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LES GORGES DU TESSIN. PRES

(1) Dans un article publié par /es Feuillets, juillet 1911.

UF.S TRAVAUX D ART .SUR LA LIGNE DU GOTHARD. l'RUS DE GIORNICO.

tiques distincts, comme s'il fallait éviter le contact avec les habitants du pays. Ils ont souffert de tout cela. »

Les Suisses français « ne viennent pas. Et enfin, et surtout ils n'apprennent pas l'italien! Le Suisse allemand, qui a plus de peine, s'y met avec ferveur. Le romand trouve cela inutile. Regardez le tableau des cours des Universités de Lausanne et de Genève : ils consacrent deux heures par semaine à la langue du Dante! N'est-ce pas honteux ? L'anglais, l'espagnol, le russe, larabey sontbien mieux partagé. Sont-ce là peutêtre nos langues nationales?...

« Depuis une dizaine d'années, l'âme tessinoise s'est éveillée. Ce pays, sujet durant trois siècles et assez rudement exploité par les baillis, qui cependant lui garantissaient une paix longue et bienfaisante, se réveille, réclame sa part au soleil et revendiqueses droits à Berne.

H lutte surtout pour sa langue, d autant plus énergiquement que pendant trop longtemps il avait eu le tort de ne rien demander. A Berne, on fut d'abord un peu ahuri, puis on s'est mis au pas. on a engagé des traducteurs, remplacé des fonctionnaires et employés de langue allemande par des Tessinois.

examiné avec bienveillance bien des revendications, légitimes et exagérées. A I heure qu'il est, on ne s'entend pas encore très bien, on manque de doigté de part et d'autre ; on pourrait obtenir davantage si l'on savait mieux demander. Toute crise économique assombrit naturellement ces relations, qui cependant s'améliorent. De nombreuses sociétés suisses se sont rendues au Tessin et des paroles bienfaisantes ont été prononcées, que le vent n a point emportées. L échange des idées devient plus fréquent, on se voit davantage, on fraternise volontiers. Mais il reste beaucoup à faire. » Au point de vue pittoresque, le Tessin accentue encore les contrastes que I on trouve dans les autres cantons. Sur un petit espace, la haute montagne avec ses mélèzes, ses alpages, et ses chalets sombres couverts de schistes, s oppose aux villages et aux petites villes, déjà tout italiennes par leurs maisons jaunes et rosées, leurs loggias et leurs arcades, leurs berceaux de vignes et leurs lauriersroses. De la grandeur farouche des glaciers on passe, en quelques lieues, à 1 enchantement des lacs sous un ciel méridional.

La Leventina. D'Airolo à Biasca. — La haute vallée du Tessin. qui se déroule sur un vaste arc de cercle, d Airolo à son débouché dans le lac Majeur, a reçu dans sa partie moyenne le nom de Leventina. Aux environs d Airolo. elle ne diffère guère, à première vue, des autres vallées alpestres de la Suisse. Tout au plus remarque-t-on quclquesdemeures à l'italienne égarées entre les robustes et grises maisons alpestres. Mais à mesure qu'on descend, les divergences s'accusent , les contrastes s'accentuent.

SUISSE ITALIENNE

Tout différent des torrents jaunâtres et bourbeux du versant septentrional, le Tessin heurte aux rocs et aux cailloux ses nappes bleu-vert, frangées d'écume: la couleur du ciel est plus crue, l'air plus chaud ; au lieu des pentes sombres feutrées de sapinières, des mélèzes clairs et grenus s'égaillent sur les pentes; le style des constructions s'italianise peu à peu.

La vallée s'étage en trois terrasses, La première, à l'altitude moyenne de mille mètres, descend jusqu aux premiers tunnels hélicoïdaux. Le long de la voie s'échelonnent quelques petits villages de montagnards, où des maisons neuves aux façades claires font tache entre les lourds toits de schistes : Airolo, qui a dû son développement au grand tunnel; Ambri-Piotta, Rodi-Fiesso, qui, avec la station

précédente, sont devenus, depuis quelques années, des villégiatures estivales où les Italiens, les Milanais surtout, viennent chercher la fraîcheur : ceux-ci restent volontiers en pays de langue italienne et, en majorité, ne dépassent point leGothard. Ils cherchent le plus possible, comme la clientèle française des bains de mer, à louer des appartements ou des villas plutôt que de s'installer à l'hôtel, car ils emmènent toute leur famille, souvent nombreuse, domestiques compris.

Les Italiennes ont un vif souci de l'élégance : contrairement aux Anglaises et aux Allemandes, qui veulent avant tout, en voyage, des costumes pratiques pour les excursions et la marche, elles se promènent dans les forêts avec des toilettes de ville souvent luxueuses, mais fort incommodes. Au-dessus d'Ambri-Piolta, sur la rive gauche du Tessin. le petit lac de Ritom a été aménagé, à l'aide d'un énorme barrage, pour fournir la force motrice à une des plus puissantes usines hydro-électriques de Suisse, qui donne le courant à la ligne du Gothard. électrifiée depuis la guerre.

Après deux tunnels en spirale superposés dans une perspective pittoresque, le niveau de la vallée tombe brusquement de quelques centaines de mètres : la gorge rocheuse, où mugit le Tessin à travers des chutes bouillonnantes, est impressionnante et sauvage. Çà et là apparaissent des cascades. Aux mélèzes succèdent les châtaigniers qui s'éploient en groupes opulents. Voici les premières treilles aux façades de Faido et

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