‹ La Suisse illustreeChapitre 70 sur 296 · LE VILLAGE DOR M ONT-DESSUS ET LES DIABLERETS (3222 M · texte numérisé non relu

LE VILLAGE DOR M ONT-DESSUS ET LES DIABLERETS (3222 M

nelles peu euphoniques ont fait place aujourd'hui dans le langage des touristes à un terme plus compréhensif, les Diablerets : le nom de la montagne voisine sert à désigner le village, dans lequel se sont élevés un certain nombre d'hôtels. Les étrangers viennent peu à peu, séduits par la beauté pittoresque des lieux.

Le village est situé, en effet, à 1 entrée d un cirque grandiose, dominé au sud-est par le massif glaciaire des Diablerets avec les crêtes aiguës du Sex Rouge, du Diableret, de l'Oldenhorn : les deux dernières pointes dépassent trois mille mètres. Grâce à lorientation, le glacier, par les beaux soirs d été, prend au couchant les tons les plus chauds et parfois les plus étranges, saumoné, doré, violacé tour à tour. Les environs sont agrestes, accidentés, très variés d'aspect, avec cette tranquillité de la grande montagne et des pays ignorés par la clientèle bruyante et cosmopolite.

Après la Réforme, c est aux Ormonts que se manifestèrent les dernières résistances des catholiques vaudois.

Une voie ferrée, achevée après la guerre, relie désormai . Aigle aux Diablerets.

La route, au delà d'Ormont-dessus, laisse le massif des Diablerets à droite, et franchit le col du Pillon pour descendre à Gsteig, à la pointe extrême de l'Oberland bernois.

Bex et les salines. — Dernière station vaudoise de la ligne du Simplon. Bex. situé comme Aigle à 1 entrée d une route alpestre et à la jonction d un chemin de fer de montagne, est à la fois un village agricole, un bourg industriel et une station balnéaire. Seul le clocher qui pointe à travers les vergers apparaît de la voie ferrée, tant la localité est bien dérobée derrière les bouquets d'arbres. Le long de 1 Avançon s alignent fabriques et usines qui utilisent la force motrice de la rivière, tandis que les hôtels sont groupés dans un autre quartier, en face de la dent du Midi dont la crête est réduite ici à une formidable pointe juchée sur un énorme piédestal. A gauche, la dent de Mordes dresse son cimier

sur 8. On extrait le sel, par évaporation, de l'eau salée, et on traite également la roche salée à l'aide de procédés intéressants. L'exploitation et l'administration sont au Bévieux, l'orifice de la mine au Brouillet. Deux galeries superposées sont reliées par un escalier. On visite le réservoir, le puits et la rivière du Fondement, où 1 on voit de magnifiques cristaux de gypse et de vastes grottes.

Les établissements balnéaires sont en rapport direct avec les salines : ils reçoivent les eaux des sources salées des mines, amenées à un degré de concentration fixe voisin de la saturation, et qui sont analogues à celles de Salies-de-Béarn. On emploie également, pour le traitement interne ou externe, l'eau-mère et l'eau sulfureuse chlorurée sodique (provenant d une source spéciale). Le traitement salin peut être complété, suivant les cas, par des bains carbogazeux, des applications de fango et des bains de lumière électrique.

Une autre station thermale, sulfureuse celle-là, est située un peu au sud de Bex : c'est Lavey-les-Bains, le village le plus méridional du canton de Vaud.

On fait aussi à Bex des cures de raisin et de petit lait. Beaucoup d étrangers viennent en simples touristes, attirés par la situation pittoresque du pays et des environs.

Au delà de Bex, la voie ferrée franchit le Rhône sur un pont à treillis et entre dans le Valais à Saint-Maurice.

La vallée de l'Avançon. Gryon. Villars. Chesières.

— La vallée de l'Avançon, qui débouche à Bex, est encaissée et sauvage. On pénètre d emblée dans les forêts et les gorges. Un peu plus haut s ouvre la fourche de deux ravins.

A droite on monte aux Plans, joli nid de verdure situé au pied du Grand Muveran, qui dresse sa tête altière et cabossée au-dessus d'un fouillis de crêtes zébrées de plaques neigeuses. De vastes sapinières drapent au premier plan les pentes des montagnes. C est un centre d'ascensions, une station d'altitude fraîche et paisible : les pâturages de Pont-de-Nant, encadrés de rochers et de sapins

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séculaires, avec le glacier bleuâtre de Martinet comme fond de décor, sont particulièrement appréciés des touristes et des peintres. L'autre branche du torrent descend de la combe d'Anzeindaz, où sont éparpillés des chalets de pâtres. Là ont heu, l'été, des fêtes rustiques curieuses, imprégnées de couleur locale. Par le col de Cheville, assez raide. on peut redescendre dans le Valais vers Sion.

CHF.SIÈRF.S. VILLARS ET LE r, R A N D MUVERAN (3061 M.)

De Bex, dommant les ravins de 1 Avançon. un chemin de fer électrique s'enroule sur les flancs des montagnes pour desservir quelques stations d altitude fréquentées, qui ont pris un rapide essor. C'est d'abord Gryon, juché sur des gorges profondes, et qui tasse au dessous de son clocher ses chalets brunis aux galeries ajourées : par-delà les précipices, les sommets des Alpes vaudoises, des Diablerets aux pointes de Mordes, se dressent avec un relief qui fait ressortir leurs audacieuses envolées.

Les trois plus hautes villégiatures des Alpes vaudoises, Arveyes, Villars et Chesières, qui dépassent douze cents mètres, sont groupées autour de la gare terminus de la voie ferrée, et reliées par une belle route qui s enlace en corniche sur les pentes des monts. Ce qui fait le charme de ces localités et les distingue des autres stations d'altitude, c est leur situation dégagée sur des terrasses, des (( replats H, aux flancs de la large vallée du Rhône, tandis qu'un rempart de hauteurs les protège contre les tempêtes et les vents du nord.

La plus modeste des trois, et moins ouverte que ses deux voisines, Arveyes blottit à demi ses chalets bruns dans le repli d une prairie entourée d épaisses sapinières. L horizon est déjà très vaste, avec la dent du Midi et une partie du massif du mont Blanc <iu'entaille la coulée lumineuse du glacier du Trient.

Villars, village agreste, date du .XV siècle. Au-dessus du groupe rustique des maisons paysannes, les hôtels et les villas sont étages sur un plateau largement ouvert, coupé de bouquets de sapins à travers les pâturages et couronné tle vastes forêts. La vue est splendide sur les au-delà de la vallée du Rhône, d'où jaillit une forêt de pics audacieux, grivelés, poudrés de blanc, écaillés d armures glaciaires.

Au fond du val d llliez, la dent du Midi, dans toute sa majesté, hérisse ses sept pointes menaçantes, et plus loin les aiguilles du mont Blanc, jaillies derrière les croupes sombres des Alpes valaisancs, semblent monter la garde auprès des glaciers du Trient et des Grands, crevassés, verdis, bleutés, ruisselants de lumière.

FI. Tl, 1)1. LA Ml L 1 L, A AN/LINDAZ.

De l'autre côté d'un ravin que franchit un élégant viaduc, Chesières s'éploie, comme Villars, sur un plateau verdoyant et ombragé ainsi qu un parc naturel. C'est un village de montagne particulièrement coquet avec des jardins fleuris et des rues pittoresques.

Les sports d'hiver sont également développés dans les deux stations. Les printemps sont précoces et doux, à cause de l'exposition ensoleillée, la température estivale assez fraîche, et sans changements brusques.

Entre les Alpes et le Jura : le Jorat. Moudon.

Payerne. — Entre les Alpes et le Jura s'élèvent les hauteurs boisées et vallonnées du Jorat, qui viennefit affleurer sur Lausanne par la forêt de Sauvabelin, qui se terminent au-dessus de Vevey avec le mont Pèlerin, et retombent vers Lutry et Cully par des pentes couvertes de vignes. Le Jorat est une agréable contrée assez peu fréquentée, quoique bien desservie aujourd'hui par plusieurs petites lignes : celles de Lausanne à Echallens et Bercher, à Montgerond, à Savigny et Moudon.

De Lausanne, les grandes voies ferrées s éloignent à I ouest et à l'est en deux fuseaux, afin de contourner le Jorat. La ligne orientale coupe les déclivités des vignobles en offrant de fort beaux points de vue sur le lac et Ihorizon des Alpes de Savoie, notamment près du signal de Chexbres qui, à quelques kilomètres à peine du Léman, marque déjà la ligne de partage des eaux entre les bassins du Rhône et du Rhin. A Palézieux, on entre dans le canton de Fribourg. Là se détache la ligne de Lyss, qui dessert le nord-est du canton de Vaud : région faiblement ondulée et peu pittoresque, arrosée par la Broyé qui va se jeter dans le lac de Morat. Deux seules localités à signaler : Moudon et Payerne.

Moudon, qui renferme quelques antiquités romaines et un vieux château, remonte à une haute antiquité, comme plusieurs petites villes qui se trouvent près du lac de Neuchâtel, Yverdon, Avenches, etc. Il semble que cette région fut la plus anciennement peuplée et, pendant longtemps, la plus active de la Suisse. Chef-lieu de tribu à l'époque celtique, Moudon fut plus tard la capitale de la baronnie de Vaud.

Plus intéressante, Payerne, située entre Fribourg et le lac de

Neuchâtel, est aussi une ville déchue. Elle fut jadis la résidence

des rois de Bourgogne. Une abbaye de bénédictins, fondée à la

fin du X" siècle par la reine Berthe, y devint très prospère, mais

fut supprimée lors de la Réforme. Les bâtiments qui subsistent ont

été transformés en école. L ancienne église, avec un beau clocher

du XV siècle, sert de halle au blé. Dans l'église moderne, on

montre le tombeau de la reine Berthe, retrouvé en 1817, et une

selle qui suivant la tradition lui

aurait appartenu. — Payerne

est aujourd hui renommée par

ses )ambons et ses salaisons.

A I ouest de Lau.sannc, la ligne de Pontarlier se détache de celle de Genève, qui longe le lac, et remonte la Venoge, tributaire du Léman. Quelques vieux châteaux et tours en ruines se dressent çà et là, à Cossonnay , à Ependes. La voie bifurque en pénétrant dans le bassin du Rhin : une ligne se dirige sur Yverdon et le lac de Neuchâtel, 1 autre monte vers Pontarlier.

Mais avant d'aborder le Jura et le lac de Neuchâtel, il faut visiter Genève.

Cl. l'Iioto-Ulob.

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