‹ La Suisse sous le pacte de 1815Chapitre 33 sur 47 · LX INTRODUCTION · texte numérisé non relu

LX INTRODUCTION

comme Baumgartner, effrayés des progrès du radicalisme , reculèrent bientôt et abdiquèrent leurs sympathies libérales.

Une autre conséquence fut de développer le génie de chaque canton.

Jadis la Suisse romande n'avait exercé que peu d'influence dans les Conseils de la Confédération ; Fribourg pouvait presque être considéré comme un canton allemand (il fut un temps où l'allemand en était la langue officielle) ; Vaud , Genève et NeuchcUel existaient à peine. Avec l'époque qui commence en 1830, l'équilibre des partis s'étaî)lit sur de nouvelles bases , et l'on voit Vaud et Genève jouer, dans la question du Pacte et lors des conflits que souleva en Suisse la présence des réfugiés, un rôle plus important que ne l'auraient fait prévoir l'étendue de leur territoire et le chiffre de leur population. Ce rôle considérable est attesté par l'influence qu'eut au sein de la Diète la parole des Rigaud et des Monnard et il s'explique par l'apport d'idées nouvelles et généreuses que ces noms représentaient.

Avec des oppositions de caractère très marquées, les Vaudois, les Genevois et les Neuchàtelois ont des aspirations communes qui les différencient de leurs compatriotes de la Suisse centrale ou orientale ; ils conçoivent un peu autrement le rôle de l'Etat; ils sont certainement plus individualistes; ils ont des tendances libérales, surtout

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tangibles chez les conservateurs éclairés et chez les radicaux modérés, tendances que Ton chercherait vainement sur les bords de l'Aar et de la Limmat. Ces dispositions, auxquelles l'influence de Vinet et de ses disciples a contribué, sont plus accentuées dans les villes que dans les campagnes, et l'on peut penser que le Refuge, dont les villes ont surtout bénéficié , n'est pas étranger à leur développement. Elles se manifestent dans les questions ecclésiastiques , scolaires , industrielles et commerciales. Après s'être heurté au début à de vives oppositions, le Réveil religieux donne naissance à des Eglises indépendantes, basées sur le système congrégationaliste, qui ne sont pas populaires mais jouissent néanmoins de l'estime publique ; les écoles particulières, sur la direction desquelles les parents exercent un certain contrôle et qui tiennent davantage compte du caractère de chaque enfant, sont recherchées. Les monopoles sont l'objet d'une défaveur positive ; les libreéchangistes sont en majorité. L'excessive circonspection du parti libéral auquel se rattache la majorité des gens cultivés , comme aussi ses vues parfois trop théoriques, détachèrent pourtant de lui les masses populaires, qui, routinières d'instinct, mais impatientes d'arriver au but qu'elles ont une fois entrevu , trouvèrent ailleurs des chefs enclins à flatter leurs passions.

Dans la Suisse allemande, l'esprit public est

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plus intense et plus discipliné que dans la Suisse romande; le citoyen identifie davantage ses intérêts avec ceux de l'Etat ; il ne conçoit guère que l'on puisse songer à dépouiller l'Etat de l'influence intellectuelle et éducatrice qu'il peut exercer sur le peuple par le moyen de l'Eglise; il attend davantage du gouvernement ; quel que soit le parti au pouvoir, cette manière de concevoir le rôle de l'Etat subsiste. Les hautes écoles de la Suisse orientale et centrale étaient, comme nous l'avons dit plus haut, en partie tributaires de l'Allemagne pour le recrutement de leur personnel enseignant, et, en dépit de l'interdit jeté sur celles de Zurich et de Berne , elles avaient attiré un certain nombre d'étudiants allemands en rupture de ban. I:a présence de ces étrangers, ajoutée au système d'obstruction adopté par les cantons catholiques dans la question du Pacte, eut pour effet de faire dévier les tendances libérales qui s'étaient fait jour en 4830.

A Berne, le parti au pouvoir incline bientôt vers le radicalisme autoritaire, toujours prêt à invoquer la raison d'Etat ; il se préoccupe peu de l'opinion publique et fait prévaloir par la force son idéal politi(jue. A Zurich, l'évolution est toute autre : le Zuricois a l'esprit plus scientifique, plus nuancé et plus équitable que le Bernois; il comprend mieux les exigences du peuple; le peuple lui-même est plus instruit; la vivacité de son in-

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telligence favorise l'industrie ; les nécessités de l'industrie établissent entre les diverses classes de la société une solidarité plus complète : de là des tendances humanitaires et démocratiques. A Bâie, au contraire, le commerce entretient un certain égoïsme conservateur qui rend les luttes politiques particulièrement âpres. Sur ce milieu d'affaires, UUniversité, qui est l'orgueil des Bâlois, n'exerce que peu d'action ; ils l'envisagent comme un luxe de bon aloi qu'une ville riche doit entretenir ; ils savent faire et font même individuellement pour elle des sacrifices considérables , mais sans guère se pénétrer eux-mêmes de l'esprit qui anime ses savants. Leur amour de Tordre et de la légalité leur faisaient parfois perdre de vue les nécessités de la situation ; plutôt que de faire des concessions au parti populaire, ils rompaient avec lui. La crainte de voir les radicaux trouver dans la campagne un point d'appui pour culbuter le gouvernement décida pourtant, en 1845, les conservateurs de la ville à modifier sa constitution dans un sens plus démocratique.

Si l'effet immédiat du mouvement intellectuel en Suisse, durant la première moitié du XIX^ siècle, fut d'accentuer les divergences de toute nature qui contrariaient l'œuvre de régénération commencée en 1830, à la longue, cependant, les efforts soutenus de nos penseurs et de nos savants

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