‹ La Suprématie de l'AngleterreChapitre 13 sur 83 · ETAT AGKICOLE UE L'ANGLETERRE · texte numérisé non relu

ETAT AGKICOLE UE L'ANGLETERRE

teries et de négliger les céréales; mais tant que la pâture permanente, qui utilise maintenant la moitié de la terre cultivée du Royaume-Uni, sera plus lucrative pour le fermier que la récolte du blé, ce qui est évidemment le cas à l'époque actuelle, la tendance à l'accroissement de la superficie consacrée à l'élève du bétail plutôt qu'à l'augmentation de l'aire des terres à céréales continuera sa progression en dépit de ce que les 25 millions d'acres occupés maintenant par la pâture ne peuvent suffire à la consommation alimentaire annuelle que de 1,128,634 individus, tandis que 11 millions d'acres en blé peuvent fournir, d'après l'évaluation ci-dessus, des aliments pour 20 millions de personnes.

La nature des récoltes a sans aucun doute un rapport plus ou moins intime avec les conditions de fermage du sol. C'est là un sujet sur lequel nous nous arrêterons avec plus de détails dans une autre partie de cet ouvrage. Mais nous dirons dès à présent qu'en matière de tenure du sol, un grand changement s'est fait en Angleterre à une époque relativement récente. Le nombre des propriétaires, aussi bien que celui des fermiers, est devenu moindre, relativement à la population totale, au lieu de devenir plus grand d'année en année, comme dans la plupart des contrées de l'Europe.

Les recherches de Gregory King, relatives à la situation économique du pays, en l'année 1688, sont connues de quiconque étudie les statistiques sociales et économiques. En l'absence de tout compte rendu officiel, il serait peu sage de s'appuyer avec une confiance absolue sur l'exactitude des chiffres destinés à rendre compte de la condition du pays à cette dat-j reculée. Sous le bénéfice de cette observation, il est probable toutefois que King, dont les évaluations sont citées avec approbation par sir F. Eden (1), ne s'éloignait pas beaucoup de la réalité. Or, quelles sont ses indications? En 1688, la population de l'Angleterre était de

l Etat des pauvres.

5 millions ! 2 d'habitants, sur lesquels 750,000 étaient des fermiers ; puis 280,000 francs tenanciers de la classe supérieure, et 660,000 de la classe moins aisée. Il n'indique pas bien nettement le nombre du personnel employé par l'agriculture. Ce personnel paraissait se diviser en deux catégories : la première formée « des laboureurs et des serviteurs extérieurs », au nombre de 1,275,000, et inscrits comme possédant un revenu moyen de 15 livres sterling par famille; et la seconde formée des « paysans et indigents » dont le revenu annuel, par famille, n'est évalué qu'à 6 1. sh. 10 d.

La distribution du sol entre les habitants du Royaume- Uni est différente, à bien des points de vue, de celle des autres pays. Et d'abord, le nombre des habitants du pays inscrits comme propriétaires terriens n'est que de 0,5p. 100 de la population totale; tandis qu'il est de 9 p. 100 en France, 5 p. 100 en Allemagne, 14 p. 100 en Russie, 9 p. 100 en Autricbe, 7 p. 100 en Italie, et 8 p. 100 aux Etats-Unis. Il en résulte que la superficie moyenne des tenures ou possessions d'un seul propriétaire dans notre pays est beaucoup plus grande que dans les autres contrées de l'Europe ; elle atteint environ 390 aères, tandis que la moyenne n'est que de 32 acres en France, 37 aères en Allemagne, 41 acres en Autricbe, 35 en Italie, 18 en Belgique et 150 à 160 aux Etats-Unis. La superficie moyenne des propriétés en Europe est d'environ 80 aères, soit 79 p. 100 de moins que la moyenne du Royaume-Uni.

Le nombre tolal des fermiers île la Grande-Bretagne esl évalué à 560,000. En divisant entre eux la quanti lé totale de terre en culture, nous obtenons une moyenne de 02 acres par ferme. Mais il faut remarquer qu'en Irlande où l'on compte 600,000 habitants appelés fermiers, la superficie moyenne des fermes n'est que de 25 aère-.

11 n'est pas difficile de tirer d'une comparaison entre notre pays et les Etats-Unis bien des conclusions qui peuvent être d'une utilité extrême à l'agriculture anglaise.

Le premierpoint qui nous trappe en examinant les statis

tiques agricoles des deux pays est la différence considérable dans le nombre des ouvriers employés pour obtenir le produit brut dans cbacun d'eux. Le Royaume-Uni, avec une superficie cultivée de 50 millions d'acres, occupe 2, 650,000 ouvriers agricoles. Les Etats-Unis, avec une superficie totale de terre en culture montant à 284 millions 3/4 d'acres, occupaient une population agricole de 7,670,000 ouvriers. On voit en conséquence que tandis qu'il y a dans le Royaume-Uni un ouvrier pour 19 acres, les États-Unis n'en emploient qu'un pour 37 acres; ceci semble prouver au premier abord que le travail est plus efficace aux Etats- Unis qu'en Angleterre, et c'est vrai en effet dans certains cas. Les machines agricoles de toutes espèces sont utilisées bien plus généralement dans le nouveau monde que dans l'ancien; et le haut prix du travail humain rend nécessaire de faire tous les efforts pour l'économiser le plus possible. Mais d'autre part le sol de l'Amérique est beaucoup moins fertile, au moins en ce qui concerne les céréales, que celui de l'Angleterre. Le rendement moyen par acre dans notre pays est très rapproché de 30 boisseaux ; aux Etats-Unis en 1880 il n'était que de 13 boisseaux par acre. Pour ce rendement, l'Inde se place entre les deux grandes nations parlant anglais, avec une moyenne de 18,7 boisseaux.

Le prix relatif du terrain est de la plus extrême importance dans toutes les questions agricoles; seul le prix du travail est un facteur plus considérable, et encore l'assertion est-elle discutable. La rente du sol en Angleterre a beaucoup varié pendant ces dernières années. En ce moment (1885) elle est peut-être de 25 p. 100 au-dessous de ce qu'elle était en 1880, où, comme nous l'avons indiqué plus haut, elle étaitévaluée par Sir James Caird à30 shillings par acre. Dans quelques districts elle est bien supérieure, dans d'autres elle est beaucoup moindre.

Le prix de la terre en France, comme dans d'autres pays, varie suivant la localité, la proximité d'un marché, la nature du sol, la densité de la population, et plusieurs

autres considérations. Dans le district consulaire du Havre, d'après un rapport récent, la terre de culture en bonne condition salait, en 1882, 641iv. sterl. par acre (1 ,600 fr.) et donnait un revenu de 32 à 35 shillings par acre. Cependant les petites fermes de 12 à 18 acres s'amodiaient à un prix plus élevé, quelquefois jusqu'à 45 shilling par acre. Depuis 1882 ces taux ont baissé.

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