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GENEVE : LE PONT DU MONT-BLANC ET LILE JEAN-JACQUES ROUSSEAU

GENEVE

UNE VILLE PARTICULARISTE. HISTOIRE DE GENEVE. — GENÈVE ACTUELLE. — LA VIEILLE VILLE. SAINT-PIERRE. l'organisation religieuse DE LA SUISSE. — LES BASTIONS. l'uNIVERSITÉ. LES MUSÉES ET l'aRT. — LES BORDS DU RHÔNE ET DU LAC. — LES FAUBOURGS DU SUD. EAUX-VIVES. PLAINPALAIS. LA JONCTION. — GENÈVE INDUSTRIELLE. — LES REVENDICATIONS ÉCONOMIQUES. LE PERCEMENT DE LA FAUCILLE. — LA POSTE EN SUISSE. — LES ÉTRANGERS. — LA LITTÉRATURE GENEVOISE ET ROMANDE. — LA BANLIEUE DE GENÈVE.

Une V Histc

— Le

ne ville particulariste.

' listoire de Genève.

^es étrangers qui visitent Genève, ceux mêmes qui y séjournent quelque temps, admirent la beauté de la ville moderne, les curiosités pittoresques des vieilles rues et des monuments : mais l'esprit, la vie intime de la cité leur demeurent longtemps fermés.

Ce qui caractérise surtout Genève, même dans la Suisse socialement SI morcelée, c est son particularisme. Genève n'a été incorporée qu en 1815 — la dernière — à la Confédération helvétique. Pendant de longs siècles, république indépendante réduite au territoire d'une ville, elle ressuscita la tradition et le type de la cité antique qu'avaient essayé de réaliser à nouveau les communes féodales sans pouvoir y parvenir. Foyer intellectuel le plus puissant de la Suisse romande (ou de langue française), elle n en est cependant pas la métropole incontestée, et Lausanne, par exemple, n'accepte point son hégémonie morale. Placée tout à 1 extrémité du territoire helvétique, aux trois quarts enclavée dans la France, elle a des intérêts spéciaux qui la mettent souvent en opposition avec ses voisins du pays de Vaud, de Neuchâtel ou du Valais; elle n est pas moins en rivalité économique

avec les départements français limitrophes de la Haute-Savoie et de l'Ain.

Pour avoir su conserver son indépendance entre les compétitions de puissants voisins, Genève a gardé une individualité, une originalité très remarquables, aussi bien dans ses institutions que dans le caractère de son peuple. Si le Valaisan rappelle le Savoyard, si le Vaudois s'apparente au Bourguignon, si le Neuchâtelois se rapproche du Franc-Comtois, le Genevois de vieille race est encore de tous les Suisses celui qui a le plus de traits communs avec les Français. Moins discipliné que les autres confédérés, volontiers frondeur, plus porté aux luttes politiques et aux disputes religieuses, il a l'esprit très vif, la repartie facile, sous un abord parfois un peu froid. Le gamin des rues, railleur et irrévérencieux, rappelle le gavroche parisien. L'ancienne aristocratie calviniste est sévère et très fermée, tandis que le peuple se plaît aux divertissements et que l'immigration de nombreux étrangers a rendu la vie gaie et les mœurs plus faciles dans l'antique cité, jadis austère et froide, de Calvin.

Jusqu'au XIX" siècle, Genève a son histoire spéciale.

Ancienne ville des Allobroges, elle fit partie de la Narbonnaise pendant l'empire romain. Elle fut reconstruite par Aurélien après un terrible incendie. Elle commença à se développer avec le christianisme, qui en fit le siège d'un vaste diocèse. Disputée entre les Burgondes et les Francs, comme le pays de Vaud, elle fit partie du royaume de la Bourgogne transjurane et, après la mort du dernier roi (1032), elle fut rattachée à l'empire germa-

nique et devint ville libre impériale. L'cloignement rendit cette suzeraineté à peu près nominale. Le gouvernement temporel aussi bien que spirituel était exercé par l'évêque. qui était à peu près indépendant, jusqu'au jour où le comte de Savoie, à la fin du XI H" siècle, lui imposa sa tutelle, après s'être emparé du château épiscopal de 1 île. Quoique moins puissants, les comtes de Savoie, plus voisins, étaient plus dangereux pour.

Genève que les empereurs.

La ville , déjà importante .

fut assez heureuse pour résister à leurs tentatives. Elle formait alors une véritable petite république présidée par 1 évêque. qui avait reconnu et même développé les franchises de la cité. Plusieurs évêques duXI\' siècle furent qualifiés de patriotes.

Bientôt, par une tactique habile, la maison de Savoie plaça ses protégés sur le siège épiscopal. Mais au même moment le pouvoir populaire était devenu prépondérant, tandis que la puissance temporelle de 1 évêque disparaissait : le parti des eidgenots{\), — d où nous avons tiré huguenots après la Réforme, — l'emporta sur celui des rnamelus , partisans du duc de Savoie. Genève s élait alliée à la Confédération

suisse. En 1535 la ville adopta la Réforme, prêchée d'abord par Farel et V'iret. L'évêque fut expulsé, et le gouvernement confié à des syndics et à des conseils élus par le peuple. La ville accueillit l'année suivante Jean Calvin, qui acquit bientôt une influence considérable, et fit de l'ancienne république épiscopale la Rome du protestantisme. Banni un instant, il rentra triomphant et devint un véritable dictateur. 11 imposa la doctrine et l'organisation religieuses qui ont gardé son nom — le calvinisme — et fit adopter comme loi d'Etat un formulaire réglant les principaux articles de foi ; il traqua ses adversaires et fit brûler Michel Servet, en 1553, qui avait professé des opinions contraires aux siennes. Il réorganisa 1 Etat et réforma les mœurs en édictant les mesures les plus sévères : pen-

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