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CHAPITRE XV

Dans une certaine mesure, il n'existe pas de meilleur témoignage de la prospérité d'un pays, ou de la bonne adaptation de son système économique aux conditions de sa vie nationale que le taux relatif et la tendance des prix. Quand les salaires sont généralement élevés, avec un système quelconque de lois économiques, pourvu que ce système n'ait pas pour but de les accroître artificiellement aux dépens d'une partie particulière de la communauté, le pays peut être tenu pour prospère. Quand les salaires e\ le prix des choses montent en même temps, et dans d'égales proportions, c'est que la demande d'ouvriers et de produits s'est accrue, ou que l'approvisionnement des uns et des autres a diminué. Mais quand les salaires s'élèvent et que le prix des choses diminue, c'est une preuve que les conditions nationales changent de tous points pour le mieux, que ce changement soit dû à l'extension du commerce d'exportation ou à l'accroissement des importations et à rabaissement de leur prix, ou bien à ces deu\ causes réunies.

Aux États-Unis, pendant les dernières années, la tendance a été vers la hausse à la fois des salaires et du coût de la vie. D'après les tableaux du bureau de statistique du Ira* a ai du Massachusetts, le mouvement des salaires dans les principales industries de cet État, de 1878 à 1881, est

représenté par les accroissements suivants :

Occupations. Accroissement des salaires.

Agriculture 14.1 p. 100.

Travail du forgeron 1 1 . S —

Construction 4.9 —

Industrie du vêtement 20.7 —

— du coton 9.1 —

— d u verre 1 1 . 0 —

Bonneterie 13.5 —

Cuirs 5.5 —

Machines 22.0 —

Métaux 2.0 —

— travail fin 13.7 —

Instruments et musique 13.3

Papier 7.5 —

Imprimerie 10.2 —

Gravure sur pierre 11.4 —

Lainages 7.3 —

L'accroissement moyen sur le tout, déduction faite des quelques catégories en baisse comme la menuiserie, les tapis, la fabrication des voitures, etc., est de 6,9 p. 100.

Mais en regard de cet accroissement de salaires il faut faire la part d'un accroissement plus que correspondant du prix de la vie dans le môme intervalle (1878 à 1881). La même source officielle nous apprend que le prix des marchandises a augmenté, dans le Massachusetts, entre 1878 et 1881, dans les proportions suivantes :

Articles d'épicerie 9.1 p. 100.

Viandes et conserves 20.1 —

Combustible 3 1 . 1 —

Mercerie 9.0 —

Loyers 35 . 1 —

.Nourriture 13.7 —

tandis que le seul article important de dépense pour lequel il y ait eu une baisse de prix (1,6 p. 100) est la cordonnerie. L'accroissement moyen dans le prix de la vie entre 1878 <f 1 S S 1 ayant été de 21 ,2 p. 100, tandis que l'accroissement moyen des salaires n'a été que de 6,9 p. 100, il s'ensuit que la condition des classes ouvrières dans le principal Etal industriel de l'Union américaine s'est empirée

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dans une assez forte proportion (14 pour 100 environ).

11 serait probablement impossible de trouver un exemple plus frappant de cette vérité trop souvent méconnue que le seul accroissement des salaires ne doit pas être accepté comme une preuve suffisante de prospérité ou d'amélioration des conditions, si on ne tient pas compte en même temps du prix de l'existence; et ces chiffres prouvent également que la seule statistique des salaires, séparée des autres renseignements nécessaires pour éclairer la situation de ceux qui reçoivent des salaires, ne doit jamais être acceptée qu'avec réserve.

Le fait le plus frappant dans le tableau que nous venons de citer est peut-être l'accroissement du loyer des logements. Que cet accroissement ait atteint 35,1 p. 100 dans l'espace de trois années , cela semble impossible au premier abord, et cette affirmation serait sérieusement mise en doute, si elle ne figurait dans les annales du Bureau de statistique du travail de Massachussetts ; cette société, quoique appartenant à un état hautement protectionniste, et où tous les avantages attribuables à la protection sont mis en lumière avec le plus grand soin, n'en est pas moins toujours consciencieuse dans ses investigations et impartiale dans ses comptes rendus.

On peut opposer aux chiffres ci-dessus une objection très loyale et raisonnable, c'est qu'ils s'appliquent à un intervalle de temps extrêmement court, et que si des informations dignes de foi s'étendaient sur une période beaucoup plus considérable, les conclusions qui en ressortiraient pourraient être bien différentes. Mais il est probable que personne ne niera qu'une période de vingt années soit suffisamment étendue pour expérimenter l'action d'un système économique, quelque compliqué qu'il puisse être. En tout cas, il n'y a pas de bonne raison de croire que les résultats établis par l'examen de chiffres s'appliquant à une plus longue période seraient bien différents, ou qu'ils auraient la moindre chance de conduire à des conclusions plus sûres et plus valables. Nous allons donc étudier dans quelles

proportions le prix des choses et les salaires ont été affectés par la législation économique, pendant les vingt dernières années, dans les deux principaux pays industriels du monde. Un des meilleurs tableaux de la puissance d'achat de l'argent, pour deux époques comparées, que le Bureau de Statistique du travail du Massachusetts ait jamais établis, donne la quantité d'objets nécessaires à la vie, qu'on a pu se procurer pour 1 dollar (environ 5 francs) à différentes époques. En choisissant dansce tableau les années 1860 et 1881, la comparaison embrassant vingt années donne les résultats suivants :

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