‹ La SuisseChapitre 45 sur 48 · VAUD · texte numérisé non relu

VAUD

LAVEY, BEX, YVERDON.

Lavey. — Cest dans le lit même du Rhône que les sources thermales de cette station viennent émerger. Des écrits prétendent qu elles avaient été connues il y a plusieurs siècles, puis quelles s étaient dérobées; elles ont été définitivement captées en 1831. Cette station, non loin de la route de Villeneuve à Martigny, est située sur la rive droite du Rhône, près de la montagne de Mordes, à 433 mètres d'altitude. Ses eaux sont sulfatées et chlorurées; leur température, au griffon, est de 43^ centigr. , elle diminue de 7 à 8 degrés, dans leur trajet de cinq à six cents mètres jusqu'à l'établissement des bains. Cet établissement, bien installé, permet l'emploi de tous les procédés balnéaires.

L'eau prise en boisson est légèrement laxative, elle est en même temps reconstituante.

Les bains administrés à une assez haute température reçoivent fréquemment l'addition des eaux mères des salines de Bex, peu éloigné de Lavey.

Dans certains cas on a recours aussi, dans la cure,

à l'eau du Rhône pour des douches, des afFusions ou des hains d'immersion.

La composition des eaux de Lavey, leur thermalité, leur mode d'administration servent à combattre des affections de différents ordres, particulièrement les rhumatismes, diverses manifestations d'un lymphatisme exagéré et même de la scrofule. L'hôpital cantonal y envoie chaque année un certain nombre de ses malades. Le climat très favorable exerce une heureuse influence sur la cure.

Bex. — En se rapprochant de Villeneuve on rencontre les salines près desquelles est installée la station de Bex, à 420 mètres d'altitude. La minéralisation puissante de ces sources salées, 292 grammes par litre, ne permet de les employer, même en bains, qu'en les étendant beaucoup d'eau simple : celle-ci est en outre préalablement chauffée ; la température des sources ne dépassant pas 10° cent. L'emploi des eaux mères [Mutterlaugen) rend surtout de grands services dans le traitement des affections scrofuleuses.

I/atmosphère qui entoure les bâtiments de graduation, chargée des vapeurs salines qui s'en dégagent, offre comme inhalation des ressources d'un grand prix pour les chloro-anémiques et pour des affections catharrales des voies respiratoires. Cette

inhalation constitue à elle seule un traitement de la plus haute importance, premièrement par une action de contact sur la muqueuse respiratoire, puis il est certain que les éléments, contenus dans les vapeurs de leau saline, pénétrent ainsi dans réconomie, la stimulent et la modifient de la manière la plus heureuse.

Nous avons observé l'efficacité de cette médication à Munster am Stein, près de Kreuznach (Prusse). Là les malades passent la journée presque entière se promenant autour des bâtiments de graduation ou assis dans les galeries qui les entourent.

Les eaux salines sont en petit nombre parmi la grande quantité des diverses eaux minérales répandues dans tous les pays ; ce sont celles qui rendent incontestablement les plus grands services à la médecine, elles sont même seules applicables au traitement de certaines cachexies profondes, aux désordres si graves que celles-ci portent dans lorganisme ; c'est une bonne fortune pour la Suisse que de posséder des sources salines, aussi riches que le sont celles de Bex ; ajoutons que le climat est excellent et, à tous les points de vue, préférable à celui de Kreuznach et de Nauheim, stations salines les plus réputées de l'Allemagne.

Yverdon. — C'est à l'autre extrémité du canton

de Vaud qu'est située cette station, dans le Jura Vaudois, près du lac de Neufchâtel, à 437 mètres d'altitude. Il existe une seule source qui s'élève dans un puits de captage, elle est sulfurée sodique; sa température est de 25° cent. , peu minéralisée. Cette eau contient une matière organique : la gJairine.

On trouve auprès de cette station des débris de constructions romaines qui attestent son ancienneté; ce n'est cependant qu'au commencement du XV® siècle que la source a été de nouveau signalée. Le siècle suivant, un établissement fut érigé. Yverdon a été tour à tour très- suivi, puis délaissé ; mais, depuis quelques années, une société s'y est constituée pour l'exploitation des eaux ; elle a fait de grandes améliorations et la cure se pratique aujourd'hui à cette station dans des conditions très- convenables.

A diverses époques, de nombreux savants, chimistes ou médecins, se sont occupés de l'analyse et des propriétés thérapeuthiques des eaux d' Yverdon; leur efficacité a été constatée contre les dermatoses, les affections rhumatismales arthritiques, et on leur accorde généralement une action stimulante.

Nous aurions à parler encore de plusieurs stations thermales de la Suisse, possédant diverses qualités;

mais notre but n a point été de faire ici une description générale de tous les établissements: nous avons voulu, nous lavons dit, nous borner à indiquer les stations principales ; nos indications doivent suffire pour faire connaître les lieux vers lesquels pourront se diriger, suivant leur état particulier, les personnes qui veulent rétablir Tordre dans leur santé.

Nous citerons cependant encore quelques sources disséminées dans les diverses parties delà Suisse, plus ou moins suivies aujourd'hui, et auxquelles se rattachent parfois des souvenirs historiques.

Belle-rive, dans le Jura Bernois, connue des Romains, célèbre après les croisades, par le traitement des lépreux.

Lostorff, source muriatique, située près d'Olten, dans le Jura de Soleure ; au XV^ siècle l'établissement avait le privilège d'être lieu de refuge ; l'action de la justice ne pouvait s'exercer au-delà de la gouttière de l'établissement.

Staclielberg, à une altitude de 664 mètres, dans la partie supérieure du Linththale, pendant longtemps n'a été fréquenté que par les habitants du canton de Glaris ; il existe depuis 1860 un Curhaus où les bains sont administrés sous toutes les formes.

Niederarnen, canton de Glaris, près du lac de

Zurich, aujourd'hui presque abandonné, eut une grande réputation, pendant la guerre des Grisons; à cette station se rendaient tous les malades qui ne pouvaient aborder ni Pfeffers ni Fidéris, dont les chemins étaient interceptés.

Sclnvarzseebad, dans le canton de Fribourg, à 1065 mètres d'altitude, a une source sulfatée calcique près de laquelle fut construit, il y a un siècle environ, un bâtiment qui fut précipité dans le Schwarzsee par un tremblement de terre. Il possède aujourd'hui un établissement où s'administrent les bains.

Schimbrig, dans le canton de Lucerne, à 1425 mètres d'altitude, possède plusieurs sources ; la principale est sulfatée sodique. Sa réputation ne s'étend pas au loin, mais les habitants des cantons voisins vont faire leur cure à cet établissement.

St-Cergues, sur la route de Nyon à Besançon, a une source qui a porté le nom de Ijonne-fontaine et près de laquelle se rendaient aux XV^ et XYP siècles, les lépreux, les galleux, les gens porteurs d'ulcères ; on attribuait alors une grande puissance à cette eau très-froide, très-limpide et d'un goût astringent. Comment se sont évanouies ces propriétés qu'on disait si grandes? Etaient-elles uniquement dans l'imagination des malades, cela est douteux;

n est-il pas permis de supposer que pour St-Cergues, comme pour plusieurs autres eaux minérales, le régime et la minéralisation ont été changés par ces révolutions intimes du globe dont le secret reste impénétrable.

mgi-KaWbad et Bigi-Sclieidelc , stations situées, la première à 1441 mètres d'altitude, la seconde à 1648°^, possèdent des sources ferrugineuses dont l'eau sert de complément aux cures d'air et à celle de petit-lait qu'on y pratique.

Baulieiotingen , dans le canton de Bâle-Campagne, à 568 m. d'altitude, a une source sulfureuse dont on fait usage depuis deux siècles.

Au Val Sinestra, dans la haute Engadine, entre Sins et Remiis (le Bamuoscli des Romains), on a signalé des sources arsenicales et ferrugineuses.

Augsthord, dans la vallée de Nicolaï, canton de Glàris. La source portait jadis le nom de fontame d'or. On ne se contentait pas de boire de l'eau sur place, mais chacun en emportait soigneusement à son domicile pour faire des ablutions.

La liste serait longue des Eaux merveilleuses

dont la mode ou la superstition se sont emparées

à diverses époques; nous avons mentionné les

faits légendaires ou historiques qui pouvaient offrir

quelque intérêt ; mais notre pensée dominante a

été de rester, . autant que possible, sur le terrain médical et de rendre utile à consulter le résumé de nos études sur les stations thermales de la Suisse.

Quelle que soit la station où l'on veuille se rendre, partout aujourd'hui l'accès est facile ; chemins de fer, bateaux à vapeur, routes fédérales, cantonales, communales, tout est organisé et entretenu admirablement: chaque jour encore, de nouvelles voies sont créées ; des ponts, des viaducs, des chemins de fer aériens sont jetés avec une hardiesse qui n'est égalée que par la solidité et la sûreté de l'exécution ; les distances se trouvent ainsi abrégées, la fatigue du voyage presque nulle. Tous les services publics sont l'objet d'une surveillance si bien entendue qu'on n'entend plus parler, en Suisse, de ces accidents de voyage qui effrayaient autrefois les esprits, accidents devenus si fréquents, au contraire, sur les parcours des autres pays d'Europe.

Rien n'arrête, dans ses conceptions, ce peuple armé d'une volonté ferme, d'un esprit entreprenant, habitué à lutter contre les obstacles de la nature, mais recourant, avant tout, aux lumières de la science, pour y trouver la bonne direction de ses forces.

Le séjour aux stations que nous avons décrites,

outre les ressources sanitaires qu'on y trouve, offre tous les perfectionnements de la vie sociale. Le service de la poste se fait jusque dans les moindres hameaux avec une régularité parfaite; le réseau télégraphique a des mailles de plus en plus serrées, qui mettent ce précieux mode de communication à la portée et à la disposition de tous ; ajoutons que la nourriture, le comfort des logements ne laissent rien à désirer; ce qui ne peut pas se dire, on le sait, à l'égard de tant d'autres stations de l'Allemagne.

Page 1