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LE MONTE SAN SALVATORE ET LE PONT DE MELIDE, SUR LE LAC DE LUCANO

par un minuscule détroit et par la frontière. De là une petite ligne conduit à Luino, et une dernière branche de ce paradoxal lac remonte au nord pour s'enfoncer de nouveau en Suisse, par le golfe d'Agno, au seuil du Malcantone. La politique a renchéri encore sur les caprices de la nature, et la frontière est dessinée au mépris de toutes les barrières naturelles, escaladant les montagnes, coupant les cours d'eau et les lacs.

Le Monte Generoso. — Au pied du Monte Generoso, Capolago. la « tête du lac », ne mérite qu une brève mention, pour un souvenir historique. Là fut élevé récemment, par les Italiens demeurant en Suisse (I), une stèle commémorative en souvenir du séjour de deux apôtres de l'indépendance italienne. Mazzini et Cattaneo. Les deux proscrits, chassés d Italie par ordre de l'Autriche, s étaient réfugiés sur la libre terre helvétique et là, à proximité de la frontière, ils avaient fondé la Tipografia eloeiica où furent imprimées et d où furent lancées par milliers toutes leurs brochures de propagande patriotique.

Le Monte Generoso est le point culminant du massif qui isole le lac de Lugano du lac de Côme. 11 a bien l'aspect des montagnes lombardes, crépues, avec çà 6t là des rochers qui crèvent la toison. Une ligne très intéressante, à crémaillère, conduit au sommet, en montant le long des pentes rocheuses et broussailleuses du sud, d'où la vue s'étend à l'infini sur la plaine milanaise, —

(I) Les immigres de nationalité ilalienn<sonl nombreux dans le Tessin méridional. et ils forment, à Lugano. la majorité delà population. Ils pénètrent peu à peu plus au nord avec les nouvelles voies ferrées. — le Gothard. le Simplon, la Ber nina et lAlbula. le Lcetschberg — près que toutes construites par des ouvriers Italiens, qui amènent avec eux leurs familles cl des commerçants de leur pays.

puis, après un tunnel tournant, dans les fourrés d érables, de châtaigniers, d acacias et de charmes, remplacés plus haut par les futaies de hêtres et de mélèzes. D'un côté le regard domine la vallée de Muggio et embrasse les mamelonnements majestueux et harmonieux des croupes montagneuses, dominées par un sanctuaire tout blanc. A Bellavista se découvre, sur 1 autre versant, une échappée sauvage du lac de Lugano.

Du sommet — le Kulm — la vue est plus grandiose encore. Une plongée de rochers moussus et chevelus, rayés verticalement, tombe par un h à pic h vertigineux sur le lac de Lugano, qui se tord, comme un fabuleux et gigantesque serpent d'émeraude, entre les contreforts touffus. Ici le lac Majeur, là le lac de Côme surgissent derrière la houle des montagnes. D'un côté l'immense plaine lombarde se déroule jusqu à Novare et à Pavie, derrière la flèche marmoréenne du Dôme de Milan.

Et, à l'opposé, tout au loin, la crête fine et argentée des grandes Alpes, de la Bernina au mont Rose — plus loin encore par les ciels clairs puisqu on aperçoit souvent la lointaine croupe étincelante de I Ortier tyrolien, — découpe l'horizon de sa scie aiguë, et se dore aux reflets du couchant. Le spectacle est incomparable, au lever du soleil, par une belle journée d été.

On a surnommé le Monte Generoso (( le Rigi du Tessin » : il y a, en effet, une certaine analogie entre les deux montagnes, qui ont sensiblement la même altitude, sont placées entre des lacs et offrent un large panorama sur la chaîne neigeu.se des Alpes. Mais le Generoso est plus sauvage, fruste. Au Kulm, dèsquon a quitté la station, on est en pleins alpages, comme dans les recoins les plus ignorés des montagnes. Et l'on goûte en plus cette AI il douce luminosité du ciel qui est un

l'église d'oria. des charmes de l'Alpe italienne.

SUISSE ITALIENNE

La plaine lombarde. La contrebande. Chiasso. —

Traversées du nord au sud, les Alpes, qui commencent avec le Rigi, finissent avec le Monte Generoso : au delà, il n'y a plus que quelques faibles vallonnements. C'est déjà la Lombardie et sa plaine ondulée, étonnamment verte sous des chaleurs de quarante degrés à l'ombre : à la fin des étés les plus torrides, la végétation

a bien fallu ménager, de place en place, des portes, qui s ouvrent sur une simple pression : le chien les connaît et il s'arrange de façon à passer la porte )uste au moment ou le douanier s éloigne ou a le dos tourné. Car les factionnaires sont nombreux, et les étrangers s'étonnent de voir, par exemple le long de la voie ferrée de Ponte-Tresa à Luino, les sentinelles qui gardent le long treillis.

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