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LA VALLEE DU RHONE ET LA VILLE DE SION

Sion et la vallée du Rhône. — De Martigny à Brigue, la grande ligne du Simplon, parallèlement à la route, remonte le Rhône, au fond d'une large vallée fertile rehaussée par la haute perspective des Alpes, qui tombent au nord en replis secs et rocheux et s ouvrent au sud en trouées profondes et boisées.

Voici d'abord Saxon, avec une vieille tour massive : jadis belliqueuse place forte, puis ville de jeu dont le casino fut fermé voici une trentaine d'années, la petite cité se consacre aujourd'hui paisiblement à la culture des légumes. L'asperge surtout prospère à merveille dans un sol sableux et un peu humide : on exporte une grande quantité de ce légume, et tous les ans, au mois de juin, les Suisses des régions voismes viennent faire à Saxon la cure d'asperges, réputée pour ses vertus dépuratives.

Après les ruines médiévales de Saillon, la vieille ville féodale, apparaît bientôt Sion, la capitale du Valais. Rien n'est pittoresque comme 1 aspect de cette ville, derrière laquelle surgissent deux montagnes jumelles, escarpées et rocheuses, et dont le profil fait songer à une double bosse gigantesque de chameau. Chaque butte est couronnée de monuments moyenâgeux : celle du Tourbillon érige son rude castel du XIII ' siècle, aux murailles déchiquetées de créneaux, tandis que celle de Valère lui oppose son église romane fortifiée, dressant sa tour quadrangulaire aux ocres patinées, au-dessus d'un fouillis de bastions, de terrasses et de courtines.

Sion, qui remonte à une très haute antiquité, comme I atteste son nom d origine celtique (Sedunum), n acquit son importance qu'au moyen âge, lorsque le transfert dans ses murs du siège épiscopal en eut fait la capitale du Valais. L évêque de Sion fut pendant longtemps le chef temporel du pays, malgré ses démêlés perpétuels avec la noblesse indigène et avec la maison de Savoie. La Réforme ne pénétra pas dans le canton, qui est resté entièrement catholique.

Sion, qui compte à peine 6 000 habitants, a quelques édifices curieux dans la ville basse : la Tour des Sorciers, dernier reste de ses puissantes fortifications : la cathédrale du XV' siècle, avec une tour romane, trapue et fortifiée, à clocher octogonal. Dans ce Valais batailleur les églises elles-mêmes étaient transformées en forteresses, et l'évêque, seigneur féodal, guerroyait à la tête de ses partisans. Le XVir siècle a laissé deux monuments intéressants : l'hôtel de ville, avec une horloge remarquable, et I église Saint-

Théodule. Les ruines voisines des châteaux de Montorge et de la Soie achèvent d'évoquer les souvenirs guerriers de cette région dont l'histoire est aussi tourmentée que le sol.

Tandis qu au sud de Sion. sur les pentes fraîches exposées au nord, s'élèvent, dans les sapins et les mélèzes, les Mayens, séjour d été parsemé de cottages, tous les coteaux calcaires qui bornent au nord le Rhône sont couverts de vignes. C est là qu on récolte le vin célèbre de Malvoisie, le Dôle, l'excellent Fendant et quelques autres crus de valeur. Le vin du Valais est très capiteux, riche en sucre : malheureusement, il ne supporte pas le voyage, et c'est entre ses montagnes natales qu il faut aller le déguster.

La vallée du Rhône, aux environs de Sion, a en effet un climat très chaud pendant la belle saison. Les vents du nord sont arrêtés par les Alpes bernoises, et les étés sont parfois torrides. La sécheresse est telle — fait unique en Suisse, où l'eau abonde partout ailleurs — qu'il a fallu se préoccuper d'assurer l'irrigation régulière des basses vallées. On a construit ainsi de longs et coûteux canaux de dérivation — des bisses — qui s'enrubannent au flanc

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