‹ La Suprématie de l'AngleterreChapitre 39 sur 83 · DO 9ALA1BE PAYÉ · texte numérisé non relu

DO 9ALA1BE PAYÉ

par ouvrier employé pendant l'annéi

ta

Afin de jeter encore plus de Lumière sur les chiffres qui

précèdent, il n'est pas inutile d'ajouter que I2».o<mi sur les 172,000 ouvriers cotoniers employés en 1880, ou environ 70 p. loo du total, étaient occupes dans les États de l'Est et

recevaient les salaires les plus élevés du tableau.

La question des salaires pourrait être traitée avec beaucoup plus (le détails, mais cela n'est peut-être pas néces saire pour le but que nous nous proposons, lequel est sur tout de fournir les éléments d'un jugement sur les condi

lions comparatives d'exploitation de cette grande industrie en ce qui concerne le prix du travail.

Il n'est probablement aucune industrie, dans les temps modernes, qui offre un exemple aussi frappant des phénomènes économiques causés par l'application des machines perfectionnées et la subdivision du travail. 11 est inutile de parler de la condition des choses, avant l'invention du métier à vapeur, et de la mule-jenny automotrice. A cette époque il fallait des quantités d'ouvriers pour exécuter le travail qu'un seul peut accomplir maintenant. Mais les économies effectuées dans des temps bien plus récents ont été aussi fort remarquables. M. Edward Atkinson (1) a montré que, dans les Etats de la Nouvelle-Angleterre, le coût du travail, par yard d'étoffe de coton, était en 1830 d'environ 8 d. ; en 1840 d'environ 7 d. ; et, en 1800, il était tombé à moins de 4 d.j; ce dernier prix a été le plus bas qui ait été atteint aux Etats-Unis, parce que les améliorations introduites depuis la guerre civile ont été contre-balancées par le grand accroissement de salaire qui l'a suivie. Mais, malgré le prix beaucoup plus grand du travail (en 1880 il est juste le double de ce qu'il était en 1830), le salaire payé par yard de coton manufacturé n'est, encc moment, guère que la moitié de ce qu'il était autrefois. Le tableau suivant met en relief l'efficacité croissante du travail dans cet intervalle.

Nombre de yards produits chaque année par ouvrier, dans la Nouvelle-Angleterre.

Années. Yards.

ISiO 9.607

1 880 28 . 000 ] Des changera mts

ioqq or r.t , ( dans la machi-

1883 20-041 ( neryont affecté

1884 28.032 / la production

I Métaphysique et mécanisme de Véchangi

Ces résultats sont puisés dans les livres d'une des principales usines du Massachusetts 61 s'appliquent précisément à la mente espèce de manufacture pour toute La période, ce qui doit évidemment leur donner la plus grande valeur parce que les conditions de la comparaison sont exactes el parfaites. Ils montrent en résumé que l'efficacité <lu travail est devenue 6 1/2 fois plus grande en 50 ans. Cet accroissement d'efficacité dans le travail s'est montré en même temps qu'une diminution de moins de moitié dans le coût de la production, après toute déduction faite de l'accroissement des salaires, etc.

Les facilités et les avantages comparatifs que possèdent les deux pays, pour le maintien et la prospérité des manufactures de colon, se reflètent dans les comptes rendus des exportations du Royaume-Uni et des Etats- Unis. En dépit de la vivacité croissante de la concurrence, l'Angleterre a vu d'année en année s'accroître ses exportations de cotonnades. En 1870 la valeur de nos exportations dans ce genre était de 56 3 i millions sterling (1,418 millions); en 1880, elle était de 63 3/4 millions (L59I5 millions). Mais cette différence représente un accroissement bien plus grand en quantité ou volume que l'on ne pourrait le croire si l'on n'analysait pas les détails des nombres cités; ainsi il y a eu dans cet intervalle de dix ans une augmentation de poids de 22 millions de livres (bs) dans les lils de colon exportés, et de 1200 millions de yards de coton en pièces. Comparons ces chiffres avec ceux qui expriment la croissance de l'industrie cotonnière aux Etats- Unis. La valeur moyenne annuelle des cotons manufacturés exportés des Elats-l'nis pendant les cinq années se terminant en 1884 a été de 2 I 2 millions de livres sterling, c'est-à-dire ii à (i p. 1(10 seulement de la valeur totale du coton manufacturé dans le pays, pendant cette période. La valeur moyenne (\r^ importations de coton manufacturé aux États-Unis pendant celte même pé

riode de cinq ans a été de (i I 2 millions sterling par

an, ou près de 17 p. 100 de la valeur totale du coton manufacturé dans le pays. Ces chiffres prouvent nettement que l'Angleterre approvisionne le monde entier de cotonnades, tandis que l'Amérique n'est pas encore parvenue à subvenir entièrement à sa propre consommation.

Une des causes qui ont empêché l'industrie coton nière américaine de s'assurer une exportation considérable, ce sont les grands bénéfices que veulent obtenir les manufacturiers. Dans cette industrie, comme dans beaucoup des plus importantes, il semble que le temps des grands profits est passé; dans tous les cas, pendant les dernières années la tendance des prix a été vers une baisse continue, et pourtant la marge des bénéfices est déjà excessivement étroite. Entre 1873 et 1883 la valeur moyenne de la pièce de cotonnade exportée du Royaume-Uni a diminué de 0 d. 89 par yard (0 fr. 089) ou de 23 p. 100, en même temps les salaires des fileurs et des tisseurs ont été maintenus au niveau d'autrefois. Dans une période bien plus courte, de 1880 à 1884, le prix moyen de la cotonnade Orléans middling est tombé de 7 d. 06 à 6 d. 30 par yard, ou d»; 10,7 p. 100 environ.; le prix moyen de vente du lil (32 s. tordu) de 10 d. à 8 d. 03 par livre b. ou 13,70 pour 100; et le prix moyen du" calicot (8 1/4 lb. shirtings) de 7 s. 5 3/4d. à 6 sch. 6d. ou de 13,09 p. 100. Il n'y a, en conséqUcnce, qu'un profit bien moindre pour le producteur ; dans le casdu fil, la diminution estde 3p. 100 et, pour le calicot, elle est un peu au-dessous de ce chiffre. Cette diminution de profit n'a pas été contrebalancée par une économie dans la production, quoique des progrès aient été faits continuellement dans cette direction. Dans une période ijue l'on peut dire récente, la moyenne du travail des broches à filer a passé de 4,000 à 8,000 révolutions par minute. Des perfectionnements dans la machine à vapeur mil permis d'obtenir une production. égale avec une consommation de combustible réduite à la moitiéde ce qui était nécessaire il y a quelques années; et il n'est pas rare de

voir, dans les usines les plus modernes, deux jeunes lillc< el nn homme, sur veillanl une couple de métiers on mules qui à elles den\ font agir une série de mille broches (1).

Un des principaux dangers que l'avenir réserve a notre industrie cotonnière semble devoir être la concurrence de L'Inde et de la Chine ; ce sont les deux grands marchés du monde pour les colonnades; toutes les deux peuvent cultiver la matière à aussi bon marché que partout ailleurs dans le monde; elles peuvent aussi fournir du travail sinon très efficace, du moins à bas prix pour faire marcher les manufactures. On affirme que la dépense pour produire une livre de fil n° 20 à Bombay, y compris le charbon est de 2 d. 5/8 à 3 d. suivant la perfection et le développement de l'usine. Le coût de la production est à peu près le même à Manchester. Jusque là par conséquent les conditions sont égales. Mais l'usine de Manchester doit dépenser, en intérêts et autres menus frais, environ 1 d. 1/4 par livre, pour importer le coton de Bombay ; et environ 2d. de plus par livre pour ramener le fil à Bombay, ce qui fait une différence nette de 3 d. I 4 par livre en faveur de l'Inde (2).

De grands progrès se sont faits pendant les dernières années, dans la voie du développement de l'industrie du coton dans l'Inde. En 1884, il y avait 81 usines ou fabriques en activité employant 02,836 ouvriers, et disposant d'un capital de 5 millions sterling 3/4. En 1878 il existait 42 usines dans la seule présidence de Bomba), elles avaient 1,095,000 broches et employaient 10, 131 métiers. En 1884 ces nombres s'étaient accrus jusqu'à 61 usines, 1,540,000 broches et 14,299 mètres, employant en toul 45,504 o*n riers et possédant un capital de 4,543,000 livres sterling. La quantité de coton employée dans les usines de Bombay

(I) Dans les nouvelles usines de la compagnie de Glascow, que l'auteur a eu le plaisir de visiter toul récemment, chaque mule ou métier t'.iii marcher plus de mille broches, et il ne faut que deux jeunes filles el nu homme pour conduire deux métiers. 2) Solution iiu problème de flndt

en 1884 était de 1 ,454,000 balles. Mais l'Inde, quoique possédant le travail le [dus abondant et le moins cher qu'il y ait an monde, est entravée par le manque de capital, et parce que les Anglais hésitent à engager leur fortune dans un pays où notre pouvoir est si souvent menacé , qu'il semble précaire et incertain. Si les capitalistes anglais pouvaient éprouver à Bombay le sentiment de sécurité dont ils jouissent à Bolton, il est possible que la concurrence de l'Inde donnât bientôt une tournure différente à la situation et à l'avenir de cette industrie. Un fait assez curieux, c'est que, bien que le coton soit récolté en grande quantité en Chine et qu'on puisse se procurer du travail technique dans ce pays pour 4 d. par jour avec la nourriture, cette industrie n'y a fait jusqu'ici aucun progrès réel. On affirme que la fabrication de cotonnade de Shanghaï est restée fermée depuis plus de deux ans, en partie par manque du capital nécessaire, et en partie par l'incapacité de l'administration. Ainsi les Chinois, qui exportent de grandes quantités de coton brut, sont forcés d'importer la plus grande quantité du coton manufacturé dont ilsont besoin; les importations, dans le seul port de Shang-haï, atteignent près de 12 millions de pièces par année.

Il est difficile d'obtenir des informations vraiment dignes de confiance sur les industries textiles de la Russie. Un des aperçus les plus complets et les plus dignes de foi sur ce mystérieux sujet nous est fourni par le Voyage d'été de Gallenga, qui décrit la grande manufacture de coton de krahnholm, fondée en 1836 par un marchand de Brème, et disposant d'un capital d'un million sterling. L'établissement consomme 40,000 balles ou 7,562 tonnes de coton par an (c'est environ la centième partie de la consommation des manufactures du Royaume-Uni) (1) et produisait, en 1880, 6,518 tonnes de fil, avec 1,998 tonnes de tissus variés (2). Le nombre total des ouvriers était de 4,827.

(1) Les importai ions de coton brut, dans le Royaume-Uni, en 1883, le -"lit élevées à 774, 250 tonnes.

2) M. Gallenga semble avoir commis ici ui rreur, les articles

Chaque ouvrier a donc mis en œuvre environ 2,830 livres de coton. La moyenne des salaires mensuels estde 14 roubles papier pour un lileur, et 16 pour un tisseur; mais les bons ouvriers gagnent bien davantage. Il y a treize heures ilt' travail par jour ; on commence à o heures du malin pour finir à 8 heures du soir, avec deux heures d'intervalle pour les repas. Oh n'emploie] aucun enfant au-dessous de 12 ans. On affirme que les bénéfices s'élèvent à 50 p. 100 du capital engagé.

M. Atkinson (1) donne les éléments d'une comparaison fort importante, ayant pour but de montrer les différences extraordinaires qui peuvent se produire et qui se produisent souvent, entre un district utilisant un travail très habile et très efficace, les machines et les procédés les plus perfectionnés, ainsi que d'autres conditions favorables à une production économique, et un autre district qui n'est pas encore en possession de ces avantages. Dans la Môuvelle-Anglcterre où le travail est parfaitement organisé, cinq personnes produisent en une année 140,000 yards de calicot ; dans la Caroline du Nord où les conditions du travail sont contraires, le même nombre d'ouvriers ne produit que 2,400 yards. Aussi, dans la Nouvelle-Angleterre, le coût d'un yard de coton, en allouant 287 dollars eu moyenne à chaque ouvrier, n'atteint que 1,08 cents (0 fr. 108) tandis que, dans la Caroline du Nord, en admettant le même taux de salaire, le coût moyen par yard ne serait pas moindre de 58. ii* cents, (0 fr. 5849). Ces! sans doute un cas un peu extrême; mais il n'en montre pas moins, avec une netteté frappante, la différence qui mel un district ou une province à même de prendre une situation maîtresse, tandis qu'un autre ne peut arriver péniblement qu'au troisième ou quatrième rang.

Il n'est rien de plu^ intéressant dans L'histoire de l'industrie cotonnière, que la décroissance du prix du coton brut,

manufacturés avec le tfoton brul in- peuvent vraiment dépasser de '.i.i'i tonnes la matière première employée. (I) Métaphysique «•( mécanisme de l'échangea

et du fil de coton, pendant la première partie de ce siècle, provenant de la production plus abondante et plus rapprochée du premier, et des perfectionnements dans la fabrication du second. Entre 1802 et 1818, le prix du coton brut s'élevait en moyenne à un peu plus de 22 deniers par livre. Entre 1826 et 18321a moyenne correspondante n'était plus que 6 d. 8 par livre. Dans l'intervalle il s'était donc produit une diminution qui n'était pas moindre de 15 d. 2 par livre, soit d'environ 70 p. 100. Mais on trouve une diminution plus considérable encore dans le prix du coton tordu (fil); le coût moyen, entre 1805 et 1808, atteignait environ 33 d. 8 par livre, et n'était plus que de 18 d. 6 pour la seconde période citée, la diminution s'élevant ainsi à 20 d. 2 par livre. En 1805 la différence entre le prix du coton brut et celui du fil de colon s'élevait à 20 d. 2 par livre; en 1821 elle était tombée à environ 10 d. et en 1831 elle n'était plus que de 5 à 6 d. par livre. En 1884, la valeur moyenne déclarée des importations de coton brut était de 2 d. 85, et celle des exportations de fil de 12 d. 24 par livre.

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