CHALETS ET FONTAINE. A VEX SUR SION
LES P'iRAMIDES DEUSEICNE.
femmes d Evolène. qu on croise par petits groupes, sur leurs mulets, coiffées de chapeaux plats et avec des corsages sans manches, ont horreur, comme les Mauresques, de lappareil photographique, et se cachent la figure si on braque sur elles l'objectif.
Dans le val d'Anniviers les paysannes portent, en guise de chapeaux, de véritables tours, massives comme des forteresses, auprès desquelles nos gibus masculins paraissent sveltes et légers. Là subsistent encore les vestiges les plus curieux de la propriété collective et du nomadisme des populations primitives. On trait les vaches en commun, et chacun a droit à une quotité correspondante de lait, de beurre et de fromage : en vingt ans. il n'y a eu que deux contestations. Une maison, voire un mulet, appartient souvent en indivis à plusieurs propriétaires; de nombreux alpages sont la propriété collective d'associations de pères de famille (consortages).
Mais le plus curieux, c'est que les Anniviards habitent tour à tour, suivant les saisons, les divers villages qui restent déserts pendant les autres mois : séjours d'été, d hiver et de demisaison, situés à des altitudes diverses, de Niouc à Vissoye, à Saint-Luc. à Chandolin. le plus haut village d'Europe, à I 936 mètres d'altitude. Ce sont de perpétuelles allées et venues, suivant qu il faut aller semer le blé ou le méteil, travailler les vignes aux environs de Sierre. changer le bétail de pâturage, faire les foins, engranger les céréales de la montagne et de la vallée, et récolter la vendange qui donne I exquis vin du Glacier.
Profondément entaillés entre de hautes cimes, les vais d'Hérens et d Anniviers dégringolent vers le Rhône en pentes rapides et en précipices abrupts. La route remonte la première vallée jusqu à Evolène.
après avoir passé devant les curieuses pyramides d'Euseigne.qui ont été produites par le ravinement des pluies dans les terrains meubles, entremêlés de sables argileux et de blocs de pierre :
chaque pyramide supporte à son sommet un gros bloc, qui parait juché sur un piédestal et qui 3 préservé de l'écroulement son haut sup-
VAL d'aROLLA et MONT COLLON (3644 M.
port. Evolène est au centre d'un cirque riant de prairies et de montagnes boisées, barrées au loin par de hauts frontons neigeux. Au-dessus des Haudères. la vallée bifurque et conduit d'un côté à Arolla. en bas du mont Collon. de l'autre au glacier de Ferpècle surplombé par la Dent Blanche. Plus sauvage peut-être, le val d Anniviers s élève jusqu'à Zinal. centre important d'ascensions, au pied de deux sommets particulièrement sauvages et redoutables, le Weisshorn et le Rothorn, « la Corne Blanche » et la (( Corne Rouge 11. celle-là drapée d'une neige éternelle, celle-ci dressant dans les ciels d été sa crête rocheuse aux reflets de cuivre.
La culture du seigle atteint ici sa limite maxima européenne. On sème à la fin d août et la germination a lieu avant les premières neiges. Au début d'avril, on saupoudre la neige de terre pour hâter la fonte : la floraison a lieu fin juillet et la moisson se fait un mois plus tard. Le champ est laissé en jachère un an sur deux. " Bien conformée et vive, quoique petite, la tête courte avec un large front, le poitrail très développé, les épaules musculeuses. les jambes fines, aux muscles d'acier, la vache d'Hérens, dit M. P. Clerget, est constituée en vue de son mode d'existence, pour brouter sur des pentes raides et supporter les intempéries d un climat âpre et capricieux. C'est cette race dont les individus, avant de monter à l'alpe, luttent front contre front, et c'est (( la reine n victorieuse qui prend la tête du troupeau, jouit des meilleurs pâturages, tandis que son propriétaire en retire même une certaine influence politique. »
L'arolle. abondante dans ces hautes vallées, donne un charme particulier aux Alpes valaisannes. A côté du mélèze pimpant, à l'architecture régulière, l'arolle. qui monte plus hautque son compagnon — jusqu'à 2 200 mètres — à I assaut des cimes glacée;, avec ses panaches capricieux d aiguilles, qui lui donnent une grande variété d'aspects, avec ses troncs rougeàtres, ébranchés, disloqués, rugueux, rongés de lichens, paraît vieillie avant 1 heure, et semble avoir attiré sur elle les colères de la montagne.
Au cœur des grandes Alpes. Zermatt. Le Cervin et le mont Rose. — La vallée de Zermatt qui, toujours du nord au sud, se détache du Rhône à V'iège (1), conduit au cœur des grandes Alpes, aux pieds de ces colosses d'une réputation universelle, le Cervin et le mont Rose. Dans ce Valais qui contient tant de merveilles alpestres, le cirque de Zermatt est le joyau de la couronne neigeuse, le chef-d oeuvre où la nature s'est surpassée ellemême en accumulant toutes les splendeurs du monde glaciaire, les pics les plus formidables, les précipices les plus vertigineux, — océans de névés et de séracs, dont le moutonnement glauque s arrête au pied des forêts séculaires.
Le chemin de 1er à crémaillère, si bien construit et aménagé pour permettre d admirer toutes les beautés du paysage, remonte la Viège écumante qui bondit de roc en roc en se reposant à peine, çà et là, dans les prés.
On passe Stalden, groupé à flanc de montagne sous son clocher, en face du vignoble le plus élevé d'Europe, et,
après avoir surplombé une gorge sauvage, la ligne longe, au fond d'une étroite fissure, le torrent mugissant et furieux, dont on a dû briser la colère par des échelons de ciment armé, et qui, lors de la fonte des neiges, tourbillonne, crache et poudroie en une immense cascade d une demi-lieue de long. Plus haut, dans une oasis de verdure, voici Saint-Nicolas, station où les enfants offrent aux voyageurs des échantillons des beaux cristaux de la montagne.