ETAT AGRICOLE DU L'ANGLETERRE
536 millions sterling; le matériel d'exploitation à environ 110 millions sterling, et la valeur des maisons à 100 millions sterling. Les salaires des 836,000 personnes employées au travail agricole étaient estimés à 14 millions 1/2 sterling, soit une moyenne annuelle de 17 1. 9sh. par tète; mais cette évaluation ne comprenait pas le travail du fermier que Young déclarait être général et nécessaire.
Dans le compte rendu statistique de M. Culloch on trouve un tableau de la superficie et de la moyenne brute de la vente de la terre dans le Royaume-Uni pour les années 1811 et 1815. Ce tableau montre que la rente brute s'est élevée de 28 millions sterling environ dans la première de ces années, à 32 millions 1/2 dans la dernière, la moyenne de la rente ayant été de 17 sh. 1 1/4 deniers en 1811 et 17 sh. 7 1/2 deniers en 1815. On voit que dans cette dernière année la rente moyenne était à peu près double de celle de 1768. A partir de cette date les variations de la rente brute peuvent être suivies approximativement, par un examen des rôles dressés en vertu des lois sur la propriété et la taxe du revenu; ces rôles montrent qu'entre 1815 et 1843 l'accroissement moyen de rente par acre a été seulement de 3 sh. 6 d. La rente moyenne dans le IMiddlesex était à cette dernière date de 2 1. 17 sh. 5 d., et en 1845 de 2 1. 3 sh., si bien que, entre ces deux dernières années, il y eut une diminution nominale de 14 sh. 5 d. par acre (1). Sir James Gairda estiméla rente moyenne des terres cultivées dans la Grande-Bretagne à 27 sh. par acre en 1857, et 30 sh. en 1880.
Jusqu'au commencement du siècle actuel, l'Angleterre était, à un degré plus ou moins marqué, un pays d'exportation pour le blé; la moyenne annuelle des importations de blé en Angleterre même jusqu'en 1820 n'atteignait pas un demi-million de quarters. Entre 1821 et 1830, d'après Porter, une partie de la population ne dépassant guère un demi-million d'àmes, sur un total de 15 millions 1/2, se
i Mais nu doit remarquer qu'en 1815 il existait une monnaie de billets fort dépréciée.
■,s SUPRÉMATIE L)K L'ANGLETERRE.
nourrissait de blé étranger. Pendant les quarante années qui finissent en 1844, la production croissante de Itlé, dans le Royaume-Uni, suffit aux besoins d'une population d'environ 15 millions I i d'à mes, au taux de 8 bushels par tète et par an.
Les besoins de l'alimentation de la population nécessitèrent, comme nous venons de le voir, une culture beaucoup plus étendue du blé pendant la première partie du siècle, et une diminution croissante des terres de pâture. Mais depuis 1850 l'agriculture anglaise a suivi une marche tout à fait opposée. La facilité avec laquelle les céréales peuvent être importées des Etats-Unis et d'autres contrées a amené la cessation de la culture du blé dans ceux des comtés anglais où la production du lait et l'élevage du bétail se sont trouvés lucratifs; il en est advenu que, tandis que 4 millions d'acres étaient cultivés en blé en 1870, moins de 3 millions d'acres sont soumis à cette culture en 1883.
La quantité totale de blé nécessaire pour la consommation de la Grande-Bretagne, pendant les quatorze années Unissant en 1880, a été de 5 bushels 1/2 par tète, pour toute la population, en y comprenant le blé du pays et le blé importé; mais sur ce chiffre, il n'eu a été récolté dans le pays, en 1882, qu'une quantité suffisante pour les besoins de 13,600,000 personnes, tandis que dix ans auparavant la récolte nationale pouvait suffire à 17,300,000 personnes.
En même temps qu'avait lieu chez nous cette diminution de la superficie consacrée à la culture des céréales, il se produisait une énorme augmentation dans la culture du blé aux États-Unis. C'est d'ailleurs cette augmentation qui a été la cause déterminante de la diminution chez nous. en forçant le fermier anglais à se rejeter sur d'autres branches de culture, où la concurrence est moins ardente. D'autres pays nouveaux ont marché dans la même voie que les États Unis Le Canada, le continent australien, la Russie, la Hongrie, les principautés danubiennes, et enfin
la dernière, mais non pas la moins à craindre, l'Inde anglaise, ont pratiqué sur une telle étendue et avec un si grand succès la culture des céréales, qu'ils ont presque réussi à évincer le fermier anglais.
Il reste beaucoup à faire pour donner de l'extension à nos opérations agricoles. Il est probable que, dans notre pays, où les fermages et les impôts sont si élevés et le travail si cher, la culture des céréales ne sera plus désormais bien rémunératrice, en raison de la concurrence des Etats-Unis et des autres contrées. Mais il n'y a pas de bonnes raisons, du moins nous n'en voyons pas, pour que l'Angleterre continue à importer pour 12 millions sterling (300 millions) de beurre, et 5 millions sterling (125 millions) de fromage; on ne voit pas bien non plus pourquoi nos fermiers et éleveurs laissent l'importation annuelle des œufs monter au nombre de 6 ou 700 millions, puisque l'élevage du bétail et de la volaille est à la fois si facile et si profitable.
On doit admettre que si le traitement réellement scientifique des laitages était généralement pratiqué comme dans certaines parties du Cheshire, les agriculteurs pourraient tirer un profit bien plus élevé de cette branche de travail. M. Coleman, dans ses rapports à la commission royale d'agriculture en 1882, donne des détails sur la marche d'une grande ferme-laiterie du Cheshire, où l'on fait le beurre et le fromage en quantités considérables, et où le bénéfice moyen sur 100 quintaux environ a été de 15 1. 14 sh. 4 d. en 1878; 14 1. 8 sh. 7 1/2 d. en 1879; et 21 1. 1 sh. 5 d. en 1880.
On peut craindre que notre disposition croissante à importer, au lieu d'augmenter la quantité de blé récolté sur QOS terres, produise un sérieux découragement chez nos agriculteurs, et nous fasse en conséquence négliger d'utiliser pleinement la richesse de notre sol. Il est vraiment effrayant de songer que la valeur de nos importations alimentaires a passé de 27 millions sterling (675 millions de tï. a 127 millions sterling (3125 millions de fr.) de 1840 à
1884 ; cette augmentation sera mieux appréciée si nous disons que si notre population agrandi de 34 p. 100 danscel intervalle, nos importations alimentaires se sonl accrues de 530 p. 100; chaque habitant du Royaume-Uni consommait une valeur d'environ 21 sterling de nourriture importée en 1840; la consommation de ces mêmes aliments est arrivée, en 1883, à une moyenne de près de 5 livres sterling par tète. Disons qu'à la première date l'importation de plusieurs des plus importantes fournitures alimentaires était interdite : par exemple le mouton, le bœuf, la vache, le poisson et la viande de bœuf. Ce n'est qu'en 1845 que le lard fut admis en franchise; l'importation des pommes de terre fut soumise à une taxe jusqu'en 1846; le jambon, jusqu'en 1853; le beurre, le fromage, les œufs et le riz, jusqu'en 1860; le blé et la farine, jusqu'en 1869; elle sucre jusqu'en 1874.
Un publiciste américain a affirmé que « si chaque acrede terre des Iles-Britanniques recevait la culture la plus intensive, ses habitants ne pourraient pas, quand même, en tirer une alimentation suffisante pour les nécessités ordinaires de la vie ». Cette assertion est loin d'être parfaitement exacte. Un pays est plus ou moins capable de nourrir ses habitants suivant la nature des récoltes qu'il produit. On a calculé que si les 50 millions d'acres de terres de labour et de pâture utilisés dans le Royaume-Uni en 1880 n'étaient semés absolument que de blé, et produisaient en moyenne 1420 1. b. (soit 25 boisseaux) à l'acre, la récolle totale serait suffisante pour nourrir 93 millions d'habitants en admettant une consommatiou moyenne de 2 1. b. par jour (1). Le docteur limiter a aussi calculé que, tandis qu'une ferme-laiterie de 100 acres ne peut nourrir que 53 personnes, la même superficie 0b blé suffit pour 250, i't cette même aire en pommes (le terre peut en alimenter 683. Aussi est-ce peut-être une erreur économique d'avoir un aussi grand nombre de l'ernies-lai-
(1) R;ippori de l'Association britannique pour l'avancement des
-ri. Mues, 1881, p. 740.