ROVEREDO DANS LA VALLÉE DE LA MESOLCINA (CRISONS
de Lavorgo, deux gros villages assez industriels, où les toits de tuiles se multiplient. Mais l'horizon se resserre à nouveau : encore une gorge, des travaux d art qui font passer la voie ferrée sous un torrent, puis un second couple de tunnels hélicoïdaux qui brisent et disloquent la continuité du ruban d'acier, et nous voici cette fois, à Giornico, au fond de la cuvette. La température s'élève sensiblement. Les vignes, déjà luxuriantes dès leur apparition, allongent leurs bras sur les berceaux et le long des pergolas.
Le gros bourg de Biasca, à 1 aspect déjà lombard, érige au milieu de ses petites maisons basses, étroitement serrées, la belle tour-lanterne octogonale, ajourée d'une galerie périphérique, qui fait l'originalité de 1 église San Carlo. Il termine la Leventina, à la jonction du val Blenio qui descend du col du Lukmanier : commandé tout au fond par le massif neigeux de I Adula, une voie ferrée le remonte pour desservir les bains deboued'Acquarossa. La ligne est prolongée jusqu'au pittoresque village d'Olivone par un service d'automobiles.
Au delà de Biasca, la perspective s'élargit. Le Tessin, grossi par de nombreux affluents, a maintenant l'allure d'un fleuve, malgré son cours encore torrentueux et désormais chargé de limon. Les montagnes, qui se drapent, au soleil déclinant, de larges pans d'ombre, ont cette magnificence et cette harmonie de ligne, cette finesse de tons ardoisés dans les lointains qui fit jadis le succès des paysages de Corot à son retour du lac Majeur.
AN CARLO, A BIASCA.
SOAZZA. DANS LA VALL
MESOLCINA (GRISONS).
Les vallées grisonnes : Mesolcina et Calanca. — Un
peu en amont de Bellinzona s'ouvre, sur la rive gauche du Tessin, une large trouée qui ne tarde pas à se dédoubler en deux vallées parallèles : c'est la Mesolcina et le val Calanca, long tentacule que le canton des Grisons projette par-dessus le col du Bernardine, — un des trois débouchés sur le bassin du Pô que les ligues Grises s'étaient ménagés jadis vers lltalie.
La Mesolcina ne diffère pas d ailleurs sensiblement des vallées voisines, mais elle est plus belle que la Leventina, — à la fois plus riante et plus sauvage suivant les endroits. Etranglée entre de hautes montagnes, fuyant au nord vers les cimes neigeuses et les massifs glaciaires, s approfondissant au sud vers les perspectives lointaines et ensoleillées du bas Tessin, elle réunit, sur une étroite bande de terrain, par la variété des expositions et des altitudes.