‹ La Suisse sous le pacte de 1815Chapitre 27 sur 47 · INTRODUCTION XLIX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XLIX

précédent par le miniaturiste Liotard. Le vaudois Gleyre occupe à Paris un rang éminent. Un berger du canton d'Uri, Hermann Imhof, de sculpteur sur bois devint statuaire et travailla à Rome à l'atelier de Thorwaldsen.

Bien que la musique soit en grand honneur dans nos cantons, la Suisse n'a produit aucun compositeur hors ligne. La romance que le Lac de Lamartine inspira au genevois Niedermeyer, valut pourtant à celui-ci une certaine réputation en France. Quelques mélodies du zurichois Naegeli sont aussi demeurées populaires; mais ce dernier a pour principal mérite d'avoir fondé ou développé de nombreuses sociétés de chant, dont l'influence civilisatrice s'étendit bien au-delà du cercle des chanteurs. La Société helvétique de musique fut créée pour grouper les forces artistiques de la Suisse. Organisant tantôt dans une ville, tantôt dans l'autre de solennels festivals, cette société eut ses jours de gloire.

Pour favoriser l'éclosion des talents, pour les porter à la connaissance du public qui demande à s'éclairer, des appuis sont nécessaires. Trois hommes distingués: Marc-Auguste Pictet, son frère Charles Pictet (de Rochemont) et Guillaume Maurice l'avaient compris et fondèrent on 171)6 à Genève la Revue britannique , qui, dans leur première pensée, devait aussi contribuer à répandre sur le continent les idées anglaises. Une autre re-

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vue venant à s'imprimer à Paris sous le même titre, celle de Genève se transforma dès 1816 et devint, sous le nom de Bibliothèque universelle, l'organe le plus important du mouvement intellectuel en Suisse, mouvement qu'elle entretint et développa en accueillant de nombreux articles et des correspondances envoyés de l'étranger; cette revue, si estimable, avait deux branches d'activité : l'une littéraire et politique, T utre scientifique*.

L'influence que les diversités confessionnelles ont exercée sur le mouvement intellectuel ressort avec évidence du tableau que nous venons d'esquisser : les protestants, en effet, distancent de beaucoup les catholiques. La remarque faite à cet égard par M. Alphonse de Candolle, dans son beau livre sur V Histoire des sciences et des savants , remarque visant l'Europe en général, s'applique en particulier et de façon frappante à la Suisse. Il ressort de ses recherches statistiques que sur la liste des associés de l'Académie des Sciences de Paris l'on voit figurer 14 Suisses, tous protestants, fait curieux si l'on considère que cette société savante siège en pays catholique. Notons en outre que ce sont cinq villes protestantes : Bâle, Zurich,

Cette dernière a continué à se publier à Genève, tandis qne la première, opérant une fusion avec la Beime suisse, qui parut successivement à Lausanne, puis à Ncuchâtel (1888-1801), transportait son siège à Lausanne.

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Berne, Lausanne et Genève qui, seules depuis trois siècles, ont entretenu, sous le nom d'Universités ou d'Académies, des établissements d'instruction supérieure conduisant aux carrières libérales. Cette différence s'explique en partie par un certain phénomène de sélection, résultant de rétablissement dans ces mômes villes d'une élite d'Italiens et de Français proscrits au temps des persécutions religieuses ; ces immigrés contribuèrent assurément à V entretenir le culte des lettres et des sciences. Une autre explication se baserait sur les tendances propres à l'éducation protestante, qui développe davantage l'individualité, tandis que l'éducation catholique , en assujettissant l'homme à certaines

pratiques extérieures et à des croyances qu'il ne peut discuter, comprime l'essor de la pensée. Dans le sein môme du protestantisme on remarque que durant les périodes, comme le XVIIe siècle, où le principe du libre examen a perdu du terrain au profit de celui de l'autorité, la culture intellectuelle a baissé.

Un autre fait, non moins frappant et qui s'impose à l'observation, c'est l'impulsion remarquable qu'ont reçue, non-seulement au point de vue intellectuel, mais aussi au matériel, les villes dotées d'Universités ou d'Académies. C'est qu'on effet la haute culture est encore le meilleur tnovon de développer les ressources d'un pays; par une heureuse contagion, elle déploie ses bienfaisants effets

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môme sur les individus qui semblent placés en dehors des courants littéraires ou scientifiques.

L'idée d'une -Université nationale ou fédérale, jadis mise en avant par Albert Stapfer, fut reprise en 1830 par Troxler, qui aurait voulu donner une impulsion nouvelle à l'Université de Baie. Un autre publiciste , Ludwig Snell , engageait ses amis de Zurich à briguer pour leur ville Thonneur de recevoir l'Université fédérale. Des compétitions allaient donc déjà se produire; mais les temps n'étaient pas propices à une pareille création; les ressources nécessaires manquaient à la Confédération, et srns cela môme, les cantons conservateurs s'y seraient opposés en raison de l'appui que l'institution eût donné au parti libéral. Le besoin se faisait cependant sentir de développer l'instruction supérieure, et les hommes d'Etat qui venaient d'ôtre mis à la tôte des affaires à Zurich et à Berne étaient désireux de s.gnaler leur avènement par des fondations propres à accroître la réputation de ces villes. Ils y étaient poussés par les réfugiés allemands auxquels ils avaient déjà donné des chaires dans leurs Académies et Gymnases ; ceuxci leur représentaient que, dans l'état de compression où se trouvait alors la Confédération germanique, les jeunes Allemands, abandonnant Heidelberg et Tubingue, allaient accourir en Suisse pour se soustraire à l'arbitraire de leurs gouvernements et respirer l'air pur de la liberté.

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Sous l'influence de ces sentiments, les cantons de Zurich et de Berne transformèrent en Universités leurs Académies qui comprenaient déjà, à côté des facultés de philosophie et de théologie, des écoles de droit et de médecine.

L'inauguration de l'Université de Zurich eut lieu le 29 avril 1833. Plusieurs chaires furent confiées à des Zurichois de mérite, tels que les juristes Keller et Bluntschli , le philologue Orelli, l'historien Hottinger, ces deux derniers comme professeurs extraordinaires ; des notabilités furent appelées de l'étranger, entre autres le naturaliste Oken, le philologue Saupp, le théologien Hitzig et le médecin Schœnlein. Les commencements furent cependant modestes ; le nombre des chaires était restreint, la faculté de philosophie ne comptait que trois professeurs ordinaires. L'existence de la jeur:e Université allait même f'^tre mise en (jnestion en 1839, lors de la nomination du célèbre professeur Strauss, qui, en accentuant encore les tendances déjà hardies de la faculté de théologie , amena un soulèvement populaire et la chute du gouvernement que présidait Melchior Hirzel.

Dès la première année de son existence, l'Univei'sité de Zurich fut mise à l'interdit par les Cours allemandes, qui redoutaient pour leurs sujets l'influence de ce milieu avancé et prirent la môme mesure contre l'Université de Berne.

L'inauguration de cette dernière eut lieu le 15 oc-

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