‹ La Suprématie de l'AngleterreChapitre 44 sur 83 · LU PROFIT · texte numérisé non relu

LU PROFIT

sur le

CAPITAL EKf.Alii.

Piles 'If- laine

Lainages

ti.7U9.9SS 723. 930 1.703.314 0.358.5G0 5.833.44a

i ihapeaux de laine

Bonneterie et tricots

Total pour les États-Unis.

2;o SUPRÉMATIE DE L'ANGLETERRE.

mateurs locaux pavent les marchandises plus cher. Si nous ajoutons que, d'après l'opinion de plusieurs manufacturiers l'industrie anglaise de la laiue n'a, depuis des années, jamais donné plus de 3 p. 100 en moyenne, il est clair que l'Amérique attend et obtient de plus hauts profits. Cependant ces bénéfices, dans les dernières années depuis 1881, ont constamment une tendance vers la baisse, en dépit de la taxe sur les importations de lainages, qui en augmente le prix de plus de 50 p. 100. C'est un problème curieux, et qui ne manque pas d'importance pour notre propre pays, de savoir jusqu'où se développera cette tendance à la réduction des bénéfices. On peut très justement admettre que si la moyenne du taux des dividendes dans une industrie quelconque tombe au-dessous de 5 p. H U, cite industrie sera abandonnée dans un pays comme 1rs États-Unis, où tant d'autres débouchés lucratifs sont ouverts au capital. Mais il ne s'ensuit pas nécessairement que le commerce anglais en serait améliore. 11 est bien plus probable que la production serait réorganisée de manière à rendre aux manufactures des Etats-Unis les bénéfices moyens, et tout avantage que les Anglais pourraient en obtenir pendant le cours de cette transition ne serait que temporaire.

Il serait intéressant de pouvoir comparer le capital en- ,aoé dans les industries lainières des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne, relativement aux résultats obtenus. Mais il nYst possible de l'aire cette comparaison que d une manière très indirecte et approximative. Le rapport sur le recensement des États-Unis montre que dans I industrie des laines filées, l'emploi d'un capitalde232 livres s te ri m g est nécessaire pour chaque ouvrier. 1 ans celle de lauages, le capital, par employé, est de 220 livres ster hng^ l a'existe pas de statistique détaillée de la même espèce pou

la Grande-Bretagne, mais si nous adoptons la même moyenne de capital par employé, .1 s ensuivrait que

somme engagée dans les industries correspondante du

Royaume-Uni est approximativement de :

Industrie des filés 3 1.374. 000 liv. st.

Industrie des lainages 31.240. 000 —

Total 62. 014. 000 —

11 semble qu'en France l'industrie des filés et des lainages a fait pendant les trente dernières années presque autant de progrès que dans le Royaume-Uni. Un rapport officiel (1) sur l'industrie des laines en France porte que, entre 1851 et 1878, le nombre total des broches pour la laine peignée a passé de 850,000 à 2,470,000, Alsace comprise pour les deux années, de manière à rendre la comparaison exacte. En Angleterre, le nombre des broches dans les fabriques de lainage s'est accru dans le même intervalle de 875,830 à 2,581,000 broches; il y a donc eu un très léger avantage en faveur de l'Angleterre. Le développement de l'industrie des laines en France est dû à l'introduction des améliorations mécaniques, qui, depuis 1869, ont amené dans le prix, du peignage une diminution de 25 p. 100 et dans celui du filage un peu plus de la moitié, en même temps qu'un accroissement d'environ 40 p. 100 dans le salaire des ouvriers. 11 n'y a pas, entre la Francect l'Angleterre, une différence aussigrande qu'on le suppose communément. Le taux nominal est plus élevé en Angleterre ; mais comme il arrive souvent qu'en France des hommes sont employés pour faire le travail qu'exécutent en Angleterre des femmes ou des enfants, le résultat ne diffère guère, et si l'on ajoute que la durée du travail est d'environ 30 p. 100 plus longue en France, la différence devient si minime qu'il ne reste plus réellement à considérer que l'efficacité relative du travail. Nous traitons ce sujet dans un autre chapitre ; mais nous pouvons faire remarquer ici que si l'on divise le nombre total des ouvriers employés dans l'industrie de la laine par le nombre des broches et des métiers, le résultat indique une supériorité chez l'ouvrier français aussi bien sur ceux de l'An-

(1) Rapport de M. Kœchlin-Schwarz, juré de l'Exposition internationale de Paris en 1878,

glelerre que sur ceux des Etats-Unis. En ce moment la France possède moitié du nombre des broches de la Grande- Bretagne, et un peu plus de moitié du nombre des métiers de toute espèce. Mais son industrie, comme celle de l'Angleterre, dépend des matières premières fournies par l'étranger, car elle a importé, en 1883, 101,000 tonnes de laine, d'une valeur de 13 millions 1/2 sterling, tandis que ses exportations n'ont monté pendant cette mémo année qu'à une valeur de 1 million 1/2 de livres sterling en laine brute, et 2 millions 1 2 de livres sterling en lainages manufacturés.

L'Allemagne et la Belgique possèdent toutes deux l'avantage d'un travail à bon marché et suffisamment efficace, et toutes deux ont accompli, dans les dernières années, de grands progrès matériels dans le développement de leurs industries lainières. Dans le premier de ces pays, Elberfeld, Barmen, Mulhouse et Chemnilz (Saxe) prospèrent par l'industrie des laines. Entre ces centres d'industrie et nos villes plus populeuses de Bradford et Leeds, il existe une grande rivalité, qui chaque année devient plus vive. 11 existe, en même temps, à un haut degré une sorte de réciprocité amicale, qui ne laisse pas d'être aussi assez curieuse. La proportion la plus grande des fils, lustre et demi-lustre, employés en Saxe est filée à Bradford. A Chemnilz les manufacturiers achètent des laines filées et des chaînes d'étoffe à Bradford, et des fils de coton à Manchester ; ils payent les frais de transport et les droits d'importation de ces fils à l'entrée en Allemagne; ils en fabriquent des marchandises de fantaisie, les finissent, les emballent et payent le transport de retour pour Londres, Bradfort et Manchester, où ils les vendent dans les centres mêmes de concurrence (I). Ajoutons les exportations que Verviers fait en Ecosse, de filés de laine cardés et filés à l'aide d'un outillage acheté en Angleterre, el qui met en ieu\ re des laines de 1 Amérique du Sud achetées auparavant

(l) Rapport </<• la commission royale sur l'industrie technique, vol. i, I». 321,

à Londres ou à Liverpool. Voilà un exemple d'un commerce spécial créé par une étude approfondie des détails et soutenu par le bon marché du travail des fabriques belges (1). Il semble exact qu'en Allemagne et en Belgique beaucoup des progrès faits dans les industries textiles sont dus à l'extrême aptitude dont font preuve les ouvriers du pays pour se rendre maîtres des détails techniques de leur métier; mais c'est ici un besoin auquel on subvient maintenant plus facilement dans notre pays, depuis qu'on a établi des écoles de tissage à Glascow et dans d'autres villes. Au point de vue économique, il existe bien des différences importantes entre les manufactures textiles anglaises et celles du continent. Sur le continent la durée du travail est de 10 à 20 p. 100 plus longue qu'en Angleterre, et clans ce dernier pays, les salaires s'élèvent de 25 à 50 p. 100, et dans certains cas plus encore, au-dessus de ceux de l'Allemagne et de la Belgique. D'autre part les manufacturiers du continent font généralement des dépenses beaucoup plus considérables pour l'organisation de leurs fabriques. Dans un cas cité par la Commission royale de l'instruction technique, celui de MM. Parmentier et Cic, de Gand, qui peut être regardé comme typique, « tout l'outillage, composé de 150,000 broches et de 1,200 métiers, avait été importé d'Angleterre, » en sorte que, « avec le droit d'entrée, le coût du transit et de l'installation, ajouté au prix payé en Angleterre, la dépense totale était de 25 p. 100 au moins plus grande qu'elle n'eût été dans le Lancashire. » Il y a encore cette considération, dont nous nous occupons avec détails dans un autre chapitre, de l'efficacité indubitablement plus grande du travail anglais, qui contribue probablement plus que toute autre circonstance à maintenir l'industrie anglaise au premier rang. On ne peut dire avec certitude s'il y a avantage réel à n'avoir, comme la Belgique, ni loi sur les fabriques, ni ouvriers à demijournées, ni limite pour l'âge auquel les enfants peuvent

(1) Rapport >/' hi Commission royale sur l'industrie technique, vol. I, p. 50G.

.v,i m PRÉMAT1E DE L'ANGLETERRE.'

être admis au travail de la manufacture, et pour la durée de ce travail. Mais on affirme que, dans bien des cas, les ouvriers du Continent, s'ils ne possèdent pas l'énergie cl la capacité des nôtres pour achever une quantité voulue de travail dans un temps donné, remportent parla supériorité de leurs produits; et en fait, le Président de la Chambre de commerce de Vervicrs a affirmé à la Commission royale de l'éducation technique que c'est cette qualité qui l'ait vivre principalement l'industrie de cette ville. Que les marchandises anglaises puissent être regardées comme inférieures aux marchandises belges, voilà un fait qui frappera bien des personnes comme une révélation extraordinaire ; mais, d'après ce qu'on voit, on ne saurait douter que, sur certains points, les manufacturiers du Continent aient fait plus de progrès que leurs rivaux anglais, et ces derniers peuvent considérer ce fait comme digne de réflexion et se demander pourquoi 75 p. 100 au moins des filés fabriques à Yerviers avec de la laine importée sont expédiés dans la Grande-Bretagne (1). On voit souvent que le plus grand danger qu'ait a redouter une industrie d'un pays quelconque, c'est l'établissement de cette même industrie dans un autre pavs oftrant les matières premières dans de meilleures conditions. L'Angleterre n'a pas ce risque à courir, du moins en ce qui concerne l'Europe. La Grande-Bretagne possède en ce moment un nombre beaucoup plus considérable de mou tons, et elle peut probablement, en conséquence,

disposer d'une plus grande quantité de laine récoltée chez elle que tout autre pays de l'Europe, excepté la Russie. Mais il y a eu dans presque toutes les contrées européennes, pendant les dix ou quinze dernières années, une telle consommation de moulons, que dans un avenir qui n'est pas très éloigné, cela est à craindre, nous ne pourrons trouver assez de laine pour l'énorme emploi que nous en faisons. Depuis dix ans l'approvisionnement de moutons en Allemagne est tombé de 28 à 25 millions; en France de 30 à :>:* millions ; en (l) La valeur des Mes ainsi exportés dans notre payi n'wl pas évaluée a moins de i million sterling par an.

Hongrie de 15 à 9 1/4 millions; en Autriche de 5 à 3 3/4 millions; et même en Norwège et en Suède, le stock a diminué de près de 200,000. La conséquence de cette tendance générale a été de forcer ces vieux pays européens à recourir de plus en plus aux contrées nouvelles pour leur approvisionnement de laine ; mais môme dans ces nouveaux pays, à l'exception de l'Australie et de la Plata, l'accroissement des troupeaux n'a pas été assez grand pour combler les diminutions survenues dans les anciens Etats. En Amérique le stock des moutons et des agneaux s'est accru pendant les dix dernières années d'environ 15 millions de tètes ; mais pendant ce même intervalle la population s'est accrue d'un nombre plus que correspondant, en sorte que les Etats-Unis sont à peine capables de suffire à leurs propres besoins; il en est de même au Canada, où le nombre des moutons est à peine suffisant pour fournir la laine nécessaire aux vêtements de la nation. Si donc il arrive, comme on peut le supposer, que notre industrie lainière soit arrêtée dans sa carrière, il est probable que cette catastrophe proviendra de l'épuisement de la matière première plutôt que de toute autre cause. L'accroissement des approvisionnements de laine, comme l'accroissement du nombre des moutons, ne marche pas avec autant de rapidité que les besoins croissants de l'humanité.

<:il ANTItK XIV

Soie.

Parmi les grandes industries du monde, il n'en est aucune qui ait subi tant de fluctuations et qui ait eu à supporter d'aussi grandes variations de l'offre et de la demande que celle de la soie. Les grands centres de cette industrie ont passé d'un pays à un autre et d'un district à un autre plus fréquemment et plus rapidement que ceux d'aucun des autres textiles. A une époque elle a fleuri en France, a une autre en Angleterre, à une troisième en Allemagne, et à une quatrième en Suisse. Dans chacun de ces pays elle semble maintenant perdre du terrain, tandis qu'aux. Etats-Unis, où elle paraissait ne pouvoir trouver aucune facilité spéciale, elle a l'ait dans ces dernières années de très remarquables progrès. Sur le continent européen, Lyon est et restera peut-être longtemps l'un des centres spéciaux de l'industrie <le la soie; mais celte ville ne semble pas continuer a être aussi spécialement indentifiée avec elle qu'autrefois: tandis que, à Spitalliekls, qui fut naguère un centre, et à Macclesfield, qui en fut un autre un peu moindre, cette industrie décroît rapidement. Ces faits sont en corrélation avec des problèmes industriels qui valent la peine d'être étudiés.

Jusqu'à l'année 1660 les manufactures de soie étaient a peine connues en Angleterre. Quelque temps après cette date, L'usage des soieries de l'Inde fui interdit par la couronne et le parlement, el celle défense jointeà Pinterrup-

tion du commerce avec la France causée par les événements politiques, introduisit cette industrie dans le pays. Vers 1713 les approvisionnements de soie brute venaient principalement de la Turquie et des Indes orientales, et nous importions d'Italie de la soie organsinée pour une valeur d'environ 240,000 livres sterling par année. La totalité des importations de soie de toutes espèces à cette époque, était évaluée à 505,000 livres sterling. Mais alors déjà, notre industrie séricicole était exposée à une grande concurrence de la France, où « dans les provinces de Languedoc, Provence et Vivarais, on produit de si grandes quantités de soie brute et organsinée, que les habitants n'ont guère besoin de celle de l'étranger, et le peu qui en est importé en France, paye pour la douane et le transport 3 schellings de moins par livre que la même quantité importée d'Italie dans la Grande-Bretagne, ce qui, en même temps que le bon marché du travail, en France, rend la soie française manufacturée bien moins chère que la nôtre (1). »

En 1712, on proposa l'introduction franche de tout droit des soieries françaises en Angleterre. Cette proposition fut vivement combattue dans l'intérêt de l'industrie de la soie dans notre pays ; on affirmait que cette mesure causerait la perte de nos manufactures de soie, et, en conséquence, la misère des ouvriers qui en vivent; l'alanguissement de la navigation entre nous, l'Italie et la Turquie; et enfin bien d'autres maux. 11 parait que l'industrie de la soie s'était assuré, à cette époque, une bonne situation dans Londres, spécialement dans la paroisse de Sainl-Giles, Cripplegatc, où plus de six mille personnes y trouvaient leurs moyens d'existence. C'était, bien entendu, longtemps avant l'introduction du métier à la Jacquard et quand les métiers à la main étaient les seuls en usage, en sorle que l'emploi, même de 6,000 ouvriers, est loin de représenter une production considérable, si nous la mesurons d'après les ap-

t Opuscule sur Vêlai des manufactures de soie et de laine. 1873.

2Tis SUPRÉMATIE Dli L'ANGLETEUHE.

préciations et les idées actuelles. Néanmoins l'industrie de la soie continua de fleurir dans la métropole jusqu'au milieu du siècle présent, où, comme nous le verrons plus loin, elle semble être entrée dans la voie de la décadence.

Si nous reculons d'un siècle et demi dans le passé, nous trouvons que l'Angleterre n'a encore acquis que peu de renom dans les grandes industries des temps modernes, et ne possède probablement la suprématie dans aucune d'elles. Bien des gens pensaient alors que les manufactures de soie étaient plus importantes pour nous que celles de tout autre textile. Cette opinion était principalement fondée sur ce que les Chinois, dont Gec évalue le nombre, en 1670, à 200 millions, portaient surtout des vêtements de soie. Les Jésuites voyageurs déclaraient que cette étoile était « si commune et si peu chère que cinq vêtements complets de soie, en Chine, ne coûtaient pas plus qu'un seul habillement de laine en Europe. » Au commencement du xvin0 siècle, notre pays s'approvisionnait de soieries surtout en France et en Italie. Mais le roi de Sardaigne prélevait un droit si élevé sur les soieries exportées qu'elles coûtaient jusqu'à 20 shellings la livre; comme les soies de Chine n'étaient chargées que d'un droit de 4 shellings par livre, l'industrie commença à prendre racine en Angleterre. En 1730, il n'y avait» qu'une seule machine mue par l'eau dans tout le royaume, pour organsiner la soie, » et on sourit volontiers en lisant que « si cette machine était détruite par un incendie ou tout autre accident, cela mettrait en grand danger le maintien de l'art d 'organsin er la soie chez nous. »

De tout ce que nous avons dit déjà, on peut inférer que les manufactures de soie ont toujours été considérées comme exotiques en Angleterre. Quoique les préparateurs de soie se soient formés en association dos l'année 1562, et malgré l'incitation puissante que tour apporta l'émigration des protestants français à la suite de la révocation de l'édil de Nantes, en 1685, <>n ne put parvenir à élever le ver à soie en Angleterre, et il fallut toujours importer la matière

première de la Chine, de l'Inde, de l'Italie ou de la France.

« Pendant plus d'un siècle avant 1825, » dit M. 'Gulloch, « l'histoire des manufactures de soie (en Angleterre) ne présente guère qu'une série ininterrompue de plaintes, de la part des manufacturiers, sur le déclin de leur industrie, causé par l'importation clandestine des soieries étrangères, et sur les efforts impuissants faits par le Gouvernement pour empêcher cette contrebande. En conséquence de ce système, l'énergie des manufactures fut paralysée, et malgré nos progrès étonnants dans les autres industries, et notre supériorité dans la machinery qu'on y emploie, l'effet du monopole est tellement mortel que les machines dont nous faisions usage en 1825 dans la fabrication des soieries étaient bien inférieures à celles de la France et de l'Allemagne. »

Heureusement on ne laissa pas celle situation se perpétuer. On commença à introduire des améliorations dans les manufactures de soie comme dans celles des autres textiles, jusqu'à ce que l'Angleterre fût, sur ce point, tout h fait à la hauteur de l'Italie, à laquelle, en vérité, un Anglais nommé Lombes emprunta subrepticement ses procédés les plus importants. En conséquence, la quantité de soieries produite par les manufacturiers anglais s'accrut énormément. Dans la période décennale 1814-1823, notre consommation moyenne annuelle de toutes sortes de soieries était de 1,040,000 livres anglaises; entre 1824 et 1833, elle monta à 3,9G8,000 1. b. s.; et entre 1833 et 1843 la moyenne ne fut pas moindre de 5,200,000 1. b. s. Pendant cette période, par conséquent, notre industrie de la soie augmenta de 200 pour 100. M. 'Gullocli évaluait la valeur de nos manufactures de soie, en 1836, à plus de 10 millions sterling ; et il calculait que le nombre total des personnel employées dans cette industrie était alors de 207,304. Ce chiffre comprenait les personnes employées dans la distribution aussi bien que celles qui travaillaient à la production des marchandises, mais, même dans cette condition, il montre que ce commerce avait alors atteint

des proportions auxquelles peu d'antres auraient pu se comparer.

Depuis l'année 1850, un changement très remarquable et très important s'est fait dans notre industrie de la soie. De tous les côtés, elle s'est vu attaquer et affaiblir visiblement, elle s'est montrée moins capable que les autres de se défendre contre la concurrence du continent ; et son manque de vitalité a presque justifié la crainte qu'elle cessât bientôt de compter parmi nos principales industries.

Les causes de cette décadence ne sauraient manquer de faire naître l'inquiétude nationale. Cependant elles ne sont pas tellement apparentes qu'on puisse les distinguer facilement. La mode y est probablement pour quelque chose. Comparativement à d'autres articles, les soieries sont moins portées maintenant qu'elles n'étaient autrefois. Le manque de goût dont on a accusé nos manufacturiers peut aussi avoir participé à ce déclin. Probablement aussi la multiplication des petites fabriques a eu pour effet de diminuer l'économie de production en môme temps que disparaissait entièrement la petite marge de profit qu'avaient encore les fabricants et les marchands de soieries. Dans tous les cas nous avons à expliquer ce fait remarquable : tandis que les fabriques se sont multipliées excessivementpendant les quarante dernières années ou environ, le nombre total des broches aussi bien que celui des ouvriers employés à diminué. En 1850 il y avait 277 manufactures de soie dans la Grande-Bretagne, employant 42,2 &4 ouvriers, soit une moyenue de 152 par fabrique. En 1878, le nombre des manufactures s'était élevé à 706, et le nombre des ouvriers employés était tombé à 40,985, soit une moyenne «le 58 ouvriers seulement par fabrique. La même tendance s'est fait sentir dans l'outillage mécanique. En 1850 chaque fabrique avait en moyenne 4,424 broches; en 1861, 1,736; et en 1878 seulement 1,443, ou moins d'un tiers de la moyenne de 1850. Aux États-Unis, c'est la tendance contraire qui s'est manifestée. Le nombre des fabriques dans ce pa\s s'est aeeru de (>7 en 1850, à 382 eu 1880 ; le nombre

SOIE, JUTE, ETC. 26i

des ouvriers employés a passé de 1,723 à 31,200; et le nombre moyen des ouvriers par fabrique de 26 à 82. Il parait donc que, tandis que l'étendue moyenne de nos fabriques de soieries, indiquée parle nombre des ouvriers employés, diminuait de 62 p. 100, celles des fabriques des États-Unis s'accroissait de 216 p. 100

Or, s'il est vrai, comme nous avons essayé de le prouver ailleurs, que la fabrication en grand a une grande influence sur l'économie du travail, le fait que nous venons de constater a beaucoup plus d'importance qu'on ne le suppose ou ne l'admet généralement. Il y a un point hors de question. Tandis que l'industrie des soieries diminuait et dépérissait en Angleterre, celle des Etats-Unis allait de l'avant « par sauts et par bonds. » Un accroissement de plus de 460 p. 100 dans le nombre des manufactures, et de plus de 1,700 pour 100 dans le nombre des ouvriers employés, en 30 ans, c'est une proportion progressive rare, même dans les annales industrielles de l'Amérique. Évidemment ce progrès a été accompagné et même en grande partie causé par la certitude de bénéfices généralement élevés, quoique depuis quelque temps il y ait une diminution prononcée. Autant que les tableaux du Census peuvent éclairer ce sujet, ils montrent que le profit moyen sur le capital engagé dans l'industrie de la soie en Amérique s'élevait en 1850 à 62 p. 100; en 1860 à 57 p. 100; en 1870 à 39 p. 100 ; et en 1880 à 36 p. 100; ces profits sont calculés sans prélèvement de l'amortissement du capital fixe, et sans allocation de prévision pour les mauvaises créances, etc. , mais ces causes ne peuvent avoir que peu d'action sur la différence entre une période et une autre. Ce taux de bénéfices s'est maintenu, malgré la continuité et la vivacité de la concurrence faite par les États continentaux et l'accroissement des salaires dans le pays même. La moyenne des salaires aux États-Unis s'est accrue de 35 livres sterling (875 fr.) par an pour un ouvrier en 1850, à 60 livres sterling (l,500fr.)en 1880. 11 ne paraît pas que cet accroissement de rémunération ait été accompagné par un accroissement

262 SUPRÉMATIE DE L'ANGLETEKRE.

correspondant dans le valeur du travail exécuté; celte valeur montait à 22,000 livres sterling par centaine d'ouvriers en 1850, et à environ 23,000 livres sterling en 1880; mais elle avait été beaucoup plus grande dans chacune des années de recensement 18G0 et 1870, quand les prix de vente étaient plus hauts. 11 faut remarquer aussi que, aux Etats-Unis, le capital engagé dans l'industrie de la soie a pris un énorme accroissement, absolument et relativement, pendant la période dont nous parlons. Le capital engagé a passé de 678,300 dollars en 1850, à plus de 19 millions de dollars en 1880, tandis que la proportion du capital engagé par centaine d'ouvriers a été de 39,900 dollars dans la première année et 61,299 dollars dans la dernière.

Ce n'est pas sans regret que nous constatons le progrès remarquable fait parles Etats-Unis, en même temps que la décadence indéniable subie par l'Angleterre. Il est intéressant de remarquer que la soie est le seul textile qui ait subi une décadence sérieuse. Il est important aussi, s'il n'est pas consolant, de savoir que l'Angleterre n'est pas seule, à beaucoup près, à perdre son rang dans l'industrie des soieries. Un rapport commercial récent constate que l'industrie de la soie, à Berlin, qui nourrissait naguère 4,000 ouvriers, diminue graduellement. Les quelques manufactures qui tiennent bon transportent les fabriques dans des centres plus petits et moins chers, comme Bernau et Brandenburg, Cette décadence est attribuée pour une grosse part à la concurrence française; mais en examinant les statistiques françaises, nous trouvons que, là aussi, les manufactures de soieries diminuent, et spécialement dans le voisinage de Lyon.

Pendant que l'industrie de la soie déclinait ainsi en Angleterre et en Allemagne, et jusqu'à un certain point en France, elle faisait des progrès marqués en Suisse, OÙ elle employait 50,285 ouvriers en 1882, tandis que celle du coton en employait 40,669 ; l'horlogerie 39,367 et la fabrication des machines 17,770. A Bàle, on fait usage des métiers Jacquard à la vapeur pour une grande partie du

travail; au contraire on se sert encore des métiers a main dans les districts de Lyon et Saint-Etienne. Les artisans employés dans les fabriques de soieries à Bàle gagnent de 7 s. 3 d. à 23 s. 9d. par semaine (1). Ces prix semblent bas par rapport à ceux de l'Angleterre et des Etats-Unis, mais ils sont princiers si on les compare à ceux que l'on accorde de l'autre côté des Alpes. De la même source nous apprenons que, dans le nord de l'Italie, où existent près de 70 manufactures de soieries, les ouvriers les mieux payés reçoivent à peu près 1 s. 2 d. par jour, et que 5 d. par jour sont considérés comme un salaire convenable pour les enfants (2). C'est pour ces misérables salaires que les ouvriers travaillent 15 lieures 3/4 par jour, en dehors des heures des repas. « Cette durée se répèle pendant six jours, ce qui fait un total de 94 heures 1/2 de travail par semaine. » Les commissaires anglais peuvent justement remarquer que « les touristes anglais, quand ils voyagent avec tant de plaisir à travers quelques-uns des plus charmants districts du nord de l'Italie, ne se doutent guère que parmi tous ces signes extérieurs de fertilité et d'abondance, la bataille de la vie ne peut se soutenir qu'au prix d'efforts aussi incessants». Il paraît cependant que l'Angleterre, où les ouvriers ne travaillent guère chaque semaine que pendant un nombre d'heures un peu plus grand que la moitié du temps exigé des Italiens, et reçoivent des salaires deux fois plus considérables, exporte néanmoins sur les marchés neutres, aux Etats-Unis par exemple, au moins trente fois plus de soieries que l'Italie.

(\) Rapport des secrétaires d'ambassades et de légations de Sa Majesté & 23, 1878.

(•-') Rapport de la commission de l'instruction technique. Vol. I, p. 279.

264 SUPIŒMATIE M L'AMîLETEUHK.

Jute, lin et chanvre.

Ces! avec plaisir que nous détournons les yeux d'une industrie dans laquelle l'Angleterre a, par un motif quelconque, décidément perdu du terrain, pour les reporter sur une autre qui ne présente aucun symptôme de décadence ou de dépérissement, et dans laquelle nous tenons plus que jamais le premier rang.

Il est probable qu'aucune des industries exercées maintenant dans notre pays ne donne des preuves aussi éclatantes de l'aptitude des Anglais à tirer parti de l'occasion que colle du jute. Le jute, comme on sait, est la fibre d'une plante de l'ordre des cochorus, et croît dans presque toutes les parties de l'Inde. Quoique des spécimens de cette plante eussent été à plusieurs reprises envoyés en Angleterre, avant le commencement du siècle, ce ne fut qu'en 1824 qu'elle fut réellement mise à l'essai comme substituant du lin. A partir de cette date jusqu'en 1833, de nombreuses tentatives furent faites dans cette direction spécialement à Dundee. Mais bien des années encore après qu'on eût reconnu praticable de filer le jute, on le mélangeait encore . avec le lin et le chanvre ; ce ne fut qu'en 1833 que le jute pur fut régulièrement filé et mis en vente (1). Trois ans plus tard, la quantité totale importée à Dundee n'était que de 1,136 tonnes; mais en 1848 les importations s'étaient accrues jusqu'à 58,474 tonnes, et depuis cette époque elles ont presque continuellement augmenté.

Peut-être la meilleure méthode que l'on puisse employer pour juger des progrès de l'industrie du jute et du chanvre est-elle de constater le poids des importations <le matière première, puisqu'elles représentent le volume actuel des affaires, sans tenir compte des fluctuations de la valeur. En 1860 la quantité totale de chanvre, de lin et de jute

il Les industries de l'Ecosse, par David Bremner, p.

i importée dans le Royaume-Uni était de 5,094,059 quintaux, anglais; en 1883, cette quantité avait exactement doublé, soit un accroissement de 100 p. 100 en quatorze années. Mais l'accroissement n'est pas le même pour chacun des trois textiles, car l'importation du jute a passé d'environ 2 1/2 millions de quintaux à environ 7 1/2 ; tandis que celle du lin donne à peu près le même chiffre pour les deux années, et le chanvre, etc., a passé de 1 million de quintaux à un peu moins de 1 million 1/2. L'accroissement a donc porté principalement sur le seul article du jute brut. Nos importations de ce textile ne sont pas tout à fait la moitié de celles de coton, et atteignent presque le double de celles de laine brute.

Il est assez remarquable que la Grande-Bretagne ait conservé sa suprématie dans les jutes et les toiles à un plus haut degré que dans presque toutes les autres industries. Dans celles du coton, de la laine et de la soie, dans la fabrication du fer et de l'acier, dans les arts mécaniques et dans une centaine d'industries moindres, sa prééminence a été entamée parfois. Mais dans cette grande branche des jutes elle reste aisément première, facile princeps, et les États-Unis, nos principaux compétiteurs pour tant d'autres articles, sont distancés. II semble en vérité que certaines industries sont absolument incapables de prendre racine dans ce dernier pays. La vaisselle d'étain a été jusqu'ici l'une de celles-là, quoiqu'ilsemble au premier abord qu'il n'y ait aucune bonne raison pour que l'Amérique, qui a les matières premières facilement et abondamment à sa disposition, ne fabrique pas cette vaisselle aussi bien que la Grande-Bretagne. Les industries du jute et des toiles ont tout autant de difficultés à prendre pied sur le sol américain que celle de la vaisselle d'étain; mais on conçoit mieux pourquoi. L'Amérique ne récolte ni lin ni jute; il faudrait donc importer ces matières premières, et tant que I Amérique augmente artificiellement le prix de toutes 1rs marchandises, par un tarif protectionniste qui ajoute en moyenne 40 à 42 p. 100 a leur valeur sur le

marché, on concevrait à peine; qu'elle fût capable de développer une industrie fondée uniquement sur un apport de matières premières importées. En fait, il existe ou il existait en 1880 quatre filatures de jute sur le sol des États-Unis, employant en tout 525 ouvriers; les toiles sont produites par 5 autres fabriques qui emploient, à elles cinq, encore 500 ouvriers. Dans des limites aussi étroites, ces deux industries peuvent être regardées comme n'existant pas; et jusqu'à l'époque actuelle, les Etats-Unis se sont contentes d'importer de notre pays la plus grande partie de ces deux produits.

11 n'y a rien dans les faits récents concernant l'industrie de la toile qui soit à la fois plus remarquable et plus décourageant que la décadence de la culture et de la fabrication de lin. Et tout d'abord il a été prouvé que le sol de l'Irlande est spécialement convenable à la culture du lin, de sorte que, en ce point, nous ne sommes pas nécessairement dépendants des centres extérieurs d'approvisionnement. On a dit aussi que l'Irlande pouvait récolter plus de lin qu'il n'en faudrait pour suffire aux besoins de toute l'Europe (1), et que le lin irlandais est bien supérieur à celui du continent. Quoi qu'il en soit, par un curieux pbénomène, la récolte dulin diminue graduellementen Irlande. La portion du sol irlandais sous lin varie considérablement d'année en année, le maximum pendant les dix dernières années a été de 157,540 acres en 1880, et le minimum de 95,943 acres seulement en 1883. Le rendement est aussi excessivement variable, le maximum a été de 35,5 stones par acre en 1875 et le minimum de 27,0 stones dans l'année précédente. La quantité totale de lin récollé en Irlande en 1883 n'a été que de 18,292 tonnes, soit environ 30 p. 100 de la quantité importée d'autres pays pendant la même année, et en même temps la plus petite récolte pour une année depuis 1874. En même temps que déclinait ainsi la quantité de lin produite par l'Irlande, il y a eu uni' diminution

[i) Compte rendu du Congrès de la science sociale ù Belfast, isr.;, p. 67ft,

correspondante dans le nombre des moulins à préparer le lin, ce nombre est tombé de 1,380 en 1874, a 1,132 en 1883. Il est donc parfaitement clair que cette industrie, qui est presque la seule qui soit indigène en Irlande, n'a pas eu pendant ces dernières années toute la vigueur que l'on pourrait désirer. Nous n'essayerons pas d'analyser en ce moment les motifs de cet état de choses. On a dit que le lin est la meilleure ou la pire des récoltes qu'un fermier puisse cultiver; la meilleure avec des soins et une science convenables, la pire si ces deux qualités essentielles manquent. Il est possible que les agriculteurs irlandais n'aient pas suffisamment tenu compte de cet aphorisme; mais il est plus probable que le jute a été préféré au lin comme matière moins coûteuse et plus convenable. Après cet exposé, on ne sera point très surpris de nous voir ajouter que, entre 1870 et 1880, le nombre des fabriques de lin dans le Royaume-Uni est tombé de 500 à 400, le nombre des ouvriers employés de 124,000 à 109,000; et le nombre des broches de 1 ,349,000 à 1,329,700. Mais il y a eu un accroissement d'environ 500 dans le nombre des métiers.

Le jute n'a pas fait exception à la règle, que nous avons énoncée déjà plus d'une fois, de la tendance du prix de la matière première pendant les dernières années, vers un minimum apparemment irréductible. En 1833, le jute était vendu à Dundee 12 livres sterling par tonne, mais on pensait alors que c'était un prix excessivement bas; ce qui est bien prouvé, puisque quatre ans après, quand la valeur de celte matière fibreuse fut plus largement connue, le prix s'éleva à 23 livres sterling par tonne (1). A partir de cette date jusqu'en 1870, les prix varièrent généralement entre 16 et 23 livres sterling et en 1883, ils arrivèrent à peu près au chiffre le plus bas qui ait été inscrit depuis 1833, soit une fraction au-dessus de 12 livres par tonne, ou pratiquement le même prix auquel le jute était offert en celte année 1833, quand il avait encore à faire

(1) Industries de l'Ecosse, de Bremner, page 252.

SI'l'RÉMATIE DE L'ANGLETERRE.

ses preuves comme article de commerce et de fabrication. Nous nous proposons d'examiner maintenant l'influence que les différences dans les taux des salaires pourront exercer sur l'avenir de cette industrie. Avant d'étudier ce problème il est nécessaire de rappeler un fait déjà bien établi, c'est que des salaires peu élevés n'entraînent pas toujours un prix peu élevé de production, mais que, au contraire, le bon marché des produits coïncide souvent avec des salaires élevés, et qu'il en est môme le résultat direct.

Les pays qu'il faut principalement considérer dans toute comparaison de l'espèce dont nous parlons sont l'Inde, la France et les Etats-Unis; l'Inde parce que la matière première y est plus abondamment disponible que dans tout autre pays, tandis que les salaires y sont bien plus bas que dans n'importe quelle partie de l'Europe; la France, parce que l'industrie du jute y a fait, pendant ces dernières années, des progrès considérables; et les Etats-Unis, parce que, quoiqu'ils soient aujourd'hui un de nos meilleurs clients, nous pouvons compter que nous serons en dernier ressort, et peut-être avant longtemps, exclus des marches américains pour ces produits comme pour toutes nos principales marchandises.

Eu 1883, les salaires payés dans l'industrie du jute, à Calcutta et à Dundee, étaient les suivants :

[Valeurs en shellings et en deniers)

OCCUPATIONS

SALAIRES

l'AB SEMAINE k l.M.C.l l'l'A.

SALAIRES

P Ml SIM U\K \ bl VUE.

Batteurs el préparateurs....

li leurs

Li.O

Ou relis? ours

Tratneurs

Luslreurs

Tisseurs

' A pprêl eurs

< ouvriers

On voil par ces chiffres que les salaires moyens payés à Dundee sont de 107 p. 100 plus élevés que ceux de Calcutta pour le même travail, en tenant compte, toutefois, de ce que la durée du travail est bien plus longue à Dundee. Avec un avantage si marqué dans les salaires, en faveur de Calcutta, il est naturel de penser que l'Inde doit faire une concurrence facile aux marchandises anglaises, sur les marchés neutres. Les tableaux officiels montrent que, tandis que les exportations de l'Inde en articles manufacturés de jute s'accroissaient, entre 1873 et 1881, de moins de 200,000 à plus de 1 million de livres sterling, celles de la Grande- Bretagne, dans le même intervalle, passaient de 1,590,000 livres sterling à 3,262,000. Il semblerait donc que l'Inde soit destinée à devenir une rivale heureuse de la mère patrie. Mais on ne doit jamais oublier que si l'Inde a les avantages du fret océanique et du travail à prix moins élevé, elle n'a à son service ni le capital ni l'habileté technique que possède la mère patrie, et il est douteux que le travail d'un Anglais dont le coût nominal est double, ne soit pas après tout moins cher que celui de l'Indou, qui est incapable, aussi bien par son manque naturel d'énergie que par son climat énervant, de rivaliser avec les Européens (1).

En France les industries de la toile et du jute ont fait des progrès marqués pendant ces dernières années, elles sont bien loin toutefois d'être arrivées à la même étendue qu'en Angleterre. Avec un système de libre-échange absolu, il serait peu probable que l'industrie française pût rivaliser avec celle de l'Angleterre, car elle n'a pas les mêmes facilités pour se procurer à bas prix l'approvisionnement des matières premières ; et même si le travail était aussi efficace, si l'organisation et l'habileté technique étaient égales, le combustible est plus coûteux. En ce qui concerne les salaires le tableau suivant des taux payés dans les fabriques

(1) Sir James Caird apprit par les fonctionnaires anglais clans l'Inde, que, en résultat net, le travail de l'Indou coûtait juste autanl que celui •le l'Anglais. Revue 'in 'Hx-neuvièmc siècle. isT'.t.

de jute d'Angleterre et de France en 1872 esl donné sous l'autorité de M. Alexandre Redgrave (1) :

Taux des salaires payés dans l'industrie du jute (1872).

OCCUPATION

Fileurs

Raccomodeurs

Changeurs . . .

Ourdisseurs. .

Tisseurs

Cardeurs

Passeurs

Dessinateurs . , Apporteurs.. . ,

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