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CHAPITRE XII

Le coton.

En étudiant, comme nous nous proposons de le faire ici, les conditions comparatives dans lesquelles se trouve l'Angleterre comme nation manufacturière, l'industrie cotonnière mérite notre premier rang d'examen, en raison de sa vaste étendue, de son importance, et parce qu'elle fournit l'exemple le plus remarquable que présente l'histoire du monde d'une industrie s'élablissant et atteignant d'immenses proportions dans des conditions qui, certainement, n'étaient pas défavorables à son développement, mais qui, néanmoins, n'étaient pas de nature à donner des facilités d'un caractère local ou spécial.

Quand on étudie la croissance de notre industrie cotonnière, la première réflexion qui se présente, c'est qu'elle est entièrement à la merci des importations de matière première. Ace point de vue, elle diffère de presque toutes nos autres principales industries. Nous importons de giandes quantités de laine pour nos manufactures de lainages, mais nous en produisons aussi de grandes quantités chez nous. Nous recevons d'Espagne el d'Italie des quantités considérables de minerai de fer pour nos industries métallurgiques, mais notre propre sol nous eu fournil encore bien davantage. Notre grande industrie des produits chimiques dépend des importations de pyrites \enant d'Espagne, mais dans la pratique, toutes les autres matières

premières nécessaires aux fabriques d'alcali sont indigènes. Dans les papeteries, nous employons beaucoup de matières importées, mais nous en trouvons beaucoup aussi dans notre pays. Pour toutes ces industries, et pour beaucoup d'autres que nous pourrions énumérer, nous trouvons chez nous une certaine proportion de matières premières nécessaires pour la prospérité de leur exploitation. Mais en ce qui concerne le commerce des cotonnades, chaque once de matière première utilisée est importée de l'étranger, et néanmoins la Grande-Bretagne doit soutenir sur les marchés du monde la concurrence de pays qui ont le privilège de récolter la matière première, et qui la transforment aussi en articles manufacturés.

Malgré le désavantage provenant du supplément de dépense que nécessite l'entrée de la matière première, qu'il faut amener de distances qui varient entre 5,000 et 10,000 milles, des plantations de cotonniers de la Caroline, des plaines de l'Inde et du delta d'Egypte jusqu'aux usines du Lancashire et du Cheshire, l'Angleterre a pu jusqu'ici se maintenir sur les marchés du monde. Elle a perdu un peu de terrain, relativement mais non absolument. Existet-il dans la nature des choses des motifs pour qu'elle ne puisse conserver sa supériorité qui paraît basée non sur la possession de ressources naturelles spéciales, mais sur la fondation beaucoup moins solide et beaucoup moins permanente de l'habileté pratique, l'outillage le plus perfectionné et la disponibilité du capital, avantages qui peuvent tous être possédés un jour à un égal degré par des pays rivaux qui cultivent, en outre, la matière première sur leur propre sol?

Après la question de nos approvisionnements alimentaires, se range l'étude très importante des ressources comparatives que possèdent les divers pays pour continuer a exercer une industrie dont les produits sont d'un emploi si général pour l'humanité. L'Angleterre peut-elle espérer de maintenir sa supériorité comme principale fournisseuse de cotonnades, ce qui a été jusqu'ici pour elle l'une des

sources de ses plus beaux bénéfices? Est-il probable qu'elle puisse continuel' à prouver au monde, comme elle l'a fait jusqu'à présent, que la possession des matières premières indigènes n'est pas essentielle pour la création et la prospérité d'une grande industrie? Ou, en d'autres termes, notre pays parviendra-t-il à démontrer que les qualités qu'il possède à un si haut degré, l'habileté acquise, l'aptitude spéciale etles ressources mécaniques, seront suffisantes dans l'avenir, comme elles l'ont été dans le passé, pour lui permettre de garder sa supériorité sur d'autres pays mieux dotés par la nature, mais moins riches en qualités acquises?

C'est ce que nous allons examiner à l'aide des faits et des chiffres. Dans une notice lue devant la Société de statistique de Manchester en 1S77, M. Joseph Spencera donné la statistique suivante du nombre des broches en activité dans les filatures de coton du monde, à des dates différentes, pendant le dernier demi-siècle :

Dates.

Royaume-Uni.

Continent européen.

États-Unis d'Amérique

L'accroissement a été de :

Ace. total.. 28.500.000 16.700.000 s.:i00.000

On voit que si l'accroissement de l'emploi du coton pendant les cinquante dernières années dans les manufactures du continent européen est égal aux 'A i et dans celles des États-Unis d'Amérique à la moitié de l'accroissement dans la Grande-Bretagne, il n'est pas moins \rai que nos lilateurs ont tenu en activité un nombre de broches dépassant de Llï.\ p. 100 celui des broches américaines el

(le 72 p. 100 celui des filatures du continent.

Ces résultats semblent contradictoires, mais ils no le sont

qu'en apparence. L'accroissement absolu dans le poids du coton consommé pendant les 50 années a été de :

Grande-Bretagne 1.016.000.000 lhs.

Continent européen 737.000.000

Amérique 501.000.000

Ainsi, la Grande-Bretagne a pris sur l'accroissement total 37,8 p. 100 de plus que le continent d'Europe, et 102,7 p. 100 de plus que les États-Unis d'Amérique (1).

Jusqu'à un certain point ces chiffres sont certainement satisfaisants. Mais des tableaux établis par MM. Ellison et Go montrent que le commerce du coton de la Grande-Bretagne a fait peu de progrès pendant les années les plus récentes, tandis que celui des Etats-Unis et de l'Europe continentale en faisait d'énormes. La quantité du coton brut importé pour être façonné n'aaugmenté entre 1873 et 1883 que de 1 ,52 p. 100 dans la Grande-Bretagne, tandis qu'elle s'accroissait de 41,73 p. 100 dans l'Europe continentale; et aux Etats-Unis, dans le même intervalle, l'emploi du coton brut augmentait de 61,2 p. 100. D'après ces chiffres, il semblerait que si la Grande-Bretagne n'a pas absolument rétrogradé, ses progrès dans les dernières années ont été inférieurs à ceux des nations concurrentes, quoiqu'elle emploie encore près de 3 millions 1/2 de balles, sur un total d'un peu plus de 9 millions mis en œuvre tant aux Etats- Unis qu'en Europe, soit, pour l'Angleterre, tout près de 40 p. 100 du total de la quantité manufacturée.

La perte relative de terrain qu'impliquent ces chiffres ne paraît pas devoir être attribuée à ce que les fîlateurs de coton d'Angleterre auraient négligé d'adopter les perfectionnements de l'outillage et des procédés de fabrication. Au contraire, il existe des preuves abondantes que, de ce côté, L'Angleterre conserve facilement la première place. L'efficacité du travail des usines anglaises continue, comme

Eu moyenne, dans le Royaume-Uni, les fils produits sont plus lin- el la marchandise esl plus légère que sur le continent européen et aux États-1 m- d'Amérique.

autrefois, à n'être pas surpassée, dette supériorité est dé' montrée par bien des preuves concluantes. De 1850 a. 1879, le nombre moyen de broches par ouvrier employé dans nos

filatures a passé (le G3 a 01 , soit un accroissement de 44 1 2 p. 11)0. De 1850 à I8(i2, l'accroissement de môme nature n'avait été que de 0 p. 100, c'est-à-dire que le nombre des broches par ouvrier avait passé de 03 à 67. Aux Etats-Unis, (jiii sont maintenant, après le Royaume-Uni, le plus grand pays manufacturier du monde, l'accroissement du nombre des broches par ouvrier atteignait environ la même proportion p. 100 que dans le Royaume-Uni; mais, aux dernières dates, la productivité moyenne des ouvriers fileurs de coton du Royaume-Uni, exprimée par le nombre des broches mises en travail par chaque ouvrier, était de 47 p. 100 plus grande que celle de la même classe de travailleurs en Amérique.

Quoique ces faits généraux ressortent bien de l'analyse des rapports officiels dans les deux pays, il n'en est pas moins important de rappeler qu'ils peuvent être, et même qu'ils sont sujets à des modifications importantes. 11 est possible que Je nombre des broches non employées à un moment donné dans le Royaume-Uni soitplus grand qu'aux Etats-Unis, relativement au nombre des ouvriers employés. Dans ce cas, évidemment, la différence constatée en faveur de l'Angleterre devrait être réduite d'une quantité correspondante. 11 est aussi probable que, aux Etats-Unis, il y a plus de métiers employés relativement aux broches, ce qui réduirait encore un peu plus la différence. .Mais il est extrêmement probable que ces deux circonstances sont bien loin de modifier la situation de manière à supprimer la différence totale de 47 p. 100.

L'industrie du coton est, parmi les grandes industries, une de celles qui emploient le plus d'ouvrières relativement au nombre Av^ ouvriers. Le travail des femmes est généralement moins cher, il est aussi plus </ssi</// et plus suivi que celui des hommes; et il est probable (pie l'avenir de l'industrie cotonnière dépendra beaucoup de l'extension

donnée à l'emploi des femmes et des enfants. L'Angleterre et le continent, ce dernier un peu plus lentement, ont marche dans le même sens, c'est-à-dire que la proportion des ouvrières aux ouvriers s'est accrue. Les États-Unis, au contraire, ont suivi une direction opposée. Ainsi, en 1851,1e nombre total des personnes employées dans nos industries textiles était de 907,200, sur lesquelles 460.801, ou 52 p. 100, étaient des femmes. En 1871, 58 eenlièmes'sur un total de 939,630 appartenaient à cette catégorie, et enfin le recensement montre qu'en 1881 les 62 centièmes 1/2 du nombre total des employés appartenaient au sexe féminin. Aux Etats-Unis, au contraire, la proportion des femmes est descendue, de 64 p. 100 en 1850, à 49 p. 100 eu 1881. Ainsi que nous l'avons vu, il ne semble pas que l'industrie anglaise des cotons ait perdu de son efficacité par suite du fait que nous venons de signaler, en la comparant à la même industrie en Amérique.

Une méthode, qui s'est développée dans l'industrie du coton et dans beaucoup d'autres industries, a été jugée favorable à l'économie de la production : c'est le système moderne des grandes manufactures. Toutes choses égales on constate généralement que le pays qui peut mettre en activité les fabriques les plus considérables et les mieux équipées, produit avec le plus d'économie et peut, en conséquence, s'assurer la meilleure situation sur les marchés du monde. Dans le Royaume-Uni comme partout ailleurs le système desgrandesjusines est d'une institution comparativement moderne, et, à part l'observation que nous venons de taire, nous ne dirons rien de plus de ses mérites ou de jesdéfauts.Mais, chose digne de remarque, taudis qu'avant tes inventions auxquelles sont attachés les noms d'Arkwright Crompton et Lee, presque tout le filé et le tissage étaient faits ,, domicile par les ouvriers, ce mode de fabrication est ni::intenant inconnu dans la pratique. Les grandes usines se multiplientde plusen plus et réunissent un plus grand nom- I'"' d ouvriers. Le nombre moyen des broches par fabrique e8itombédel0,868enl850àl0,525enl862,cequisignine

que, pendant cette période, les bénéfices du commerce de coton avaient attiré an grand nombre de petits capitalistes, (pii ne pouvaient travailler qu'avec des ressources restreintes ; mais quand le profit devint moindre, beaucoup de petites usines s'aperçurent qu'elles ne pouvaient soutenir la concurrence des grandes fabriques, et elles disparurent ou bien elles allèrent s'absorber dans des établissements plus considérables, ce qui éleva le nombre moyen des broebespar fabrique de 10,525 en 18G2 à 15,399 en 1851 et à 16,531 en 1878. En même temps qu'avait lieu cette augmentation dans le nombre des broches, il y eut un accroissement moyen dans le nombre des métiers à vapeur, de 129 à 192 par usine, et un accroissement de 171 à 181 dans le nombre moyen des ouvriers. On remarquera donc qu'il y a, pendant l'intervalle indiqué, un accroissement moyen de 46 p. 100 dans le nombre des broches, et de 49 p. 100 dans le nombre des métiers à vapeur par usine établie, tandis que l'accroissement du nombre des ouvriers employés n'a été que de 6 p. 100. Ce fait entraîne l'une ou l'autre de ces deux conclusions : que la puissance moyenne de production de chaque ouvrier s'est grandement accrue, circonstance que nous avons déjà constatée et commentée; ou bien que le nombre proportionnel des broches et des métiers inoccupés était beaucoup plus grand dans la première période que dans la seconde. Mais nous n'avons pas de renseignements sur ce point. Aux Etats-Unis, la puissance moyenne des usines en activité est aussi devenue plus grande d'année en année. La moyenne du nombre des broches par filature, en 1831, n'était que de 1,556, tandis qu'en 1880 elle était de 14,092. Dans la première de ces années le nombre d'employés par filature était de 65, dans la dernière il était de 220: il s'ensuit que la puissance moyenne des filatures, en tant qu'elle est représentée par le nombre des broches, s'est accrut1 dc800 p. 100, tandis que le nombre moyen des ouvriers employés s'accroissait de 240 p. loi» dans la période que nous examinons. Mais il existe aux Etats-Unis une grande différence dans rétendue moyenne des Rlatures

INDUSTRIES TEXTILES DE L'ANGLETERRE. 22ii

suivant qu'elles appartiennent à un groupe d'Etats ou à un autre. Dans les États de la Nouvelle-Angleterre qui contiennent 82 p. 100 de toute la puissance productrice de cotonnades du pays, la portée moyenne de chacune des 439 filatures en activité en 1880 s'élevait à 19,603 broches, c'està-dire 3,132 broches de plus que la moyenne du Royaume- Uni. Dans les Eiats du Sud, au contraire, les 161 filatures n'avaient qu'une moyenne de 3,367 brocheschacune. Ainsi, les filatures de la Nouvelle-Angleterre étaient, en moyenne, six t'ois plus considérables que celles des Etats du Sud.

Il est instructif de constater que, môme dans les pays où les matières premières de cette industrie sont abondantes, il n'est pas habituel d'élever des filatures sur les points où ces matières sont le plus rapprochées. Aux Etats-Unis, par exemple, la grande masse de coton se récolte dans les Etats du Sud; cependant ces Etats ne possédaient en 1880 qu'un demi-million de broches au total, en regard de 8 millions 1/2 dans la Nouvelle-Angleterre, où Ton ne récolte pour ainsi dire pas de coton. Le principal motif de ce fait, c'est probablement que, dans les Etats de la Nouvelle- Angleterre, l'habileté spéciale et l'aptitude qui caractérisent le travail de nos filatures anglaises se rencontrent en bien plus grande quantité. Dans le sud, au contraire, où la population est surtout agricole, cette qualité de travail est difficile à obtenir. En outre les Etats de la Nouvelle-Angleterre possèdent des moyens de transport faciles pour accéder sur les marchés où les colonnades américaines trouvent leurs meilleurs débouchés, moyens qui font défaut aux Etats du Sud.

Le prix comparatif auquel les filatures peuvent s'établir dans les divers pays et la somme qu'il est, en conséquence, nécessaire de dépenser pour atteindre un résultat dunné, sont d'uni; importance considérable pour le succès des puissances rivales sur les marchés neutres. Toutes choses égales d'ailleurs, l'avantage de n'engager qu'un capital minime relativement à la masse des produits détermine le résultai de la lutte. A ce point de vue l'Angleterre

occupe une position nettement supérieure à celle de tout autre pays. En effet, beaucoup d'autres contrées jusqu'aux derniers temps, et même pour un grand nombre jusqu'au moment actuel, se procuraient dans le Lancasbirc les machines et les ouvriers habiles nécessaires à rétablissement de leurs usines, et ajoutaient ainsi un tiers ou la moitié, au prix que coûte la création d'une installation semblable en Angleterre. Mais ce n'est pas là un avantage sur la permanence duquel nous puissions compter. L'Amérique a déjà pris des arrangements pour fournir la plus grande partie du matériel qui lui est nécessaire. L'augmentation de dépense que nous venons d'indiquer se reflète curieusement dans les tableaux du Census, rendant compte du capital engagé dans l'industrie cotonnière. En 1831 le capital placé dans les filatures de coton américaines s'élevait à 6,514 livres sterling par 1,000 broches. En 1860, le capital employé pour le même résultat n'est plus que de 3,766 livres sterling; en 8180 il s'élève de nouveau et arrive à 3,910 livres sterling (1). Mais ce dernier chiffre représente la dépense moyenne pour tout le pays, cl celte moyenne varie considérablement suivant les divers groupes d'Etats. Dans la Nouvelle-Angleterre, comme on peut s \ attendre en raison de la proximité des fabriques de machines et de l'abondance du travail technique, la dépense moyenne de capital par millier de broches n'a été que de 3,632 livres sterling; mais dans le groupe des Etats du centre, elle s'est élevée à 4,459 livres sterling; dans les Etats du sud, elle est arrivéeà 6,412 livres sterling ; enfin, dans les Etats de l'ouest, elle n'a pas été moindre de 7J2.'i livres ou presque exactement le double de celle des Etals delà Nouvelle-Angleterre. D'après ces chiffres, on voUque, dans le Lancashire, où le prix de fondation d'une usine est plus modéré même que dans la Nouvelle-Angleterre, les

(t) Cri accroissement est dû, suivanl toute apparence, à la hausse considérable des salaires pendant pes vingt années 1860 à 1880). Celte hausse dans les industries manufacturières aurait été de plus rie 60 p. 100, entre 1860 et 1870,. d'après M. Edward tfoung,

dépenses nécessaires pour une production donnée sont au-dessous de la moitié de celles qui sont indispensables dans les États d'où nous tirons principalement notre approvisionnement de coton brut. Un calcul bien simple fait voir jusqu'à quel énorme degré cette circonstance favorise l'Angleterre. Si nos manufactures de coton exigeaient précisément la même dépense par 1,000 broches que celles de la Nouvelle-Angleterre, le capital engagé dans l'industrie du coton cliez nous s'élèverait à 170 1/2 millions de livres. Mais si notre dépense moyenne par manufacture était égale à celle des Etats du Sud, le total s'élèverait audessus de 301 millions sterling (7,525 millions de fr.), c'està-dire a 130 millions 1/2 de plus (3,262,500,000 fr.). Jusqu'ici, nous n'avons pas de statistique digne de foi du capital engagé dans notre industrie cotonnière; mais on peut assurément l'évaluer à 15 ou 20 p. 100 de moins par millier de broches, même que celui des Etats de la Nouvelle-Angleterre.

En étudiant les différences qui existent dans le taux des salaires payés aux ouvriers cotonniers dans les pays rivaux, il n'est pas sans importance d'examiner brièvement leurs conditions comparatives dans le passé avant d'en venir à celles du temps présent. Dans celte rechercbe, un des premiers phénomènes qui appelle notre attention, c'est le singulier parallélisme dans l'accroissement de la rémunération du travail dans les divers pays. Ce parallélisme est attesté par un si grand nombre de faits authentiques qu'on peut presque l'accepter comme une loi. Pour l'industrie cotonnière, on constate que, de 1834 à 1884, la moyenne <!<•> salaires de tous les ouvriers employés dans les filatures du Lancashire s'est accrue de 63 p. 100 (1). Dans les usines de coton de la Nouvelle-Angleterre, les salaires moyens payés à la même catégorie d'ouvriers se sont élevés, entre 1840 et 1884, de 64 p. 100 (2). En France (Nord), entre 1840 et

(1) Discours de M. li. Montgomery devant la, société de statistique de Manchester. .Novembre 1884, p. 14.

Métaphysique h mécanisme de l'échange île M. Atkinson.

228 SI PRÉMATIE Dli L'ANGLETERRE.

1882, la moyenne des salaires payés aux employés de cette catégorie s'est accrue de 100 p. 100, néanmoins le montant de l'accroissement n'a pas été aussi considérable qu'en Angleterre ou aux Etats-Unis, carie taux p. 100 s'établit

sur une somme beaucoup plus petite. Il en a été presque absolument de même en Belgique et en Allemagne qu'en France : les salaires des ouvriers cotonniers ont presque doublé pendant les cinquante dernières années.

Nous allons comparer maintenant le taux des salaires payés aujourd'hui aux ouvriers cotonniers des divers pays. .Mais quelque importante que puisse être une pareille comparaison, un mot d'avertissement sur le danger qui existe toujours d'attacher une importance exagérée aux variations de salaires ne parait pas inutile. De simples différences de cette espèce ne sont pas toujours, ni même généralement, décisives, dans le problème de la production économique, quoiqu'elles aient évidemment une grande importance, et qu'elles puissent devenir finalement décisives, si toutes les autres influences sont égales. Mais c'est ce qui n'est pas, et ne sera probablement jamais.

L'Angleterre est placée comme un tampon entre Les tendances contraires des marebés du travail; elle doit lutter d'une part contre les salaires considérablement plus élevés qui se paient aux Etats-Unis, et de l'autre contre le travail beaucoup moins rémunéré de l'Europe continentale. D'après toutes les apparences, et quoique notre opinion ail l'air d'un paradoxe, elle doit beaucoup plus redouter le travail à salaires élevés de la Nouvelle-Angleterre que le travail à bas prix de la Belgique et de la Suisse.

En prenant toujours nos données dans les documents officiels, nous établirons le tableau suivant des salaires moyens par semaine ebez quatre «les principales nations productrices de cotonnades dans le monde, en 1880 :

Valeurs en schellings et en deniers.

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