LE JARDIN ANGLAIS ET LE PORT
spéciaux : les chèques postaux permettent de faire des opérations de banque dans les plus petits villages; la circulation totale des chèques et virements postaux atteint deux milliards et demi. — Les bureaux sont propres et spacieux.
On cherche surtout à simplifier les formalités. On expédie des colis , des malles affranchis en timbres -poste. Un haut fonctionnaire français, qui alla récemment en mission en Suisse, fut stupéfait de voir, au milieu d'une cour, des boites de valeur déclarée — dix mille, vingt mille francs — dont un chef faisait 1 appel en les pointant
sur une feuille, tandis que les employés les plaçaient au fur et à mesure dans les divers fourgons.
i( Comment! s'écria-t-il, vous manipulez les valeurs déclarées sans paperasses, sans signatures?
— Que voulez-vous dire ?
— En France, une boîte de valeur déclarée passe de la main à la main, et chaque employé donne une signature pour décharger le précédent.
— En Suisse, monsieur, riposta le chef, il n y a que deux signatures : celle de l'expéditeur et celle du destinataire. Nous répondons de notre personnel, et une telle mesure de défiance serait injurieuse à cet égard. Il n'y a jamais de détournements ni de vols. »
Jusqu'en 1910 tous les employés, même ceux qui ne manient pas de valeurs, déposaient un cautionnement à leur entrée en fonc-
VlLLACE SUISSE DE L EXPOSITION
lions. Ils ont une association professionnelle dont tous font partie et qui jouit de la personnalité civile. Elle collabore avec l'administration au point de lui signaler les rares brebis galeuses qui se seraient introduites dans le troupeau, les employés qui jouent ou qui mènent une vie déréglée, — cela dans un but de moralité.
Le public collabore aussi avec l'administration. A l'école primaire, on apprend aux enfants à faire une adresse, à rédiger un télégramme, un mandat ; on leur dit pourquoi il faut placer le timbre en haut et à droite de l'enveloppe, afin de faciliter 1 oblitération. Et tout cela, on le leur demande aux examens. Dans d autres pays, les examinateurs se croiraient déshonorés de poser de telles questions : ils estiment qu il est beaucoup plus utile pour 1 enfant de connaître la liste des Mérovingiens ou le théorème du carré de l'hypoténuse.
Les étrangers à Genève et en Suisse. Par sa situation géographique à proximité de montagnes pauvres, par sa réputation de beauté et d hospitalité, par 1 agrément de la vie, Genève, depuis un siècle surtout, a attiré chez elle un grand nombre d'étrangers. Les uns se sont naturalisés et assimilés ; les autres ont conservé leur nationalité première. Et certains Genevois de vieille souche se sont demandé si les premiers n altéreraient pas le caractère national, et si les seconds ne pourraient pas à la longue ou dans certains cas constituer un danger. Ces craintes ne sont pas tout à fait chimériques. Il est certain, d abord, que depuis un siècle le caractère genevois s est profondément transformé , et que I immigration a été une des causes principale de cette évolution. Un des faits les plus caractéristiques c est 1 annexion, en 1815, au canton de Genève, d un certain nombre de communes de la Savoie et du pays de Gex, toutes catholiques. Désormais Genève, qui jusqu'alors ne comptait guère que des protestants, devint, au point de vue religieux, un canton mixte ; 1 immigration de la Savoie et du jura français introduisit par la suite, dans la ville, un élément catholique de plus en plus nombreux qui , grâce à l'appoint lourni par la banlieue, finit par devenir la majorité à partir de 1900 (1). Les immigrants assimilés pouvaient donc désormais dicter leurs volontés aux Genevois de vieille race : en lait, ce sont eux qui firent la