‹ La Suisse illustreeChapitre 8 sur 296 · LES MOUTONNF.MF.NTS DU J U I! A B F. R N O 1 S VUS DU M0NT · texte numérisé non relu

LES MOUTONNF.MF.NTS DU J U I! A B F. R N O 1 S VUS DU M0NT

L FLEVAr.E DANS LA MONTAGNE.

Cl AVflirli.

M'ENCEN (OBERLAND)

complexe. Telle petite république a conservé la forme patriarcale et les Champs de Mai de l'époque mérovingienne, tandis que sa voisine, sur I autre versant de la montagne, pratique le parlementarisme le plus savant et fait les expériences les plus hardies du socialisme d État.

Si varié, si divers, ce peuple forme néanmoins une nation unie par un même patriotisme. Son unité morale, il la doit à la communauté de traditions, de souvenirs, de luttes et de gloires communes : ces peuples qui pendant des siècles ont combattu, peiné, triomphé ensemble, qui ont eu les mêmes joies et les mêmes souffrances, ont fusionné dans le creuset de 1 histoire autour du même idéal de liberté.

Car malgré leur diversité d origine et de tempéraments, les Suisses ont des caractères semblables, et spécialement des aptitudes sociales d'organisation tout à fait remarquables, qui se traduisent autour d'eux, s extériorisent dans 1 aspect de leurs villes et de leur pays. La propreté, l'ordre, le travail, la discipline librement consentie, lesprit civique, la tolérance : telles sont les qualités maîtresses qui font du peuple suisse un grand peuple malgré les petites dimensions de son territoire.

H faut insister surtout sur le travail, sur l'intelligence avec lesquels le Suisse a su s adapter au milieu, tirer parti de son pays, utiliser ses ressources, le mettre en valeur à tous les points de vue. L agriculture et l'élevage produisent leur maximum de rendement. Les

UN PAYSAGE d'hiver : LES PENTES RE l'oBER VLPIN \. PRf-S OE

forêts, qui constituent une richesse du pays, qui préservent les alpages, qui préviennent les inondations et les sécheresses, sont exploitées avec méthode et protégées avec rigueur. Les industries répondent aux besoins locaux, comme l'horlogerie qui permet aux Jurassiens d utiliser les loisirs de I hiver si longs dans la montagne, comme la broderie qui a assuré aussi la création d'une industrie rurale, du travail à domicile, en évitant la dislocation de la famille et le dépeuplement des campagnes. La « houille blanche 11 des cascades et des torrents a été intelligemment mise à profit par l'industrie. La première, enfin, la Suisse a compris quel était lavenir du tourisme : elle a appris elle-même et elle a enseigné aux autres nations l'art de tirer parti des curiosités naturelles, d attirer, de recevoir et de faire revenir les étrangers.

Ce pays, jadis pauvre, est devenu riche par son travail et sa persévérance. C'est une grande leçon qu'il donne à ses voisins.

La formation historique de la Suisse. — Jusqu'à la fin du moyen âge. la Suisse n'a constitué une unité ni politique, ni ethnique. Avant la conquête romaine, elle était partagée entre les Celtes et les Rhètes. Une tribu celtique, celle des Helvètes, occupa la majeure partie du pays, au premier siècle avant Jésus- Christ, du Jura aux Alpes de Claris, et du Rhin aux Alpes bernoises et au lac de Genève ; sa capitale était Avenches. Les Rhètes étaient installés dans les cantons actuels de Saint-Gall, des Grisons et du Tessin ; des peuplades gauloises ou ligures habitaient le Valais.

La domination romaine conserva la division de la Celtique et de la Rhétie. Au moment des grandes invasions, les Alamans s emparèrent de tout le nord et du centre de la Suisse, en étendant peu à peu, par la suite, leur colonisation jusqu aux limites actuelles de la langue allemande ; les Burgondes. qui s étaient rapidement romanisés, occupaient le pays de Vaud. et les Francs une partie du Jura. L opposition s'affirme dès lors entre la Suisse allemande et romande.

Après avoir été tiraillée entre les Alamans et les Burgondes, la Suisse est incorporée à 1 empire de Charlemagne, puis scindée de nouveau au traité de \ erdun. Tandis que lest et le nord sont rattachés au Saint- Empire romain germanK]ue. avec des évêchés et abbayes à demi autonomes, possédant de vastes domaines — Coire.

Saint-Gall, Bâle — l'ouest fait partie de ce vague ci royaume d'Arles n, bientôt disloqué et dépecé, et dont les débris font l'objet de rivalités et de contestations de toute sorte : la Cl. w.iiiii. Suisse occidentale fut ainsi longtemps

sikiNT-MORiT7 (encadine). disputée entre les maisons de Bour-

LA SUISSE A VOL D'OISEAU

LA FUITE DZ CHARLES LE TÉMÉRAIRE. PAR LE PEINTRE SUISSE EUGÈNE BURNAND.

gogne et de Savoie. Pendant cette période, les villes firent de rapides progrès et obtinrent des franchises municipales. Bàle devint surtout très prospère, ainsi que Zurich, qui fut élevée, avec Fribourg. en 1218. au rang de ville libre impériale par Frédéric II. Mais le mouvement en faveur de 1 indépendance, d où devait sortir l'unité de la Suisse, fut d origine rurale. L empereur Frédéric II avait accordé aux pays de Schwyz et d L'ri des franchises que ses successeurs ne voulurent pas reconnaître. La nouvelle dynastie des Habsbourg, originaire de Suisse, essaya, surtout avec Albert I", d assujettir étroitement le pays helvétique et fit peser une dure tyrannie par l'intermédiaire de ses baillis. Ce fut le signal de la révolte.

La tradition orale et la légende ont complété l'histoire assez obscure de ce mouvement insurrectionnel et patriotique, symbolisé par le nom et la figure glorieuse de Guillaume Tell.

Les chroniqueurs contemporains ne font pas mention du héros d Altdorf :

ils nous apprennent seulement que le soulèvement éclata en 1 308 dans les trois pays de Schwyz, Uri et Unterwald, que les baillis furent chassés ou mis à mort et les châteaux-forts rasés. Une ligue perpétuelle avait été conclue le F" août 1291 entre les trois cantons. En 1315, la Confédération reçut le baptême du sang sur les pentes voisines du Morgarten, où fut battu Léopold d'Autriche.

Ce petit noyau grossit rapidement :

en quelques années Lucerne (1332), Zurich, Claris, Zug et Berne (1353) s'unirent à la ligue. L'Autriche avait donné le temps de s'organiser à la jeune république avant de 1 attaquer :

aussi, lorsqu elle chercha à prendre sa revanche et à rétablir sa domination, l'armée impériale fut -elle défaite, à deux ans de distance, à Sempach, près de Lucerne, et à

Naefels, près de Claris (1386-1388). L'indépendance helvétique était désormais assurée.

La Suisse primitive fut donc composée exclusivement de cantons germaniques : c'est en pays allemand que l'indépendance helvétique s'est formée et fortifiée. Au XV° siècle, elle eut à subir de rudes assauts, à l'est et à l'ouest, de fa part des empereurs d'Allemagne, qui n'avaient pas renoncé à la reconquérir, et des ducs de Bourgogne, qui voulaient s'agrandir à ses dépens. Malgré la défection momentanée de Zurich et l'appui imprudent prêté par

miniature de la Chronique sa

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