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CANDRIA ET LES BORDS DU LAC DE LUGANO

pente raide qu'il semble escalader à grand peine : en bas se balancent, vides, quelques barques à cerceaux, veuves des toiles qui garantissent les promeneurs contre le soleil.

Gandria est la dernière localité suisse. On entre en Italie avec Oria, où l'ancienne villa de Fogazzaro, entre des cyprès sévères et des bouquets de lauriers roses, trempe dans le lac ses vieux murs enguirlandés de lierres et de fleurs. Et voici San Mamette, le point le plus pittoresque du lac, au débouché du Valsolda. Cette vallée est un enchevêtrement de montagnes boisées et broussailleuses, profondément découpées, tranchées à vif par des gorges sauvages, et dominées par l'hémicycle altier des crêtes décharnées et aiguës, surnommées par les indigènes ti les dents de la Vieille ». De petits villages couronnent des hauteurs sur de prodigieux escarpements. Là un vieux pont étroit enjambe, dune seule arche, le ravin feutré de branchages et de fourrés, près d une auberge installée dans un pré luxuriant. Ici une chapelle isolée et un cimetière abandonné dominent le lac splendide et bleu, tandis que les arbres voisins résonnent tout l'été du cri strident et assourdissant des cigales.

Le lac s'élargit encore dans le golfe de Porlezza, où se termine sa branche orientale : de là une petite voie ferrée assure la jonction avec le lac de Côme. C'est la région où on travaille 1 olivier, pour sculpter maints bibelots délicats, qui se vendent à Lugano.

Sur la rive opposée, en revenant vers l'ouest, Osteno a une grotte curieuse, où la barque conduit jusqu'au fond, à proximité d une cascade • les gens du pays 1 appellent Vonido (1), — témoignage de I horreur qu'ont toujours inspirée aux races latines, éprises de lumière et de clarté, les gouffres et les gorges sombres. Non loin, une montagne à laquelle accède un funi-

culaire, offre un beau panorama sur les lacs : ce « belvédère de Lanzo » est devenu un séjour d'été fréquenté.

On rentre en Suisse, on dépasse Lugano, et on aperçoit bientôt le grand pont de Melide. sur lequel la ligne du Gothard franchit le lac : on a profité d un étranglement naturel pour réunir deux langues de terre par des arches de maçonnerie sous lesquelles passent les bateaux. Au delà, le lac se subdivise en deux bras : tandis que celui de l'est, le plus court, s'arrête à Capolago, l'autre, plus capricieux, contourne le promontoire de Morcote, que domine le gracieux campanile d'une église perchée très haut, tandis qu'une rangée de maisons à arcades défilent, au bord de l'eau, devant les passagers des vapeurs. En face, la côte redevient italienne, de Porto-Ceresio, tête de voie ferrée pour Milan, jusqu à Ponte- Tresa, petit village à cheval sur les deux rives, coupé en deux

(I) Terme fréquemment usité en Italie pour détigner une gorge.

l'Église de castacnola.

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