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D'ASSISTANCE SOCIALE

Les questions d'assistance publique n'ont cessé d'occuper les philanthropes et les législateurs ; les hôpitaux, en particulier, ont été envisagés par eux aux points de yue les plus divers.

Les inconvénients inhérents à ces établissements ont été signalés avec une grande énergie, l'utilité même des hôpitaux a été vivement contestée ; on est allé jusqu'à demander la suppression de ces asiles, traités d'antichambres de la mort.

Personne ne peut se dissimuler, hélas ! que rentrée d'un malade à Thôpital ne saurait lui offrir tout ce qu il y a de consolant, de précieux dans l'entourage de la famille ; celle-ci elle-même s'affirme mieux, elle resserre plus étroitement ses liens, devant le spectacle des souffrances de l'un de ses membres. Aussi sommes-nous, en principe, partisan de l'assistance à domicile ; mais, bon gré, mal gré, notre état social, qui porte en lui tant d'imperfections, fera, longtemps encore peut-être, que pour suppléer la famille ou absente , ou impuissante à secourir ses membres atteints par la maladie, l'assistance hospitalière reste une nécessité , soit un bienfait même pour un grand nombre de malheureux, jusqu'au jour désiré oti l'on trouvera contre les misères humaines des remèdes plus sûrs, plus en conformité avec les sentiments de fraternité.

En attendant, les sociétés les plus éclairées, les plus dévouées, celles qui professent et pratiquent les principes de la solidarité, s'efforcent de trouver les meilleurs procédés d'assistance ; elles en ont créé de plusieurs sortes dont le fonctionnement est très utile et très respectable ; mais le plus répandu, le plus efficace, dans beaucoup de cas, a été jusque aujourd'hui une bonne organisation des services hospitaliers.

Les inconvénients nosocomiaiix ne pouvant cependant être contestés, les efforts devaient tendre à les prévenir, à en atténuer l'action, autant que possible. C'est dans cet esprit que de grandes réformes ont été accomplies et qu'elles sont poursuivies, avec le concours de la science.

Nous n'entreprendrons pas ici de faire l'histoire des hôpitaux depuis leur fondation jusqu'à nos jours; mais quand on se reporte seulement à ce qu'étaient ces établissements à la fin du siècle dernier, les malades étant, à cette époque là, couchés jusqu'à cinq et six, ainsi que le témoigne le rapport de Tenon, sur d'infects grabats, et dans une promiscuité désolante d'âge, de sexe, de maladies contagieuses ou non ; quand on compare cet état de choses au mode d'être des hôpitaux actuels, on ne peut méconnaître les grands progrès accomplis; ces progrès doivent être un encouragement à créer des conditions meilleures encore.

Parmi les pays où l'assistance reçoit les applications les plus intelligentes , les plus zélées , la Suisse figure aux premiers rangs, notamment en ce qui concerne les établissements hospitaliers.

Il ne faut pas oublier, lorsqu'on parle de la Suisse à un point de vue quelconque , que ce pays est un état fédératif, et qu'à côté des sentiments et des prin-

cipes communs à tous les cantons qui le constituent, chacun de ceux-ci conserve son autonomie, en vertu de laquelle il choisit et applique les doctrines et les méthodes les plus conformes à ses besoins et à ses ressources, et cela en toute matière.

On ne saurait donc s'attendre, dans le sujet que nous traitons, à trouver l'indication de procédés, fonctionnant partout dune manière identique, loin de là ; et c'est précisément dans l'examen de la diversité des procédés employés qu'on peut puiser d'utiles enseignements.

Pour éviter la confusion ou les redites il importe de diviser les institutions d'assistance : Je parlerai d'abord des hôpitaux.

Les hôpitaux se distinguent en hôpitaux généraux et hôpitaux spéciaux; les premiers portent le plus souvent le nom* d'hôpitaux cantonaux. La plupart d'entre eux reçoivent les malades de tout le canton auquel ils appartiennent et, subventionnés par Tétat cantonal, ils relèvent de cette autorité dans leur administration ; mais plusieurs des hôpitaux généraux suffisent à leurs dépenses par leurs propres fonds ou par les revenus provenant de donations et de souscriptions privées: alors ils s administrent eux-mêmes, par un conseil que nomment les bienfaiteurs de l'œuvre. Parmi les asiles d'aliénés quelques-uns rentrent dans cette catégorie, quant à leur création et à leur gestion.

Les autres établissements hospitaliers ayant des destinations spéciales çt que je décrirai successive-

ment, portent des noms en rapport avec ces destinations, ils ont une organisation, une administration qui leur sont propres, presque tous doivent leur fondation à rinitiative de sociétés privées ; telles sont les maisons destinées aux sourds-muets , aux aveugles, aux idiots, auxquelles il faut ajouter les orphelinats et les refuges pour les vieillards.

Les hôpitaux d'enfants ont aussi une organisation particulière qui mérite une description à part.

Je veux encore signaler l'existence dans plusieurs localités, à Berne notamment, à Lucerne, de maisons de refuge et d'assistance pour les voyageurs venant à manquer de ressources et oii les étrangers sont admis, hébergés, alimentés, au même titre que les nationaux ; après quelques jours de repos, il leur est délivré encore un secours en argent pour continuer leur route.

C'est donc bien à tort qu'on a prétendu que les Suisses sont égoïstes et inhospitaliers pour tous ceux dont la bourse n'est bas bien garnie ; le vieux proverbe : point cVargent point de suisse, reçoit chaque jour le démenti le plus formel.

Ce n'est pas tout: les hautes montagnes formées par les Alpes, et à travers lesquelles des cols ouvrent les passages qui, depuis le temps des Romains, servent aux communications entre la Suisse et l'Italie,

sont d'im accès pénible; arrivés à ces sommets, qui dépassent parfois 2,000 mètres, les voyageurs sont contraints de faire halte et de reprendre des forces ; tels sont le grand et le petit St-Bernard, le St-Gotliard. Là sont des asiles devenus justement célèbres, où sont admis tous ceux qui frappent â la porte , et où ils se reposent et se réconfortent sans bourse délier.

L'hospice du grand St-Bernard recueille, â lui seul, près de 20,000 voyageurs par an, et sur ce nombre un dixième, à peine, dépose quelque argent dans le tronc destiné à pourvoir, en partie, aux dépenses de cette admirable maison de secours.

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