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UNE HALTE D ALPINISTES DANS LE MASSIF DU TCEDI

saire dans la montagne, il faut d'abord compter sur soi, et chaque famille cherche à se suffire dans sa maison, chaque village dans sa commune, chaque groupement dans sa vallée. Ainsi s explique le morcellement politique et social de la Suisse, Etat à forme fédérale, oij vingt-cinq petites républiques vi- • m ^^R, '^^— ^'^n' à l'aise, — chacune avec son

A «2b^ ^B^ ^ originalité, son caractère, ses ten- S% ^tj'^ ^^^feJ^M dances et ses besoins particuliers, 1 fKrk ^^^^H — ^"'' "" territoire à peine plus v^^^Vv V ^^^^H grand que la Bretagne.

T^ ' ,' ^^^^1 Fait paradoxal en apparence, et

jjiko ~ v .^^^^1 qui pourtant s explique pour quiconque connaît les ressorts secrets du cœur humain : nulle part 1 homme n'est plus attaché au sol natal que sur cette terre marâtre, d'où il peut tirer à grand peine de quoi le nourrir, lui et les siens. Mais précisément les efforts mêmes qu il accomplit lui rendent cher l'objet de son travail :

il s'attache passionnément à cette montagne aride et farouche qui a souvent tué des êtres chers dans ses embûches, et qui lui tend des pièges à chaque instant.

Car cette nature, dont les anciens ne voyaient que l'aspect hostile, est magnifiquement belle, et elle attire l'étranger lui-même en raison du danger. A notre époque, deux courants contraires, qui finissent par se rejoindre, amènent les voyageurs vers la montagne: le sentiment de la nature, qui se développe en raison directe de la civilisation et par réaction contre la vie urbaine, qui s'affine chez les tempéraments blasés en quête de sensations nouvelles et fortes, et dont I amour de la montagne est une des formes les plus caractéristiques ; et le mouvement sportif, qui entraîne la génération actuelle vers les exercices vigoureux et de plein air, pour régénérer le moral par le physique, et qui a réhabilité les jeux musculaires discrédités depuis les anciens athlètes. Or, de tous les sports accessibles au grand nombre, le tourisme en montagne est l'un des plus attrayants et certainement le plus intellectuel.

Et voilà comment ces mêmes montagnes, qui éloignaient jadis les étrangers, les attirent aujourd'hui, — comment des millions de touristes viennent chaque année vivifier leurs poumons et leurs muscles par le rude et sain entraînement de l'ascension et de la marche, retremper leur corps et leur âme dans l'air vivifiant des hautes cimes.

Avec leurs gigantesques pics neigeux, leurs éblouissants fleuves de glace, leurs torrents mousseux, leurs cascades écumantes, leurs gorges déchirées et sinistres et les horizons larges et déchiquetés de leurs grands lacs miroitants, bleus, verts ou plombés, les solitudes infinies de leurs cimes arides et farouches et la parure éclatante de leurs alpages fleuris, la végétation luxuriante de leurs forètsoù palpite tout un monde d'oiseaux, de mammifères et d'insectes, 1 infinie variété de leur configuration, de leurs expositions, de leurs altitudes, les Alpes présentent pour nous la synthèse suprême et complète de la montagne. Et parmi les Alpes, ce sont encore les Alpes suisses qui réunissent, sur un espace assez restreint, le maximum de diversité et de pittoresque en offrant tour à tour tous les aspects, riants et sévères, sauvages et gracieux, coquets et grandioses, depuis les lacs

LA SUISSE A VOL U'OISEAU

PAYSAGE SUISSE CARACTÉRISTIQUE DE L'OBERLAND BERNOIS : LE WELLHORN (3196 M.) ET LA VALLÉE DU REICHENBACII.

tessinois ensoleillés et déjà méridionaux, jusqu aux massifs glaciaires des Alpes bernoises et pennines.

Montagnes, lacs et fleuves. • — Les Alpes, avec leurs ramifications, occupent plus des deux tiers de la surface de la Suisse. Elles s'étendent du sud-ouest au nord-est, sur deux grandes chaînes, 1 une très sinueuse, 1 autre presque rectiligne, qui s'écartent aux deux extrémités pour se rapprocher au Gothard, et qui comportent de nombreux embranchements.

La chaîne d'arête, qui limite au midi les bassins du Rhône et du Rhin, se détache du massif isolé du mont Blanc, atteint le mont Rose par les hauts sommets des Alpes pennines, remonte vers le nord jusqu'au Gothard. s oriente de nouveau à l'est avec les massifs de l'Adula et du Splugen, et après un coude très prononcé au sud, reprend la direction du nord-est pour délimiter, sous le nom d'Alpes des Grisons, le haut bassin de 1 Inn borné en face par le soulèvement puissant de la Bernma. Ce dernier massif termine la haute barrière montagneuse qui constitue la frontière naturelle de la Suisse au midi : mais la Confédération la déborde par quelques vallées des Grisons et surtout par le Tessin, dont le triangle s enfonce dans le bassin du Pô jusqu'au seuil de la plaine lombarde.

Un peu plus au nord, les Alpes bernoises, d'Uri et de Glari^ s'allongent en une longue barrière, — coupée à peine par quelques trouées comme celles de l'Aar et de la Reuss, — de Saint-Maurice à Ragaz, du coude du Rhône au coude du Rhin, qui I un et l'autre abandonnent leur couloir longitudinal pour trancher à vif la montagne dans une direction perpendiculaire. L immense boucle du Rhin (avec le lac de Constance), de Ragaz à Bâle, forme la frontière nord-orientale de la Suisse qui, au sud-ouest, s arrête au lac de Genève : et le canton de Genève déborde ici comme là celui de Schafïhouse.

Le soulèvement énorme des Alpes présente un noyau central granitique qui affleure avec les plus hauts pics de la chaîne de faîte, du mont Blanc à la Bernina. Mais dans la majeure partie les Alpes suisses sont .schisteuses, feuilletées comme d immenses gâteaux, en zébrures obliques de directions diverses, et dont la

couleur varie de 1 ardoise bleuâtre au brun roux. Et l'on est saisi détonnement devant la puissance extraordinaire des forces internes du globe qui ont disloqué, tordu, soulevé les énormes sédiments des anciennes mers à des hauteurs vertigineuses, sur les flancs de 1 Eiger ou du Cervin, dans un bouleversement sismique effroyable et fantastique auprès duquel le tremblement de terre de la Martinique ou de Messine n était qu une chiquenaude d enfant.

Le travail des glaces et des eaux a modifié sensiblement la physionomie du sol.

Trois éléments constituent le système hydrographique de la Suisse alpestre : les glaciers, les cours d'eau, les lacs. Chaque cours d'eau important naît d'un glacier, et, après un parcours plus ou moins torrentueux, traverse un grand lac au sortir de la montagne.

LAClEU UALETSCH ET LE LAC UE M/EIIJELEN.

Ce n'est pas un hasard si tous les lacs des Alpes sont disposés au débouché des vallées, à lentrée des plaines, et si leur superficie varie en raison directe de 1 importance de la rivière et des dimensions de la vallée . les deux plus grands — lacs de Constance et de Genève — ne sont-ils pas formés par le Rhin et le Rhône ? La géologie moderne explique ce phénomène : les cuvettes de ces lacs ont été creusées, à 1 époque préhistorique, par les formidables glaciers de la période moustérienne qui avaient piofondément afïouillé le sol sur leur front. Chaque vallée, depuis le cirque montagneux de son sommet jusqu à son lac de base actuel, était occupée par un immense fleuve de glace, dont on a pu reconstituer le tracé, la largeur, la profondeur, grâce au frottement exercé sur les rives et qui a produit les roches moutonnées, grâce surtout aux moraines et aux blocs erratiques qui ont été transportés à des distances considérables. Toute la Suisse est parsemée de ces blocs. de débris de moraines et de boues glaciaires. Elle fut jadis, à 1 exception de quelques îlots et de la région de Bâle, complètement recouverte par les glaces, lorsque le glacier du Rhin atteignait Schaffhouse, celui du Rhône Lyon, et que celui de l'Aar rejoignait à Berne ceux du Jura.

La Suisse est aujourd'hui le château d'eau de l'Europe. Ne donne-t-elle pas naissance à quelques-uns de ses plus grands fleuves, au Rhin grossi de l'Aar, au Rhône, à l'Inn, un des principaux affinants du Danube, et à d'importants tributaires du Pô comme le Tessin ? C est une des régions les plus vertes et les mieux arrosées. Et cependant, depuis la préhistoire, elle a perdu la presque totalité de ses réserves aqueuses, et elle va se desséchant peu à peu. Ce phénomène sa manifeste d'abord par le recul considérable des glaciers, et ensuite par l'évaporation lente des lacs.

Dans le seul canton de Zurich, une ancienne carte nous montre qu'il existait 149 lacs en l'an 1600 : 73 ont disparu — ' attestés parfois par des basfonds 6u des marécages, — 36 se sont rétrécis, 40 seulement sont demeurés tels quels.

Divers travaux hydrographiques ont provoqué aussi la baisse des eaux dans certains lacs, comme ceux de Neuchâtel, de Bienne, de Moral, de Lungern, et ont asséché des la pierre de monta

marais. Partout les alluvions situé au-dessus de neu

toujours croissantes des torrents ou des fleuves font reculer les rives : qu'on observe l'embouchure du Rhin dans le lac de Constance ou du Rhône dans le lac de Genève. Les alluvions de la Lutschine ont séparé les lacs de Brienz et de Thoune jadis réunis; celles de la Linth, les iacs de \X allenstadt et de Zurich.

En même temps le pays s assainissait et devenait propice à la culture. La Suisse de 1 époque moustérienne était aussi inhabitable que le Groenland. Pendant longtemps le pays dut être humide, iroid et marécageux. Le changement de climat, le retrait des glaces et des eaux en ont fait aujourd hui un des pays les plus sains d'Europe, celui auquel les anémiés et les neurasthéniques viennent demander un renouveau de vigueur et de santé. D autre part, à 1 heure actuelle, le quart du sol seulement est improductif : encore, par suite du développement du tourisme, une telle classification ne sera bientôt plus exacte. L élevage rationnel du bétail a créé une richesse dans la montagne, jadis pauvre, à laquelle les étrangers apportent une nouvelle source de prospérité.

La plaine. L'activité économique. Les villes. — La

plaine suisse — que nos voisins appellent <• le plateau 'i — s étale en vaste demi-cercle au pied des Alpes autour du versant septentrional, bordée exactement par le lac de Genève, le Jura et le Rhin. Si la Suisse s'est formée au cœur des Alpes et à I abri de ses barrières naturelles, c est dans la plaine quelle s est développée ensuite et qu'elle a pris toute son extension. Les Suisses belliqueux du moyen âge étaient exclusivement des montagnards ; leurs descendants actuels, agriculteurs et commerçants, sont descendus et se sont multipliés dans la plaine :

et s ils remontent à nouveau dans la montagne, c est encore l'industrie qui lès y appelle, qu il s agisse de l'utilisation de la houille blanche, du tourisme alpestre ou de la construction des voies ferrées.

C'est dans la plaine que se sont formées les villes importantesde la Suisse. deGenèvcà Zurich et Saint-Gall, en passant par Lausanne. Fribourg. Neuchâtel, Berne, Bâle. Schaffhouse, Lucerne. pour citer seulement les principales. C est là que I agriculture a prospéré, icu, BLOC erratique «^31* "" terrain généralement

VEVILLE (LAC DE BIENNE), très fertile, propice à la culture

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maraîchère, aux céréales, aux arbres fruitiers et souvent à la vigne. Les industries ont pris leur essor autour des centres urbains : la houille blanche et le transport de la force motrice à distance ont suppléé à labsence de charbon.

Si au lieu de pénétrer en Suisse par les Alpes Pennines on y entrait par 1 autre pôle, par Bâie par exemple. 1 impression serait tout autre, sans être contradictoire, car ceci complète cela. A BâIe. comme à Genève, comme dans toutes les villes du plateau, on a 1 impression d'une cité moderne bien tenue, active, rangée, méthodique, où l'on marche vers le progrès sans retard mais sans hâte fébrile, où chaque homme comme chaque chose est à sa place, où le peuple gouverne, mais sait se gouverner.

La ville suisse est gaie, coquette, pimpante. Nulle part I industrie, qui jette sur tant de cités ouvrières son voile de tristesse, de misère et de saleté, ne s'est faite moins maussade

et plus avenante. L usine est claire et nette comme la maison bourgeoise, ses abords sont bien tenus: le travailleur, de son côté, répugne à être malpropre hors de l'atelier, et a le plus vif souci de son costume comme de sa dignité. Partout les jardins égaient les villages et les banlieues, et parent d une grâce fraîche les faubourgs ouvriers, ailleurs si gris et si revêches. Il faut noter aussi que le souci du présent et l'amour du bien-être n ont pas fait sacrifier le passé. Cette démocratie a le respect de la tradition et l'amour de ses gloires de jadis. En général les anciens monuments, les vieilles maisons et les rues historiques ont été conservés ; les quartiers modernes ont été construits plus loin, souvent même avec une préoccupation très caractéristique d imiter les stj'Ies locaux d autrefois. Sans doute les vieux édifices sont souvent restaurés avec quelque exagération : le goût de la propreté et de la coquetterie, si vif chez les Suisses, les porte à gratter et à badigeonner 1 antique, que nous respectons, au contraire, peut-être à 1 exagération, et que nous n'osons pas remettre à neuf. \ oilà pourquoi l'authentique, en Suisse, ressemble tellement à l'imitation, et pourquoi lancien y prend souvent des apparences de pastiche. Mais, cette légère réserve faite, on ne peut qu'être séduit par la grâce, I élégance, à la fois fraîche et antique, des villes helvétiques, avec leurs clochetons, leurs pignons aigus, les nervures de bois et les sculptures de leurs façades, à côté des immeubles modernes, confortables et cossus.

Les caractères gêné raux de la Suisse. — Quels caractères généraux se dégagent d'un rapide examen de la Suisse, d un premier coup d oeil d'ensemble pris à vol d'oiseau ? chute de la handeck, dans

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