LES IDIOTS
I/amour le plus vif du prochain a seul pu inspirer la pensée de combattre l'idiotie ; les infortunés dans cet état ont été traités, pendant des siècles, comme un objet de répulsion, ou considérés comme incapables de recevoir aucun amendement ; à peine s'ils étaient regardés comme des êtres humains ; et, s'ils étaient recueillis quelque part, ils y étaient relégués
dans quelque coin obscur et abandonnés. Dans certaines contrées enfin et dans certains temps l'idiotie était la maladie sacrée, c'eût été profaner que de la combattre.
Il s'est trouvé des personnes, mues par des sentiments charitables, pour entreprendre de relever ces malheureux infirmes ; les résultats satisfaisants obtenus par leurs efibrts les ont encouragés, et des écoles pour les idiots ont été fondées dans plusieurs villes : nous avons visité l'une de ces écoles située dans un bâtiment isolé, à une petite distance de Berne ; les maîtresses ont bien voulu faire exercer devant nous ces élèves d'un genre tout particulier; nous avons pu constater les degrés d'initiation par lesquels des enfants entrés à l'établissement, dans un état d'idiotie complète, sont ramenés à la conscience d'eux-mêmes, aux idées d'ordre et de discipline, à la conquête enfin de certaines facultés qu'on aurait pu croire impossible- de faire naître ou' d'éveiller en eux Un bon nombre non-seulement sont devenus d'une direction facile, mais savent se rendre utiles dans l'établissement.
Il n'est donc point d'être humain, aussi déshérité qu'il soit ou paraisse l'être, en qui ne puisse pénétrer la lumière de l'intelligence ; mais, pour ce faiii9, il faut savoir et vouloir avec autant de tact que de dé-
vouement, deux qualités fondamentales qu on trouve partout en Suisse.
L'honneur, disons-le, d avoir prouvé expérimentalement, le premier, 1 educabilité des idiots, revient à Itard qui parvint à civiliser, jusqu'à un certain point, celui qu'il appelait son sauvage de VAveyron.
Après cette démonstration, les Docteurs Ferrus et Falret, le premier en 1828, le second en 1831, essayèrent de fonder des écoles pour les idiots, dans leur services de Bicêtre et de la Salpétrière; nous nous rappelons ces premiers essais, ils aboutirent, entre ces mains habiles, à classer leurs élèves d'après le degré d'aptitude et de curabilité.
Grâce aux efforts de ces savants, et depuis la loi de 1838, en France, sur les aliénés, les idiots, au lieu d'être confondus comme autrefois avec les fous dits incurables, forment une section à part, ils sont l'objet de soins et de traitements qui ont eu, maintes fois, des résultats presque inespérés. Nous devons citer aussi avec honneur les noms de MM. Séguin et Lavallée, les instituteurs les plus zélés des idiots.