saison d'été. Les deux agglomérations, jadis complètement isolées, de Saint-Moritz Bad et Saint- Moritz Dorf, sont réunies par une courte avenue qui est aujourd hui bordée, sur toute sa longueur, de villas, d'hôtels, de garages et de magasins, et encombrée, au mois d'août, par le va-et-vient des promeneurs, des tramways, des cavaliers, mulets, voitures, mails-coaches.

L'interdiction de l'automobilisme dans les Grisons a remis ici en honneur le cheval et les équipages.

Saint-Moritz Bad et Dorf se font face aux deux extrémités du lac, que sillonnent les barques et les canots automobiles, tandis que les promeneurs paisibles vont rêver sous le sentier des mélèzes au bord de ses eaux bleues, ou montent, derrière la petite église, vers le belvédère de Johannisberg dans les sous-bois frais et discrets, feutrés de mousses.

Là. dans la plaine, c'est la station balnéaire, dont les eaux ferrugineuses viennent s'ajouter à l'action déjà fortifiante du climat : constructions modernes, rues rectilignes. En face, le (I village 1) chevauchant la colline, où serpentent quelques vieilles rues et où, avec un peu de patience, on peut découvrir une antique tour penchée non loin du musée engadinois. Mais autour du bourg romanche les édifices modernes ont poussé et ont provigné comme par enchantement : au Dorf comme au Bad se dressent des « pa-

ENGADINE

laces », des hôtels somptueux et princiers qui peuvent rivaliser avec les plus luxueux de l'Europe, et qui hébergent des altesses royales et des » rois »

américains. C est la vie élégante et mondaine transportée au cœur des Alpes avec les distractions de la ville et du plein air : concerts, théâtres, bals dans les casinos, les hôtels et les villas, lunchs, five o'clock, garden-parties, rallye-papers, sans oublier les sports chers à I élément anglo-américain, prépondérant ici comme à Pontresina.

L organisation des sports tient une place importante dans industrie des étrangers en Suisse : on sait que la présence d'un jeu de golf suffit à attirer les Anglais dans une villégiature, et que ceux-ci la ha parcourent au besoin des milliers de kilomètres pour venir se livrer à leurs sports favoris dans un cadre à leur convenance. Aussi la Suisse, à l'heure actuelle, possède-t-elle, par exemple, près de trois cents tennis-grounds, répartis entre cent cinquante localités. La Haute-Engadine, par les facilités de toute sorte qu'elle présentait pour la disponibilité et le choix des terrains, est devenue, de toute la Suisse, la région la mieux aménagée pour les sports anglo-saxons. Sur une vingtaine de golf-links que la Confédération , cinq sont dans la Haute-Engadine : à Samaden, Celerina, Saint- Moritz, Campfer et la Maloja. Le terrain de golf de Samaden est le plus vaste du continent.

Les sports d'hiver. —

Mais ce sont surtout les sports d'hiver qui, depuis quelques années, ont pris une extension considérable dans cette région comme dans la plus grande partie de la Suisse alpestre.

C'était un paradoxe, semblaitil , de chercher à créer une saison d'hiver au cœur des montagnes.

Et cependant la gageure a été gagnée, et le succès des sports d'hiver devient chaque année plus vif, SI bien que les compagnies de chemins de fer. de décembre à mars, doivent remettre en circulation, comme pendant 1 été, un certain nombre de trains de luxe, notamment I Engadine-express qui en vingt-six heures de Londres et en dix- huit heures de Pans amène les voyageurs à Saint- .Moritz. Les hautes Alpes ont maintenant deux saisons : celle d été et celle d'hiver.

La montagne est, en effet, splendide sous sa parure hivernale. Après les bourrasques et les chutes de neige qui caractérisent la fin de l'automne, un

UTLVALLEEDELlNNENHlVER.

calme atmosphérique s'établit généralement dans les hautes altitudes jusqu'au dégel de fin mars. Le soleil brille sur la fourrure aveuglante qui recouvre les pentes et feutre les forêts : c'est le bel hiver sec, froid mais sain, vivifiant et tonique. Quelle joie alors, pour les tempéraments vigoureux et robustes, de glisser sur le patin ou le ski, ou d'être entraîné par le toboggan sur les pentes neigeuses! Ce sont les Suisses qui, d'après l'exemple du Canada, ont eu les premiers l'idée en Europe de lancer les sports d'hiver, VOICI une vingtaine d années.

On débuta par le patinage sur les lacs congelés ou les patinoires artificielles faciles à aménager, avec son dérivé le hockey, sorte de football joué sur la glace. Mais c'est le ski et la luge, avec leurs diverses variantes, qui devaient devenir les sports alpestres d'hiver par excellence.

Le ski fut importé de Norvège, où les montagnards se servent depuis longtemps de ces patins en bois très longs, à la pointe relevée, pour glisser sur les pentes couvertes de neige avec une rapidité vertigineuse, et même pour sauter par-dessus des crevasses et des ravins étroits. Cet instrument, dont l'usage commence à se vulgariser dans les montagnes françaises, n'a pas seulement un intérêt sportif et indigène : il est utilisé depuis quelques années par les troupes alpines de France, de Suisse, d'Italie, où il est appelé à rendre de grands services. Dans une variante, assez en faveur auprès des sportsmen depuis peu, le skikjœring. le skieur est attelé en quelque sorte à un cheval qui l'entraîne au petit trot.

La luge (la Schlitte vos-

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