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ÉTAT AGRICOLE HE L'ANGLETERRE

Le souverain et la nation ne devraient jamais perdre de vue que la terre est l'unique source de richesses, et que c'est l'agriculture qui les multiplie. — Quesnay. Maximes générales du gouvernement économique d'un royaume agricole.

Quoique son agriculture ait cesse depuis longtemps d'être la source principale de richesse pour la Grande-Bretagne, et quoiqu'il semble que cette agriculture doive contribuer de moins en moins à l'alimentation du pays, elle reste et probablement restera toujours la plus importante parmi les industries qui contribuent à la richesse et à la prospérité nationales. La population du Royaume-Uni est maintenant plus nombreuse dans les manufactures que dans l'agriculture, mais cette dernière emploie toujours un bien plus grand nombre d'ouvriers que l'une quelconque des autres industries. Bien plus encore, elle fournit du travail à un plus grand nombre d'Anglais qu'une demi-douzaine des autres industries du pays. Cette seule circonstance serait suffisante pour que l'agriculture obtint une place éminente dans toute étude des conditions de notre prospérité nationale, mais il est. plus nécessaire encore qu'à l'ordinaire d'arrêter sur elle notre attention dans un moment où sa situation et son avenir probable excitent des appréhensions du caractère le plus grave, et où les agriculteurs attendent, pour ainsi dire, le verdict qui doit déterminer

leur \ raie place dans l'économie future de l'État.

ÉTAT AGRICOLE DE L'ANGLETERRE. 4a

11 existe un si grand nombre d'excellents ouvrages sur l'agriculture anglaise en général, qu'il serait déplacé d'essayer rien qui ressemblât à une histoire détaillée de ses vicissitudes et de ses progrès ; mais on peut admettre quelques remarques ayant pour but d'expliquer les circonstances à travers lesquelles elle a atteint sa situation économique actuelle.

C'est seulement sous le règne d'Elisabeth que l'agriculture commença à être pratiquée d'une façon effective et intelligente. On a calculé qu'à l'époque de la conquête normande, la population vivant des produits du sol n'atteignait pas deux millions d'âmes, et que la consommation moyenne de ces produits était bien inférieure à celle du temps présent, aussi bien pour la qualité que pour la quantité. Entre la conquête et le règne d'Elisabeth, l'élevage du mouton avait pris peut-être plus d'extension que toute autre branche de l'agriculture. Ce système, très encouragé par l'usage croissant de la laine, était lucratif pour les propriétaires du sol, mais nuisible à l'industrie rurale ellemême, et ce préjudice est signalé dans le préambule du Statut qui parle avec quelque étendue des souffrances infligées aux indigents par l'accroissement des troupeaux, et l'extension des terrains de pâture (1). Un quart seulement de la superficie du pays était labourée à l'époque d'Elisabeth. Mais l'encouragement que cette reine accorda à toutes les améliorations commença bientôt d'avoir son contre-coup sur les méthodes agricoles, llarrison affirme que sous ce règne un acre de terre produisait autant que deux l'avaient fait naguère. Le rendement moyen en blé s'éleva à 20 bushels par acre; en orge à 32, et en avoine à 42. Cet accroissement était dû à la plus grande habileté et aux meilleurs soins des fermiers, qui avaient appris à accorder plus d'attention aux engrais et à la judicieuse rotation des récolles.

A partir de celte époque l'agriculture a continué à se

(1)2:; Henri VIII, c. w.

perfectionner et à fleurir. Les fermages étaient bas et les taxes légères. Gregory K.ing a calculé que la rente totale du royaume en 1688 s'élevait' à environ 10 millions de livrés sterling. Cela fait une moyenne d'environ 3 sli. 8 cl. par acre, ou moins de la moitié de la rente moyenne des lorrains labourés aux Etals-Unis à l'époque actuelle, et très peu de chose de plus que la moyenne actuelle du fermage de ces terres en Russie. Le nombre total des fermiers de notre pays était alors évalué à 150,000, ce qui, en admettant que les fermiers cultivassent seuls le sol, donnerait une moyenne de 370 acres à chaque ferme (1). Le revenu moyen d'un fermier à cette époque est évalué par le même auteur à 42 1. 10 sh. par an. Mais il ne dit pas s'il est question du revenu net ou brut. Si c'est le premier, on peut admettre que les fermiers en 1688 étaient « à Taise » par comparaison avec ceux de l'époque actuelle, en tenant compte de ce que le pouvoir d'achat de l'argent était alors au moins trois fois plus grand qu'il ne l'est maintenant. Mais le fermier du xvn' siècle, s'il payait moins de rente, d'impôts et de taxes, et s'il trouvait des travailleurs (quand il en employait) à un prix qui ne s'élevait pas même au tiers de ce qu'ils coûtent maintenant, voyait ces avantages diminués par le prix de vente généralement plus bas des produits agricoles. Le bœuf et le mouton ne coûtaient pas alors un tiers du prix actuel, et la moyenne du prix, nominal du blé était aussi bien moindre.

Dans son voyage au nord de l'Angleterre entrepris eu 1708, Young examina plus de 70,000 acres de terre dont la rente moyenne était de 10 sh. par acre, y compris les meilleures et les plus mauvaises. 11 estimait la superficie de tout le pays alors en culture à 32 millions d'acres et il évaluait le total de la rente agricole à environ 16 millions sterling. Capitalisant cette rente sur le pied d'un intérêt annuel de 3,33 p. 100, Young estimait la valeur du sel à

(I) Mais ceci n'est peut être guère probable, car il j avait alors cent soixante mille francs tenanciers qui sans doute cultivaient aussi leurs propres terres, quoiqu'il n'en soil pas fait ntion.

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