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Mais nous avons montré, en discutant l'hypothèse du roi, que les premiers de ces textes ne supposent nullement la présence du berger et que l'épouse du troisième acte ne doit pas être identifiée avec la Sulammite. Les considérations alléguées en faveur de cette supposition n'ont donc aucune force probante. Est-il nécessaire de montrer combien elle est invraisemblable? Se représente-t-on un berger pénétrant dans le harem de Salomon et se trouvant là tout à coup, juste à point pour continuer avec la Sulammite le dialogue commencé entre elle et Salomon? Ainsi, d’après M. Renan, qui adopte cette supposition, il entrerait brusquement en scène au moment où la Sulammite, qui s’entretient avec Salomon, vient de dire :
Je suis le lis de Saron, Le narcisse des vallées.
Et il s'écrierait en entrant :
Comme un lis au milieu des épines, Telle est mon amie au milieu des jeunes filles.
« Les deux amants se réuniraient. » La Sulammite «tomberait en pâmoison entre les bras de son amant » (en présence de Salomon et des almées!), et le berger, s'adressant à celles-ci, dirait :
Je vous en prie, filles de Jérusalem.…., Ne réveillez pas /a bien-aimée (?) Avant qu’elle le veuille.
En conséquence, dans l’acte suivant, il faut, quoique rien n'indique sa présence, que le berger revienne, uniquement pour prononcer le même refrain.
Bien plus, dans l'acte du mariage, pendant que Salomon
fait des compliments à sa nouvelle épouse (la Sulammite, à ce qu’on s’imagine), tout à coup le berger l'appelle « du pied de la tour du sérail » :
À moi, ma fiancée! viens à moi du Liban, Regarde-moi (?) du haut de l'Amana, Du sommet de Sanir et de l’'Hermon, etc.,
c’est-à-dire « des hauteurs inaccessibles du palais », où son innocence court de grands dangers(!...). «Il la rappelle ainsi à la fidélité » (!). Mais « il est rassuré par un regard de la jeune fille, » qui « l’invite (même) à entrer; il entre et célèbre son triomphe avec le chœur » (!). Et tout cela à la barbe de Salomon! | De même, dans le quatrième acte, le berger prononcerait « du dehors » ces paroles, pour soutenir le courage de la jeune fille :
Il y a là soixante reines, quatre-vingts concubines Et des jeunes filles sans nombre, etc. Les reines et les concubines l’ont vue et l’ont louée.
Qui ne sent que ces paroles conviennent aussi peu au berger qu’elles sont bien placées dans la bouche de Salomon ? — On ne sait pas ce que devient le berger pendant le reste de l’acte, mais il se trouve là juste à point à la fin pour que la Sulammite puisse le prier de la ramener au village (vu, 12 ss.). Sur quoi elle se pâme de nouveau (qui dira pourquoi ?) et le berger conjure encore le chœur de ne pas l’éveiller !
Pour comble d’invraisemblance, il la transporte endormie dans ses bras au village de Sulem; il la dépose sous le pommier de la ferme où elle est née, et ce n’est qu’alors qu'il la réveille !…
. Les autres auteurs qui adoptent la même hypothèse sont
PADÈEN.
peut-être un peu moins extravagants que M. Renan dans la manière dont ils l’appliquent. Mais tous leurs efforts d'imagination ne parviennent pas à la rendre vraisemblable. Nous ne pouvons songer à passer en revue tous ces essais malheureux, ni même les principaux. Contentonsnous de mentionner le plus récent, celui de M. Œttli, professeur à Berne (1889).
M. Œttli attribue à la Sulammite et au berger, dans les premiers actes, les quatre fragments suivants : 1, 7 et 8; 15-17 ;1v, 8 — v,1; var, 12 — vurr, 4. — Les deux premiers de ces espèces d’intermèdes ont naturellement pour but d'expliquer les versets 7 et 16, où la jeune fille s'adresse à celui qu elle aime. Mais les versets 8 ét 15 ne peuvent en aucune façon être attribués au berger. Au verset 8, la locution : « la belle entre les femmes » montre que ce sont les almées qui parlent (cf. v, 9; vr, 1, où la même locution se retrouve), et au verset 15 il est clair que c’est Salomon.
Le troisième interméde a aussi pour but évident d'échapper à ce fâcheux et invraisemblable mariage de de Salomon avec la Sulammite. Mais il n’est pas permis de briser ainsi en deux le troisième acte. La nouvelle épouse . de la seconde partie de cet acte ne peut pas raisonnablement être différente de celle qui a paru sur la scène dans la première.
Enfin, le quatrième intermède, où la Sulammite parle seule, en s'adressant d’abord à celui qu’elle aime, puis - aux filles de Jérusalem, n’est pas moins invraisemblable que les trois autres.
Nous pouvons ranger dans la même catégorie l'interprétation de M. Stickel (1888). Il est vrai que cet auteur ne fait pas apparaitre sur la scène le bien-aimé de la . Sulammite dans les premiers actes; mais il substitue au