FABRIQUE
de machines.
Il y a lieu de faire observer ici que ces chiffres, quoique exacts, si on les applique aux districts principaux aussi bien qu'aux grandes industries, ne peuvent être acceptés comme représentant les prix de tous les districts et de toutes les
(1) Dans quelques Fabriques de machines, le nombre des heures de travail esl de S4 par semaine; mais pour le plus grand nombre des établissements ce nombre ne s'élève en moyenne qu'a 52.
industries. On peut tenir pour certain, cependant, qu'ils représentent suffisamment la condition générale des différentes contrées comprises dans le tableau, en ce qui concerne les heures de travail. Un autre t'ait assez important par son effet sur le taux des salaires, c'est le plus ou moins d'extension de l'emploi des femmes et des enfants. Nous en traitons spécialement dans un autre chapitre. En ce qui concerne les enfants, la situation des diverses nations européennes se rapproche beaucoup plus maintenant qu'à l'époque où le Factory Act fut appliqué pour la première fois dans notre pays. L'Angleterre, qui a donné le premier exemple de cette grande amélioration, a eu la satisfaction de voir l'Allemagne et la France la suivre dans cette voie, et elles ont bientôt marché plus vite qu'elle dans la direction qu'elle avait indiquée. En Allemagne, les enfants au-dessous de 14 ans ne peuvent être employés dans aucun atelier, et relativement a la population industrielle, le nombre des enfants employés comme ouvriers est probablement moindre que dans n'importe quel autre pays du monde.
En France, le nombre des enfants occupés dans les ateliers est moins grand qu'en Angleterre. Les enfants audessous de douze ans ne peuvent travailler dans les ateliers français, et à partir de cet âge ils doivent passer à l'école deux heures par jour. En Italie, au contraire, en l'absence de toute loi sur les ateliers, les enfants commencent à travailler à huit ans ; à cet âge si tendre, ils font souvent la pleine journée de 12 h. 1/2; leurs salaires dans les ateliers varient de 4 à 7 deniers par jour(0r,40 à Or,70).
A cet égard, la Hussie ressemble jusqu'ici à l'Italie et les choses y sont probablement encore [lires. Un des professeurs deVUniversité de Moscou, qui a entrepris récemment une enquête sur les conditions de l'industrie en Russie, a trouvé que le travail des jeunes (-niants est employé dans ce pays d'une manière beaucoup pins fréquente que
dans aucune autre contrée européenne. Dans les ateliers de papiers de tapisserie de Moscou, 38 p. 100 des
ouvriers sont des enfants au-dessous de 15 ans; dans les ateliers de meubles et de pianos, 27 p. 100; dans les verreries, 2o p. 100; dans les manufactures de tabac, 24 1/2 p. 100. Un cinquième des enfants employés étaient audessous de 12 ans, et un grand nombre d'entre eux n'avaient pas 10 ans. Pourtant, en 1882, une loi a été passée pour limiter l'emploi des jeunes enfants dans les ateliers russes. D'après cette loi, les enfants de 10 à 12 ans ne seront autorisés à travailler que dans des circonstances exceptionnelles. De 12 a 15 ans, les enfants ne devront pas travailler plus de 8 heures par jour. L'emploi des enfants au-dessous de 10 ans est absolument interdit.
En Autriche, des réformes bien nécessaires ont eu lieu en 1884. La nouvelle loi défend aux enfants au-dessous de 20 ans de travailler plus de 10 heures par jour, et interdit d'employer ceux qui sont au-dessous de 14 ans. Dans les munufactures, la journée de travail est limitée à 11 heures, les enfants au-dessous de 14 ans ne doivent être employés à aucun travail régulier; de 14 à 16 ans, ils ne doivent être occupés qu'à un travail léger, et non susceptible d'être préjudiciable à leur santé (1). Le travail de nuit est interdit aux femmes et aux enfants. Le dimanche doit être observé comme jour de repos complet, et les personnes au-dessous de 18 ans doivent avoir un loisir suffisant pour assister aux écoles du soir.
La Suisse a presque la même loi que l'Autriche et l'Allemagne en ce qui regarde le travail des enfants. Aucun enfant au-dessous de 14 ans n'est autorisé à occuper un emploi, et le travail des enfants au-dessous de 18 ans ne doit jamais dépasser 11 heures par jour.
En Belgique, il n'existe pas de loi pour la réglementation du travail des enfants, mais d'après une entente entre les employeurs, les enfauts au-dessous de douze ans ne sont pas généralement admis dans les ateliers. Il y a quel-
(1) La loi autrichienne est maintenant à peu près semblable à celle qui est en vigueur depuis quelques années dans l'empire allumant).
31 ', SUPRÉMATIE DE L'ANGLETEURE.
ques années, dans le district de Verviers, on lit une cnquête sur le nombre des enfants d'un Age tendre employés dans les ateliers de lainages, et on constata que 51 seulement étaient âgés de moins de douze ans.
De tout ce que nous avons dit jusqu'ici, il ressort évidemment que l'Angleterre ne peut rien perdre à la comparaison avec les autres pays européens en matière de travail juvénile. 11 est très peu honorable pour les Etals- Unis que des milliers d'enfants de 10 à 12 ans soient encore employés dans les ateliers de la Nouvelle-Angleterre; mais il est douteux que le pays en général bénéficie d'une manière quelconque de cette lacune de la loi.
On s'attend probablement à nous voir résumer les données si variées que nous venons de présenter, avec l'intention de montrer les différences exactes qui existent entre les taux des salaires dans les différents pays dont nous avons parlé. Mais beaucoup des conditions constatées sont tellement dissemblables que si nous essayions quelque chose de semblable, notre œuvre tiendrait plus du contraste que de la comparaison. En réalité, le résultat de la comparaison entre les salaires des divers pays ne saurait être résumé en une formule précise, et il est nécessaire de considérer ces salaires divers, en tenant compte des circonstances qui tendent à les modifier et à limiter la portée de leur application.
Parmi les plus évidentes de ces circonstances on peut appeler l'attention sur ce fait, que l'économiste ne peu! s'appuyer que sur des chiffres partiels et, par conséquent, incomplets. 11 ne saurait déterminer la moyenne exacte des salaires pour une contrée quelconque, car non seulement le taux varie grandement d'un district à un autre, mais des différences existent souvent entre deux localités voisines ou appartenant au même comté. De plus, il est manifeste qu'on doit faire une distinction entre le salaire nominal et le salaire net. Dans quelques districts il est habituel de faire sur les salaires des déductions considérables dans un but local ou commercial ; dans d'autres celle pra-
tique existe à peine. Puis encore , le taux des salaires reste rarement stationnaire pendant une longue période de temps; il est susceptible de variations continuelles, qu'il faut apprécier et dont il faut tenir compte pour arriver à une moyenne exacte (1). Les salaires sont, en outre, continuellement affectés par des changements de procédés et par l'introduction de nouvelles applications mécaniques, comme nous l'avons vu déjà dans le tissage pour les métiers ta main vis-à-vis des métiers à vapeur. Mais toutes ces considérations, tout en prouvant la difficulté d'arriver à la certitude d'une démonstration mathématique, pour les points principaux de cette enquête, ne sauraient vicier sa conclusion générale, ni obscurcir les vraies conclusions et le caractère de la question du travail telle qu'elle se pose entre les divers Etats d'Europe et le reste du monde. 11 est possible que l'Angleterre ne soit pas en danger de perdre sa suprématie à cause des salaires relativement plus élevés que reçoivent ses artisans, mais on verra, à mesure que nous avancerons dans cette étude, que d'autres pays attachent une grande importance à la possession de leur travail à meilleur marché et d'une plus longue durée, et que le travail plus coûteux de l'Amérique ne se réfléchit que trop vivement dans les conditions commerciales de ce pays.
11 paraît convenable maintenant de se demander quelle sera la tendance que suivra probablement dans un avenir prochain la rémunération relative du travail européen et du travail américain. Est-il probable que le prix du travail dans notre pays s'élève au niveau du salaire dans les Etats- Unis, ou bien y a-t-il plus de chances pour que le prix du travail dans ce dernier pays descende au niveau de celui de l'Angleterre? De grandes conséquences dépendent de la solution finale de ce problème. Si, comme bien des per-
(I) Celte remarque est spécialement applicable aux mineurs et aux ouvriers eu fer, quand leur salaire est réglé par une échelle mobile ml les fluctuations du prix de vente des marchandises qu'ils produisent.
Bonnes semblent le supposer, le niveau des salaires payés aux États-Un is devait s'abaisser sans qu'il y eut un mouvement analogue en Angleterre, il est alors plus que probable que nous devrons nous accommoder d'une concurrence beaucoup plus vive sur les marchés neutres, faite par nos rivaux Américains. Et c'est là une prévision qui a de puissants arguments en sa faveur. Le taux plus élevé de la rémunération des occupations manufacturières a poussé beaucoup de ceux qui s'adonnaient naguère à l'agriculture dans les Etals-Unis, à l'abandonner pour se livrer aux industries mécaniques et minières. On calcule que pendant les dix années qui se termineront en 1890, plus d'un million de personnes qui, dans les circonstances naturelles, seraient allées augmenter la population agricole, se seront portées de préférence vers les manufactures ou d'autres emplois productifs; si bien que le supplément de travail utilisable en ce sens dépassera de beaucoup la demande. Il s'en suivra une diminution dans le taux des salaires, qui pourra amener comme conséquence un développement considérable des manufactures américaines. On affirme aussi que, de 1882 à la fin de 1884, près de 350,000 personnes employées dans les manufactures des principales villes des États-Unis se sont vu enlever leurs occupations. Ce dernier fait est atlribuablc, bien entendu, tout autant et peut-être plus directement à une diminution des opérations manufacturières causées par la dépression générale du commerce, plutôt qu'à un encombrement du marché du travail. Mais, quelle qu'en soit la cause, ce mouvement a produit et continuera à produire un effet certain. Les salaires sont invariablement réduits quand l'afflux du travail dans une industrie donnée est en grand excès sur la demande, et, aux États-Unis, dans l'intervalle ci-dessus indiqué, des réductions dans le taux des salaires ont eu lieu dans presque toutes les industries importantes ; elles se sont élevées de •"> a 30 p. IOO. Un des traits remarquables de cette période c'esl que, en dépit d'un
tarif qui exclut la possibilité de tonte concurrence etrau-
gère, en ajoutant en moyenne 43 p. 100 au prix, de tout ce qui est nécessaire à l'existence, sauf les aliments, et qui a pour but ostensible de maintenir à son taux élevé la rémunération du travail en Amérique, la crise récente a eu un effet encore plus funeste pour les ouvriers américains ainsi protégés, que pour ceux de l'Angleterre libre-échangiste.