INTRODUCTION XXXIII
si elles ont été au préalable dégagées des vices qui les ont fait abandonner.
Pour fortifier l'esprit public, il fallait faire connaître aux Suisses leurs annales. C'était une tâche ardue, mais pleine d'intérêt. Le schaffhousois Jean de Muller l'entreprit ; il fit imprimer à Berne \ en 4780, un premier volume de cette histoire de la Confédération qui devait immortaliser son nom. La carrière de l'illustre écrivain ne devait pas se développer surtout en Suisse; on sait qu'il passa la plus grande partie de sa vie dans les cours allemandes. Il était bibliothécaire de l'archevêque de Mayence, lorsqu'en 4788 parurent les tomes II et III de son grand ouvrage. Devenu, en 1804, historiographe du roi de Prusse, il en rédigea à Berlin les livres IVet V. Son œuvre, qu'il laissait inachevée en 1806, devait être continuée plus tard par Glutz- Blotzheim, Hottinger, Monnard et Vulliemin. Jean de Muller, comme les auteurs de son époque, était empathique et manquait de sens critique; il était impressionnable, sa pensée avait de la peine à se faire jour *, mais il avait le don de rendre vivante la science de l'histoire; les qualités littéraires de son style, qui l'ont mis au premier rang des prosateurs allemands, l'élévation de sa pensée, le
* Le goavernement bernois, toujours prudent, exigea de Muller que le nom de Boston fût, dans le titre, substitué à celui de Berne !
» Voir dans la Galerie misse la biographie de Jean do Muller, ])ar M. Roget.
XXXIV ÎNTRODUCtiON
souffle patriotique et poétique qui l'animait et le faisait planer au-dessus des mesquins intérêts de clocher, enfin cette ardeur de connaître que rien ne pouvait arrêter, toutes ces vertus.maîtresses ont fait de son œuvre un vrai monument.
Tandis que Jean de Muller devait chercher à Fétranger des moyens d'existence, un Saxon, Henri Zschokke, de Magdebourg, trouvait en Suisse une seconde patrie et rendait à son pays d'adoption d'éminents services. Zschokke n'avait que vingthuit ans lorsqu'appeié par le Directoire à la charge délicate de commissaire dans TUnterwald, quelques mois après le massacre de Stanz, il fut amené à renoncer à ses fonctions pédagogiques au pensionnat de Reichnau. Mêlé ainsi aux événements politiques de son temps, il était à la source des renseignements et en profita pour écrire une Histoire de la lutte et de la défaite des Waldstœtlen en i798f ainsi que Des mémoires sur la Révolution helvétique. C'était un publiciste fécond, au style coloré ; impressionnable , pas toujours très exact, un peu sentencieux mais éloquent et sachant faire vibrer la fibre patriotique. On lui doit une histoire populaire de la Suisse, qui eut un grand nombre d'éditions, plusieurs romans et des opuscules religieux conçus dans un esprit conciliant; malgré le clergé romain, ceux-ci trouvaient des lecteurs à la fois chez les protestants et chez les catholiques, a Zschokke », dit un de ses biogra-