‹ La Suprématie de l'AngleterreChapitre 51 sur 83 · WM.I · texte numérisé non relu

WM.I

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PRIX Dr BLE TAU QUARTER.

(2) En I8ti7, les importations de blé du Royaume-Uni en France ont

■Ht'1 t'V.iluct'S ;'i plus * 1» * 12 millions de tV.incs.

de Zurich, s'est élevée de 4 1/2 deniers par jour, en 183o, à 9 I 2 deniers par jour en 1871, soit un accroissement d'environ 110 p. 100(1).

En résumé, nous avons quelques raisons de croire que les différences entre les salaires en Angleterre et ceux du Continent sont tout à l'avantage de notre pays. Lord Brabazon, après une étude très approfondie sur les conditions du travail et le prix de la vie en France, est arrivé à la conclusion que « la différence réelle entre la puissance d'achat de l'argent en France et en Angleterre n'est pas appréciable (2) ». Aussi ne faut-il pas supposer que les populations des deux pays aient les mômes goûts et les mêmes habitudes en ce qui concerne la nourriture et le logement. La France et, à vrai dire, le Continent européen tout entier ont toujours gardé des habitudes de vie moins recherchées et plus économiques que les nôtres. Cela ne fait nul doute. En 1713, un opuscule traitant des relations commerciales entre la France et l'Angleterre disait que « la masse du peuple, en France, vit de racines, de choux et d'herbages; quatre des grandes provinces mangent exclusivement des châtaignes, et les plus aisés parmi les habitants se nourrissent de pain fabriqué avec de l'orge, du millet, du maïs et du blé noir (3) ». Le prix des aliments a été augmenté sur le Continent, en partie par suite des droits levés sur les importations, et, en partie en conséquence de l'augmentation des droits d'octroi. Ces derniers se sont élevés, en France, de la moyenne de 18 fr. 3/4 en 1867, à celle de 21 fr. 1/2 par tête en 1880. Néanmoins, si nous restreignons no- observations aux seules campagnes, le prix moyen des nécessités de la vie en France est d'une manière appréciable au-dessous de celui de notre pays. H est probable que Lord

i Nous avons constaté ailleurs que, pendant celte même période, les salaires se sonl accrus dans la même localité de 122 p. 100.

■j Rapport sur la situation des classes industrielles, etc., 1872, p. 102.

:\ Maximes générales de commerce spécialement appliquées au cornmerce entre la Grande-Bretagne et la France.

SUPRÉMATIE DE L'ANGLETERHE.

Brabazon a établi ses généralisations sur des renseignements pris à Paris et dans d'autres grandes villes.

En Italie, le prix des articles nécessaires à la vie est généralement moins élevé qu'en France et en Allemagne. .Mais la population est tellement misérable que cette différence n'a aucune importance pour elle, car elle ne peut faire usage que des aliments les plus grossiers et les moins chers. Les Commissaires royaux sur l'Instruction technique nous donnent un aperçu de l'espèce de nourriture que consomment en général les ouvriers des fabriques dans ce pays. En visitant quelques filatures de soie dans le nord de l'Italie, ils virent les ouvriers faisant leur repas du soir dans un intervalle de repos. Ce repas consistait, pour plusieurs d'entre eux, en pain noir, sans aucun beurre, relevé de gousses d'ail, d'un peu de sel et de petits navets. Un aliment général consistait en pain trempé dans de l'eau chaude avec une pincée de sel. L'a polenta, espèce de pâtée épaisse et froide, faite de farine de maïs, formait la nourriture d'un bon nombre; d'autres faisaient bouillir des pommes de terre dans l'eau de lavage des cocons, et les mangeaient. « Le pain de seigle et la polenta, ajoutent-ils, sont l'aliment principal des paysans italiens, et chaque ouvrière semblait avoir un croûton de pain devant elle. »

Après avoir ainsi jeté un rapide regard sur les conditions de l'existence dans l'Europe continentale, nous pouvons étudier deux séries de circonstances qui établisssent des différences entre l'Europe et d'autres groupes de pays; le premier groupe est formé par L'Inde où nos concitoyens, sujets de l'Empire britannique, achètent leurs marchandises de première nécessite à un prix nominal généralement tout à fait minime; le second groupe est celui des districts ou contrées où des causes accidentelles ont énormément rehaussé le prix de tous les articles entrant dans les calculs de cette sorte.

Les causes qui créent une rareté relative et conséquent-

meut un accroissement du prix des céréales sont souvent complexes et cachées. Ko général cette tendance est alti-i-

buée, et peut-être avec raison, à une hausse du prix du travail, quoiqu'on doive remarquer que, dans bien des cas faciles à citer, l'élévation du prix du travail est plus que compensée par une augmentation de son efficacité résultant de l'introduction des machines et de systèmes de travail perfectionnés. 3Iais, dans l'Inde, les variations des prix n'ont pas suivi les lois qui sont regardées comme devant gouverner le coût des marchandises, car le prix du travail est resté à très peu près le même pendant une série d'années où le coût de l'alimentation s'est accru. On affirme que le prix du riz a doublé de 1814 à 1874 (1); et de 1848 à 1875, le coût de la moyenne de nourriture mensuelle d'un Sepoy s'est élevé de 2 1/2 à 5 1/2 roupies, (c'est-à-dire 5 fr. 75 à 12 fr. 65), soit de plus de 100 p. 100. Il ne semble pas qu'on donne aucune raison suffisante de cette énorme différence; mais l'accroissement du prix de la terre, dont la rente a plus que doublé dans bien des lieux, a sans aucun doute une influence considérable sur ce phénomène. Un écrivain mahométan a récemment écrit un livre (2) dans lequel il met en regard la condition d'un ouvrier agricole en Angleterre et celle de son congénère de l'Inde. Il montre que, dans notre pays, un ouvrier a pu se procurer un boisseau de blé avec

•:i jours de travail en 1770 4 — 1843

Dans l'Inde, au contraire, le salaire journalier de l'ouvrier agricole est souvent de 1 1/4 denier (0 fr. 125) et sa nourriture consiste en une demi-livre anglaise de grain grillé comme déjeuner de midi, et 2 livres de farine de

(1) Comptes rendus établis par le Bureau du revenu à Madras, pour la commission de la famine.

J Nos difficultés et nos besoins dans l'Inde.

(3) Depuis 1870 le prix moyen du blé ;i été tel qu'il a permis de se procun-r mi boisseau de blé avec une moyenne de deux jours de travail seulement.

•J'.n, SUPRÉMATIE DE L'ANGLETERRE.

millet cuite en couronne, avec <| uchitics pois ou Légumes verts, ou des herbes sauvages le soir. Il est donc bien clair que, malgré le prix extrêmement bas des marchandises en général, le ryol Indou est incapable de s'en procurer sauf en quantité tout à fait limitée.

On trouvera dans tous les pays d'Asie cette même règle en vigueur; le prix des aliments est bien moindre, et le prix des autres marchandises bien [dus élevé qu'en Europe. Ainsi, on constate qu'à Lchang, en Chine, la volaille ne se vend que quatre pence (0 fr. 40) la pièce; mais le fer ordinaire coûte 10 guiuées par tonne; le blé ne se vend que 5 sch. 2 d. par quintal, mais la tonne de charbon coûte environ 30 schellings ; les œufs ne valent que 13 sch. 9 d. par mille ; mais ou ne peut se procurer les briques qu'à 35 sch. 9 d. pour le même nombre: et ainsi de suite. Les marchandises qui exigent l'aide <\v^ machines et des procédés industriels, œuvres de la civilisation occidentale, pour être produites à bon marché, sont extrêmement plus dispendieuses que celles qui sont confectionnées sur place.

Quoique, en thèse générale, là où les salaires sont élevés, là aussi la vie soit chère, il y a des exceptions à cette règle. Le travail ressemble au capital en ceci qu'il est plus ou moins exclu des métiers et des lieux où la rémunération est au-dessous de la moyenne, et qu'il est attiré vers ceux où Ton gagne le plus, (le principe général subit évidemment des modifications sous l'empire de nombreuses causes perturbatrices qui limitent son application générale; autrement le ryol indou et le serf russe, pour ne lien dire du métayer italien et du paysan hongrois, inonderaient probablement de leur travail a meilleur marché les pays où l'industrie reçoit une rémunération supérieure à celle de leur propre pays. Les raisons pour lesquelles cel événemenl ne se produit pas sont variées et mélangées comme le sont généralement les motifs et les choses de L'humanité. L'attachement au pays id aux parents, le manque des fonds nécessaires pour

émigrer, l'ignorance des langues autres que la leur, des moyens à employer et des pays à atteindre pour améliorer leur condition, voilà quelques-unes des causes les plus faciles à indiquer qui empêchent l'application plus générale du principe que nous venons de signaler ci-dessus (attraction vers le gain le plus élevé).

Mais si le principe est juste, il ne s'ensuit pas que ceux, qui appliquent dans tout son développement la règle de « vendre leur travail là où il est payé le plus cher » prennent les moyens les plus sûrs pour améliorer leur position. Ils apportent leur travail sur un marché où les nécessités de la vie sont habituellement plus chères, en sorte que leur gain, tout compensé, peut se trouver presque nul. Tel a été bien souvent le cas pour ceux qui ont quitté leur fabrique ou leur ferme pour aller creuser les mines d'or de l'Australie ou chercher les diamants du Cap. C'est aussi le cas, en ce moment même, pour les mineurs du Venezuela. Un rapport consulaire récent constate qu'aux mines d'or d'El Callao, dans cette république, les mineurs gagnent par jour 13 sch. 4 d.; les ouvriers 10 schillings; les mécaniciens 15 schellings ; les ajusteurs 20 schellings; les maçons 15 schellings; les boiseurs 17 sch. 6 d. Voilà des salaires tout à fait inconnus en Europe, et si l'on devait s'en rapporter à la seule rémunération journalière, ces prix offriraient de puissantes attractions à ceux qui fournissent cette nature de travail dans presque toutes les autres parties du monde. Mais voyons l'autre plateau de la balance. La môme autorité constate que le prix du pain aux mines était de 1 sch. G d. par livre anglaise; celui du beurre, 3 sch. 4 d. à 5 schellings ; celui des œufs 5 schellings par douzaine; d'une poule lOschellingsà 12 sch. 6 d. ; le thé 18 à 20 schellings par lb. ; le sel 1 sch. 3 d. par Ib. ; le lait, 1 sch. ."> d. la pinte; et la farine, par baril de 200 Ibs, de 168 .i 2(><> schellings (1). Quant au logement, une petite chambre coûte, dit-on, de 3 1. 10 schellings à 5 livres par

1 Rapports commerciaux, n" 38, 1884, p. U7.

mois, tandis que le bois à brûler coûte environ 40 schillings l»ar corde de 28 quintaux. Si ces prix excessifs sont comparés avec Le taux îles salaires, et que tous deux soient mis en regard des salaires et des prix payés dans les pays d'Europe, on trouvera peut-être que ce sont ceux-là mêmes qui ont les plus hauts salaires qui sont le plus mal partagés et le plus mal à l'aise. En résumé, il ne faut jamais perdre de vue la distinction} entre les salaires nominaux et les salaires réels.

Pour faire suite à la distinction sur laquelle nous venons d'appeler l'attention, il convient de nous demander à quel degré la cherté ou l'abondance plus grandes des marchandises en général se reflètent dans les documents indiquant la consommation par tète dans les divers pays. C'est peut-être la partie la plus difficile et la plus épineuse de toute notre enquête. Il est évident que les salaires ne peuvent être dits « élevés » que lorsqu'ils ont une grande puissance pour procurer les nécessités de la vie, et même certaius articles de luxe. Mais même quand nous avons prouvé que nos salaires sont élevés dans ce sens, qui est le seul véritable, et qu'ils ont la capacité d'acheter relativement plus d'utilités que ceux auxquels on les compare, nous ne sommes pas au bout de notre tâche. Il est parfaitement concevable que de hauts salaires puissent ne pas être employés de manière à donner tous les avantages que l'on pourrait tirer de leur supériorité de puissance d'acquisition. Ils peuvent être dépensés dans une fausse direction, ou bien ils peinent être « entasses » mis, en réserve, comme on le fait généralement en France, de sorte que les effets qu'ils devraient produire ne se réalisent eu rien. Cependant, sauf des exceptions de cette nature, on constatera habituellement que plus haut est h' taux réel i\(^ salaires, et plus élevée est la manière de vivre; que la puissance d'achat supérieure des salaires se reflète dans le régime alimentaire et le mode d'exislenee relativement meilleurs du pa\>> qui jouit de cet avantage.

Mais la fixation exncte de l'étendue de cette supériorité n'est pas un problème facile à résoudre. Il faut réunir bien des facteurs divers pour en trouver une solution complète. C'est déjà un sujet assez difficile de déterminer quelle est approximativement, pour un pays donné, la consommation moyenne par habitant, des céréales récoltées dans le pays même; mais quand la question se complique par les tableaux des importations et exportations, la difficulté va croissant. Il existe cependant deux méthodes, à l'aide desquelles il est possible d'évaluer, avec une suffisante approximation, la consommation des principaux articles alimentaires chez les grandes nations européennes ; la première c'est de comparer et de faire la moyenne des importations de ces articles à différentes époques; la seconde c'est l'examen des registres d'octroi. Le premier système est particulièrement applicable au Royaume-Uni; le second, aux grandes villes de France. Nous pouvons donc comparer rapidement les conditions de ces deux pays, autant que les données dont nous disposons peuvent le permettre.

Voyons d'abord ce qui concerne « le soutien de la vie ». Un calcul récent a montré que le prix moyen du blé dans le Royaume-Uni, pour les 129 années qui précèdent 1884, a été de 55 sch. 2 d. ; la moyenne pour les 29 années qui précèdent le rappel de la loi sur les céréales était de 66 sch. 4 d. ; elle prix moyen depuis la mise en vigueur de cet acte a été de 46 schellings, ou 20 sch. 4 d. de moins que la moyenne des vingt années précédentes.

Cette réduction importante a été accompagnée par l'adoption universelle du pain de blé comme nourriture de la population ; jusque-là, on avait fait usage de matières plus grossières et moins chères. En 1840, la consommation moyenne de grains, blé et farine de blé, par tête n'était que de 42, 47 livres; en 1860, elle était de 118,86; et en 1883, de 250,77 livres.

Un mouvement semblable s'est produit dans toutes les autres denrées d'alimentation. Les importations totales d'animaux vivants, de viande, de végétaux, de grains et

de farine, s'élevaient en moyenne à 25sch. 7d. partêteen 1864; 51 sch. ± à. en 1874; el 70 sch. en 1884. Evidemment il ne s'ensuit pas nécessairement que la population en généra] a été mieux nourrie: mais le seul l'ait ([m» ces importations ont eu lieu prouve qu'elle a été nourrie à meilleur marché; et la présomption qu'elle a été aussi mieux nourrie est pleinement garantie par le cours dis prix, et le plus grand nombre des affaires (ventes et achats) engagées pour ce motif. En ce qui concerne la viande de boucherie, les résultats ne sont pas aussi satisfaisants qu'on pourrait le désirer. Nous savons par les rapports du Bureau du Commerce, que de 18i0 à 1880 les importations de lard et de jambons ont augmenté de 0,1 à 15,96 livres par tête ; mais nous sommes moins exactement informés sur la production du pays. Une bonne indication de la consommation de la viande peut sans doute se tirer des rapports sur la consommation de bœuf et de mouton dans la métropole. Pour les siv années se terminant en 1883, la moyenne s'élevait, à une fraction près, à 70 livres par tête de la population entière, ce qui correspond environ à 140 livres par habitant âgé de pins de douze ans.

M. James Gaird a calculé que la quantité de viande de toute espèce produite dans le Royaume-Uni s'élève à 24,500,000 quintaux; si nous ajoutons à ce total 6,300,000 quintaux de provenance étrangère, la consommation totale de viande pour le pays arrive à 30,800,000 quintaux. Ce chiffre représente environ 1 \ de livre par tète d'habitant, ou une dépense nette de I d. 55 par tète et par jour, en admettant à 7 d. 1 2 par II», le prix de la viande au détail, ce qui est le prix moyen établi dans la métropole pendant une îles dernières années (|).

Mais outre cette consommation de viande de boucherie, il \ a celle de la « moisson de la mer m qui est aussi très

(1) Rapport de /' [ssociation Britannique sur l'emploi actuel dts salaires, etc. 1881.

importante. Dans la seule année 1879, 135,000 tonnes de poisson ont été introduites dans Londres, ce qui donne une consommation annuelle moyenne de 90 lbs. par tète (1). Le professeur Leoni Levi a évalué la consommation totale de poisson pour tout le pays à 700 millions de livres, d'où il suit que la consommation annuelle par personne s'élèverait à environ 20 livres (2).

Mais c'est surtout dans la consommation des articles de luxe que se réfléchit la plus grande puissance d'achat des salaires du peuple anglais. De 1840 à 1880, l'importation de thé par tète s'est élevée de 1,22 à 4,59 lbs; celle des groseilles et des raisins de 1,45 à 3,94 lbs; de cacao, de 0,08 à 0,31 Ib. : de riz, de 0,90 à 14,14 lbs; de tabac, de 0,86 à 1,43 lbs. ; celle de vin, de 0,25 à 0,46 lb. Tous ces articles sont nécessairement importés, et en conséquence, il ne saurait se glisser d'erreur sérieuse dans le chiffre de la consommation.

L'amélioration du mode d'existence qu'indiquent ces chiffres n'est pas limitée au Royaume-Uni; l'élévation générale du taux des salaires dans toute l'Europe a permis à la population un régime généralement meilleur. Le document officiel suivant, basé sur les tableaux de recettes de l'octroi, montre jusqu'à quel point le mouvement s'est prononcé dans les principales villes de France (3).

I Rapport an Secrétain d'État pai M. Spencer Valpole.

(2) Au prix de détail de ad. parlb., ce serait une dépense moyenne journalière de 0 d. 23 par tête, sur toute la population.

(3) Tableau tiré de l'Annuaire officiel de France pour 1 S82.

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