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CHAPITRE VI

C'est un point de controverse entre les économistes que celui de savoir si pour un pays quelconque, et particulièrement pour le nôtre, c'est un grand inconvénient que d'être forcé à importer une partie considérable de son approvisionnement alimentaire. M. Porter admet que « un Etat ou une colonie peu considérable peut exister, sans danger ni inconvénient trop grand, dans des conditions qui l'obligent h recourir aux productions des autres contrées pour nourrir ses habitants; mais un examen rapide et un calcul très simple suffisent pour prouver qu'il ne saurait, jamais en être ainsi pour un Etat d'une population nombreuse ». Et il continue en disant : « Pour fournir au Royaume-Uni un seul article, le blé, il faudrait employer plus de deux fois le nombre des navires qui entrent maintenant dans nos ports, si toutefois il était possible de se procurer dans les pays d'approvisionnement une quantité de grain suffisante (1). »

John Mill, d'autre part, a fait remarquer judicieusement que « le pays le plus régulièrement et le plus abondamment approvisionné de nourriture est celui qui tire ses aliments de la superficie la plus étendue (2). » Pour l'Angleterre, cette affirmation s'est vérifiée de bien des manières et pendant une longue période de temps. Malthus a calculé que, en prenant le taux moyen des soixante années qui ont précédé 1720, l'ouvrier n'a pu payer avec son salaire d'une

(1) Progrès de la nation, éd. 1847, page 136.

(2) Principes d'économie politiqueflivre II, cliap. x, section lrc.

journée que les 2/3 d'un peck, mesure de 9 litres de blé, tandis que, de 1720 à 1750, sa journée de salaire a pu payer un peck tout entier.

Le prix moyen du blé en Angleterre pendant les cinquante années qui se terminent en 1715 a été, d'après les tables d'Elon, de 41 sb. 7, 3/4 d. pour un quarter (3 beclolitres), et pendant les vingt-trois dernières de ces années il a été de 45 sb. 8 d., tandis que, pour les cinquante années qui ont suivi, il n'a été que de 34 sb. M d. (1). 11 est vrai que pendant les premières années du siècle actuel, et même jusqu'au rappel des Corn laws, le prix du blé s'est élevé plus haut; mais pendant les dix ou même quinze années dernières, il a repris le niveau de la première moitié du siècle dernier, tandis qu'en même temps les salaires de la classe ouvrière se sont énormément augmentés. Il est donc bien clair que l'accroissement des importations de blé a marché de pair avec la réduction du prix de cette céréale.

L'Angleterre est bien loin d'être la première nation qui ait eu largement recours aux importations pour subvenir aux besoins alimentaires de sa population. Athènes s'est trouvée autrefois dans la môme nécessité. Son sol peu favorable à l'agriculture ne pouvait fournir assez de produits pour nourrir sa population, en sorte que l'importation des aliments devint un objet important de commerce et attira également l'attention du législateur. Les avances en argent faites aux propriétaires de navires par les capitalistes athéniens devinrent une branche importante de leurs affaires; mais la loi prescrivait qu'aucune somme ne devait être prêtée sur un navire en partance, à moins qu'une part de son chargement de retour ne consistât en blé ou en autres provisions. Elle ordonnait en outre la présentation en premier lieu de tout blé importe, sur le marche d'Athènes. En échange, Athènes fournissait de la quincaillerie, des armes (2), des meubles, «les vêtements et des articles de fantaisie aux colonies et autres | » ; i \ s A'oii elle

(i) Malthus, Sur l'économie politique, p. 82 i. \'i Le père de Déraosthènes poflfeédait une manufacture d'armes

tirait son approvisionnement alimentaire. En ce point, elle était donc un type précurseur de l'Angleterre et pratiquait déjà le système moderne de l'échange.

Notre communauté, en général, et notre classe salariée en particulier sont grandement intéressées à savoir s'il est probable que le « soutien de la vie » continuera à nous être livré aux prix exceptionnellement bas des dernières années. Pour résoudre ce problème, il faut jeter le regard loin de nous-mêmes. Ce n'est plus maintenant la condition de notre marché national, ce n'est plus le coût delà production d'un bushel de blé sur notre sol, qui établit le prix auquel le peuple anglais peut acheter son pain de chaque jour; c'est la concurrence entre l'Angleterre, l'Inde et la Russie; c'est la condition et l'étendue des récoltes dans le Dakota et le Manitoba lointains; l'application de la science et de l'industrie économiques aux fermes de l'Ouest américain; enfin la cote des frets de traversée de l'Océan, qui doivent désormais déterminer ce prix.

Les faits ont singulièrement contredit dans ces derniers temps les opinions, à cet endroit, de certains économistes et de quelques autres publicistes. Il est maintenant avéré qu'il n'y a aucune difficulté réelle à nous procurer chez les étrangers tout ce qui est nécessaire à nos besoins alimentaires, quand même ils seraient bien plus considérables qu'ils ne le sont maintenant; mais il y a toujours un certain nombre d'Anglais qui pensent que moins nous importerons de blé et de farine de l'étranger, et plus nous en cultiverons chez nous, mieux cela vaudra pour nos intérêts présents et futurs.

11 semblerait presque qu'en cette matière les intérêts de l'agriculture ne soient pas d'accord avec ceux du reste de la nation. 11 saute aux yeux que si le blé étranger est importé plus largement d'année en année, non seulement il prend la place du blé récolté dans nos champs, mais il tend aussi à abaisser le prix de vente, et que c'est le blé importé, et non pas celui qui est cultivé chez nous, qui détermine ce prix; il n'est pas moins évident que si le prix

du blé reste bas, l'intérêt de L'agriculture, ou du moins l'intérêt de celle de ses branches qui est vouée à la production du blé, doit être lésé en proportion de la baisse. D'autre part, l'intérêt des classes industrielles et commerciales, en tant que séparées de la classe agricole, est d'encourager et dt1 protéger autant que possible nos importations de blé pour les deux motifs spéciaux suivants : 1° parce que le prix du blé importé doit nécessairement régulariser celui du blé cultivé chez nous, et maintenir ainsi le bas prix de tous les deux pour le consommateur; 2° parce qu'on ne peut faire un grand commerce d'importation sans un développement des exportations proportionnel, quoique non pas nécessairement égal. Il s'ensuit que si notre commerce d'importation venait à décroître, nos exportations montreraient bientôt la môme tendance.

Cette dernière assertion s'applique éminemment au commerce entre l'Angleterre et les Etats-Unis. Ainsi nos exportations vers ce marché, naguère excellent, ont subi une grave réduction pendant ces deux ou trois dernières années. Mais il est probable que l'existence d'un fret de retour, ou l'absence complète de tout ce qui peut ressemblera ce fret, explique suffisamment ce phénomène, et détermine le plus ou moins d'activité du commerce d'exportation. Pour peu qu'elles y trouvent un profit, quelque mince qu'il soit, nos manufactures, en dépit du haut tarif qui a pour but de les exclure totalement, peuvent encore présenter, et parfois même présentent réellement leurs marchandises sur les marchés des Etats-Unis ; mais cela devient absolument impossible si l'armateur ue peut s'assurer aucun fret de retour. Dans ce cas h1 prix du transport à travers l'Atlantique est aussi rapproché que possible du double (le ce «pie Ton paverait dans le cas contraire, et si cette différence s'élève seulement à .'» sh. par tonne, elle suffit dans bien des cas pour rendre toute transaction impossible.

Étudions la question un peu plus en détail. L'Angleterre a en ce moment une population qu'on ne peut évaluer à

moins de 37 millions d'âmes. On ne connaît pas exactement combien de blé consomme, sous toutes les formes, ce nombre d'habitants. Quelques autorités ont fixé la moyenne à huit bushels par personne et par année (1); à ce taux les habitants de notre pays consommeraient 300 millions de bushels par an. La quantité actuelle de blé cultivée dans le Royaume-Uni est estimée de 165 à 175 millions de bushels, sur lesquels 1/4 est réservé pour semence, ce qui laisse disponible environ 130 millions de bushels ; c'est approximativement la nourriture d'une moitié de la population totale de l'Angleterre et du pays de Galles. Mais aux États-Unis, les quantités récoltées en l'année 1882 sont évaluées, pour le blé, à plus de 504 millions de bushels; pour le maïs cà 1,617 millions de bushels; pour l'avoine, à 488 millions de bushels, sans parler de grandes quantités d'orge, de seigle et de sarrazin. On voit donc que si l'on adopte notre consommation par tète comme moyenne de celle des États-Unis, ce pays récolte chaque année assez de grains pour nourrir près de dix fois sa population actuelle.

L'accroissement de la culture des céréales marche d'un pas si rapide dans les nouveaux pays du monde, et spécialement dans nos propres colonies et aux États-Unis, que cette augmentation continue nous convie à examiner sérieusement si, avec le temps, les blés ne nous seront pas livrés à un prix qui exclurait de nos marchés anglais le blé cultivé dans nos champs, et qui forcerait nos agriculteurs à se consacrer entièrement aux récoltes fourragères. Dans les six années se terminant en 1882, la superficie cultivée en blé, rien qu'aux Etats-Unis, s'est accrue de 93 à 126 millions d'acres, soit de 35 p. 100. Dans le même intervalle la quantité totale de grain récolté s'est élevée de 2,178 millions à 2,699 millions de bushels, soit de près de 25 |>. 100. Le même mouvement a lieu dans nos colonies

(1) Porter, dans son Progrès de la nation, admet que la consommation annuelle par tête est de six à huit bushels ; d'autres ne l'ont évaluée qu'à o 1/2 bushels (Le bushel contient 36 litres 35 centilitres)*

et aux Indes. Le Canada a énormément étendu, de 1875 à 1884, son aire cultivée en céréales. Dans l'Australie du Sud, la superficie cultivée a passé de 959,000 acres en 1871 à 1,400,000 acres en 1880. Dans la province de Victoria, la quantité de blé récoltée a monté de 5,500,000 bushels en 1873, à environ 10 millions de bushels en

1881, soit un accroissement de près de 100 p. 100; en môme temps la population n'augmentait que d'environ 100,000 âmes, ou 13 p. 100 (1). En Australie la superficie en blé était à peu près d'un million d'acres en 1867, et de 3,500,000 acres en 1882. Dans l'Inde, on affirme qu'il est possible de cultiver une quantité de blé suffisante pour nourrir toute la population de l'Angleterre, après avoir subvenu à la consommation locale; et ce fait que, de 1879 à 1883, la production a passé de un peu plus de 1 million de quintaux à 19 millions est loin de contredire cette affirmation (2). Il ne faut pas non plus oublier que la Russie, qui nous envoie maintenant plus de 13 millions de quintaux de grain chaque année, peut augmenter considérablement cette fourniture, tout en suffisant complètement à ses propres besoins.

Ces renseignements sur la situation générale semblent presque prouver que, bien loin de subir une perle quelconque par suite de la diminution de la production du blé sur notre territoire, le peuple anglais y pourra trouver des avantages; et on peut admettre que plus la concurrence grandira sur nos marchés, plus ces avantages seront marqués. L'expérienceacomplètementjustiliocette prévision. Le prix du blé a fait preuve d'une tendance continue vers un bon marché de plus en pi us m arqué depuis 1867, et dans l'intervalle entre cette année et 1882, labaisse a été d'eni iron 20shel> lings par impérial quarter (3 hectolitres ou à peuprès225kilog.). Concurremment avec ce mouvement, nos importations de blé et de farine se sont élevées de 38,222,000 quiu-

(i) Abnanach pour 1882, page 432.

(2) Rapports sur les progrès moraux et matériels de l tndê, poui

taux à 77,225,000; autrement dit, elles ont juste doublé.

Jusqu'où descendront les prix dans l'avenir? C'est une question qui dépend principalement des trois considérations suivantes :

1° L'étendue de la concurrence entre les pays à blé sur les marchés anglais.

2° Le prix le plus bas possible de production dans ces divers pays.

3° La cherté ou le bon marché des moyens de transport.

11 est à peine nécessaire de s'arrêter sur la première de ces conditions. A moins que les apparences actuelles ne soient extrêmement trompeuses, la vivacité de la concurrence pour une fourniture aussi sûre et aussi lucrative que l'approvisionnement de John Bull en un article aussi indispensable que le blé ne fera que s'accroître. Les colonies, les Etats-Unis, l'Inde, la Russie et la Hongrie sont avides de s'assurer la part du lion dans cet immense commerce, et ceux qui parviendront à s'emparer de cette part devront, pour la garder, se contenter d'un tauxmoyen de profils plus petit que celui dont ils ont joui jusqu'ici.

Quant au prix minimum auquel le cultivateur peut livrer le blé avec profit, il doit varier suivant la fertilité du sol, les salaires payés au travail agricole, les prix et conditions de la « tenure » du sol, et autres éléments analogues.

On a affirmé que dans les provinces centrales de l'Inde, à une distance d'environ 400 milles, à vol de corneille (en ligne droite) de Calcutta, le prix de détail du blé est de 5 sh. 7 d. à 6 sh. 6 d. par quarter y compris le profit assez considérable du commerçant indigène; en sorte que le prix auquel le blé peut être livré par le cultivateur indien ne doit pas dépasser 5 à 6 shellings par quarter (1). Ce prix ne s'applique évidemment qu'à des localités éloignées de tout grand centre de population, où la terre est d'un prix extrêmement bas et où les salaires sont très minimes.

(1) Rapport sur le commerce de l'Inde anglaise, 1879 à \HH'i, p. tj.'i.

loi) SUPREMATIE DE [/ANGLETERRE,

Mais, même dans ces conditions, le prix auquel le blé peut rire livré dans l'Inde doit donner quelque indication du prix aminci on peut le vendre aux États-Unis. La principale différence entre les deux pays est celle du prix du travail. Dans L'Inde le travail est d'un bon marché excessif. Dans le Punjaub, les salaires agricoles varient de 2 à G deniers par jmir (de 0 fr. 20 à 0 IV. 00); dans l'Oudh, 1 1/2 denier (0 fr. 15); dans les provinces centrales, 1 1/2 à 3 deniers; dans la présidence de Bombay, de 3 à 6 deniers (1). Aux Etats-Unis, d'autre part, le salaire, même des nègres, descend rarement au-dessous de 18 à 20 shellings par semaine, avec la nourriture. Dans l'Inde au contraire il y a 70 millions d'êtres humains vivant de l'agriculture, sur lesquels probablement une moitié 2) donne son travail à moins de 6 deniers par jour. En Amérique le total de la population agricole est de 7,070,000 personnes sur lesquelles plus de la moitié sont des ouvriers recevant des salaires de 15 à 30 shellings par semaine, avec la nourriture en plus. La production agricole des États-Unis est, de ce fait, chargée d'au moins 3 millions sterling (75 millions de francs) de salaires de plus qu'il ne serait nécessaire pour un nombre égal d'ouvriers indous. Mais cette différence, toute grande qu'elle semble au premier abord, est plus apparente que réelle; il faut se rappeler en effei qu'il faut la répartir sur une énorme production, non seulement de blés et de fourrages, mais largement aussi de tabac et de coton (3). La population agricole des Etats- 1 ois a produit, rien qu'en grains, 350 millions de quarters en 1880; soit une proportion d'environ 120 quarters par ouvrier employé. Donc, en tenant compte de ce que les Etats-Unis jouissent

(1) Rapport sur les progrès moraux et matériels de flnde, i

(2) Recensement de 1881.

(3) En 1880, la production des grains aux États-Unis e été de 2,718 millions i\r bushels.

Pommes de terre 107 raillious do bushels,

Ufl livres.

Coton «• i : balles.

Sucre livres.

de l'immense avantage d'un sol extrêmement fertile; d'un climat bien plus tempéré que celui de l'Inde, et permettant une plus grande somme de travail en un temps donné ; et en considérant aussi que la terre est tenue à des conditions tellement avantageuses, que la simple propriété coûte ordinairement un prix, égal (ou à peine plus élevé) à celui qui est payé en Angleterre comme rente annuelle, il n'est pas déraisonnable de conclure que, dans les vastes espaces des États de l'Ouest, le blé peut être produit à un prix, différant très peu de celui de l'Inde, et dépassant certainement a peine 10 shellings par quintal. Au Canada, les conditions de production (mais malheureusement pour le Dominion, pas encore celles de distribution) sont tellement semblables, qu'on peut le regarder comme ne faisant qu'un, à ce point de vue, avec les Etats-Unis.

Ces évaluations ne sont pas en désaccord avec les faits. Quant au prix « le plus bas » auquel l'Amérique et le Canada peuvent, avec profit, fournir le blé à la consommation anglaise, les opinions et les renseignements diffèrent grandement. Mais le traité de M. Atkinson, auquel nous nous sommes déjà reporté, montre que le blé peut être emmaganisé, dans le Dakota, y compris toutes les dépenses de récolte, à un prix variant de 5 à 10 dollars par acre, le produit par acre au Dakota s'élevantde 12 à 20 et même jusqu'à 25 bushels. Si, calculant d'après ces chiffres, on trouve que 16 bushels de blé, ou deux quarters, représentent dans les greniers du Dakota une valeur de 7 dollars, autrement dit 28 sh., c'est une moyenne de 14 sh. par quarter de valeur sur place. En s'appuyant sur ces données, l'auteur américain affirme que, avec nos services actuels de chemins de fer et de bateaux à vapeur, et des prix de transport moyens, les fermiers américains peuvent sans aucun doute lutter contre l'Inde et la Russie sur les marchés anglais tant que les prix De seront pas inférieurs à 34 shellings par quarter dans Mark Lane, à moins que les prix ne soient plus avantageux en Amérique.

La situation des pays fournisseurs de blé dont nous

102 SUPRÉMATIE OE L'ANGLKTRRRK.

avons parlé appelle maintenant notre examen. A ce point de vue, les Etats-Unis occupent une position bien plus avantageuse que l'Inde, tant en raison du taux moins élevé du fret sur les principaux railways, que par suite de la moindre distance de l'Angleterre. La tendance des dernières années a été de ce côté aussi dans le sens de l'abaissement des prix. Sur quelques-uns des principaux railwa\s de l'Union américaine les taux de transport ont été réduits de plus de 100 p. 100 dans les quinze dernières années. Sur une des lignes les plus importantes ce taux a été réduit de moitié depuis 1873 (1). Pour le fret de traversée de l'Océan, la réduction a été tout aussi marquée.

Ces réductions du fret sur les chemins de fer américains et sur la traversée de l'Océan, de San Francisco et de New- York en Angleterre, ont été une des causes principales du bon marché exceptionnel du blé pendant les deux ou trois dernières années. Une autre circonstance a contribué à ce résultat, c'est la concurrence entre les chemins de fer et les canaux des Etats-Unis. Le plus grand marché de grains dans le monde est peut être Chicago. Entre cette ville et New-York le blé peut-être transporté soit entièrement par rails, soit entièrement par eau. Les chemins de fer et les canaux de l'ouest à l'est ont tous deux réduit considérablement leurs prix pendant les dernières années, comme nous le faisons voir ailleurs. Les réductions de prix pour la traversée de l'Océan ont été peut-être plus remarquables encore. En 1878 le taux du transport de New-York à Liverpool pour un bushel de blé était de 7 3/4 deniers (0f,75) ; en 1884, il n'était plus que de 4 1/2 d. (0f,45). L'effet de ces réductions a été de faire descendre le prix du transport d'un quarter (3 hectolitres) de blé entre Chicago et Liverpool, de 8 sh. 5 d. en 1878, à5sh. 11 d. en 1884.

En tenant compte de ce qui s'est passe jusqu'ici, nous

(1) Sur le chemin il'' fer de Pensylvanie le taux moyen par tonne et par mille était de 1,'tio cents (0 IV. 07) en 1873, el de 0,819 cents 0 IV. 04) en 1883.

ne nous abandonnons pas à un vain rêve quand nous prévoyons la possibilité de voir le blé récolté à l'étranger se vendre avant longtemps, sur nos marchés, moins de 30 shellings par quarter. Ce qui aura lieu pour le blé se fera aussi, mutatis mutandis, pour les autres substances alimentaires, le bœuf et le mouton, les pommes de terre et les navets, et peut-être même le foin et le trèfle. On a prétendu que les bas prix récents n'ont pas été très profitables aux producteurs des Etats-Unis. Mais si l'Inde, ou tout autre pays, peut fournir le blé à meilleur marché que l'Amérique, le fermier américain doit se conformer à ce prix ou subir l'exclusion du marché le meilleur du monde. Un fait défie toute contestation. L'Angleterre obtiendra le maximum d'avantages en donnant le champ le plus étendu possible à la concurrence entre les pays producteurs de blé; et toute tentative de limiter l'étendue de ce champ de concurrence serait une grave erreur économique.

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