SAINT-NICOLAS ET LE BRUNEGCHORN (3846 M
Valais, en 1910, mit enfin la commune en demeure d'établir un cadastre: mais la bourgeoisie na pas cédé : le canton dut faire faire lui-même les opérations aux frais de la commune.
Jusqu à ces derniers temps, les indigènes se sont à peu près désintéressés de I industrie hôtelière. Pour une famille du pays, on peut citer dix \ audois, Genevois ou Suisses allemands, qui sont venus créer des hôtels ou des entreprises dans le \ alais.
La population locale est hospitalière, mais elle ne comprend pas toujours ses véritables intérêts, et nulle part le particularisme n'est plus intense et souvent moins éclairé que dans ces vallées. Avant la création du chemin de fer. les habitants de Saint-Nicolas sopposèrent à la construction d une route dans la vallée de Zermatt, pour ne pas porter atteinte au commerce des mulets. Les indigènes de Zermatt refusèrent longtemps daccorder les droits de bourgeoi- ' sie à un de leurs bienfaiteurs, dont la famille est installée dans le pays depuis plus d'un demi-siècle. Le même conseil municipal .en 1910, refusa de céder le terrain nécessaire sur le Cenin, pour laisser construire, près du sommet, au .Mosley- Platten, un nouveau refuge, — les fonds étant généreusement offerts par un riche donateur belge, M. Solvay: le Club alpin suisse dut porter la question devant le pouvoir fédéral, pour faire déclarer territoire national les quelques mètres carrés de neige et de rochers nécessaires à 1 édification de la cabane. Certains guides, paraît-il — et non des meilleurs — auraient émis lopinion qu'à force de faciliter l'ascension aux touristes, ceux-ci finiraient par la faire seuls et par
se passer de leurs services. Ce sont là des raisonnements à courte vue. Il suffit de jeter un coup d oeil sur Zermatt pour voir comment I industrie des étrangers a métamorphosé la localité. A côté du vieux village de mazots bruns, où demeurent les paysans frustes, représentants de la <( bourgeoisie », la ville neuve aligne, le long de la grande rue, de la gare à I église, ses hôtels luxueux ou modestes et ses magasins de bibelots. L'animation est grande pendant la saison d'été, car Zermatt est avec Grindeiwald ( 1 ) la première station d alpinistes de la Suisse, la plus avantageuse par son altitude. Tous viennent attirés par la magie du Cervin, qui domine la vallée de sa pyramide crochue.
C est le 15 juillet 1865 que la redoutable cime, réputée inaccessible, fut escaladée la première fois par le célèbre alpiniste anglais Whymper, accompagné de lord Douglas, de deux compatriotes, Hudson et Hadow, et des deux guides Taugwalder de Zermatt et Michel Croz de Chamonix. Le retour vit se produire une horrible catastrophe :
(( A la descente, — dit M. Jules Monod, dans son intéressant Guide illustré du Valais, Il ^v,i,,i, — à peu de distance du sommet, Hadow
glissa, entraînant avec lui le guide Croz, Hudson et lord Douglas. La corde se rompit entre ce dernier et Taugwalder, et les quatre infortunés furent précipités dans le gouffre béant, sur le glacier, à plus de I 200 mètres de profondeur. Et pour rendre cette catastrophe plus terrifiante, l'apparition d un arc immense, avec deux croix lumineuses, au-dessus du Lyskamm, phénomène inexplicable, vint frapper les survivants d épouvante, d
Trois cadavres, horriblement mutilés, furent recueillis sur le glacier ; seul le corps de lord Douglas, depuis quarante-cinq ans, n'a jamais été retrouvé.
Malgré ce début tragique, peut-être même à cause de l'attirance du danger, les alpinistes sont montés toujours plus nombreux à l'assaut de la redoutable cime. Le Cervin exerce en effet une fascina-
Il) Zermatt a I 620 mètres d'altitude. Grindeiwald I 037. Chamonix, I 050.