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CHAPITRE VII

« Pour nos gouvernements, la meilleure méthode de donner l'élan au progrès national, c'est de se borner à remplir leurs fonctions légitimes, c'est-à-dire de laisser le capitaliste chercher l'emploi le plus lucratif de ses fonds, le marchand chercher le prix le plus rémunérateur pour ses marchandises, le travail et l'intelligence trouver leur récompense naturelle, la paresse et la folie leur inévitable punition. »

Macaulay.

Il n'y a peut-être pas une des questions intéressant notre prospérité nationale, et particulièrement la situation des classes ouvrières, qui ait été plus discutée pendant ces derniers temps, que celle du mérite relatif delà protection et du libre échange. On peut dire que, dans la pratique. l'Angleterre seule, parmi les nations du monde, accorde une liberté de commerce absolue, n'ayant pour limites que les seules nécessités de son budget. 11 semble que le système choisi par toutes les autres nations de la Chrétienté devrait l'emporter sur les préférences et la sagesse d'une seule. Cependant il est peu de personnes dans notre pays qui osent défendre la protection pour ses propres mérites. Les Anglais admettent presque tous que, quel que puisse être le parti le plus avantageux pour les autres pays, l'Angleterre a beaucoup plus à gagner par le libre échange que par la protection sous une l'orme quelconque, soit qu'elle se montre à visage découvert dans le vieux système des lois sur les céréales, soit qu'elle se cache sous

le yoile léger et moderne de « l'échange loyal » et de la réciprocité.

Dans son discours du 27 janvier 1846, sir Robert Peel faisait les remarques suivantes en faveur du libre échange, et contre l'argument du danger que courrait le commerce britannique si les autres nations refusaient la réciprocité :

« Croyez-le bien, votre exemple finira par l'emporter. Quand cet exemple pouvait être invoqué en faveur de la restriction, on en faisait fréquemment usage ; quand on pourra l'employer pour montrer que l'adoucissement des tarifs a été favorable à nos intérêts, cette constatation sans doute n'excitera d'abord que peu d'attention et d'émulation à l'étranger; mais le bon sens des populations, du grand corps des consommateurs l'emportera; et en dépit de la résistance soit des gouvernements, soit des organes constitués et officiels du commerce, la raison et le sens commun amèneront partout l'adoucissement des droits élevés. »

Après un intervalle de quarante années, il est intéressant de voir jusqu'à quel point les prévisions de sir Robert Peel se sont réalisées ou ont desebances de se réaliser. Sur le budget total des cinq principales nations du continent la somme provenant des douanes représente encore les vingt centièmes du total. L'Angleterre reste presque seule à tirer son revenu de taxes portant uniquement sur les importations d'articles de luxe. Dans presque tous les autres pays on prélève des droits sur les articles de nourriture les plus ordinaires et les plus nécessaires. Le lard et le jambon, par exemple, subissent un droit d'entrée à la frontière de quatorze pays pour le moins. Le beurre n'est admis dans dix de ces mêmes pays qu'en payant des droits qui varient, de 1 sh. 0 1/4 d. par quintal en France, à 35 sh. 3 d. en Portugal. Dans seize pays, le fromage paye des droits d'importation allant de 1 sh. 2 3/4 d. en France, à 39 sh. 5 d. en Russie. Le bœuf salé aussi, qui dans plusieurs contrées est un aliment habituel, et dont les classes vivant de salaires sont presque seules à faire usage, supporte un droit d'importation dans quinze pays. \\ n'est

pas non plus mie seule contrée européenne, à l'exception de la Belgique et de l'Angleterre, qui n'impose une taxe sur l'un ou L'autre des nombreux modes d'importation du

poisson, ajoutant ainsi au prix normal un supplément s'élevant jusqu'à 35 p. 100; et ce ne sont là que quelquesunes des nombreuses folies dont beaucoup de mitions, d'ailleurs éclairées, se rendent coupables.

Examinons maintenant quelques-uns des motifs allégués pour justifier cet état de choses. Les principaux arguments employés pour la défense de la protection, en ce qui concerne les Etats-Unis, et s'appliquant certainement tout aussi bien aux autres contrées protectionnistes, se résument comme suit :

1° Aucune nation des temps modernes, n'ayant pas de manufactures, se contentant d'exporter des matières premières en échange de marchandises fabriquées à l'étranger, et ayant ses habitants presque tous engagés dans la culture du sol, n'a réussi à conquérir la richesse, la prospérité et la puissance.

2° Si pendant les cinquante années qui viennent de s'écouler, l'Amérique avait admis un système de commerce absolument libre avec le monde entier, elle n'aurait jamais pu atteindre son développement industriel d'au jourd'hui; elle ne serait encore aujourd'hui qu'une gigantesque colonie agricole, échangeant les produits de ses champs contre les marchandises provenant des manufactures et des fabriques d'Europe.

3° Avec le système de la protection, l'Amérique a pu développer ses immenses ressources minérales pour ainsi dire illimitées, encourager et accroître ses industries manufacturières, si bien qu'aujourd'hui, non seulement elle est indépendante et capable de suffire à ses propres besoins, mais elle exporte à l'étranger et peut même disputer à l'Angleterre les marchés du monde.

4° Le tarif protecteur a été l'agent le plus important, et même l'agent indispensable du développement des industries manufacturières des Etats-Unis.

5° Les classes ouvrières des Etats-Unis, soumises au système de la protection, jouissent d'un plus haut degré de prospérité que les mêmes classes en Angleterre, avec le système du libre échange (1).

Répondre en détail à ces arguments, ce serait entreprendre un exposé de toute la controverse entre les systèmes antagonistes de la protection et du libre échange. C'est une œuvre qui a été si bien et si complètement achevée par feu le professeur Fawcett et d'autres écrivains, qu'il serait évidemment superflu d'essayer de la renouveler ici. Mais on peut montrer brièvement qu'aucun des cinq arguments présentés ne touche au fond du problème, et qu'ils sont tous les cinq basés sur des hypothèses qui ne sont ni justes ni même défendables. Les contre-propositions suivantes seront peut-être une réponse suffisante :

1° Aucune nation des temps modernes ne manque entièrement de manufactures. Les pays d'Europe qui dépendent le plus des manufactures étrangères sont l'Italie et l'Espagne. Pendant le dernier demi-siècle, le premier de ces pays a conquis le rang de grande puissance, ce qui ne l'a point empêché de devenir en même temps très prospère. Si l'Espagne n'est ni riche, ni puissante, la faute en est non à son manque de manufactures, mais au caractère de sa population et aux vices de ses institutions. L'Australie, par contre, dont la population est exclusivement agricole, a conquis la richesse, la prospérité et la puissance plus rapidement que toute autre nation des temps anciens ou modernes (2).

2° 11 est impossible de dire ce que l'Amérique serait

(I) le libre échange au point de vue américain. Revue contemporaine, juillet 1880.

.' La richesse de l'Australie s'est accrue, entre 18G0 et 1882, d'environ 400 millions de livres sterling, ou de 47 livres sterling par habitant. Le revenu d'un Australien s'élève en moyenne à 44 livres par an, nu 17 livres par tête de plus que celui de l'habitant des États-Unis, et «J livres par tète de plus que celui de l'habitant du Royaume-Uni. Sur l.i richesse totale de l'Australie 2o8 millions de livres sont en terres, • I 142 millions de livres seulement en manufactures, etc.

lus SUPRÉMATIE DE L'ANGLETERRE.

aujourd'hui avec un système économique autre que celui qu'elle a choisi. Ce que l'on sait, c'est que la protection a énormémenl accru pour le consommateur américain le

prix de toutes les choses qui ne sont pas purement des matières premières; et qu'elle a, en conséquence, augmenté artificiellement le coût du travail, et, sans nécessité, rendu plus difficile aux manufacturiers américains, soit de subvenir aux besoins de leur propre population, soit de développer leur vente sur les marchés neutres.

3° L'Amérique a certainement réussi à développer ses ressources et son industrie avec la protection; mais (pie n'aurait-elle pas fait si elle n'avait été ni embarrassée ni retenue par le fardeau que ce système impose inévitablement ? Les ressources minérales des Etats-Unis sont si grandes qu'aucun autre contrée du monde ne peut les dépasser. Aussi rien, que la plus coupable négligence des moyens et occasions, n'aurait pu empêcher leur développement. Dans le système actuel, leur mise en exploitation a été beaucoup plus coûteuse qu'autrement, et cet excès de dépense, bien loin d'aider l'Amérique dans L'exportation de ses produits, a eu l'effet exactement contraire (1). Toute l'histoire des exportations américaines prouve d'une manière concluante que c'est en matières premières, et non en manufactures, que consiste la richesse du pays, que c'est de la production des matières premières que dépend sa prospérité; et ce n'est que répéter le plus rebattu des truismes de dire qu'on ne peut faire une plus grande folie que de frapper ceux qui produisent toute cette richesse, en taxant les articles manufacturés qu'ils consomment, afin

(1) La valeur totale des exportations des États-Unis, de 1851 a 1^60, s'est élevée à 48 millions de livres sur lesquels 2 l i millions seulement étaienl des objets manufacturés. De 1861 a 1870, la râleur moyenne annuelle des exportations a été de il l i millions de livres sterling; mais 1 ,800,000 seulement venaient des manufactures. Entre 1870 el 1880, la valeur moyenne annuelle des exportations américaines s'est élevée à plus de II! millions sterling, mais 14 i k millions seulement provenaient des articles manufacturés, tout le reste était en matières premières.

d'enrichir d'une façon artificielle un petit groupe de gros industriels.

4° On peut peut-être admettre que les industries manufacturières se sont développées plus rapidement et plus largement avec la protection qu'elles ne l'auraient fait sous un autre système, quoique ce ne soit rien moins que prouvé. Il est en effet très possible de concevoir un développement encore plus considérable de l'industrie, sous le régime de la liberté absolue du commerce. Car les choses ne se passent pas comme si la protection avait tout à fait exclu les produits des manufactures étrangères. Si elle avait réussi à obtenir ce résultat, sa « raison d'être » aurait été bien plus apparente, et les maux évidents qu'elle a causés auraient pu lui être grandement pardonnes. Mais les importations d'articles manufacturés aux Etats-Unis ont constamment augmenté d'année en année (1), et comme d'une façon générale le montant de ces importations a été inversement proportionnel au développement des industries américaines, et n'a fait que subvenir aux besoins nationaux des Etats-Unis, quand ces industries ne pouvaient les satisfaire, il n'y a pas de bonne raison pour supposer que ces importations auraient été plus considérables avec un système économique différent. Les États-Unis ont toujours joui et jouiront toujours d'une protection naturelle contre les produits moins chers des manufactures de l'Europe, ce sont les frais de traversée de l'Atlantique qui la constituent. Elle devrait être, et nous croyons réellement qu'elle est suffisante, à elle seule, pour permettre aux manufacturiers américains de rester les maîtres de leurs propres marchés.

B° On peut encore admettre que les classes ouvrières, en général, jouissent aux États-Unis d'une prospérité plus grande qu'en Angleterre ; mais rien ne prouve que cet

l l.a valeur totale des importations aux États-Unis, fdrmées presque entièrement d'objets manufacturés, a passé de 07 millions sterling en 1861 a 9a millions en 1871, et à 130 millions en 1881. Eu 1861, les importations montaient a 35 shellings par tèLe ; en 1881, b 00 shellings pai tête.

110 Sll'KEMATIE DE L'ANGLETERRE.

avantage, s'il existe, soit <lù à la protection. Si elle était la seule cause de cette différence, pourquoi u 'aurait-elle pas réussi à donner en Allemagne, en Italie, en Russie, et dans d'autres pays où la protection llorit également, les inclues résultats que Ton attribue à sa puissance en Amérique? En effet, dans ces pays, le taux moyen des salaires est au-dessous de ceux de l'Angleterre, autant qu'il est au-dessus en Amérique. Ainsi quand les protectionnistes américains cherchent à établir une loi de cette nature, ils devraient se rappeler qu'une loi générale ne peut s'appuyer sur des exceptions, et comme les hauts salaires dans les pays protectionnistes sont l'exception et non pas la règle, les prescriptions les plus élémentaires du bon sens doivent les obliger à abandonner une position si peu défendable. On nous permettra d'ajouter quelques mots déplus. S'il est vrai que dans la plupart des pays européens les salaires sont plus bas qu'en Angleterre, en dépit des tarifs protecteurs, il est aussi incontestable que ces tarifs tendent à accroître le prix de la vie. 11 va sans dire qu'ils ont élevé le prix de toutes les marchandises manufacturées aux Etats-Unis. Dans ce pays la location des maisons, et l'habillement, sont peut-être de 100 p. 100 plus chers qu'en Angleterre, et il en est de même pour beaucoup d'autres nécessités de l'existence, dans la production desquelles le travail a une grande part. Les salaires plus élevés payés en Amérique suffisent-ils, après avoir supporté l'augmentation du prix de la vie, à laisser à l'ouvrier une somme disponible plus grande que les salaires moins élevés, mais ayant une puissance d'achat plus grande île l'Angleterre? C'est là un problème difficile à résoudre. -Mais c'est certainement la plus insigne des erreurs de prétendre que la protection protège les classes ouvrières contre le renouvellement des crises périodiques, avec leurs conséquences ordinaires de chômage pour les ouvriers et de réduction des bénéfices pour les patrons, qui est un îles traits habituels de l'histoire de l'industrie anglaise. L'une des autorités américaines les pins dignes de loi rend compte

que, de 1882 à 1884. plus de 300,000 ouvriers ont été privés de travail dans les villes des divers États, tandis que, pendant le même intervalle, les salaires étaient réduits dans presque toutes les industries principales du pays, suivant une proportion qui a varié de 10 à 25 p. 100 (1). On a fait des récits de la déplorable condition générale des classes ouvrières en Amérique pendant cette période. Le ralentissement dans la construction des chemins de fer laissa des milliers d'ouvriers absolument sans travail. Aucune autre entreprise ne vint compenser cette réduction et donner le moyen d'occuper les ouvriers jetés ainsi sur le marché du travail; et il s'ensuivit une misère générale et presque sans exemple en Europe, dans de semblables conjonctures. En Angleterre, les crises de cette nature font beaucoup de mal et sont malheureusement trop fréquentes; mais en Amérique elles sont considérablement aggravées par les effets du système même institué, diton, comme le principal soutien de l'industrie et du travail. Quelles que soient les circonstances, un artisan doit avoir un toit pour abriter sa tète. En Angleterre, les locations sont comparativement si peu chères que, si le travail est mal rémunéré ou s'il est impossible de se procurer un emploi, la dépense de logement n'est pas aussi vivement ressentie que dans un pays où les prix des locations sont devenus, par la hausse artificielle de toutes les espèces de valeurs, le double de ce qu'ils devraient être. En Angleterre encore, l'ouvrier peut, dans les plus fâcheuses circonstances, obtenir les nécessités de la vie au minimum de prix. Les principaux éléments de sa nourriture quotidienne lui sont fournis au meilleur marché possible, sans être chargés d'aucuns droits, sans restrictions d'aucune espèce. Dans les pays protectionnistes, c'est une ressource qui manque absolument aux classes ouvrières, dans leurs détresses les plus affreuses, dans leurs plus mau- \uis moments. En Allemagne le blé étranger, dont la con-

l Voir Dradstreet pour 188b.

SUPRÉMATIE DE L'ANGLETEHHE.

sommation s'est accrue dans les dernières années, est soumis à un droit peu considérable il est vrai, niais qui ne laisse pas néanmoins de renchérir le prix du pain. La loi interdit à l'artisan du Navre de manger du lard importé d'Amérique, il est obligé de limiter sa consommation à l'article national, quel qu'en soit le prix. Il en est de même de beaucoup de denrées d'un usage général. La liberté du commerce entraîne nécessairement le minimum des prix, tandis que la protection conduit au maximum.

Mais l'Angleterre n'a pas encore, jusqu'ici, recueilli tous les avantages qu'elle est en droit d'attendre de la pratique du libre échange. En ce qui regarde les céréales, il est presque certain qu'elles vont avant peu baisser considérablement de prix. Les réductions qui ont eu lieu dans le taux du fret pendant les quelques années dernières ont été très marquées. Le fret moyen en 1879, par les lacs et les canaux, de Chicago à Buffalo, distance de 900 milles, n'a été que d'environ 6 sh. 6 d. par tonne de blé, et 6 sh. 3 d. par tonne de maïs; de Buiï'alo à New- York, distance de 500 milles par canaux, il a été de 9 sh. 8 d. par tonne de blé, et 9 sh. 4 d. par tonne de mais. Voilà donc du blé et du maïs parcourant une distance totale de 1,400 milles depuis leur lieu de production, jusqu'à leur chargement abord d'un navire à New-York, au prix d'environ 10 shellings par tonne ou 4 shellings par quarter. Pour le fret de traversée de .New -York à Liverpool et Londres, la réduction est encore plus frappante. Le blé, qui payait encore 12 shellings parquarteren 1875, a été transporté à un taux aussi bas que 3 deniers ou 3 deniers 1 2 par bushel en 1879; et depuis cette date le taux moyen n'a probablement pas dépassé 4 d. 1/2 à (i d. par bushel, ou 2 sh. S ,|. par quarter. Ne nous étonnons donc pas si le blé nous était désormais régulièrement livre à Londres avec une charge moyenne de transport ne dépassant pas 5 sh. (i d. <> IV. 50) ou 6 sh. (7 IV. 50) par quarter, pour une distance de près de 5,000 milles. \ compris le voyage par les lacs et les ca« naux, entre Chicago et New -1 ork. C'est l'effet iue\ itable de

liberté du commerce d'apporter au consommateur tous les avantages qui résultent de la possibilité d'acheter sur le marché le moins cher; or, la facilité de s'assurer le pain à bas prix n'est que l'un des avantages que comporte ce système.

Considérons-nous maintenant l'autre côté delà question? Un Rapport du Consul de Sa Majesté à Savannah (1) nous fournit un exemple frappant des résultats que produit quelquefois la protection, ou qui du moins l'accompagnent. En 1860, année que l'on peut regarder comme appartenant à la période de protection modérée, les salaires moyens payés dans les filatures de coton h. Savannah étaient de 361 dollars 40 cents par an ; en 1879, année qui représente le haut tarif de la période de protection, les salaires ne se sont élevés qu'à 240 dollars 17 cents; c'est une diminution d'environ 34 p. 100. Dans les filatures de laine, les salaires moyens de la première période étaient de 359 dollars 26 cents, et dans la dernière de 293 dollars 5 cents, avec une diminution correspondante du prix de l'existence : la différence entre les deux périodes aurait pu être sans importance. Mais Fauteur du rapport continue en nous montrant que, tandis qu'en 1860 le prix de 58 articles de fournitures d'intérieur était de 72 dollars 28 cents, le prix de ces mêmes marchandises en 1879 était de 100 dollars; d'où il conclut à une différence de 33 1/2 p. 100 dans la puissance d'achat de l'argent en faveur de la période de la protection modérée (2). Ainsi une diminution moyenne de 28 p. 100 dans les salaires a eu lieu en même temps que s'accusait une augmentation moyenne de 33 1/2 p. 100 dans le coût de la vie.

L'un des traits les plus remarquables des tarifs protectiniiui^les, c'est leur extrême variabilité, non seulement de période en période, mais d'année en année, prouvant ainsi presque jusqu'à l'évidence le manque de système et d'unité

(I) Rapport sur les produits et l'industrie do la Géorgie pour 1882. (2)11 n'est [>;is fourni de détails permettant de vérifier l'exactitude absolue mu approximative de ces chiffres.

de Mies, et faisant un contraste curieux ei désavantageux avec la certitude absolue et la consistance des principes du libre-échange. Dans les premières années de L'histoire commerciale des États-Unis, le tarif était léger. Jusqu'en 1808 le montant du droit n'a jamais dépassé, pour une année quelconque, 16 p. 100 de leur valeur totale. Mais en 1813 ce chiffre montait à 60 p. 100; il retombait, l'année suivante, à 47 p. 100; deux ans plus tard il baissait encore jusqu'à 25 p. 100; en 1818, il ne montait plus qu'à 14 p. 100; en sorte que, en six ans, le montant des droits de douane avait varié de 330 p. 100. Depuis cette époque la même tendance s'est toujours montrée quoique sous une autre forme. A partir de 1833, quand un tarif de compromis fut adopté jusqu'en 1844, les droits de douane restèrent au-dessous de 20 p. 100 de la valeur totale des importations. De 1844 à 1855, à l'exception de deux années seulement, ces droits ont dépassé cette limite, quoique le tarif alors en vigueur ne fut destiné ostensiblement qu'à procurer des revenus au trésor. En 18G4 un tarif général hautement protecteur fut inauguré, et pendant les quinze années suivantes, avec deux exceptions seulement, le taux moyen ail valorem des droits perçus sur toutes les importations (je comprends dans le total, les marchandises non imposées aussi bien que les marchandises imposées) fut au-dessus de 30 p. 100; et en prenant seulement les marchandises imposées, de plus de 10 p. 100.

Mais les variations du tarif sont tout aussi remarquables quand on les soumet à une analyse plus détaillée; il ne semble pas au premier examen que le tarif soit établi avec l'intention de donner une protection égale à toutes les industries; il u'est pas établi non plus de manière à protéger plus complètement les industries qui, par suite de circonstances spéciales, ont le plus besoin de son appui. Il est aussi loin d'être simplement un tarif de revenu,, qu'un tarif absolu de protection. Pourquoi, par exemple, avec le tarif de 1*881, le taux moyen du droit ad valorem sur la laine est-il de 60 p. 100, tandis que, sur le colon, il n'esl

SYSTÈME ÉCONOMIQUE DE L'ANGLETERRE. Ho

que de 38 p. 100? Pourquoi les manufactures de soie payent-elles un droit de 59 p. 100 tandis que celles de jute et de chanvre ne payent que 21 p. 100? Voici un autre problème qui n'est pas moins embarrassant : pourquoi le coton filé ne paye-t-il aucun droit d'entrée tandis que d'autres matières brutes, existant également dans le pays, payeni 25 p. 100, comme le charbon par exemple, et même 48 p. 100 ad valorem comme le sel? Comme si ces anomalies ne suffisaient pas, pourquoi cette différence considérable entre le charbon et le sel? La vérité est que d'un bout a l'autre le tarif américain est un tissu d'absurdités, d'anomalies et de contradictions. 11 ne repose sur aucun principe fixe, il ne présente aucun caractère national, n'exprime aucun sentiment national, n'est utile à aucun dessein national. Il est faible là où il devrait être fort, il soutient les forts et pèse sur les faibles. Il taxe des nécessités de la vie comme le blé et la farine, le fer, le coton en pièces, et il accorde l'entrée libre a des produits de luxe, comme le thé, les fourrures, l'ivoire et les œuvres d'art. C'est la platform h l'aide de laquelle le politicien de profession fait jouer les ficelles de l'esprit de parti. On fait varier ce tarif d'année en année, non pas tant avec un dessein honnête, sérieux, persistant, que dans le but de jeter un gâteau à Cerbère, et de contenter l'hydre à mille tètes de l'agiotage et de la corruption. En raisonnant par analogie, on croirait impossible qu'un système si contraire au caractère de vigueur, de confiance en soi, d'habileté dis Américains puisse se perpétuer; mais force est bien d'avouer en même temps que son glas funèbre, suivant les apparences, n'est pas encore sonné, quoique certains symptômes le présagent dans un avenir plus ou moins lointain.

L'Italie peut être citée comme un autre des nombreux exemples de pays qui ont plus perdu que gagné en impo- Banl des droits sur les articles de consommation domeslique. Le gouvernement italien taxe plus ou moins lourdemenl non seulement les marchandises dont la population

peut à la rigueur se dispenser, mais il commet la bévue de taxer aussi les articles d'alimentation. Par exemple, un droit de 8 sh. 2 d. par quintal est imposé sur le lard et le jambon; de G sh. 1 d. sur le beurre salé; de 3 sh. 3 deniers sur le fromage; de 8 sh. 2 d. sur le bœuf; de 1 sh. \ bjl d. sur le chocolat et le cacao; et ainsi de suite pour nombre d'autres articles. La prospérité de l'Italie en est-elle la conséquence? Répondons à cette question par la citation suivante, empruntée au dernier rapport du secrétaire de l'ambassade anglaise à Rome (1). M. Beauclerck constate que « dans les plaines un ouvrier de ferme ne reçoit jamais d'autre viande qu'un peu de porc, et que lors même qu'il semble rassasié il souffre d'inanition chronique, parce que ses aliments manquent de qualités nutritives. » — 11 écrit encore que le salaire moyen des ouvriers agricoles, 1 franc par jour, est bien loin de suffire à procurer la nourriture, l'habillement, et les plus simples nécessités de l'existence à un homme, et bien moins encore à un ménage avec enfants. Tant que des hommes font 40 ou 50 milles pour s'engager dans les travaux les plus bas et les plus malpropres, comme le nettoyage du riz, afin de gagner 30 francs en 40 jours de travail à la chaleur de l'été, n'ayant à manger que le pain qu'ils apportent ou se procurent dans le voisinage, il n'est pas étonnant que l'on appréhende des troubles sociaux, et que la loi sur l'instruction obligatoire reste en grande partie une lettre morte ; il n'est pas étonnant non plus que le paysan, « chassé par le besoin et la misère, s'éloigne, tout en larmes, de la pauvre chaumière qu'il aime [unir chercher une meilleure fortune dans des terres lointaines, laissant sa femme et ses enfants lutter contre la faim et se tirer d'affaire comme ils peuvent ». La situation u'esl pas meilleure dans les districts industriels. « Dans les poudreries, écrit le même auteur, l'ouvrier ne reçoit que de 1 shelliogà 1 shelling G deniers par jour, et dans les cas d'accidents par

(1) Rapport de M. Beauclerck sur la condition agricole du royaume d'Italie. 1884.

explosions, qui ne sont pas rares, les entrepreneurs ne font absolument rien pour les victimes. « Puis encore : « dans les carrières de marbre de Carrare, les salaires moyens n'atteignent que 2 fr. 50 à 3 francs par jour. Les habitations des ouvriers sont extrêmement misérables. Leurs enfants, épuisés par un travail prématuré, sont petits et minces, et, devenus adultes, restent pâles, maigres, courbés et affaiblis. »

Examinons maintenant des pays purement agricoles comme la Hongrie et une grande partie de l'Autriche. La Hongrie, seule, importe pour plus de 6 millions sterling de marchandises de toute espèce, sans compter celles qu'elle reçoit de l'Autriche, d'une valeur de 18 1/2 millions de livres sterling. Ces marchandises sont en grande partie des tissus destinés à vêtir la population ; puis du fer et de l'acier, principalement sous forme de machines destinées à la culture de la terre, à l'exploitation des chemins de fer, etc. Dans la fabrication de ces divers produits, la Hongrie ne peut opposer à l'étranger qu'une concurrence inhabile, et quoiqu'elle ne parvienne pas à développer sa propre industrie à un degré quelque peu important à l'aide des droits qu'elle impose, elle ne craint pas d'accroître le prix de presque tous les articles de consommation courante par l'élévation de ses droits d'importation.

L'Autriche, qui n'a qu'un petit nombre de manufactures et qui est, par conséquent, obligée d'avoir recours aux importations de divers pays, est néanmoins, comme d'autres nations continentales, attachée à la protection plutôt qu'au libre-échange. En 1882, la valeur des marchandises qu'elle a importées s'est élevée à plus de 65 1/2 millions de livres sterling, sur lesquelles il a été payé une taxe totale de 3,773,812 livres sterling, soit 5,7 p. 100 de la valeur importe. Mais, bien loin de frapper les articles de luxe exclusivement ou même principalement, ces droits portent surtout sur des marchandises d'usage journalier, car nous trouvons, dans la Longue liste des importations imposées, le grain, le ri/, la farine, les légumes, les fruits, parmi les aliments,

lis SUPRÉMATIE DE L'ANGLETERRE.

et le colon, les laines, Le lin, le chanvre, le jute, parmi les articles destinés au vêtement. Si l'Autriche constatait, comme conséquence do ce système, que son industrie se développe rapidement, et que ses importations décroissent d'année en année, sa politique économique pourrait au moins avoir l'air d'être justifiée par les résultats ; mais, bien loin qu'il en soit ainsi, le nombre et la nature des articles d'importation augmentent sans cesse. Nous ne citerons qu'un ou deux cas pour prouver que de tels errements sont incapables de produire aucun résultat avantageux. Un droit dépassant 4 livres sterling par tonne est perçu sur les plaques en fer et en acier des navires. Cette protection a-t-elle encouragé l'industrie locale de la fabrication de ces plaques? Les statistiques de l'industrie autrichienne montrent que 3,400 personnes seulement, dans tout l'empire, sont occupées dans cette industrie. Le jute et le lin sont frappés de droits qui varient de 3 livres sterling h 7 livres par quintal. Les industries du jute et du lin sontelles conséquemment florissantes en Autriche? Au contraire, on ne compte que 940 personnes employées pour la première, et 1 ,992 pour la seconde. 11 n'existe pourtant pas de motifs réels pour que l'Autriche ne fasse pas une concurrence heureuse à l'Angleterre dans ces industries. Le principal centre d'approvisionnement est plus rapproché de ses rivages que des nôtres : le travail dont elle dispose est moins cher : et elle a comme marché naturel toute sa propre population et celle des principautés danubiennes. Ou sait pourtant qu'avec le secours de la protection et les avantages indiqués, elle ne fournit pas la vingtième partie de la quantité vendue par l'Angleterre, et se trouve obligée d'avoir grandement recoursà nous pour aider sa production trop limitée.

Si nous examinions cette question en ce qui concerne les autres pays protectionnistes, nous trouverions les mêmes tendances et les mêmes résultats. .Mais il est inutile de multiplier davantage les exemples.

L'erreur qui tonne la base d'un grand nombre de théo-

ries protectionnistes, comme nous l'avons déjà dit, c'est de prétendre qu'un pays doit développer ses manufactures, sans considérer si ses ressources sont adaptées à ce développement, et de croire que des tarifs protecteurs sont un moyen sur d'obtenir ce résultat.

Le peuple des Etats-Unis n'accepte pas l'opinion assez souvent exprimée que c'est « sa destinée manifeste » de fournir au reste du monde, ou du moins à une grande partie du monde, « les matières premières d'alimentation et de recevoir en échange les articles manufacturés des autres pays. Il agit comme s'il pensait qu'il doit « faire le gâteau, puis le manger lui-même » ; cl comme s'il pouvait protéger ses industries nationales jusqu'à 40 p. 100 de la valeur totale du produit, et en même temps faire une concurrence victorieuse, sur les marchés neutres du monde, aux produits des nations qui ont rejeté toute protection' Ce qui prouve assez clairement combien cette espérance est futile, ce sont les tableaux officiels des exportations de ce pays, montrant que 15 p. 100 seulement du total exporté en 1884 sont formés d'articles manufacturés, contre environ 74 p. 100 de produits agricoles, ou bien en adoptant les termes de la statistique gouvernementale : « les exportations des manufactures n'ont été que d'environ 2 p. 100 des produits manufacturés du pays ». On explique que cette proportion minime d'exportation provient de ce que, en raison de circonstances particulières, le prix de production de certains articles s'est beaucoup accru. En 1865 le montant total des droits perçus sur les importations aux États-Unis a dépassé 16 millions sterling, le laux moyen ad valorem sur les articles imposés n'ayant pas été au-dessous de 47, 56 p. 100. En 1884, le montant total des droits ainsi perçus a dépassé 38 millionssterling représentant une moyenne ad valorem de 41,7 p. 100 sur les marchandises imposées. Mais la valeur des marchandises entrées en franchise s'était accrue dans l'intervalle a un tel point que, tandis que la moyenne ad valorem des droils sur les articles libres et imposés réunis était de 38, 4 p. 100

120 SUPHÉMAT1E DE L'ANGLETERRE.

en 1856, elle était descendue à 28,5 p. 100 en 1884. En conséquence l'Amérique ;t fait *1 *is progrès marqués vers un commerce plus libre, pendant ces \ ingt années. Ce progrès n'a peut-être pas été bien considérable et il est sans doute assez regrettable que G8p. 100 des importations totales soient encore soumises à un droit moyen ad valorem de il , 7 p. 100; mais avec La seule exception de l'année 1874, où ce droit a été juste de 1 p. 100 plus bas, il n'y a pas eu une seule année, dans les vingt dernières, où la moyenne des droits sur les importations ait été aussi basse qu'en 1884.

Cela pourra sembler un paradoxe, mais nous maintenons néanmoins comme vrai que l'Angleterre aurait probablement plus à craindre la concurrence des autres nations manufacturières si elles abolissaient leurs droits protecteurs. Pourquoi cela?tout simplement parce que, tant que le système actuel de protection est maintenu, il n'est pas probable que les contrées protectionnistes soient capables de lutter sur les marchés neutres avec un pays libre échangiste. Mais d'autre part, si les pays maintenant protectionnistes et aussi bien dotés que nous en ressources naturelles venaient;! abjurer leurs erreurs économiques et à se con- \ertir à la foi véritable, ils pourraient très probablement avec le temps, en rejetant les entraves qui arrêtent maintenant leur développement, devenir de formidables rivaux sur les marchés auxquels ils n'ont aucun accès en ce moment. Supposons un instant que les États-Unis soient capables de produire les textiles à aussi bon marché que la Grande-Bretagne, il n'y aurait alors aucune bonne raison pour que les tissus du Massachussetts et du Connecticut ne vinssent pas faire une concurrence victorieuse sur tous les marchés du monde à ces mêmes produits \enus d'Angleterre. On peut dire que le fret de la traversée de l'Océan serait alors contre les manufacturiers américains; mais il n'en coûterait nécessairement pas plus pour exporter l'article manufacturé qu'il ne nous en coûte à nous maintenant pour recevoir le coton brut d'où l'Angleterre tire les

tissus qui lui ont fait une réputation dans toutes les parties du monde. Il en est de môme pour beaucoup d'autres marchandises dont les matières premières sont en plus ou moins grande quantité importées d'Amérique. Mais il est évident que tant que les Etats-Unis augmentent artificiellement le prix de leurs objets manufacturés par de hauts salaires-, des installations coûteuses, des transports chers et ainsi de suite; ils ne peuvent espérer d'obtenir un débouché pour des articles manufacturés subissant la concurrence de ceux que l'Angleterre a heureusement la facilité de produire avec le système du libre-échange. Ce système, s'il n'entraîne pas de très hauts salaires, donne des avantages plus qu'équivalents, comme la vie cà bon marché, les locations à bas prix, l'habillement peu coûteux, sans parler d'avantages communs a l'employeur et à l'employé. L'ouvrier qui travaille au cœur même de l'Angleterre, à Birmingham, Manchester ou Bradfort, peut acheter son blé et sa farine à aussi bon marché que le paysan russe (1) ou le fileur de coton du Massachusetts , tandis qu'il peut se procurer un grand nombre d'articles de luxe et d'utilité à bien meilleur marché que ses concurrents.

11 n'est pas sans intérêt de considérer un instant quelle serait la situation du peuple anglais, si les gouvernants venaient à retourner au système qui a précédé le rappel des corn laws. Les défenseurs d'un droit sur le blé importé ont-ils jamais sérieusement examiné quel serait l'effet d'une telle mesure ? L'Angleterre importe maintenant plus di' 600 millions de quarters de grains par année ; frappons cette quantité d'une taxe de 5 shellings par quarter; le produit dépassera 175 millions de livres sterling^. Sur qui tomberait principalement le poids de cette taxe? Aon sur les rlasses hautes ou moyennes, qui ne forment d'ailleurs

I Les salaires, en Russie, sont peul-èlre plus bas que dans tout autre pays de l'Europe, el cependant le vice-consul Lowe rapporte qu'à Berdiansk, pendant une des dernières années, le prix du blés'élnvait a i" el 48 sh. par quarter, c'est-à-dire' à plusieurs shellings par quarter de plus qu'en Angleterre dans cette même année.

qu'une petite minorité de la population totale, et sont plus capables de porter un tel fardeau; mais sur le gros des classes Laborieuses; sur les 8 millions d'ouvriers qui vivent, ainsi que leurs familles, <Je l'industrie manufacturière! L'imposition d'une telle taxe serait équivalente à une charge de près de 5 livres par tête, sur chaque homme, femme on enfant dans les trois royaumes. Et quelle serait la compensation de ce fardeau? Prétend ra-t-on que les salaires en seraient augmentés? Rien ne justifie une telle assertion. Pense-t-on que notre commerce avec les autres nations en serait amélioré ? Ce serait simplement supposer que Ton peut donner plus d'efficacité au travail de L'artisan et de l'ouvrier en augmentant pour lui la] dureté et la difficulté de l'existence. Personne ne croira et n'affirmera sérieusement que les autres nations seraient plus disposées à recevoir nos articles manufacturés si leurs prix, s'accroissaient, ce qui serait inévitable avec des salaires plus élevés ; ou bien si leur qualité était moindre, ce qui arriverait probablement par suite de l'abaissement, physique d'abord, et en conséquence intellectuel, de la capacité des ouvriers. Ainsi, pour résumer toute la question, il est difficile de ne pas admettre que l'Angleterre gagne considérablement, en comparaison des autres nations, par le système des importations libres. En théorie comme en pratique, son système économique est juste. Il permet de se procurer toutes les nécessités et bien des agréments de la \ie à un prix moins élevé, toutes choses bien considérées, que dans n'importe quel autre pays du monde. C'est une question bien discutée que celle du pays où la vie est à meilleur marché. Une réponse qui tiendrait compte de toutes les conditions du problème serait difficile à fournil', mais il y a de bonnes raisons de penser que l'Angleterre est certainement un pays où la vie n'est pas plus chère que dans beaucoup d'autres, tandis que le taux des salaires payés aux artisans anglais est généralement plus élevé que celui de la même classe d'ouvriers dans les contrées protectionnistes.

iNousavons vu, d'autre part, que sauf de rares exceptions, qui ne servent qu'à confirmer la règle, la protection ne saurait donner, d'une façon permanente, des salaires plus élevés; qu'elle rend presque impossible tout commerce d'exportation, qu'elle accroît sensiblement le prix de toutes les marchandises dans les pays où elle est pratiquée ; et qu'enfin elle ne parvient pas à supprimer entièrement ce qu'elle a principalement pour mission d'empêcher, c'est-àdire l'importation des produits et des articles manufacturés des autres pays.

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