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LE VALAIS

LOUESCH, SAXON.

Louescli, est, sans contredit, la station thermale de la Suisse dont le nom s'est répandu le plus au loin : elle doit sa célébrité, et à sa date ancienne (on fait remonter la découverte de ses sources au XIP siècle), et à sa situation, etauphénomène de la Xwussée observé là plus qu'ailleurs, phénomène dont on a donné des interprétations si diverses.

Les sources de Louesch affluent nombreuses au milieu du village situé dans une sorte de bassin, entouré de forêts et de montagnes, aux pieds de la Gemmi qui le domine d'une hauteur de 887 mètres.

Cette station a néanmoins une altitude de 790 mètres au dessus du Rhône,set de 1415 mètres au dessus du niveau de la mer. La Daïa formée par les eaux provenant des montagnes traverse le village

et s ouvre passage par la voie que suit la seule route qui, de celle du Simplon, conduit à Louesch ; à moins qu'on ne veuille y pénétrer par le chemin scabreux de la Gemmi.

La route qui, après avoir traversé le Rhône sur un pont couvert, monte d'abord à Loiiescli-ville, bien que sinueuse et assez escarpée, n'est qu'un avantgoiit de celle qui devra être parcourue pour se rendre à Louescli-les-Bams. Serpentant sans cesse autour de la montagne, s'élevant puis s'abaissant, côtoyant les ravins profonds creusés par la Dala qu elle doit traverser sur un pont solidement établi, Cette route, très resserrée en certains points, offre des aspects fort pittoresques.

Les eaux de Louesch sont sulfatées calciques ; sur deux grammes environ de matières fixes par litre, le sulfate de chaux est dans la proportion d'un gramme et demi ; des analyses récentes ont constaté la présence de l'iode, du brome, et même des traces d'arsenic.

La température des diverses sources varie depuis 3P jusqu'à 5 Pcentigr.; la quantité d'eau qu'elles débitent, dans leur ensemble, est évaluée à 10 millions de litres par 24 heures. Cette abondance permet d'alimenter et au-delà les nombreuses piscines des établissements et des hôtels ; la source St-Laurent,

à elle seule, fournit 6 millions de litres, mais sa température élevée, 5 P 25, centigrades, ne permet pas de laisser couler son eau directement dans les piscines où elle serait ainsi renouvelée incessamment ; on doit, préalablement, procéder à sa réfrigération.

Les bains qui constituent la partie principale de la cure sont administrés à la température de 35 à 37^ centigr. Ils sont habituellement répétés dans la journée; leur durée est, suivant les cas, de une à cinq heures dans la matinée, et de une à trois heures dans l'après-midi. — Il est d'usage, après le bain, d'aller se mettre au lit et d'y avoir une sudation.

Est-ce à la minéralisation, à la température de l'eau, au mode d'administration que sont dûs les effets observés par la cure? De longues dissertations ont eu lieu à cet égard : nous pensons qu'on doit les attribuer au concours de ces trois influences.

Il est certain que Louesch est la station où la durée des bains, à température élevée, reste la plus prolongée; ils sont pris dans des piscines où l'on descend par des escaliers donnant dans des cabines séparées où se fait la toilette préparatoire ; celle-ci consiste dans de longs peignoirs de toile ou de flanelle et des foulards enveloppant la tête ou le cou. Les visiteurs sont admis, à la condition de fermer la ]}orte et d'ôter leur cliai^eau, à entrer dans l'établisse-

ment qui renferme ces piscines et à se promener le long de la galerie qui les borde. C'est un spectacle assez curieux que d'observer dans les réservoirs les hommes d'un côté, les femmes de l'autre, assis sur des sièges mobiles, s'entretenant, ou se livrant à des jeux dressés sur des tables flottantes, absolument comme s'ils étaient dans un salon.

Cette fameuse poussée dont il est tant parlé et dont on semble faire une sorte d'épouvantail, consiste simplement dans une irritation de la peau, ne se produisant jamais à la face ni à la paume des mains, ni à la plante des pieds, rarement au tronc et se bornant aux membres, plus particulièrement au voisinage des articulations. Cette irritation de la peau présente des degrés infinis, depuis la simple démangeaison ou cuisson, un léger érythème, jusqu'à de larges plaques d'un rouge plus ou moins vif, avec gonflement simulant l'effet produit par un fort sinapisme ; rarement la poussée dépasse ce degré ; elle détermine chez quelques personnes un mouvement fébrile qui cède au repos et à un laxatif, puis il se fait une desquamation sous forme d'écaillés furfuracées et le prurit et autres sensations douloureuses disparaissent.

Ce n'est en réalité que chez un très-petit nombre d'individus que les symptômes locaux ou généraux

revêtent une forme, plus sérieuse mais ils ne comportent en aucun cas de danger.

Des irritations de la peau, analogues à celles observées à Louescli, se produisent souvent à la suite des bains de mer, nous les avons constatées auprès de Schiznach, de PfefFers, ailleurs encore. Nul doute que cette excitation vive sur la surface cutanée n'exerce une action locale importante ; mais l'ensemble de l'organisme en éprouve un retentissement qui vient en aide à la thérapeutique thermo-minérale.

La corrélation entre les fonctions de la peau et celles des autres organes, entre les maladies dont chacun d'eux peut être atteint, est comme infinie : elle exige des études approfondies; celles-ci seules doivent servir de guide dans la médication dont nous nous entretenons.

Cette médication bien comprise, bien dirigée, a donné à Louesch, des résultats qu'on ne saurait trop apprécier, non-seulement contre des dermatoses rebelles, mais sur des constitutions altérées par des cachexies rhumastismales , scrofuleuses , syphilitiques.

Nous ne prétendons pas que d'autres eaux minérales n'offrent pas des ressources analogues à celles qu'on trouve à Louesche, loin de là; mais nous

considérons comme dignes du plus haut intérêt les observations faites et les résultats obtenus dans la cure à cette station.

Saxon, — Sur la route de Martigny à Sion, à 534 mètres d'altitude, sur la rive gauche du Rhône, non loin de ce fleuve, cette station est aux pieds de la montagne Pierre à voir. Ses eaux, dont la température est de 25° cent., sont remarquables par l'iode et le brome qu'elles renferment ; la présence de ce premier métalloïde a été tour-à-tour affirmée et niée, par des analystes. La cause de cette dissidence tenait à l'intermittence de la dose à laquelle l'eau minérale de Saxon contient l'iode: cette dose, en eiFet, a varié, suivant les diverses époques des analyses, depuis 22 centigrammes jusqu'à des fractions de milligrammes ; le plus habituellement l'iode s'y trouve à 15 ou 20 centigrammes, par litre.

L'établissement des bains est bien installé, l'eau est chauffée à la température où on juge convenable de l'employer ; cette opération se fait par serpentitinage. Par ce procédé, on a remarqué qu'après avoir élevé l'eau à la température de 40 où 50% on obtient un dépôt formé par des carbonates terreux. Ce dépôt délayé et chauffé est utilisé comme topique.

Les eaux de Saxon sont employées avec beaucoup de succès dans le traitement des affections lympha-

tiques et strumeuses, les tumeurs blanches, les ulcères de mauvaise nature, les affections du système osseux dépendant de la scrofule ; elles sont administrées en boisson, en bains, en douches, en topiques. Cette eau est transportable. La station de Saxon a donc une véritable valeur thérapeutique. Il est fâcheux que la réputation de Saxon ne se borne pas au domaine médical. Malheureusement un Casino réunit des malades d'un autre genre : il appelle à lui, et durant tous les mois de l'année, des joueurs de tous les pays ; on ne conçoit pas, alors que partout les maisons de jeux ont été fermées, par respect pour la morale publique, que la Suisse républicaine conserve une pareille santine et soit ainsi l'émule du prince de Monaco.

Le Valais, canton catholique, fait un déplorable abus de son autorité d'état autonome, en entretenant, sur son territoire, un établissement flétri par la morale et contrastant si tristement avec les institutions de la fédération suisse; cet abus contribuera, espérons-le, à faire avancer les réformes constitutionnelles, encore nécessaires dans ce noble pays.

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